‹ Les origines naturelles de la propriétéChapitre 14 sur 39 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Caractères généraux du Phénomène de Propriété

§ 1. — La Propriété est un fait naturel, existant avant toute organisation Que la Prolégale. Il reçoit d'elle cette sanction par laquelle les faits existants sont reconnus {^t naturel "" et codifiés. Parmi les diverses théories que l'Economie Politique a donné du droit de propriété, la plus faible, de l'aveu de tous, est certainement celle de la création par la loi. La propriété est la conséquence d'une tendance d'autant plus instinctive qu'elle prend son origine dans la structure de l'homme luimême, dans les formes de son activité, dans son sens de sociabilité : le rapport étroit par lequel elle se trouve liée à ces caractères, qui n'appartiennent pas à l'homme seul, montre que l'on doit en chercher les origines dans le monde animal.

C'est pourquoi, m'arrêtant au moment où les Economistes et les Juristes d8 îadoption de

, , r .. .. • • , • • i j . , la méthode compa-

s emparent des faits, j essaierai de remonter ici le cours de son evolu- raliTe tion, de manière à pouvoir le réduire à ses termes essentiels. Je tenterai d'appliquer à un phénomène social cette méthode comparative qui a donné tant de résultats fructueux dans les sciences biologiques. Par ses principes essentiellement objectifs, elle peut assurer un caractère des plus précis aux travaux qui la prolongeront dans le domaine sociologique; peut-être pourrat-elle leur assurer aussi un rôle de construction et d'édification dans cette science trop livrée encore aux ingéniosités stériles des périodes de transition.

INSTITUTS SOLVAY (SOCIOLOGIE) I

LaPropriété § 2. — Il est tout d'abord nécessaire de déterminer, au moins provisoire-

comme fait in- . i , - ■ , , -, /-., . .. .-, ce .

stinctif, gêné- mcnt> lc phénomène chez 1 homme, (.est la qu il se présente, en eltet. sous rai à rhuma- une forme incontestée. C'est donc là que nous pouvons en établir les prin-

nité toute en- r r

tière. cipes avec l'espoir de les voir le plus communément admis. Si l'on examine

de ce point de vue les origines de la propriété, on ne peut, dés lors, lui refuser le caractère d'un fait instinctif, général à l'Humanité toute entière. Dès les débuts aussi, on la voit se constituer suivant deux types distincts, qui servent encore aujourd'hui de base aux écoles politiques et sociales. Il est Ddux types dis- digne de remarque que ces deux types, l'individuel et le collectif, sont la

tincts : l'individuel , . ...

et le collectif. conséquence de la structure physique et mentale de 1 homme. La loi écrite, pas plus que la coutume, ne crée rien; l'une et l'autre ne font que reconnaître un fait, l'organiser de la façon la plus profitable à l'individu ou au groupe social. Constitué en animal agissant et travaillé par des besoins, l'homme, considéré à son état le plus primitif, dirige son activité vers la satisfaction de ces besoins. Le milieu dans lequel il vit, les lois cosmiques qui dominent son existence, lui imposent les moyens par lesquels il se met en rapport avec le monde extérieur. Il y a dans ces actions et réactions réciproques quelque chose de fatal, qui n'est autre chose que la conséquence du contact entre un monde et un être, organisés chacun sur un plan qui leur est essentiel. Leur structure va définir le cycle des possibilités de leur adaptation.

A ce point de vue, et reprenant les termes que M. Paul Lerov-Beaulieu \ applique à la genèse des différents droits, on peut dire que la propriété «a son origine dans la nature des choses, dans l'instinct humain, dans les nécessités' de l'adaptation de l'homme aux conditions du milieu où il est placé ». La Propriété, re- Prolongeant son activité musculaire par l'invention et la fabrication d'outils

vidueut d"n Type e^ d'armes qui lui permettent d'augmenter l'utilisation de sa force ou de ses faculcoiiectif d'organi- j-£s l'homme crée un objet qui lui est extérieur, mais qui lui reste attaché par

sation. J M ' i r

un lien étroit, car il constitue un moyen d'attaque, de défense et de protection. Construit sur le type individuel de l'animalité, dès qu'il crée un outil, il crée la possession marquée du terme individuel où se reflète sa propre structure : c'est ce que l'on peut considérer comme l'embryon de la propriété privée. D'autre part, possédant un instinct qui le pousse à se former en groupe, afin de défendre son espèce et de la maintenir malgré l'hostilité du monde extérieur, il s'organise sur un type social, qui a son reflet immédiat dans la possession des territoires de chasse, des parties explorées par la tribu ou par le clan, et que la tribu et le clan défendent avec acharnement contre la main-mise d'un groupe qui leur serait étranger. On a là l'origine de la propriété collective, conséquence directe de l'instinct de sociabilité et, par conséquent, de la structure mentale, liée d'une façon étroite aux nécessités d'adaptation de l'homme vis-à-vis du milieu.

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