TRAITEMENT
Au chapitre précédent nous avons démontré suffisamment que le seul traitement des ostéomes de l'orbite consiste en l’ablation de la tumeur. En dehors de cela, il n’y a pas de chances de guérison. Le salut est seulement dans la sainte foi chirurgicale. Mais voici que contre cette argumentation s'élèvent des voix très autorisées et quelquefois très autoritaires.
En 1880, le docteur allemand Berlin a émis dans son article, d’ailleurs très court et très sommaire, sur les ostéomes de l’orbite (tx Graefe-Saemisch Handbuch der Augenheil Kunde, t. VI,p. 730) une opinion très décourageante à l'égard de l'opération des ostéomes orbitaires. Il avait réuni 32 cas d’ostéomes de diverses parties de l'orbite opérés par résection ou énucléation totale et il trouva que dans 8 de ces cas, c’est-à-dire dans 25 0/0 les malades avaient succombé à la méningite et aux abcès du cerveau. En examinant en particulier les cas des tumeurs osseuses de la paroi supérieure de l’orbite, M. Berlin constata que sur 16 opérés 6 cas, c’est-à-dire 38 0/0, ont été suivis de mort. D'où la conclusion que, « le souci de parer à une défiguration, ainsi que le désir de sauver un globe oculaire ne doit jamais déterminer un chirurgien à une opération aussi dangereuse ; on ne devrait se décider à la résection ou à l’ablation totale
de Taranto T
d’un ostéome qu’au cas où celui-ci ne serait pas situé à la paroi supérieure de lorbite ».
Opiaion tout à fait erronée et contre laquelle nos recherches plaident à haute voix.
La même question a occupé ensuite M. Bornhaupt. Ce savantse distinguant, comme nous l'avons relevé à plusieurs reprises, par une tendance très marquée à l’exagération, a assombri encore davantage le tableau. Pour lui, les données statistiques concernant les opérations des ostéomes sont bien plus lugubres. Sur 11 cas d’ostéomes du sinus frontal opérés, (plus exactement d’ostéomes qui avaient pénétré dans le sinus frontal), 7 ont été suivis de mort (abcès du cerveau) ; dans ? cas, le résultat définitif est resté inconnu ; 2 cas seulement ont abouti à la guérison complète. Par conséquent, la mortalité est dans ce groupe de 63 0/0. Cependant M. Bornhaupt ne voit pas, comme M. Berlin, dans les ostéomes de la paroi supérieure de l’orbite une sorte de xo/i me tangere. Selon lui, ce n’est pas la défiguration du malade qui constitue le dernier terme des progrès de l’ostéome, mais bien réellement la mort provoquée par la pénétration de la tumeur dans le cerveau, Ceci est une indication capitale de lintervention radicale, Quant à la résection, M. Bornhaupt la rejette parce qu’elle est à son avis aussi dangereuse que l'opération totale et qu'elle ne donne malgré cela aucune garantie. Seulement il faut entreprendre l'opération radicale de bonne heure, lorsqu'il n’y a pas de symptômes cérébraux, que l’ostéome n’existe pas depuis fort longtemps et qu'il n’a pas pris un très grand développement.
À propos de cette discussion non seulement très intéressante, mais aussi très importante, M. Panas a dit en véritable
sage : « Dans cette question primordiale, seules les statis-
tiques intégrales pourraient nous édifier ». Cette déclaration nous semble en effet donner la clé du problème. Et c’est pour cela que nous avons dressé la statistique de toutes les opérations des ostéomes de l'orbite que nous avons pu trouver dans la littérature médicale, allemande, américaine, anglaise, française, hollandaise, italienne, latine, russe et suédoise. Elle compte 113 cas, c’est-à-dire 81 cas de plus que celle du D' Berlin. À propos de notre statistique ,nous ferons remarquer que nous avons adopté lordre chronologique. Ensuite il est entendu que sous le mot guérison, nous comprenons l'issue heureuse de lopération. Nous ne nous occupons là que de la tumeur et de son ablation. Quant à l’appareil de la vision, il n’a pas été sauvé dans tous les cas que nous rangeons dans cettte catégorie. Il est évident que quelquefois des malades se sont présentés au moment où la vue était perdue. Mais ils é:happèrent néanmoins aux conséquences ultérieures du développement de l’ostéome. En outre, nous avons préféré admettre sous le nom de /ocalisation la paroi de l’orbite qu'occupait l'ostéome au moment où on l'opéra. Peu importe au clinicien dans ce cas, si l’ostéome a pris sa naissance dans los ethmoïde et a envahi secondairement le frontal ou si c'est l’inverse qui s’est produit. L'important c’est de savoir où se trouvait l’ostéome et ce que fit le chirurgien. Enfin nous ajoutons que, partout où il n’y a pas de remarque particulière, l’ostéome avait envahi le sinus frontal, s’il s’agit de la tumeur osseuse de la paroi supérieure ; les cellules ethmoïdales, s’il s’agit de la paroi interne ; l'antre d'Iighmor», si c’est le cas de la paroi
inférieure.
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Nom de l’auteur
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