SCENE IX
BERTON, DANIEL, un domestique.
BERTON, iu Jomtiilquc , cornait <a eooiinacni de lu, do*n»r des ordre».
Le couvert ici ! bous le berceau, une lubie de jeu. (s« retournât »»r» Daniel.) Il y a dos gens qui diraient que vous les recevez mal si vous ne leur offriez pas ce stupide plaisir, (a j«ni».) A la nuit des lampes çà et là dans le jardin, allez! (t.e r*ppei»nt.) Ah I Justin 1
DANIEL, regardent t droite pendent q«n le doeteur perle fe*> k Justin.
Elles s'éloignent, ces charmanles jeunes filles! Tiens, Raoul les accompagne. Aht heureux ceux-là quelles aiment ou qu’elles aimeront!
ÈCRTON, k Justin.
Allez!.. (Le demeetlqoe entre de*, le »eiton.) Maintenant, Daniel, causons un peu. (lia l'eieejmt tome item.) Je reçois une lettre, mon ami, qui aura pour effet de te remettre dès ce soir en voyage...
DANIEL , vlftMnt.
Je retournerais à Paris?
BERTON
Non t pas précisément... Ah çà! mais tu l'aimes donc bien, ton Paris?
DANIEL
Je l'avoue, mon père. Ma vie me semble interrompue depuis que je l'ai quitté. Loin de ce brûlant foyer j'ai froid... il n'y a rien de votre faute, je le sais; vous êtes bon pour moi, malgré votre caractère inflexible; mais, il faut bien vous le dire, l'artiste que je sens en moi ne respire qu'à Paris.
BERTON
Qu’est-ce que c'est que ces déclamations-là?
DANIEL
Ce ne sont pointées déclamations, mon père, mais l'expression des nécessités de ma vie, de ma nature, de ma vocation.
BERTON
La Tocation, nous y voilà! encore la vocation!
DANIEL
Toujours, mon père t ma vocation, c’est l’art, l'art de h peinture, qui sollicite ma jeunesse et que votre sévérité veut «•n vain comprimer! Je vous demande pardon si je vous parle avec ce tun résolu... mats vous venez vous-même de m'en fournir l'occasion ; j'en profite, mon père, et, autant d’ailleurs expliquer aujourd'hui que demain. Je vous demande cngiûcu de ne plus me contraindre à l'élude de la médecine, de me laisser suivre ma vie d'art i.-te à travers la misère, la bohème, les mille épreuves qui rendent fort, et enfin de me permettre de retourner à Paris.
BERTON, fr*ia«w«at.
Vous choisissez mal votre temps, Daniel, pour donner cours à vos extravagances...
DANIEL, h réulial.
Mon père!
BERTON, «iifml.
Je vous ai laissé dire. Ecoutez moi à votre tour. Ce n'tat point tout à fait un homme ordinaire* le docteur Berlon, vous le reconnais»» vous-même ; crevez donc, je vous en prie, qu’il voit plus clair que vous dans la vie. Mon (ils, vous avez assez dépensé de votre jeunesse, dans la rêverie, dans les amourettes, dans le barbouillage que vous appel» de la peinture, et dans celte vie folle de Paris qui épuise plus qu’elle ne fortifie, soyez en convaincu ! Le moment est venu de vous donner sérieusement et dignement à une carrière honorable. Je n'cn connais pas de plus honorable que la médecine; vous m'y suivrez. C'est ma volonté, c'est ma prière, c'est votre devoir. La lettre que ie viens de recevoir est du recteur de l'académie de Montpellier, mon ami ; il vous attend : vous achèverez vos éludes sous sa direction. U a une fille, vous pourrez loi plaire, et vous rendre digne de l'obtenir pour femme. Voilà le plan que j'ai tracé pour vous: rien n’y sera changé, (il h n«« <t d«»i«i m r*n ••u«i.) Vous partirez donc ce soir pour Montpellier.
DANIEL
Je ne puis cependant, mon père...
BERTON, l'mptitMi.
Vous partirez ce soir, ou je vous abandonne, je ne vous revois jamais.
DANIEL
Taisez- vous, mon père! Au nom du ciel écoute z-moi encore!.. Voulez-vous donc que je sois un mauvais médecin?
BERTON
Vous ne serez pas un mauva» médecin. Vous êtes un honnête homme, et vous aurez mon nom à continuer à glorifier. Là où votre père a porté le soulagement et la guérison, vous aurez à cœur, malgré vous, de ne point porter l'ignorance cl la mort Une sainte fiè're Vous prendra : vous aurez plahir à
LES ORPHELINES DE SA1NT-SLV1 H
lutter avec la maladie, à lui disputer sc# victime», à l'écraser sous vos eflorU... Qu’est-cc doue que la peinture auprès de cela * ?
BARIIl.
Dans l'existence, mon père, il y a des maux de toutes sortes et des besoins de tous genres. L'homme une fois en santé, il lui manque encore des choses qu'il n’e»t pas en votre pouvoir de lui donner. Il a U v ie, mais il faut lui faire la vie sont unie, et c'est noire lâche à nous autres artistes; car ce n’est pa* pour lien que Dieu nous a départi certaines facultés : vous êtes de ceux qui soulagent, je suis de ceux qui consolent, comme les poètes, comme les statuaires, comme les musicien#: Et d'ailleurs, c'est si noble la peinture ! Ah! ravir dans l’extase du beau l'esprit de celui qui contemple une image fixée, le faire songer à d’autres cieux, charmer sa rêverie...
BRETON, iMrnui.
Des extases, des songe#, des rêverie»! est-ce que c'est la vie, cela? Allons, allons, c’est loi qui rêves, éveille-toi, et renonce à ta damnée peinture!
DANIEL
impossible! mon père, c’est une pa*8io« invincible I
berton.
On dompte les passions ! il n'y m a pas d'invincibles; à quoi servirait donc la volonté?.. Veux. tu des preuves, enfant?., (il ('«Mar* quf p«rxni»* m pt»i Eh bien ! regarde-moi;
on t’étonnerait fort, nVst-cc pas, en te disant : « Vojex-vous ce docteur Bcilon, ce savant austère, cet homme Inexorable?... 11 a été en proie à une passion furibonde, à laquelle il a fait mille sacrifices insensée! il a été joueur I «
DANIEL
Vous, mon père !
J'ai été joneur, Daniel, joueur ardent, insatiable, effréné; et & qui m'eût démontré ma folie, j'euw-e répondu comme toi : Ma passion est invincible!.. Je lai vaincue pourtant!., parla volonté. Ab ! il faut dire que la volonté et lu triomphe consistent beaucoup à fuir le danger... Tu dois donc renoncer à Paris, lu y renonceras, n’est-ee pas? tu pai tiras ce soir pour Montpellier? tu deviendra# un grand médecin, en même temps qu'un homme heureux, et un jour lu me remerciera».
DANIEL, MtfakiinDW
La volonté! '
MUtTON.
La volonté peut tout! essayes-en sur toi-mème! Allons, Daniel, c'est dit, n'est-ce pas? tu croiras et tu imiteras ton père, un homme qui a toujours fait ce qu'il a dit, que nul ne peut mettre en face d un ■ contradiction, et dont nau, par conséquent, n'a pu aflaiblir l'autorité sur loi !