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CHAP. IV — PROPRIÉTÉ CHEZ LES VERS

Dès lors, il n'est pas étonnant de voir les faits de possession prendre cette forme : ils dépendent de la structure de l'individu et de ses mœurs. Ils sont un reflet de son organisation biologique, réalisé par le façonnage et les transformations de la matière brute sur laquelle il exerce son industrie.

§ 2. — Chez les Vers, dont l'organisation est différente et dont certaines L'associaespèces se réunissent en colonie, nous verrons le fait de l'association biologique "er" conduû'à faire naître immédiatement un fait primaire de propriété collective. la ,orme co1-

lectlve.

Les Vers emploient, dans la construction de leur abri, des procédés qui varient suivant les genres et qui sont quelquefois caractéristiques des espèces. Certains se creusent des galeries, s'aidant de leur trompe pour s'ouvrir un passage. D'autres agglutinent des grains de sable, des fragments de coquilles, et se fabriquent ainsi des tubes; certains perforent les rochers. Ces abris sont définitifs ou temporaires; ils comportent toujours cette adaptation, cette prise de possession des matériaux du monde extérieur qui constituent le phénomène primaire de la propriété.

Les Terébelliens vivent dans des tubes formés par l'agglutination de grains Abris dûs à iinde sables assez gros et de fragments de coquilles; certains enfoncent profon- du»tn« d« ranimai, dément leur tube dans le sable et ne le quittent jamais; c'est une demeure et, par conséquent, une propriété permanente; d'autres le construisent sous les pierres et le quittent souvent; c'est une propriété transitoire. Les Sabelliens sécrètent des fourreaux cornés. Certains Géphyriens se creusent une retraite au milieu des polypiers et même dans les pierres. D'autres s'abritent dans des coquilles vides. Les Tubificides, qu'on trouve dans les eaux douces, habitent des tubes vaseux et enveloppent leurs œufs d'un cocon. Les Chétoptériens sont tubicoles, les Chyméniens le sont quelquefois; les Lombrics creusent des galeries et se construisent des chambres d'hivernage; les Serpuliens, au moment de quitter leur forme larvaire, s'enferment dans un tube calcaire dont la matière exsude de leur corps. Ils le fixent à un corps solide par l'extrémité inférieure ou par une de ses parois.

Jusqu'ici, on voit l'abri édifié par un individu isolé et pour son avan- PMSlg, de la tage personnel. Le fait de propriété primaire réalisé par la construction for™,,B<llT,^«".«»

or r r r r lâ forme collective

et la possession de l'abri est un fait individuel. Les Leucodoriens vont nous de la ?«*"•«•• offrir un passage vers un type primaire de propriété collective. Ils vivent dans des tubes, soit isolés, soit pressés les uns contre les autres, disséminés au milieu de touffes de Corallines. D'autres espèces creusent les rochers calcaires durs. Ici, les espèces qui vivent à l'état isolé réalisent le type de possession individuelle de l'abri, mais celles qui se groupent, tout en laissant à chaque individu la possession de son abri, font jaillir de l'association

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Fig. i3. — Galeries du Lombric commun

des individus et du groupement des abris une cause de protection plus efficace. 11 en est de même des Hermelliens, ils se construisent des habitations dans le sable et vivent généralement en colonies. Ils mènent aux colonies de Rotifères, qui construisent des gaines gélatineuses, et aux colonies de Bryozoaires, où la propriété collective de l'abri accompagne l'adaptation des individus au type colonial.

§ 3. — Ce type colonial se trouve particulièrement réalisé dans la classe des Coralliaires. Des figures empruntées au Tubipore orgue donneront un exemple concret de cette organisation juxtaposant les individus et les agglomérant dans une organisation collective. Dans ses termes essentiels, elle peut montrer la généralité de ce plan qui intègre la forme individuelle a la forme collective des faits élémentaires de propriété.

Les Tubiporidés sont pourvus d'un Polypier calcaire, chaque animal isolé sécrétant un tube à parois lisses. Ces tubes se disposent parallèlement les uns aux autres, grâce à la formation de cloisons transversales qui partagent le Polypier en étage. Ces étages correspondent assez généralement à des stades successifs d'accroissement ; ils sont parcourus par des canaux nutritifs; c'est à leur surface que naissent les jeunes individus dont le tube passe entre les tubes des animaux plus anciens et qui s'écartent les uns des autres à mesure qu'ils s'allongent. On a là une demeure propre à l'animal isolé et une partie commune à la colonie toute entière, la première étant constituée par les tubes formant la demeure de chaque individu, la seconde, par ces cloisons transversales, nécessaires à la cohérence de la colonie. Cet abri, dû à l'industrie de l'individu d'une part et de la collectivité de l'autre, nous offre un nouvel exemple de l'intégration de la forme individuelle de la propriété dans la forme collective. Comme chez le végétal, ce phénomène se trouve déterminé par la prédominance de la tendance associative, et c'est de cette prédominance que la forme collective découle comme une expression concrète du plan d'activité caractérisant l'animal adapté au milieu colonial. Le mode de vie et l'organisation biologique qui mènent à l'association, puis à la constitution en colonie, entraînent la réalisation d'une propriété collective dans laquelle la propriété individuelle intervient comme un apport.

FlG.

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