Voir le Moniteur des 20 novembre et 2 décembre 1791. La
LE COUSIN J VCQUES, 175
LA MÈRE NfCOQBME.
Oui, mais quo-n a suit pas.
X UJDÈME l'ainé.
Gnia z-un frein à la licence
LA MÈRE rncoDÉME.
Qu'on n'respecte pas.
nicodème l'aiué.
Gnia d'brav' sens dans 1' ministère
LA .MEHE NICODEME.
(lu n' les y laiss' pas.
NICODÈME l'aîné.
Gbia d's auteurs qui veul' bien l'aire....
LA MÈRE XICODÈME.
()u u'ies écout' pas.
Les Deux .Xicodèmes lurent suivis d'un Nicodème ''i/fers. en cinq actes, qui eut un sort plus doux, c'est-à-dire vingt ou vingt-deux représentations. Quelques alraanachs de spectacle parlent encore d'une autre pièce: les Trois Xicodèmes, mais tous mes efforts pour la retrouver ont été inutiles. Dans la même année, le Cousin Jacques lit jouer le club des bonnes gens ou le Curé français^ qui fut accueilli avec une faveur et une sympathie toutes particulières, à cause des excellentes leçons de modération qu'il contient. L'auteurfut demandé trois jours de suite; et, même encore à la sixième représentation, on L'invita à descendre
pièce n'a pas été imprimée; c'esl par erreur que M. Quérard. l'a mentionnée dans ta Fiance littéraire.
d'un coin des troisièmes pour venir recevoir sur la scène l'hommage dû à l'honnêteté de son talent. Peut-être le Cousin Jacques était-il un peu facile à ces ovations multipliées ; mais que n'excuse-t-on pas chez un auteur animé de l'amour du bien?
Malgré de tels succès, il gardait toujours au fond de son cœur un reste de tendresse pour ses défuntes Lunes, celles qui avaient éclairé sa jeunesse poétique. Dès qu'il le put, il tenta de les ressusciter sous le titre de Nouvelles Lunes; elles vécurent ainsi pendant quelques mois, puis elles s'éteignirent tout à fait. Il crut alors qu'il s'était trompé, et il résolut de donner dans un genre différent. Changeant de format, il fonda le Consolateur ou Journal des honnêtes gens, paraissant toutes les semaines en cahier de vingt-cinq pages environ. Le Consolateur s'occupait surtout de matières politiques, et, quoique habilement tournée à la plaisanterie, sa critique n'en avait pas moins bec et ongles: Brissot, Bazire, Condorcet, Manuel, Chabot étaient particulièrement les objets de ses attaques. « Un crime de Satan m'étonnerait plus que mille crimes de Condorcet ! écrit-il ; je ne conçois pas que cet homme vil , que ce cœur profondément gangrené, reste toujours impuni \ »
Le Consolateur mit le cousin Jacques en rapport avec beaucoup d'hommes célèbres de la Révolution.
1. Cette haine contre Condorcet allait jusqu'au transport; en voici un second trait : « Condorcet, dans la séance du lundi, a dit qu'il répondait de Chabot. Lâches pieds plais ! 1rs deux font la paire. Ces deux hommes sont bien dignes l'un de l'autre; c'est Cartouche qui répond de Mandrin! » {Consolateur, n° 53.) Plus tard, dans son Dictionnaire, le Cousin Jacques s'esl exprimé avec moins de passion sur Condorcet.
Marat lui écrivit pour l'engager à faire usage de sa gaieté, comme d'une arme contre les aristocrates. Marat et le Cousin Jacques! quel rapprochement! Il ne lui répondit pas. Chaumette rechercha également son amitié. Il reçut des marques d'estime indistinctement de Pétion, de Grégoire, d'Anacharsis Glootz et du ministre Roland.
Vint cependant un moment où, à bout de plaisanteries et de quolibets , indigné des scènes par lesquelles une partie de la Fiance se déshonorait , le Cousin Jacques, quittant le ton delà frivolité, s'éleva jusqu'aux hauteurs de l'ode dans des stances vraiment remarquables, exprimant des idées justes, énergiques. Ces stances furent publiées à la date du 2i avril 1792; voici comment elles se terminaient :
Français ! si des brigands despotes, Masqués du nom de patriotes, Font triompher leur l'action; Eh bien, que notre affront s'efface, Et de Brutus ayons l'audace, Ou le désespoir de Catou !
La journée du 20 juin le trouva sur la brèche, mais quelques jours après il dut aller rejoindre sa femme, tombée malade aux environs d'Auxerre. Le Consolateur n'en continua pas moins de paraître; le Cousin Jacques le rédigeait de loin : il attaquait les jacobins et défendait la cause de Louis XVI avec un courage poussé à l'excès. Il avait composé une parodie de l'Hymne des Marseillais :
\lIons, enfants de la patrie,
i la fin de nos malheurs :
178 OUBLIES ET DEDAIGNES.
Un va punir la tyrannie
De tous ces clubs désolateurs, etc.
Quelques jours après, il s'écriait : «Si, comme cela se voit tous les jours, vous me forcez en passant de baiser le bonnet rouge et de saluer le peuplier, sous peine d'être pendu, en vous mettant vingt contre un, je ferai ce qu'il vous plaira que je fasse, mais vous n'empêcherez pas qu'au fond de mon cœur je ne dise avec amertume : — Voilà le bonnet de la tyrannie! voilà l'arbre de la servitude ! »
Le Consolateur, que sa véhémence avait placé au premier rang des organes royalistes, cessa naturellement de paraître au 10 août. Le dernier numéro porte la date du 7. Le Cousin Jacques, pour qui il n'eût pas fait bon alors de se montrer à Paris, resta là où il se trouvait, c'est-à-dire chez son beau-frère, curé de Yincelles-la-Rue. Il y resta pendant près d'un an. Mais la retraite pesait à cet homme de mouvement ; les bruits qui venaient de Paris l'effrayaient et l'attiraient à la fois. Dans la prévision d'une comparution prochaine, et selon lui inévitable, devant le tribunal des sans-culottes, il amassait de tous côtés des certificats de patriotisme et de bonnes mœurs, afin de les opposer, le cas échéant, à ses accusateurs et à ses juges. Les municipalités de Yincelles-la-Rue, de Saint-Marien, où il allait quelquefois se promener le dimanche, de Sauve-Genoux, de Joigny et de Coulange-la-Yineuse durent tour à tour, sur sa demande, attester son entière soumission à la constitution.
A côté de ces prudences fort convenables, il avait des imprudent' 's à déconcerter la raison : après avoir employé soins et temp irger une cuirasse, <>:■•
le voyait s'offrir nu au danger. C'est ainsi que, sur la rumeur très-vague d'une dénonciation portée «outre lui, il s'empressa d'écrire au comité de sûreté générale, pour l'informer du lieu de sa retraite. Mais le comité de sûreté générale ne voulut pas demeurer en reste d'honnêtes procédés, et voici la réponse qu'il lit au cousin Jacques :