‹ Les orphelines de la Charité drame en cinq actesChapitre 15 sur 87 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

W1LFRID, HORACE.

HORACE

Vous connaissez l’homme, maintenant; vous savez qui il est... Mais, j’y songe, vous êtes plus avancé de ce côté-là que de celui-ci. (il m dniiM »n m iav*»t. ) Le comte Horace d’Alharet, lieutenant de vaisseau de la marine de Sa Majesté le roi Louis XV.

WILFRID, v A aoa tour.

\V il fritl Diélrich, avocat, député aux états de la province de Hollande.

(Les deus bonne* «e saluent et m terrent lea maini.)

Ah! vous êles député?

W1LF1IID.

Et avocat. U» IItm qu’il a lti«4 *»r la Mbit.) VOUS IHC

voyez en mains les armes du métier, le recueil de nos lois; je viens de plaider k Rotterdam.

HORACE

Mais, dites-moi, puisque vous êtes un homme politique aussi, vous devez connaitre Ulrich Van Delbcrg ?

WILPIUD.

Le fils du pensionnaire ?...

HORACE

C’est mon ami... Nous devions venir ensemble ici... mais voire ambassadeur l’a prié de retarder son départ, et je suis porteur de la lettre par laquelle Ulrich informe sa mère de l’ajournement de son voyage.

W1LFRID,

Ah ! (a pan.) Serait-ce un rival?... (Haut.) S’il en est ainsi, vous serez reçu tout à fait en ami par madame Vau Delberg et par... sa fille.

HÙRACH, WcèreiMOl.

Mademoiselle Frédérique ?...

WILFRID

Vous savez son nom?...

HORACE

Ulrich m’a parlé si souvent d'elle... il l'adore.

WILFRID, inaliruiHMM.

Parler souvent, à son ami, d’une sccur^qu’on adore... c’est dangereux !

HORACE

Croyez -vous donc qu’on s’enamoure ainsi pour une inconnue ?

WILFRID

Oh ! je vous ai vu à l'œuvre tantôt.

HORACE

Auprès de cette jeune fille en robe rai-parlic de gris, d’écarlate, la comptable du bateau ?

WILFRID

Vous la regardiez avec une surprise et une admiration...

HORACE

J'avoue que cette enfant a quelque chose en elle d'étrange, de saisissant, quelque chose qui attire...

WILFRID

Nous y voilà.

HORACE

Eh bien, non... vous n’y êtes pis du tout. Tenez, voulezvous savoir pourquoi cette orpheline, — de laquelle, vous autres jeunes gens hollandais, vous scmblez détourner la vue, sans doute par mépris...

WILFRID

Non... par terreur!...

Les jolies filles vous font peur dans ce pays?

WILFRID

Oui, quand elles sont orphelines de la Charité.

HORACE

Orphelines ou non, envnv<*z-nou$-les en Fiance, et nous vous les renverrons plus humaines.

(H va «Viuoir sur le banc, A droite.)

WILFRID

Enfin, monsieur?...

HORACE

Eh bien , si je regardais celte jeune fille avec pcrslslanec, ce n'est point parce qu’elle a, comme je le disais tout à l'heure, quelque chose d'étrange, de saisissant!... non, j’ai tout simplement retrouvé dans son regard comme une lueur d’un regard à peine, entrevu naguère... mais que pourtant rien n’a pu me faire oublier.

WILFRID, jeycai.

Ali! très-bien I L’orpheline ressemble à une femme que vous avez beaucoup aimée, que vous aimez encore?

HORACE

Avez -vous entendu raconter l'histoire d’un peintre allemand, qui mourut de langueur pour une madone de Raphaël dans les yeux de laquelle il avait surpi is, disait-il, deux larmes suivies d'un ineffable sourire, quand, sa copie terminée, il fit scs adieux au divin chef-d’œuvre?...

WILFRID

Oui... je crois me rappeler.

BOIACB.

Eh bien, mon histoire est la même, à quelques variantes près.

WILFRID

D’abord, vous n'êtcs pas mort...

HORACE, tr*-iu*HKnl.

Je ne suis pas peintre, non plus, je crayonne, et c’est tout... Puis, cc n’est pas d’un chef-d’œuvre de Raphaël qu'il s’agit... mais bien d’un chef-d’œuvre de Dieu ; la t cène n'est pas à Rome, mais en Suisse, dans les Alpes bernoises, à la Jungfrau. Ma madone, à moi, eu fait l'ascension en compagnie nombreuse; à une halte, je feins de dessiner un rocher au pied duquel elle est assise... de mon crayon sort son divin profil. On se remet en marche, {*« («•••t) tout à coup un hou-, quel de Heurs sauvages, cueillies dans la montagne, s’échappe des mains de la céleste jeune fille et va tomber au bord d’un précipice ; je m'élance pour le saisir, mon pied glisse cl je roule au fond du ravin... Les guides viennent à mon secours et me rapportent blessé, évanoui, mais tenant toujours dans mes doigts crispés le bouquet de fleurs sauvages... Quand je reprends mes sens, tous mes compagnons de route se pressent autour de moi ; parmi eux est la jeune fille à qui je rends son touquet et qui me remet en échange mon album qitVIlo avait ramassé... (a«cc w»ii»«ni.) En le recevant, je vois sur ses joues pâlies deux larmes furtives auxquelles succède un ineffable sourire, louchant adieu que nulle parole humaine ne peut rendre ! On m'emporte... deux jours se passent dans la fièvre... quand je reviens à moi, j’ouvre l’album... je cherche mon dessin... le coin de la feuille était replié... le dessin avait clé vu, vu par elle, et elle .avait voulu que j’en fusse instruit... Dès lors, vous comprenez, ces deux larmes... cc sourire... tout cela fut pour moi comme une sorte d’aveu... Je courus la Suisse dans tous les sens, mais je ne revis pas la belle incou-

nue, la douce enfant dont l'image est toujours présente à mes yeux, dont le souvenir vit toujours dans mon cœur.

PAVILLON, A la florin do droite.

Monsieur le comte, nous sommes servis.

HOKACE, i WlIfrM.

Allons nous mettre à table.

WILFRID, rrfi»riijni par la land, à (traita.

Pardon, je vous rejoins; j'aperçois une personne qui me cherche, sans doute.

HORACE

Je vous attends.

(Il attira à droit*.)

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