CHAP. IV - PROPRIÉTÉ CHEZ LES MOLLUSQUES
A l'aide du tissu quelle secrète, la Lime reunit des petites pierres, des fragments de coquilles, des débris de toute sorte, dont elle entoure ses valves. lab' Elle se construit ainsi un nid que. dans les faibles profondeurs où elle est troublée par les vagues et les courants, elle cache sous de grosses pierres. Elle tapisse l'intérieur de ce nid d'un tissu de byssus, plus fin que celui qui lui sert à lier extérieurement ces matériaux. « A ce point de vue, dit
Edification de
Fig. ir. — Pholade dactyle, adulte La pierre est sectionnée de manière à montrer l'animal dans la loge qu'il s'est pratiqu
0. Schmidt, sa demeure rappelle les nids d'oiseaux très fins et très douillets à l'intérieur et dont l'extérieur est plus grossier. Ce nid constitue pour l'animal peu abrité par sa coquille entrebaillée, un abri sûr, qui écarte les poissons de proie les plus rapaces. » De même, la Gastrochène Modioline se fabrique un nid en rassemblant de petites pierres qui lui forment une sorte de gaine; de même enfin, l'Octopus vnlgaris, un céphalopode, se cache dans des fissures ou des creux de rochers, ou bien se fabrique, avec des pierres éparses, un nid dont l'ouverture est tournée vers le haut.
La tendance à la protection de l'individu s'affirme ici par la réalisation de l'abri qui sert de défense à l'animal et qui, en même temps, lui sert à se dissimuler, afin de tendre des pièges, de se tenir à l'affût, de s'emparer
L'abri consécutif à une appropriation ou à une édification constitue un fait instinctif de propriété,
de sa proie. Mais cet abri, fait des matériaux modifiés, façonnés ou assemblés, constitue une construction extérieure à l'animal et qui réalise un fait de propriété, tout aussi bien qu'une hutte de primitif ou une caverne de troglodyte. Cette propriété comporte une adaptation des matériaux du monde extérieur aux besoins de l'animal; il y a main-mise de sa part sur ces matériaux, façonnage et défense aussi vigoureuse que celle de l'homme défendant son abri. Ici la propriété existe en fait, l'animal possède l'édifice qu'il s'est construit ;
Fig. 12. — Nid de la Lime Baillante
il n'en est chassé que par la violence des éléments ou par celle d'un être ennemi. Elle est donc soumise à cette loi de la lutte qui, dans les premières associations humaines, rend incertaines les propriétés non sanctionnées encore par la coutume ou par le droit.
cette propriété Nous voyons ici le fait instinctif de la propriété s'affirmer sous la forme
v[dlcue.f(,rmeilldi individuelle; il se trouve lié, en effet, au mode de vie de l'animal. Celui-ci est isolé, il lutte seul pour l'existence et, seul, il met en jeu ses moyens d'action.