CONCLUSION
Le Mexique et le Rio de la Plata. — Enseignement Mstorique pour les races latines de rAmérlque, dans leurs rapports avec la démocratie et avec la monarcMe.
Par le drame dont on vient de dérouler les péripéties, et par les études qui l'ont précédé sur les lieux , les hommes, les choses du Rio delà Plata , on peut juger quel contraste frappant existe entre l'excellent esprit des populations et les vices de l'org'anisation de la société platéenne.
La morale à tirer de ce contraste est plus élevée qu'on ne pourrait le croire. C'est pourquoi il nous a paru intéressant de remonter à l'orig-ine de cette organisation difficile à comprendre au premier abord, de signaler les causes d'un état de choses qui a produit tant de résultats malheureux , et d'indiquer quel moyen nous paraît le plus propre à détourner ces populations de la voie périlleuse et stérile de l'anarchie, pour les remettre dans la voie féconde de l'ordre et du progrès.
L'anarchie actuelle a sa base dans le fait même de l'indépendance des colonies espagnoles , violemment séparées de la mère-patrie. Le régime colonial , qui se nourrissait de restrictions , a fait soudainement place aux idées de la démocratie , et par suite, au système de self government , pour lequel rien n'était préparé , ni hommes, ni choses. La liberté a dégénéré en licence , et de la licence est né le
despotisme, qui, par l'effet de la réaction , a engendré l'anarchie. De toutes ces créations improvisées par l'indépendance , l'anarchie est devenue le résultat le plus pratique, parce qu'elle proclamait l'indépendance, flattait la liberté , encourageait la licence que les despotes exploitaient à leur tour. Tel est le cercle fatal dans lequel ces malheureuses populations consument leur vie sociale et civile depuis plus d'un demi-siècle. Il en résulte que les heureuses dispositions naturelles dont elles sont douées s'usent dans des luttes stériles de personnalités, au lieu de concourir au bien public. Que conclure de là , si ce n'est que la démocratie , dépourvue du sentiment et du respect de l'autorité, est un pur ferment de désorganisation? Et c'est parce que la démocratie a pénétré , on pourrait dire par les toîts, dans l'édifice colonial de l'Espagne, que l'édifice s'est effondré, el que la moitié d'un siècle n'a pas suffi encore pour déblayer le terrain et pour y fonder l'édifice nouveau.
De cet exposé découle naturellement l'appréciation qu'il convient de faire de notre intervention actuelle dans les affaires de l'Amérique , et des résultats qu'il est permis d'en attendre.
Mais on ne saurait obtenir les éléments de cette appréciation sans avoir jeté un coup-d'œil rétrospectif sur l'histoire même de la colonisation. Nous avons déjà indiqué au chapitre quatrième , dans quel état l'ère de l'indépendance avait trouvé la population des campagnes au Rio de la Plata , et on a pu entrevoir les conséquences que devait amener un changement si peu préparé. Ici nous pousserons plus avant l'investigation , et nous dirons quel remède on pourrait apporter au mal.
Dans les commencements de la colonisation espagnole , une faute grave, politique autant que sociale, avait été commise par les conquérants espagnols dans l'Amérique.
Le Mexique de Hernand Cortez et le Pérou de Pizarro avaient une nombreuse population , également douce et industrieuse : c'était une belle mission dévolue à l'Espagne que celle d'annexer paisiblement à sa couronne des millions de sujets qui ne demandaient qu'à obéir aux hommes blancs qu'ils révéraient , aux premiers jours de leur apparition sur la plage américaine ! Christophe-Colomb, Ferdinand et Isabelle l'avaient bien compris ainsi , et de cette habile intelligence naquirent ces remarquables lois des Indes, qui feront l'honneur du grand conseil des Indes, parce qu'il partagea si bien les vues généreuses du grand missionnaire Las Casas , cet ami dévoué des Indiens.
Mais le sabre du conquérant profanait de si sages lois, à mesure qu'elles prenaient naissance , en martyrisant Guatimozin au Mexique et les Incas au Pérou.
Ces horribles boucheries aliénèrent à [Espagne les sympathies des populations conquises , et il en est résulté pour elle , en définitive , la perte totale de ses colonies sur les deux Océans qui baignent l'Amérique.
D'autre part, le Portugal, devenu maître du Brésil, aux 250 mille lieues carrées, d'une superficie territoriale égale aux cinq sixièmes de l'Europe, n'avait pas à lutter contre une civilisation indigène. Les Indiens vivaient dans les bois. On s'efforça de les attirer et de se les agréger.
Deux politiques si différentes devaient amener des résultats opposés. En effet , la maison de Bragance règne heureusement sur l'ex-colonie portugaise devenue l'empire du Brésil , c'est-à-dire le seul mais magnifique débris du pouvoir monarchique dans tout le continent américain.
Et d'abord , quels empires furent jamais plus splendidement monarchiques que celui de Montezuma et celui des Incas ?
Qu'on se reporte, par la pensée et par l'histoire, aux premiers jours de la conquête, alors que Hernand Cortez ,
ses vaisseaux brûlés, s'avançait jusqu'au cœur deTempire de Montézuma, et qu'on se souvienne de quelles sympathies les Mexicains entouraient les Espagnols , à la voix d'un monarque aimé et respecté, bien plus que craint de ses sujets. Ah ! c'est que Hernaud Cortez, habile politique, autant que soldat intrépide, en brûlant ses vaisseaux, avait deux buts, dont le principal était de convaincre les Mexicains de son désir sincère d'unir indissolublement le sangeuropéen au sang des indigènes. L'autre but était de porter ses soldats à l'observance d'une rigoureuse discipline , en les privant ainsi de la protection et d'un refuge à bord de leurs vaisseaux. D'autre part, qu'on suive dans le Pérou la marche de Pizarro s'ouvrant barbarement un passage, par le fer et le feu, jusqu'aux portes sacrées du temple du Soleil, et qu'on dise si les Péruviens ne se sont pas fait immoler tous pour la défense de leur Incas , tous, jusqu'à ces douces et nobles vierges consacrées au Soleil! N'est-ce point à dire que dans ces deux grandes agrégations des indigènes de l'Amérique, l'amour de la monarchie puisait son origine et sa force dans les profondeurs de la théocratie ?
Si de ces souvenirs, sur lesquels trois siècles ont passé , nous portons notre attention sur les événements contemporains, n'est- il pas surprenant de voir la couronne de Dom Pedro I" posée sur la tête de Dom Pedro II , un enfant de huit ans. . . . par les Brésiliens même , qui virent partir avec joie son père? Enfin, quoi de plus prodigieux que d'avoir vu Dom Pedro II , depuis \ 831 jusqu'à nos jours , devenir homme , savant , et monarque respecté , au milieu des débordements de la démagogie qui enserrait le Brésil du sud , de l'ouest et du nord.
Aussi Dom Pedro II a traversé l'un des plus longs règnes de ce siècle , qui en a tant dévoré , sans autre appui appa-
rent que les vaines sympathies de l'Europe monarchique , dont le souffle lui arrivait à travers l'Océan.
Ce souffle s'est manifesté récemment à l'occasion d'un fait encore plein d'actualité. On sait comment l'empire du Brésil vient de triompher des exigences de la Grande- Bretagne, par la seule force du droit et de la raison , grâce à l'équité de l'un des doyens de la monarchie en Europe ! — S. M. le roi des Belges. —
Cette intervention qui a tenu tous les esprits en suspens, et s'est terminée par un jugement qui a entraîné l'approbation de l'Europe entière , n'est-elle pas un indice certain des sympathies de l'Europe pour le principe monarchique ? N'est-ce pas une preuve que la monarchie , quoi qu'en disent des esprits aventureux , n'est pas regardée comme impossible en Amérique ?
Et si nous jetons un coup-d'œil sur les Etats qui environnent le Brésil, nous voyons le désordre de l'anarchie dans les Républiques du Sud. Qu'on cherche , du reste , dans tous les territoires de l'Amérique , au nord comme au sud , un corps politique qui ait montré un plus grand respect de soi-même et de ses voisins? On ne le trouvera pas en dehors du Brésil.
On trouverait des sections territoriales de l'Amérique dotées d'autant d'éléments de richesses naturelles, mais, eu égard h l'absence d'émigration européenne au Brésil, on n'en citerait aucune qui les ait fait valoir au même degré que le Brésil , paisiblement et sans secousses; non, aucune , pas même dans les Etats-Unis , jadis si vantés , et aujourd'hui si ruinés.
Peut-on assez admirer les avantages de cette politique sagement progressive quand on envisage le règne si long et si prospère de Dom Pedro TI ! Il fallait que l'esprit d'ordre eut bien profondément pénétré chez ce peuple , pour que les mêmes hommes qui expulsèrent Dom Pedro P'"
parce qu'il était ne en Europe, missent sa couronne sur
la tête de son fils âgé de huit ans , parce qu'il était né au Brésil.
Les faits, plus encore que les mots, ont leur signification propre , et ceux-ci ne signifient rien ou ils signifient qu'après un demi-siècle et plus d'épreuve , il ne reste à tout le continent d'Amérique qu'à choisir entre la démagogie qui veut dire anarchie, et la monarchie qui veut dire ordre et sécurité.
Le Brésil suhsiste monarchique et prospère ; le Mexique va marcher dans les voies du progrès, grâce à la monarchie ; le Pérou le suivra , c'est sa loi. Les autres Etats imiteront ces trois sections , les plus considérables du règne latin dans l'Amérique. Eh 1 qu'on ne dise pas que l'Amérique devenue monarchique perdrait son indépendance. Ils le diront , ceux qui veulent exploiter à leur seul profit ce motmag'ique: Indépendance ! commue l'ont dit le D"" Francia au Paraguay, le dictateur Rosas au Rio de la Plata , et après eux le g'énéral-avocat Juarès au Mexique , ainsi que tant d'autres ambitieux de bas aloi qui ont torturé tour à tour chaque section de la grande colonie espagnole dans l'Amérique.
Il est donc constant que, partout en Amérique, la démocratie a amené l'anarchie , et que le seul Etat monarchique de ce continent s'est conservé intact et prospère au milieu même des bouleversements qui l'enveloppaient.
Si de cet exemple si concluant fourni par le seul Etat monarchique qui ait résisté aux tendances républicaines , nous reportons notre attention sur la situation de toutes les autres démocraties, un douloureux spectacle nous attend , car pas une de ces démocraties sans base , comme elles sont toutes dans l'Amérique espagnole, n'a échappé aux hor-
reurs de l'anarchie ('!). D'autre part , nous voyons même les Etats-Unis nous fournir un enseignement providentiel. En effet , la grande démocratie américaine de race anglosaxone n'est-elle pas devenue aujourd'hui un objet de pitié et de frayeur pour tout homme sensé?
Et cependant, sa prospérité, glorieuse par la paix et par le travail , a été bien souvent le thème des éloges de l'univers entier ! Eloges justement donnés à un grand fait ; mais ce fait incontesté , en avait-on bien compris les causes? Parmi les éléments de prospérité et de grandeur, ne se trouvait-il pas mêlé quelque élément de dissolution ? La guerre actuelle prouve qu'il en était ainsi. Ce fait nouveau , épouvantable par ses ravages , vient éclipser l'éclat du grand fait de la prospérité passée. Même on serait tenté de la maudire cette prospérité , puisqu'elle n'a amassé tant de richesse et de puissance, que pour faire assister l'humanité au spectacle déchirant d'une destruction sans exemple , comme fat sans exemple la prospérité des Etats- Unis.
Voilà , en peu de mots , l'histoire de la monarchie et de la démocratie sur tout le continent d"i^mériqae, depuis que la démocratie en a expulsé le rég'ime colonial.
Cet état de choses , qui contraste si vivement au Brésil avec celui qui remplit l'Amérique du Nord de désastres et de ruines, nous reporte naturellement à l'examen du rôle qu'a joué la France au Rio de la Plata , et forcément aussi à la position qu'elle vient de prendre au Mexique.
L'étude comparée des deux politiques suivies par la
(1) La république du Chili, seule, a été' moins souvent que toutes les autres en proie aux désordres de la guerre civile. Ce phénomène a deux raisons d être : sa configuration territoriale et la sagesse de l'oligarchie qui y domine. Mais, en revanche, les bouleversements y sont d'autant plus violents qu'ils sont plus rapides. — Une seule bataille décide du litige, mais elle est toujours fort meurtrière. Enfin, la question permai:ente des Rotos , parmi lesquels se recrutent les instruments de l'anarchie, est une épée deDamoclés suspendue sur la sécurité de la familie chilienne.
France dans l'Amérique , à vingt ans d'intervalle , fera ressortir la stérilité pour le bien, des résultats de la première , telle qu'elle découle de ce livre même ; elle fera présager au contraire l'importance des résultats qu'on doit attendre de notre politique actuelle dans le Mexique , par rapport à l'Amérique et aux intérêts généraux de l'Europe.
Nous avons vu la France de 1830 inaugurer au Eio de laPlata(l) une politique pleine de mollesse et d'une hésitation fatale à tous les intérêts de l'Amérique, de la France et de l'Europe, ainsi quelle ressort du drame même des otages de Durazno.
Eh bien ! au moment où les glorieux succès de l'armée française au Mexique viennent familiariser l'esprit public avec les choses de l'Amérique, si peu étudiées en France , effleurons en passant les graves questions que soulève la présence de notre drapeau sur la terre de Montezuma, fait que nous ne craignons pas d'appeler l'un des plus grands événements sociaux de notre époque !
Aussi peu connue dans ses profondeurs sociales et politiques que le fut peu la question de la Plata , celle qui se débat au Mexique renferme également les germes d'une transformation immense.
Identique à celle de la Plata au point de vue européen , la question du Mexique en diffère complètement au point de vue américain mais elle contient les mêmes éléments de prépondérance. Elle est identique , en ce sens que Tune et l'autre entreprise ne pouvaient avoir pour la France d'autre objet que le redressement des violences exercées contre des Européens, et une grande extension pour le commerce, basée sur la sécurité des transactions. Mais au point de vue américain , elle diffère complètement de celle de la Plata. Celle-ci , en effet , n'apportait aucune modifica-
(1) Détails au précis historique (mémoires inédits).
tion au régime g-ouvernemental des provinces Argentines, tandis que l'expédition française apportera dans les formes du gouvernement mexicain un changement radical.
Toutefois, on peut dire que ces deux questions se complètent l'une par l'autre, à cause des résultats que Ton doit attendre de celte identité remarquable de race , de mœurs , de lang-iie et d histoire, couronnée par une même croyance religieuse, qui est le partage de la moitié du continent d'Amérique occupée par la race latine. Le Rio de la Plata forme les limites de la race latine au sud du continent d'Amérique , tandis que le Mexique forme au nord la ligne limitrophe entre elle-même et la race anglo-saxonne. L'un de ces deux points extrêmes semblait destiné à recevoir l'action vivifiante d'un remaniement social. Au Rio de la Plata , il est vrai , la politique de la Grande-Bretagne a pu neutraliser l'influence des sympathies françaises ; mais au Mexique , l'Angleterre a entraîné l'Espagne dans ce qu'on a qualifié du mot si dur de défection. Cette double défaillance, cependant, au lieu de nuire à la France, est venue au contraire la poser, aux yeux de l'univers, dans la plénitude et dans l'indépendance de son action civilisatrice.
De cette action vigoureuse autant que sage il en est sorti un empereur du Mexique, le petit-fils de Charles- Quint , et cet empereur est Maximilien P"", esprit large et élevé , et l'un des plus nobles cœurs qui battent sous la poitrine d'un savant.
Maximilien P"" accomplira au Mexique, grâce à la France de 1860 , ce que la France de 1830 aurait pu accomplir au Rio de la Plata : le rétablissement de la stabilité gouvernementale et de la sécurité individuelle.
Il est probable que l'exemple du Mexique , revenu à la solidité g'ouvernementale qu'il avait perdue, depuis un demi-siècle, au milieu des désordres de la démagogie, influera
puissamment sur les autres sections de l'Amérique méridionale. Le Pérou, nous l'avons dit, est appelé, par la loi de ses traditions indigènes, à suivre la même voie ; puis les trois g-randes sections du Mexique , du Brésil et du Pérou forceront, par la seule influence morale, le centre de l'Amérique à les imiter. Il ne restera donc plus que la vaste section du Rio de la Plata. Celle-ci sera plus rétive à suivre le mouvement régénérateur, à cause des traditions de son origine plus démocratique que celle du Brésil, du Pérou et du Mexique. Mais là encore, la lassitude de l'instabilité, qui afflige tous les hommes sérieux , sera secondée par la souffrance des populations de la campagne, dont la partie saine n'a pas encore perdu au Rio de la Plata le souvenir de la sécurité dont leurs pères ont joui sous le règne qu'ils appellent encore aujourd'hui même el tiempo del Rey, le bon temps du Roi. Ce dernier fait , disons-le en passant , prouve que, malgré les erreurs des instruments de la conquête espagnole, le droit public et léguai protégeait fermement la personne et la propriété des colons.
Quoi qu'il en soit , tous les Etats de l'Amérique du Sud comprennent que, depuis leur indépendance, la désunion a fait tout leur malheur, et que l'union qui doit faire leur force , leur sécurité, ne se trouvera jamais plus entière ni plus propre à conserver une indépendance réelle , qu'en recourant à la monarchie. Celle-ci, en effet, soumettra les ambitions individuelles à un niveau commun , au-dessous duquel elles auront toute liberté d'action, pour leur légitime développement.
Ces faits une fois accomplis , que résultera-t-il de l'intronisation de la monarchie chez la race latine dans l'Amérique du Sud? Nous n'hésitons pas à regarder la formation d'un empire au Mexique comme une muraille de Chine destinée à arrêter les envahissements de la démocratie , maîtresse encore du nord de l'Amérique.
C'est un spectacle unique dans l'histoire de l'humanité : deux races conquérantes , maîtresses de l'une des plus belles parties du globe , en présence des races indigènes vaincues.
Que feront-elles ?
Chercheront-elles à s'absorber l'une l'autre au milieu de toutes les horreurs de la destruction, ou marcherontelles à l'envi l'une de l'autre, dans une heureuse harmonie , vers tous les biens sociaux ?
Ce redoutable problême est à l'étude en ce moment au Mexique, comme il a été à l'étude dans le Rio de la Plata depuis 1 830 ; et c'est ce qui explique les terg-iversations du g*ouvernement du roi Louis- Philippe, en présence des craintes de l'Ang-leterre, qui redoutait, avant tout, l'influence qu'aurait acquise la France, si elle eût renversé Rosas, même de concert avec elle.
La France de \ 830 a donc décliné la responsabilité d'une solution pour ce problême au Rio de la Plata ; la France impériale Tacceptera-t-elle au Mexique, avec toutes ses conséquences ?
On ne manquerait pas impunément et par deux fois une occasion si belle de diriger les destinées des deux plus puissantes races du monde vers le but magnifique de la civilisation chrétienne. L'archiduc Maximilien, descendant de Charles- Quint, est le frère du monarque investi naguère encore du titre ù'/mperator Romanorum , et la France est la fille aînée de l'Eglise romaine. Sa mission est marquée d'un sceau qu'on pourrait dire évangélique , pour l'initiation des peuples à leurs plus heureuses destinées
Que voyons-nous , en eftet , dans cette grande affaire ? L'entente la plus parfaite a surgi spontanément entre les cours de Rome, de Vienne et des Tuileries sur la question mexicaine , et c'est ainsi que tous les grands actes de la providence s'élèvent et planent au-dessus des contradic-
tions les plus apparentes de l'humanité. On peut donc affirmer qu'aucune des questions de la politique européenne n'a jamais fait éclater un accord plus sincère , plus loyal , plus décidé que celui qui lie instinctivement ces trois cours en faveur de la régénération du Mexique , pays étrang'er, lointain , et tombé si bas dans l'échelle des nations ! Son sort, au jugement même des esprits froids et honnêtes, semblait irrévocablement appelé à donner une étoile de plus au pavillon des Etats-Unis d'Amérique. Ce n'était qu'une question de temps
Mais cette barrière une fois franchie par la race anglosaxonne, que serait devenue la race latine de l'Amérique?
Cette question , gTosse de tempêtes , n'est pas à étudier ici , puisque le temps, qui devait amener l'absorption du Mexiqne par les Etats-Unis , a amené la désunion de ces Etats et une reconstitution sociale dans le Mexique.
Explique qui le pourra cette contradiction flagrante entre les pronostics les mieux établis et les événements aussi gTaves qu'inattendus dont nous sommes témoins. Quant à nous , pourquoi cacher notre sentiment ? Nous y voyons tout naïvement l'action du gouvernement temporel de la Providence qui veille sur les descendants de la race latine dans l'Amérique. Cette vigilance providentielle a-t-elle un autre but que de conserver cette race, en la sauvant de ses propres égarements?
Le temps seul le dira ; mais tout porte à le croire, pourvu que les latins d'Amérique, s'ils méprisent l'exemple des Mexicains , ne poussent pas leur aveuglement jusqu'à un suicide volontaire. Et le suicide n'est-il pas en germe, dans la guerre civile passée à l'état de mal chronique ou mieux encore de mal endémique ?
D'autre part , même en admettant la reconstitution de l'Union américaine (si peu probable en vérité), la race anglo-saxonne ne sera-t-elle pas assez sage , assez éclai-
rée , surtout trop réaliste , pour préférer les horribles chances d'une guerre à mort , à l'harmonieux concert d'une marche simultanée des deux races maîtresses du Nouveau-Monde, vers toutes les douceurs d'une civilisation éclairée et pacifique. Tout porte à le croire, pour peu que la politique des Etats-Unis veuille considérer qu'elle est appelée à recueillir les premiers et les plus heureux résultats de la prospérité du Mexique régénéré par la monarchie. Le signal de ce m^ouvement si désirable est donné par le Mexique, jusqu'ici l'Etat latin de l'Amérique le plus cruellement torturé par la guerre civile qu'y attisaient inconsidérément les Etats-Unis, pour s'annexer cette belle et riche proie.
Aussi, que la réaction démagogique contre l'arbitraire colonial ait atteint au dernier degré de l'anarchie , telle que l'épée de la France vient de la briser dans le Mexique, on ne saurait s'en étonner : elle a suivi la loi logique de toutes les réactions violentes. Mais que le Mexique , l'expérience faite, retombe dans la mauvaise voie, aujourd'hui qu'il n'a plus à combattre l'arbitraire colonial.. . . il faudrait qu'il fut dépourvu du plus vulgaire de tous les sentiments : celui de sa propre conservation (1).
Voilà ce que l'expérience de trente ans, passés dans les Républiques américaines, inspire à un Français qui aime les Américains , parce qu'il connaît leurs bonnes qualités naturelles , et aussi les causes occultes ou visibles qui les privent des biens que leur a départis la Providence, dans la richesse , la fertilité du sol et la beauté du ciel de l'Amérique.
Quant à l'action morale de la France dans le Mexique , après la victoire qu'elle a remportée par sa force matérielle
(1) Que si l'on évoquait le souvenir de l'empire précocement inauguré par Iturbide, nous répondrions simplement qu'Iturbide avait trop présumé de ses forces et pas assez de son époque.
et le courage de ses soldats , loin de nous la prétention d'en tracer la marche ! Mais l'action française ne saurait avoir d'autres buts légitimes qu'une amélioration sociale et une reconstruction politique.
Dans le premier de ces grands biens à conquérir pour les Mexicains , la France , ou plutôt l'empereur Maximilien , devra tenir grand compte de la présence encore sensible de la race indigène au milieu des descendants de l'Espagne ; question délicate , mais d'où peut sortir un heureux équilibre.
Pour ce qui touche à la reconstruction politique, elle est naturellement indiquée par le désarroi général dans lequel se trouve le Mexique. C'est tout ce que nous en dirons au point de vue politique et social.
Mais il est un autre point de vue à l'étude duquel nous devons nous livrer, c'est celui qui embrasse , dans ses plus heureuses perspectives, l'intérêt maritime, industriel et commercial, même l'intérêt agricole de la France, de l'Europe. En ef/et, la pacification du Mexique obtenue, amènera la sécurité , et la sécurité produira le développement des immenses ressources naturelles de ce riche pays. La valeur des échanges augmentant , accroîtra la consommation dans des proportions telles que le chiffre actuel de notre commerce avec le Mexique , qui varie depuis long-temps entre 20 et 30 millions par an , pourra être décuplé en très peu d'années. Pour s'en convaincre, il suffit de savoir que les g'uerres civiles , qui laissent à la disposition des partis en armes la plus grande portion de la richesse pastorale et agricole du pays , avaient presque tari les sources de l'industrie minière, à cause de l'insécurité dont leur exploitalion était frappée. Or, avant l'abandon presque total des mines , abandon dû aux guerres civiles , les mines du Mexique avaient fourni aux conquérants espagmols, depuis Fernand Cortez jusqu'au commencement du dix-neuvième
siècle , une rîcliesse qu'on peut évaluer à quinze milliards de francs. Cette somme , répartie sur les 300 ans de l'occupation espagnole , donne une commune de 50 millions de francs par an. Mais si l'on a égard au faible produit de ces mines pendant le premier siècle de la conquête , on comprendra sans peine comment il s'est fait que , dans les dernières années de la domination espagnole, le produit des mines du Mexique a dépassé de beaucoup cent millions par an !
Nous ne pourrions ici que copier le rapport de M. Laur, ingénieur des mines, au général Bazaine, pour tout ce qui touche à l'actualité et aux espérances que promettent les immenses gisements argentifères du Mexique, et nous préférons renvoyer le lecteur à ce travail , qui est le résultat de l'exploration la plus moderne et probablement la plus technique qui ait été pratiquée jusqu'ici (1). Il en résulte que nulle section du globe n'a offert encore un foyer métallique comparable à ceux que le Mexique a donnés pour l'or dans la Californie , et pour l'argent dans les contrées de la Sonora , dont on peut dire qu'on n'a encore exploité jusqu'à nos jours que les premiers rudiments. Le cœur de cet immense foyer est encore lettre close , au pouvoir des peuplades indomptées, qui semblent garder en réserve ces richesses pour les livrer providentiellement au Mexique régénéré par la présence de l'emperuer Maxi-
milien Et ici , qu'il nous soit permis de faire entendre
un cri de conviction intime , quelque timide qu'il puisse paraître, mais il est vrai et sûr, parce qu'il est juste : les Indiens Apaches , maîtres-nés du grand foyer de l'argent, n'en doivent pas être chassés par la force brutale ; le marteau du mineur ne doit pas suivre le sabre du conquérant ; il doit suivre la croix du missionnaire et être suivi ou tout
(1) Les Mines du Mexique, Voir Moniteur uuiversel 17 décembre 1863.
au plus accompag"né par les baïonnettes intelligentes des soldats de l'empereur Maximilien. Ce sera long, dira-t-on; oui , répondrons-nous ; mais c'est un moyen sûr, parce qu'il est juste. Et c'est parce que les conquérants espagnols trouvèrent plus commode et plus court de martyriser Guatimozin au nom du Dieu de paix et d'amour... que TEspagne a perdu, dans le Mexique, le droit d'être crue sur parole ; qu'on s'en souvienne. La violence , qui peut tout détruire , ne saurait rien fonder de stable , de solide , parce qu'elle est injuste.
Empereur Maximilien ! voulez-vous vous asseoir honorablement sur ce magnifique trône d'argent que la Providence a laissé jusqu'ici à la garde des Indiens Apacbes pour vous et vos descendants? Hâtez-vous de cboisir, parmi les cultivateurs de la vigne du Seigneur, les hommes les plus dignes, des hommes de foi et d'amour, pour qu'ils aillent planter la croix sur ces roches solitaires de la Sonora, de Chihuahua et de Cinaloa, qui recouvrent des trésors sans prix. Aidez-les, sans impatiences aventureuses, laissez-leur tout le temps nécessaire pour défricher un sol inculte, mais vierge; qu'ils puissent seulement gagner la confiance de ces peuplades restées jusqu'ici indomptables par le fer de la lance et du sabre , mais qui ne se refuseront pas à prendre en main le soc de la charrue , dès qu'elles auront acquis la certitude que le produit de leur travail ne leur sera pas ravi. Puis, la conquête morale ainsi faite par la religion escortée de la justice, tout sera dit au point de vue de la conquête matérielle de cette vaste région argentifère.
Alors le Mexique , dont les richesses pastorale et agricole auront déjà comblé, par le seul fait delà sécurité qu'amènera l'empire, le déficit de cinquante ans de désarroi et de ruine , verra sa prospérité grandir sur cette solide base , et dès que l'exploitation des mines de la Sonora de-
viendra possible paisiblement , par la sujétion morale des Indiens Apaches, aucun Etat des deux hémisphères n'égalera en richesse l'empire du Mexique. Mais si pour sa prospérité pastorale et ag-ricole , le Mexique n'attend que la sécurité , ce grand bien à lui ravi par les excès de la démagogie , la richesse de ses mines n'attend , pour jaillir du grand foyer de la Sonora , que la conquête religieuse et morale des populations indigènes de cette contrée. Jusqu'ici elle est restée fermée au pouvoir des conquérants espagnols et de leur descendance devenue démagogique , c'est-à-dire sans force nationale, et surtout sans influence morale sur les populations indigènes demeurées en possession de leur territoire. Que si, au bruit des armes fratricides , succédait la paix et la tranquillité que la formation de l'empire promet au pays , les indigènes n'auraient pas de peine à comprendre la nature du changement qui s'est opéré autour d'eux . Ils recevraient à bras ouverts les missionnaires qui leur apporteront la parole évang'élique , c'est-à-dire le code de la justice , à laquelle tous les hommes de la nature sont si grandement sensibles , et aussi l'exercice légitime de leurs droits , dont sont rigoureusesement jaloux, ces mêmes hommes que nous appelons sauvages.
A ces considérations , nous n'ajouterons qu'un mot sur ce que nous avons le courage d'appeler l'inintelligence de ces questions de l'Amérique qui influence en Europe, surtout en France , même des esprits éminents. Ainsi , nous avons vu des hommes , les plus hauts placés dans les régions du savoir, surtout dans l'étude de l'histoire économique , sociale et politique des peuples, faire un crime au gouvernement de la France d'avoir entrepris la campagne du Mexique.
Pour nous , c'est là une erreur aussi grande que le serait celle défaire un crime à la France d'avoir conquis l'Algé-
rie. — Chaque âge de tout peuple a ses travers ; qu'il ait aussi ses gloires ! — Voilà l'esprit français, tel que nous le comprenons, pur de tout levain; et dans notre modeste opinion, la pacification du Mexique deviendra, pour le second empire , une gloire aussi belle , aussi grande , que grande et belle est devenue la conquête de l'Algérie, dans la partie glorieuse de l'histoire de la monarchie.
Quoi qu'il en soit , nous respectons toutes les convictions, parce que nous désirons qu'on respecte les nôtres, mais nous affirmons sans hésitation que si la France a pu faire des guerres plus glorieuses, elle n'en aura jamais entrepris, à notre avis, de plus juste par ses causes, ni de plus fructueuse par ses résultats, que celle du Mexique.
Il n'est pas de guerre qui ne coûte du sang et de l'or, mais ici on peut dire que le sang* français versé au Mexique est , même au point de vue humanitaire , une grande économie du sang qui aurait été versé plus tard et bientôt, si l'absorption de la race latine de l'Amérique n'avait été empêchée providentiellement par la désunion des Etats- Unis. Là, il est vrai, coulent aujourd'hui des flots de sang, et on pourrait ajouter des flots d'or ; mais ces malheurs et ces pertes ne sont-ils pas dus aux excès de la démocratie? Et celle-ci, lorsqu'elle prétend être absolue, exclusive, n'est-elle pas comme la racine de la plante dont la démagogie et l'anarchie sont les fruits nécessaires , n'importe l'époque de leur éclosion?
Voilà une thèse digne d'être étudiée par les hommes sérieux de tous les pays, dans notre époque , où si souvent on a vu confondre les choses les plus opposées : la liberté avec la licence , l'autorité avec le despotisme , la religion avec le fanatisme , etc., etc.
Quoi qu'il en soit , quel moment plus opportun eût pu choisir la France , posée par Dieu à la tête des races latines , pour obtenir, d'une part, le redressement de griefs
irrécusables , en élevant , d'autre part , une muraille infranchissable aux aspirations conquérantes de la race saxonne dans l'Amérique ?
De là , influence sociale et politique conquise pour la France; de là, développement de l'action maritime et commerciale pour l'Europe ; de là enfin , tous les avantages d'une immense colonisation, sans aucun inconvénient, sans aucune des charges qu'imposent les colonies.
Voilà le prix du sang français.
Quant à l'or de la France , c'est à peine si nous nous arrêterons au chifire des dépenses faites ou à compléter. Qu'est-ce qu'un nombre quelconque de millions, comparé aux vastes horizons ouverts par la formation de l'empire mexicain à la marine, au commerce , à l'industrie, et pardessus tout à l'influence légitime de la France? Si le temps vaut de l'argent, l'influence vaut de l'or.
Voilà pour les hommes qui veulent penser, un thème bien supérieur à tout calcul d'argent ; quant aux esprits soumis plus directement à l'influence du chiffre , aux hommes d'affaires , nous parlerons affaire , et nous leur dirons : Associez-vous à l'empereur du Mexique pour la conquête pacifique , religieuse et morale des contrées de la Sonora , et dès l'instant que le missionnaire y aura planté sa croix, allez à sa suite , sans crainte , pourvu que vous respectiez ce signe de paix , d'amour et de justice.... Là , vous retrouverez ces millions dépensés , et chaque année pourra les reproduire, sans épuiser le foyer argentifère de la Sonora et lieux adjacents, pendant une longue série d'années dont vous ne verrez pas la fin î Que faut-il de plus pour rassurer les esprits qui se disent positifs et qui tiennent si wtement au chiffre?
Il nous reste à signaler un dernier aperçu dans cette grosse question du Mexique , si peu étudiée en France : c'est l'honneur et la gloire scientifique et littéraire qui en
rejaillira sur le nom français. Aucune section du globe n'offre , comme le Mexique un ensemble d'études aussi vastes, au point de vue des recherches, des fouilles à faire pour retrouver les traces de la civilisation des populations primitives, et aussi au point de vue des études à développer dans toutes les sciences naturelles. La première partie de ces travaux sera tout aussi intéressante pour l'archéologie que l'a été le résultat de la commission scientifique d'Egypte ; elle dominera peut-être cet intérêt au point de vue de l'antropologie. L'autre partie donnera une Flore , une Faune des plus curieuses , à cause des altitudes que possède le Mexique , depuis le niveau de la mer jusqu'aux glaces perpétuelles.
Il est impossible que l'idée de la formation d'une grande commission scientifique ne domine pas les esprits dans la sphère gouvernementale , car c'est évidemment en faisant connaître le pays dans toutes les parties de sa richesse naturelle, que les entreprises utiles pourront naître et prospérer (1). Eu prospérant, ces entreprises ajouteront aux beautés de la nature tropicale les merveilles de la civili sation , et le Mexique deviendra , dans le nord du continent d'Amérique , le digne émule du Brésil, qui est pour le sud un modèle d'ordre et d'une prospérité sagement progressive
Les tableaux rétrospectifs que nous venons de tracer, et
(1) Cette pense'e est si naturelle , si simple , qu'elle saisit le voyageur, alors que lancé dans les contrées désertes de l'Amérique , il recherche avec avidité et recueille soig-neusement tous les détails qu'il peut obtenir des rares hommes qu'il rencontre capables de l'instruire . ou ce qu'il peut arracher à la taciturnité de l'Indien, quelques fois à la loquacité peu éclairée des g-uides qui l'accompagnent. Nous avons subi souvent cette soif d'apprendre, toujours incomplètement assouvie, en parcourant les deux cents lieues du versant oriental des Andes, que nous connaissons. Aussi avons-nous exprimé le vœu de de voir se former une g-rande et double commission scientifique européenne, qui allât explorer,à la fois les deux versants des Andes. (Voir notre Mémoire sur la province de Catamarca, lu à la Société de g-éographie par M. Vivien de Saint-Martin en juillet 1863, et publié dans le Bulletin de cette société (Cahiers de mars , avril et mai 1864).
les horizons nouveaux que nous faisons entrevoir, nous reportent naturellement au souvenir de ce qui s'est passé dans le Rio de la Plata. Là aussi , la France de 1830 avait fait entendre le bruit de ses canons, à l'affaire d'Obligado, mais au lieu de compléter son œuvre dans Buenos-Ajres , comme l'empire la complète dans Mexico, le gouvernement du roi Louis-Philippe perdit le temps à de vaines négociations.
Ailleurs nous dirons avec détails et pièces à l'appui (1 ), le rôle qu'a joué la diplomatie française au Rio de la Plata pendant vingt-cinq ans ; mais ici nous nous sommes borné à exposer le résultat amené par ces malencontreuses négociations, au préjudice de tous les intérêts vr ais de la France dans l'Amérique du Sud.
Puisse le contraste des deux politiques et la différence des résultats par elles obtenus, faire comprendre tout ce que le commerce en général doit de reconnaissance à la politique d'énergie et de raison qui est parvenue à poser les bases d'une monarchie respectable, sur les débris encore fumants de l'affreuse démagogie que le bras de la France a terrassée au Mexique.
Si la guerre est excusable , c'est évidemment lorsqu'elle a pour objet un pareil résultat ; ses effets seront heureux, alors, et pour le pays qui l'a faite et pour celui qui l'a reçue. Le premier en retirera , en outre de la gloire , un solide accroissement de ses intérêts commerciaux et industriels ; l'autre puisera dans la paix, nécessairement amenée par cette guerre, des ressources tout aussi solides, pour exploiter les éléments de ses richesses naturelles.
Ce double résultat est désormais acquis à la France, qui a su semer pour recueillir, et au Mexique , qui a compris , après cinquante ans de désordres intestins , la nécessité
(1) Précis liistoriqu3 de mes Mémoires inédits.
d'appliquer un remède héroïque aux maux causés par la démagogie.
Heureuses les autres sections de l'Amérique , qui sont tour à tour dévorées par cette plaie hideuse , le jour où elles abattront aussi d'un coup les cent têtes de l'hj^dre démagogique ! Heureux les gouvernements de l'Europe qui accepteront la mission providentielle d'aider ces jeunes nationalités égarées, à rentrer dans la voie de la félicité par le travail , en renonçant à la cruelle et laborieuse oisiveté des guerres civiles. Là , en effet , est pour elles la source du bien-être, parce que là seulement elles retrouveront enfin la grande cause du bien que leur a ravi la démagogie : ce bien est la sécurité !