TITRE DES MESSES
Nous ne croyons pas qu'il faille attacher une trop grande importance à ce titre Missa sancti Auqustini, par lequel débutent ces messes. Nous verrons dans la suite de notre dissertation que celui de Missa pro seipso sacerdote, Missa pænitentis leur conviendrait tout aussi bien.
M. Varin (2) va certainement beaucoup trop loin, quand, s’ap-
(1) Pamelius, Liturgica Latinorum, t. n, p. 517 sq. (reproduit dans P. L., t. cr, col 446 sq.).
(2) Varin, Des altérations de la liturgie grégorienne en France avant le xue siècle. Mém. présentés à l’Académie des inscript. et belles lettres, [°° série,
t. nr, p. 623.
puyant sur le témoignage de Pamélius (1), il nous dit que ces messes sont composées de passages empruntés aux écrits de saint Augustin pour lequel Alcuin avait une prédilection particulière. Une seule de ces messes, la première, renferme quelques extraits des œuvres de saint Augustin et nous les relèverons au passage, quand nous étudierons le texte même des formules. En somme il n’est pas impossible que ce soit là un des motifs qui aient poussé à mettre nos messes sous le nom de saint Augustin. Un second motif selon nous viendrait de leur caractère même. En effet, comme on l'a fort bien remarqué, toutes ces messes ont le même caractère, ce sont des messes de pénitence.
De plus au moyen âge, on le sait, il était tout à fait admis de mettre sous le nom des saints Pères, Augustin, Grégoire, Jérôme, Ambroise, etc., des prières dont le texte, la plupart du temps, ne se retrouve pas dans les œuvres des auteurs à qui elles sont attribuées. Cependant il faut en convenir, bien souvent ces sortes de prières, tant pour le fond que pour la forme, ne sont point indignes de tels auteurs.
Peut-être ne sera-t-il pas inutile d'ajouter ici, qu’à une certaine époque, qu'il serait difficile de préciser avec exactitude, on a fait entrer dans la composition de quelques pièces du formulaire liturgique, des centonisations patristiques (2), tout à fait authentiques, celles-là. Bien qu'on n'ait point donné à toutes ces messes le nom de l’auteur ou des auteurs auxquels on a fait ces emprunts, on n'en est pas moins en droit de le revendiquer pour elles, et à un aussi juste titre que pour celles que nous nous proposons d'étudier dans cet article. Il est possible que ce fait ne fût pas ignoré de ceux qui ont donné à nos messes ce titre de Missæ sancti Augustini.
Voici par exemple deux pièces fort curieuses, tirées des formulaires liturgiques mozarabe et gallican, qui sont tout simplement une centonisation du traité de saint Augustin sur saint Jean.
(x) Pamelius, Liturg. latin., t. , prolog., p. xur. (2) Cf. notre étude sur la centonisation patristique dans les formules litur-
giques. Appendice H.
MissALE MOZARABICUM
(ec PPRE MED TErEYT, col. 415, 416).
Ex Missa in Cœna Dni.
Inlatio.
Dignum et justum est : nos libi sancte pater omnipotens gralias agere : et Jesu Christo filio tuo. Cujus nos humanitas colligit : humilitas erigit elc., etiam traditoris sui non dedignatus est pedes abluere : cujus jam manus previdebat in scelere. Sed quid mirum :
si dum muinisterium forme servilis voluntarie mort vicinus adimplet : posuit vestimenta sua : qui cum in forma Dei esset : semetipsum exinanivit. Quid mirum si precinrit se linteo :
servi accipiens : habituestinventus ut homo ?
Quid mirum si nusit aquam in pelvim : unde lavaret pedes discipulorum : qui in terra sanguinem suum fudit : quo immundicias dilueret peccatorum :
Quid mirum si linteo quo erat præcinclus :
qui formam
MissALE GoTHICUM
(cf, ‘PoycEaE; col, 266).