ASPHYXIÉ
C'est ton ouvrage, c'est une divinité pour nous!
Mais je m'arrête. Aller plus loin ce serait entrer dans les domaines de la folie. Ces trois volumes sont remplis de divagations semblables, de fureurs étourdies, de parenthèses qui ouvrent sur l'absurbe. Une orthographe spéciale complète ce monument de <léraison et de vanité ; c'est à peine si elle s'accorde elle-même sur son nom d'Olympe de Gouges , ({u'elle écrit tantôt avec un s, et tantôt sans s. La critique ne s'émut guère du théâtre de l'ex-courtisane, et le plus profond silence, l'indifférence la plus parfaite accueillirent sa tentative maladroite.
Il ne fallut rien moins qu'une révolution pour la mettre en lumière , elle et ses drames. Quelques jours après la prise de la Bastille, les sociétaires du Théâtre-Français, qui étaient en quête d'une pièce d'actualité, se ressouvinrent de Zamor et Mirza, enfouie depuis cinq ans dans leurs cartons. Ils
i'ûpousselèrent du mieux qu'ils purent et la représoiiièrent sous le titre de L'Esclavage des Nègres. Cet ouvrage, le premier de M"'' de Gouges et le plus médiocre, ne produisit aucune sensation, quoiqu'il eût été monté avec une certaine pompe. « Ce drame, dit-elle dans ses notes, doit se terminer par un ballet héroïque mêlé de sauvages ; on porte M"^^ de Saint-Frémont en triompe sur son palanquin : les jeunes sauvages dansent autour d'elle. Tout-àcoup on entend le canon et l'on voit la mer couverte de navires. Ce ballet doit peindre la découverte de r Amérique : les sauvages effrayés interrompent leurs danses et s'en vont tous se cacher dans la forêt ; les soldats feignent de les poursuivre avec colère. Le général paraît ; il arrête par un signe la fureur des soldats, et leur fait une morale si touchante, que tous les sauvages surpris reviennent sur leurs pas. Le ballet finit par une concorde admirable, et \me musique indienne qui, mêlée avec la musique militaire, doit faire un effet neuf au théâtre. » Malheureusement, l'effet ne fut pas compris du parterre, qui se moqua de la découverte de l'Amérique et des sauvages en masque noir. C'est égal : ce jour inattendu fut le plus beau de la vie d'Olympe de Gouges ; elle était arrivée au but de ses vœux et de ses espérances, elle avait forcé les portes de la maison de .Alolière : elle avait été jouée enfin !
J'ai dû raconter avec un soin scrupuleux , sans omettre une colère ou un espoir, les efforts incessants et les luttes pied à pied de cette amazone littéraire, qui marque si étrangement entre les femmes de son époque, M""^ Falconnet, M"''^ Riccoboni, lyjnie Montesson, la comtesse de Beauharnais, muses heureuses et pacifiques, dont un laurier facilement obtenu ombrage le front souriant. N'est-ce pas qu'au spectacle de tant de peines, de courses, de déceptions, on se surprend à souhaiter un peu plus do talent à cette malheureuse, si cruellement mordue au talon par la tarentule poétique, et plus attachée au Théâtre-Français que Vénus à sa proie. Voltaire disait qu'une des meilleures conditions pour faire une bonne comédie était d'avoir le diable au corps. Pourquoi donc n'a-t-elle jamais fait une bonne comédie ?
Qu'on ne s'imagine point cependant que les Olympe de Gouges soient rares dans les lettres, et que mon intention ait été de présenter celle-ci comme une exception , une figure anormale. Parmi les auteurs de tout sexe qui rôdent aux alentours du théâtre de la rue Richelieu, cette arche de la littérature nationale; parmi ces pâles porteurs de tragé-
lO'i OLYMPE DE GOUGES.
(lies qui plongent un œil envieux sous le vestibule où la sai'donique statue de Houdon semble leur rire au nez ; sous ces habits couleur de muraille , dont les basques gonflées exhalent un bruissement de rimes ; à l'aspect de ce manchon hérissé qui laisse échapper les faveurs bleues d'un manuscrit , reconnaissez la grande et douloureuse famille des opprimés dramatiques, famille éternelle, dont les plaintes sans cesse renaissantes remplissent Paris et la province, et dont les malédictions s'abattent quotidiennement sur le comité de lecture ! A. peine l'aurore paraît-elle pour éclairer la comédie humaine, qu'on les voit sortir en foule et venir assiéger les sociétaires en leur propre domicile, se pendre à leur cordon de sonnette , essayer de corrompre Marton , se perpétuer dans l'antichambre ou guetter l'heure à laquelle ils se rendent aux répétitions. Que d'orgueils irréfrénables ! que d'anxiétés contenues! que de rêves caressés, qui ne se réaliseront jamais ! que de ridicule, et souvent que de vrai malheur !
On le voit, ces pauvres gens continuent avec plus ou moins de résignation , avec plus ou moins de talent, les traditions de M™" de Gouges. Beaucoup passent la moitié de leur vie à faire recevoir une pièce, et l'autre moitié à la faire jouer ; encore arrivent-ils quelquefois à leur lit de mort sans avoir atteint ce but suprême. Remarquez qu'en cela je ne prends parti ni pour les comédiens , ni pour les
hommes de lettres ; les uns et les autres sont sujets à des erreurs qui interdisent tout jugement trop aljsolu.
Yeut-on avoir un exemple des excès auxquels peut se porter un auteur poussé à bout ! Qu'on lise l'anecdote suivante, racontée par un homme d'un haut mérite, M. Xaxier Forneret. Un jeune poète, — un très-jeune poète, — après mille et mille infructueuses démarches, avait fini par obtenir une audience particulière d'un directeur de théâtre. Pendant qu'il déroule avec empressement son manuscrit, voici que de ses poches pointent deux canons de pistolets. Le directeur ne peut s'empêcher de lui demander en riant ce qu'il prétend faire chez lui de CCS armes.
— Si vous le permettez, répond l'auteur, je vous le dirai quand ma pièce sera lue.
— Soit ! je suis pour une heure à votre disposition ; profitez-en. Dépêchez-vous.
L'ouvrage lu, le directeur lui dit :
— C'est bien ! c'est très-bien !
— Vraiment, Monsieur?
— Ma parole !
— Encore une fois, vraiment ;•
— D'honneur.
— Et je peux être représenté .'
— Parfaitement.
— Sans modification?
— Sans modification.
— Ah ! Monsieur ! s'écrie le jeune poète en tombant aux genoux du directeur ; pardonnez-moi ! J'ai un vieux père, une mère et une sœur malades, que j'ai laissés pour tâcher de leur rapporter un peu de gloire ; et j'étais résolu à tout. Pardonnez-moi mon enthousiasme, ma hardiesse, ma folie !
— Que vouliez-vous donc faire de ces armes? interrompit le directeur en pâlissant.
— Si , après avoir écouté mon ouvrage, vous l'aviez rejeté sans motifs, comme riant d'un pauvre inconnu, je vous brûlais la cervelle avec le premier pistolet et je me tuais avec le second.
Dieu merci, Olympe de Gouges n'a jamais appuyé par les armes ses prétentions désespérées. Après cela, elle n'y a peut-être pas songé, car elle était femme à aimer les batailles aussi bien que les polémiques. Combien de fois n'a-t-elle pas déploré la modération à laquelle son sexe la contraignait ! Elle avait l'énergie d'un homme ; dans plusieurs circonstances elle sut en avoir le courage.
Bientôt il ne lui suffit plus d'avoir été femmegalante et femme de lettres, elle devint lout-à-coup femme politique.
La Bastille s'écroule. La poussière enflammée de ce vieux monument, semblable à celle que jette un vaste incendie, s'en va par l'Europe, embrasant les villes etleshommes sur lesquels elle tombe. Olympe
de Gouges reçoit ce baptême, etla voilà l'œil ouvert, l'oreille aux aguets, écoutant les cris du peuple et les discours des députés. Il lui semble que c'est à elle que s'adressent les plaintes d'en bas et les dédains d'en haut ; elle répond à tout ; elle interpelle le roi, l'Assemblée et la France. Un fleuve de brochures, d'avis, de lettres, de pamphlets, découle de sa plume. Les murailles de Paris se couvrent de ses affiches.
C'est en politique surtout que l'esprit méridional d'Olympe se révèle. L'orgueil est toujours aposté au commencement ou à la fin de ses publications. Un jour, c'est Mirabeau qui lui aurait dit : « Vous êtes une femme de génie. » Le lendemain , c'est le ministre Duport qui voudrait l'acheter pour défendre le trône ; c'est de Laporle, intendant de la liste civile, c'est la reine qui écoutent ses reproches et lisent ses lettres en tremblant. Mais le plus étrange de tous, c'est Bernardin de Saint-Pierre lui disant : « Vous (■tes un ange de paix. »
L'une des propensions de sa doctrine incertaine est l'affranchissement de la femme. Cette cause lui donne des accès de fièvre, pendant lesquels son malheureux secrétaire est obligé de sténographier jour et nuit ses déclamations. C'est ainsi qu'en moins d'une semaine elle écrit Le Prince philosophe (1791; 2 vol. in-12), consacré à la glorification de la femme politique. Ce n'est certes pas un livre irréprochable
SOUS le rapport du style, mais on y trouve néanmoins des détails curieux , comme ce tableau des modes frivoles du temps :
« A cette époque, toutes les femmes de Siam étaient moins occupées de leur ménage que du soin de se parer. Les coiffeurs et les marchandes de modes jouent de grands rôles dans cette ville; à peine Idamée fut-elle devenue reine qu'on inventa un bonnet à la chinoise. Il était fait en pain de sucre, il avait trois pieds de hauteur sur quati'e de diamètre. Des rubans argentés et en quantité prodigieuse, des chaînes et des perles faisaient le tour de cette pyramide, surmontée par un terrible et nombreux panache en plumes de toutes couleurs. C'était aussi la mode d'empanacher les chevaux, et de loin on ne distinguait pas les femmes qui étaient dans les chars d'avec les chevaux qui les traînaient. Mais peu à peu cette fureur de bonnets alla en s'affaiblissant ; bientôt on supprima les bonnets et les chapeaux en entier : les cheveux en désordre se jouaient sur le front; un bouquet de fleurs seulement, placées sur le côté, affichait la négligence de cette coiffure, à laquelle l'aimable Folie avait donné naissance. »
Le succès du livre fut nul; mais aussi en quel temps osait-elle parler de perles et de fleurs ?
A l'époque oli la barre de l'Assemblée nationale était ouverte à tout le monde. Olympe de Gouges ne manqua pas de s'y présenter. — Elle écrivit, en
outre, au président pour lui demander la faveur de défendre Louis XVI. Sa lettre fut lue par un secrétaire dans la séance du 15 décembre 1792, et insérée au Moniteur du 17; elle excita l'étonnement et quelquefois l'hilarité :
« Citoyen président, je m'offre après le courageux Malesherbes, pour être le défenseur de Louis. Laissons à part mon sexe : l'héroïsme et la générosité sont aussi le partage des femmes, et la Révolution en offre plus d'un exemple. Je suis franche et loyale républicaine, sans tache et sans reproche ; personne n'en doute, pas même ceux qui feignent de mécon naître mes vertus civiques; je puis donc me charger de cette cause.
» Je crois Louis fautif comme roi ; mais dépouillé de ce titre proscrit, il cesse d'être coupable aux yeux de la République. Ses ancêtres avaient comblé la mesure des maux de la France; malheureusement la coupe s'est brisée dans ses mains, et tous les éclats ont rejailli sur sa tête. Je pourrais ajouter que, sans la perversité de la cour, il eût été peut-être un roi vertueux. Je désire d'être admise par la Convention nationale et par Louis Capet, à seconder un vieillard de près de quatre-vingts années dans une fonction pénible, qui me paraît digne de toute la force et de tout le courage d'un âge vert. Sans doute je ne serais point entrée en lice avec un tel défen-
seul*, si la cruauté aussi froide qu'égoïste du sieur Target n'avait enflammé mon héroïsme et excité ma sensibilité. Je puis mourir actuellement; une de mes pièces républicaines est au moment de sa représentation. Si je suis privée du jour à cette époque, peut-être glorieuse pour moi, et qu'après ma mort il règne encore des lois, on bénira ma mémoire, et mes assassins détrompés répandront quelques larmes sur ma tombe.
» Qu'il me soit permis d'ouvrir à la Convention une opinion qui m'a paru digne de toute son attention. Louis-le-dernier est-il plus dangereux à la République que ses frères, que son fils? Ses frères sont encore coalisés avec les puissances étrangères, et ne travaillent actuellement que pour eux-mêmes. Le fils de Louis Capet est innocent, et il survivra à son père : que de siècles, de divisions et de parti.s les prétendants ne peuvent-ils pas enfanter !
» Les Romains se sont immortalisés par l'exil de Tarquin. Il ne suffit pas de faire tomber la tête d'un roi pour le tuer; il vit encore longtemps après sa mort ; mais il est mort véritablement lorsqu'il survit à sa chute.
» Je m'arrête ici pour laisser faire à la Convention toutes les réflexions que présentent celles que je 'viens de lui soumettre.
» Olympe de Gouges. »
Repoussée par un ordre du jour, Olympe saisit aux cheveux une autre actualité; elle mit les demoiselles Fernig, le général Dumouriez et le jeune Egalité tout vivants sur la scène, dans une pièce intitulée : Le général Dumouriez à Bruxelles ou les Vivandiers.
Le théâtre de la République, ahuri, forcé de suivre les engouements publics, reçut l'œuvre, et la joua le 23 janvier 1793. On se ferait difficilement une idée de la sensation produite par cet ouvrage, dont tout le mérite consistait dans des marches, combats et évolutions militaires. Les spectateurs, malgré leur indifférence pour les pièces de ce genre, ne purent s'empêcher de témoigner du mécontentement. Néanmoins la représentation alla jusqu'à la fin; et l'auteur étant demandé par quelques voix officieuses, M"" Candeille s'avançait pour le nommer, lorsque tout-à-coup une femme effarée se présente aux premières loges et s'écrie: — Citoyens, vous demandez l'auteur, le voici ! c'est moi, c'est Olympe de Gouges. Si vous n'avez pas trouvé la pièce bonne , c'est que les acteurs l'ont horriblement jouée !
Une bourrasque de sifflets et de huées accompagna cette déclaration au moins insolite. M"'' Candeille assura que ses camarades avaient fait tout leur possible. Le public fut de cet avis, et cria : — C'est l'ouvrage qui est détestable ! Olympe tenait tête à
l'orage ; mais les spectateurs s'étant portés dans les corridors, les uns l'accablèrent de railleries, les autres la suivirent en lui redemandant leur argent.
La seconde représentation décida du sort de cette comédie ridicule. Le parterre ne permit pas cette fois qu'on lui en jouât plus d'un acte ; et, pour dissiper l'ennui général , la plupart des spectateurs s'élancèrent sur le théâtre et dansèrent la carmagnole.
Quelques jours après la chute des Vivandiers, Olympe de Gouges publia cette préface :
« J'ai été la victime d'un complot appuyé par les apparences les plus perfides ; tel a été l'art des comédiens à mon sujet; mais pour en obtenir justice, je n'attirerai pas sur eux l'animosité des citoyens ni les crimes révolutionnaires. J'ai failli être assassinée, pour prix de mon civisme, par une bande de leurs satellites ; et si je vis encore , c'est peut-être par un de ces miracles que l'innocence ne trouve pas toujours sur son chemin. Il ne s'agit pas sans doute de ma pari de vouloir que ma pièce soit bonne si elle est mauvaise ; mais ce qui m'importe véritablement, c'est de prouver au public que ce n'est point ma pièce qu'on a représentée sur le théâtre de la République, mais une pantomime de la façon des comédiens.
» Citoyens littérateurs , hommes sensés, jugez
ma pièce d'après vos connaissances et votre conscience !
» Je ne demande point que le théâtre en continue la représentation ; je demande que cet ouvrage me soit payé. Le sacrifice de ma fortune et de mes veilles en faveur de la chose publique, me réduit à la noble nécessité de vivre actuellement de mes talents. J'avoue qu'en auteur sensible, je n'ai pas vu indifféremment massacrer ma pièce. J'ai parlé au public engra}id homme, en excusant les acteurs, quand j'avais lieu de les mépriser. Malgré cela, je me suis vue tout-à-coup assaillie par une bande de juges-gladiateurs, qui m'ont vomi, comme s'en glorifie le sieur Ducray, dans son libelle Les Petites- Affiches, les ordures qui convenaient sans doute aux actrices qui les avaient commandées. Ce journaliste a eu l'impudeur d'avancer que le public s'est fait justice. Qui pourrait croire , si cela n'était pas imprimé, une semblable calomnie contre le public, qui a lieu de m'estimer et peut-être de m' admirer? Infâme libelliste, tu places ce public dans un ramas coiifus de douze galopins qui m'ont injuriée ! Va, il ne t'appartient pas, ni à tes pareils, d'apprécier ^i'n être tel que moi!
» Sans doute le public ne prendra pas pour orgueil ce qui n'est de ma part qu'une juste indignation. Jamais auteur n'éprouva un si dur traitement, jamais pièce républicaine ne reçut plus d'outrages.
Mi OLYMPE DE GOUGES.
et ne fut payée d'une plus noire ingratitude »
M. Lairtulier a aussi parlé d'une comédie-vaudeville que nous ne connaissons pas, Les Aristocrates et les Démocrates, la plus gaie de toutes, selon lui. Une foule d'originaux y sont passés en revue. C'est une vieille comtesse qui, à chaque doléance sur la perte de ses titres et de ses privilèges, ne reçoit pour toute réponse du chevalier du Rocher, nouvellement mis au pas, que ces mots : antique, bouquin, nen parlons plus. — Quoi ! il faudra que je renonce à l'illustration de mes ancêtres ! — Vos ancêtres, ils sont morts, n'en parlons plus. — La noblesse so réveillera : moi-même je pai-courrai tout le royaume pour la soulever contre les patriotes. — Restez chez vous , vous ne feriez que de l'eau claire ; n'en parlons plus. — Insolent ! si je faisais venir mes gens, je vous apprendrais à insulter une femme de ma qualité ! — Vos gens, votre qualité, tout cela est bien loin; n'en parlons plus. Vient M. l'Ecusson, qui a consumé dix ans de sa vie à dresser un arbre généalogique , et qui se désespère de ce qu'on ne dresse plus que des arbres de la liberté. Un aveugle trouve le symbole de la première Constitution dans le signe de la croix : le Père, c'est le roi ; le Fils, c'est le peuple ; le Saint-Esprit, c'est la loi.
Mais le théâtre ne donnant pas à Olympe de Gouges la renommée dont elle avait soif, elle en revint à
ses interpellations politiques. Elle tourna sa haine contre Robespierre.
Pendant quelques jours celui-ci feignit de ne pas lire ses sarcasmes. Elle publia une brochure intitulée : Pronostic sur M. Robespierre. Il laissa passer ce factum impuni. Elle s'offensa du peu de cas qu'il semblait en faire , et elle livra à l'impression une lettre dont j'extrais le passage suivant :
« C'est moi, Maxiuiilien, qui suis l'auteur de ton Pronostic; moi, te dis-je, Olympe de Gouges, plus homme que femme ! Tu donnerais, dis-tu, ta vie, pour concourir à la gloire et au bonheur de notre commune patrie? Eh bien ! voyons : tu connais le trait de ce jeune Romain qui se précipita dans un gouffre pour calmer les passions et rétablir la paix de la République. Robespierre, auras-tu le courage de m'imiter? Précipitons-nous dans la Seine ! Tu as besoin d'un bain pour laver les taches dont tu t'es couvert depuis le 1 0 ; ta mort calmera les esprits, et, quanta moi, le sacrifice d'une vie pure désarmera le ciel. Je suis utile à mon pays, tu le sais ; mais ton trépas le délivrera du plus grand des fléaux, et peut-être ne l'aurai-je jamais mieux servi!... »
Ainsi, elle s'imaginait que ce duel à la Seine n'avait rien que de très-acceptable.
Cette fois Robespierre daigna répondre, mais patun arrêt de mort.
Traduite devant le Tribunal révolutionnaire, elle
montra dans sa défense du courage et de la présence d'esprit. Condamnée, elle se déclara enceinte. Mais on passa outre. Le bourreau ne la vit point pâlir. Seulement quand elle arriva sur l'affreilx escalier, elle regarda les arbres des Champs-Elysées et elle murmura tristement ces mots : « — Fatal désir de la renommée!.... J'ai voulu être quelque chose ! »
« Et puis, on vit paraître un auteur du mauvais genre , qui s'appela Cousin Jacques, qui fit des Lunes, qui fit des Planètes, et qui osa rire publiquement quand la mode en était passée ; et puis tous les jolis petits écrivains du bon genre prouvèrent, par des almanachs d'une grande force, qu'il était impossible de rire et d'avoir du goût, de faire un Courrier des Lunes et d'avoir du bon sens, d'allei" dans les planètes et d'être un homme d'esprit, de s'appeler Cousin Jacques et d'être un bon citoyen.
» Et puis, les amateurs qui voulurent en juger par eux-mêmes, eurent la politesse de trouver qu'on peut en riant parler raison, qu'on peut en riant avoir un cœur, qu'on peut en riant être ilioraliste ; de sorte que le Cousin Jacques, proscrit et rejeté par le public qui ne rit pas, fut accueilli et fêté par le public qui rit. »
Ainsi s'exprime sur lui-même l'original et facétieux écrivain dont nous allons dire l'histoire. Ses refrains errent de temps en temps sur les lèvres des sexagénaires , et lorsque l'on feuilleté le théâtre de la Révolution, on y retrouve son nom inscrit à chaque page.
Le Cousin Jacques a été au-devant des biographes en produisant son signalement : « Louis-Abel Beffroy de Reigny, dit Le Cousin Jacques, écuyer, né à Laon, le 6 novembre '17o7; du Musée de Paris, des académies d'Arras et de Bretagne, etc., etc., portant cheveux blonds, taille de cinq pieds six pouces, ayant la joue et l'œil gauche endommagés par le feu, et demeurant à Paris, rue des Vieux- Augustins, hôtel de Beauvais, n" 264. »
C'est clair, je crois.
Il vint au monde alors que sou père avait déjà passé la soixantaine. On lui donna le nom de de Reigny , pour le distinguer de Beffroy de Beauvoir et de Beffroy de Jisomprez, ses deux frères [1). Sa famille occupait un rang aisé dans la province et jouissait de l'estime générale^ mais il eut peu l'occasion de la connaître, car il fut envoyé très-jeune à Paris pour y faire ses études ; et, sur ces entrefaites, son père étant mort, sa mère se retira au couvent.
{\) Ces noms leur venaient de fiefs appartenant à leur père.
Tout devait être singulier dans le Cousin Jacques. A peine âgé de douze mois, sa nourrice l'avait laissé choir dans le feu : on le ramassa, le visage à demirôti ; de là cette cicatrice qui lui donna un aspect bizarre , en harmonie avec le caractère de ses productions. Ce n'était pas précisément qu'il fût laid : un front développé, une coupe de figure longue et élégante, le nez bien fait, tout cela plaidait en faveur d'une physionomie intéressante et douce.
On le plaça au collège Louis-le-Grand, où il eut pour condisciples Camille Desmoulins, Jehanne et Robespierre l'aîné. « Je ne crois pas, dit-il, qu'il y ait beaucoup de Français qui aient étudié Robespierre avec autant d'attention que moi ; nous fûmes camarades d'études et rivaux pour les premières places en rhétorique. Le hasard voulut môme que je l'emportasse sur lui, ce qu'il ne me pardonna jamais. » Ceci est un accès gratuit de vanité, mais nous en rencontrerons bien d'autres chez le Cousin Jacques.
A dix-sept ans, le jeune Beffroy, qui venait régulièrement passer ses vacances dans le Laonnais, était déjà éperdument amoureux. L'objet de cette première inclination était une petite brune, demibourgeoise , demi-villageoise , coquette , et plus spirituelle qu'il ne convient aux demoiselles de son âge. Il avait risqué une déclaration, que l'on avait
accueillie sans trop de courroux ; aussi, quand il fallut retourner à Paris, son désespoir ne connut point de bornes. Mais que faire? Il dut partir. Seul, au mois d'octobre, à cinq heures du matin, trottant pensivement au milieu des ombres du crépuscule, sur une grande route, dans la forêt de Villers-Cotterets, Beffroy pressait de temps à autre contre son gousset l'argent qu'on lui avait donné pour prendre la diligence , et qu'il réservait pour envoyer à sa brune un cadeau de Paris. Néanmoins, son courage s'émoussait au souvenir des heures de tendresse, et vingt fois il se vit sur le point de faire volte-face pour reprendre le chemin de Laon. Ce fut un grenadier au régiment de Navarre qui lui épargna cette première folie : depuis vingt minutes ce grenadier marchait derrière lui, en chantonnant un refrain de caserne. — Où allez-vous donc, mon petit bonhomme? lui demanda-t-il, en le voyant se retourner et hésiter. Pleurs du jeune Beffroy. — Est-ce que vous vous seriez égaré? Parbleu ! je suis là pour vous montrer la route. Et il lui montra la route du cabaret. Notre amoureux avait besoin de distractions, il se laissa conduire. Ce grenadier était d'ailleurs un excellent homme , quarante ans au plus , figure roùge et cordiale, 'gestes animés, langage naïf ; il portait les deux épées en sautoir, décoration qui éfait pour le soldat ce que la croix de Saint-Louis était pour l'officier. Il fit apporter une bouteille et deux verres. —
Buvez, mon jeune galant ! dit-il ; buvez et vous serez consolé. Beffroy, tout en larmoyant et en trinquant, raconta ses peines au grenadier, qui demanda une seconde bouteille ; la confidence n'en finissait pas. 11 advint cependant qu'à la troisième bouteille, Beffroy essuya ses yeux; à la quatrième, il commença à sourire; et, quand ils se levèrent, de table, il était tout-à-fait consolé; — c'était le grenadier au régiment de Navarre qui était devenu presque amoureux. Ils reprirent ensemble la route de Paris. Beffroy chantait à tue-tête, et ne concevait plus comment il avait pu montrer tant de faiblesse quelques instants auparavant; le grenadieV était triste et songeait. Il n'en continua pas moins de servir d'escorte à son jeune camarade, et il ne l'abandonna qu'après avoir vu la porte du collège se refermer derrière lui.
L'année suivante, Beffroy de Reigny prit le petitcollet ; il fit un abbé charmant, dans le sens mondain attaché à ce mot par le dix-huitième siècle, c'est-àdire qu'il chanta à ravir, qu'il apprit à pincer de la guitare et qu'il composa de petits vers pour les dames qui mettaient du rouge. Il eut de la vogue comme Vert-Vert, on se l'arracha, on se le disputa dans les sociétés bourgeoises : il apportait des bouquets, on lui rendait des pralines, et il disait merci d'une voix flûtée. Pour mettre le sceau à son mérite, il improvisa un matin les strophes suivantes pour une
jeune femme qui demeurait vis-à-vis de lui, et qu'il avait aperçue à sa fenêtre :
En peu de temps tu te fais bien connaître, En peu de temps tu sais te faire aimer. Pour exercer le pouvoir de charmer, Tu n'as besoin que d'être à ta fenêtre.
L'heureux passant, dès qu'il t'a vu paraître. Partout ailleurs n'envisage que toi :
A tes attraits il se rend comme moi, Et comme moi rend grâce à ta fenêtre.
Le tendre Amour est devenu mon maître ; Par son pouvoir je me sens partager ; Ce dieu m'a fait à demi déloger :
Jl a porté mon cœur sur ta fenêtre.
De tes beaux yeux la puissance fait naître Dans tous les cœurs l'image du plaisir ; Mais il faudrait,, hélas! pour en jouir, Il faudrait être — ailleurs qu'à la fenêtre.
La chanson était galante , le motif en élait ingénieux ; elle courut les salons et valut à son auteur une grêle de compliments. L'abbé de Reigny eût pu vivre longtemps ainsi de gloriole et de pralines, s'il eût été pourvu de quelques bénéfices pardessus le marché ; mais le ciel lui avait refusé cette
douceur. Pour y suppléer autant que possible , il donna des leçons et professa les humanités : — Augustin Robespierre fut un de ses élèves ; — il courut la province de collège en collège, et un peu aussi de boudoir en boudoir, composant déjà des comédies qu'il faisait représenter sous l'anonyme.
En ce temps-là , c'était la grande fureur du pèlerinage à Fcrncy : tout le dix-huitième siècle passait par l'antichambre de Voltaire; Beffroy de Reignjfit comme tout le dix-huitième siècle. Le patriarche de la littérature, qui ne craignait pas de compromettre le caractère auguste du talent et la dignité philosophique de la vieillesse , en rendant adulation pour adulation , l'accueillit les bras ouverts , semblable à ces gens qui, après une fraternelle accolade, s'écrient : — Eh ! bonjour, mon cher ami. . . comment te nommes-tu? En faveur de sa grande jeunesse , Beffroy de Reigny fut admis à l'honneur insigne de lire un petit poème de sa composition . Voltaire eut deux ou trois sourires de complaisance pour cette bluette , et appuya sur ce qu'il fallait donner au public ce joli colifichet. Ce fait décida en partie de la vocation de l'abbé de Reigny. Voltaire en a égaré de plus candides !
A cette époque, notre héros, qui menait la vie errante du chevalier de Boufflers, fut amené assez singulièrement à adopter le pseudonyme sous lequel il est connu et classé en littérature. Il se promenait.
avec quelques dames évaporées, dans un village des environs de Tournay ; la conversation roulait sur les noms de guerre que prennent certains auteurs ; à ce propos on citait V Anonyme de Vaugirard, Frère Sylvain des Ardennes, et l'on cherchait pour l'abbé un sobriquet qui caractérisât son talent badin et un peu fou. Sur ces entrefaites passe un pauvre, appelé Cousin Jacques parce qu'il était allié à tous les gens du village, et dont l'habit, composé do sept différentes couleurs, attirait de très-loin les regards. — Bon! s'écrient aussitôt les dames en chœur, ce costume est tout-à-fait analogue à l'imagination de notre poète, il faut l'appeler Cousin Jacques ! Elles n'en eurent pas le démenti ; l'abbé prit la plaisanterie au sérieux, d'autant plus qu'il trouvait le sobriquet à son gré.
Ce fut donc sous ce nom de Cousin Jacques qu'il fit paraître ses premiers ouvrages, c'est-à-dire trois poèmes plus extravagants les uns que les autres : Malborough, Turlututu, Hurluberlu, et une sorte de pot-pourri en un gros volume, Les Petites-Maisons du Parnasse, avec cette épigraphe : « Mes amis, n'en doutons plus, cet homme-ci est fou, dans toute la force du terme. » Jamais épigraphe ne dit plus vrai : Les Petites-Maisons du Parnasse sont écrites dans un style qui n'appartient à rien de connu. A peine si deux ou trois épigrammes spirituellement tournées surnaaent seules dans un flot de vers tom-
bés de sa plume avec une profusion désespérante. J'ignore si l'ouvrage obtint du succès, mais à coup sûr ce ne dut être qu'un succès de stupéfaction. II l'avait proposé à plusieurs libraires de Paris , qui tous avaient refusé de l'imprimer, sous des raisons spécieuses, mais polies ; un seul, plus goguenard que les autres, crut devoir accompagner son refus de la missive suivante :
« On m'a remis l'autre jour de votre part, Monsieur, un manuscrit intitulé : Les Petites- Maisons du Parnasse ; j'ai mal auguré du succès de cet ouvrage, quand j'ai observé que la personne qui m'en chargeait n'avait ni montre au gousset, ni épée au côté, ni habit galonné. Le nom de Cousin Jacques ne m'a point non plus paru assez relevé pour intéresser en faveur de l'ouvrage. Je me suis informé à votre substitut de votre célébrité actuelle, de vos prétentions littéraires et spécialement du rang que vous occupez dans le monde. La manière dont on a satisfait à cette triple question n'est rien moins que décisive pour moi. On m'a répondu que vous n'aspiriez pas à moins qu'à vous placer au niveau des bons auteurs, que vous n'étiez connu que dans un trèspetit cercle de gens de lettres, et que vous ne teniez à rien sur la terre. Si du moins vous étiez sûr de la protection d'un journaliste ! Mais n'avoir de l'esprit que par soi-même ! Comment voulez-vous que je puisse me charger d'un livre dont l'auteur n'est
membre d'aucune société littéraire ? C'est une raison plus que suffisante pour renvoyer votre manuscrit à la personne qui me l'a remis en main. »
Cette lettre rebuta un peu le Cousin Jacques , qui prit le parti de s'éditer lui-même, et qui fit imprimer, à ses frais , par la société typographique de Bouillon, Les Petites-Maisons du Parnasse. Ce n'était guère le moyen de faire fortune, il ne tarda pas à s'en apercevoir. Il avait jeté le froc aux orties et épousé une jeune orpheline qui ne lui avait pa ; apporté grand'chose ; il ne perdit pas courage cependant, car il avait une nature obstinée ; et sa vocation, bonne ou mauvaise , était de celles que rien ne détourne, pas même la misère, — pas même l'amour.
Une aventure qui lui arriva, témoigne de son esprit inventif et un peu mystificateur.
Les Beffroy se divisaient en deux branches, qui toutes deux comptaient des alliances honorables, même illustres. Par malheur, un des Beffroy de Picardie, aïeul de notre auteur, avait dérogé ; et depuis ce temps l'autre branche s'était mis en tête de défendre à ses descendants de porter le nom de Beffroy. Le Cousin Jacques, bien que dépourvu de toute morgue nobiliaire, ne fut pas fâché cependant de se procurer la preuve matérielle et légale de sa parenté avec les grands Beffroy. Pour cela, il usa
de stratagème ; il fit insérer dans les Petites-Affiches « qu'un Beffroy, de la branche de Picardie, ayant été dans sa jeunesse s'établir à Venise, venait d'y décéder sans enfants et qu'il avait laissé 800,000 livres réversibles à sa famille ; qu'en conséquence, tous les Beffroy de cette famille étaient invités à venir communiquer leurs titres et leur filiation à M. un tel, notaire à Paris, etc. »
La ruse eut son plein effet : quatre jours après, un grand Beffroy accourut chez le notaire; on lui contesta la parenté, mais il prouva, par sa généalogie bien en règle, qu'il était tout-à-fait de la même souche que les petits Beffroy, ce qu'il eût été marri de reconnaître auparavant. Quand le notaire eut fait prendre une copie certifiée et légalisée de ces titres, il dit au gentilhomme : — Monsieur, je suis extrêmement fâché de vos peines, mais je dois vous dire que la succession est un roman ; qu'elle n'existe que dans le journal, et que ce moyen n'a été imaginé que pour procurer à vos parents ce qui leur manquait de leurs papiers.
Beffroy de Reigny, ou plutôt le Cousin Jacques,
— c'est ainsi que nous le désignerons désormais,
— continua de végéter pendant deux ou trois années encore, tantôt à Paris et tantôt en province, envoyant de petites boutades versifiées au Mercure de France, qui les insérait avec plaisir, mais qui ne les payait pas. On était en 1785. Il fallait prendr(>
un parti : ce fut alors qu'il fonda oc journal singulier et tout personnel intitulé : Les Lunes du Cousin Jacques , almanach de prose et de vers sur tous les sujets possibles, ou plutôt impossibles. Son premier souscripteur fut M. de Montgolfier : un tel nom devait porter bonheur à un ouvrage s'élevanl jusqu'aux astres. Les Lunes, en effet , se virent accueillies avec une faveur marquée, non pas précisément par le public littéraire, mais par un public spécial, recruté dans la bourgeoisie avancée et dans la noblesse de province, parmi les amateurs do comédie de société , les petits-maîtres de robe, les femmes retirées du monde, les plus funèbres et les plus vieux conseillers au Parlement , les savants fantasques, les riches qui achètent tout et ne lisent rien, ceux qui passent leur vie à remplir des bouîsrimés, ceux qui croient se rajeunir en se procurant tout ce qui paraît de nouveau , et généralement enfin ceux qui s'abonnent par hasard , c'est-à-dire la majorité. A tout ce monde-là, l'esprit du Cousin Jacques allait comme un gant, et bientôt la prospérité de son juurnal surpassa ses plus audacieuses espérances.
Les Lunes parurent d'abord tous les mois, puis ensuite tous les quinze jours; chaque numéro forme un petit volume d'environ cent pages ; la collection complète en est excessivement rare. Dans le cours de leur publication, qui se poursuivit jusqu'en 1790,
malgré quelques interruptions , elles changèrent plusieurs fois de titre : ce fut le Courrier des Planètes, puis le Cousin Jacques tout simplement. Des lunes, des croissants, des étoiles, tels sont les attributs gravés en haut de la première page.
Afin de mettre chacun à son aise, il tolérait la souscription en nature ; ainsi il recevait un frac de drap de coton tigré ou une culotte de velours cacadauphin, pour un abonnement d'une année. C'est que la littérature du Cousin Jacques était une littérature tout-à-fait amicale, communiquant directement avec le lecteur. Il ne faut qu'ouvrir un de ses volumes, et jeter les yeux sur les premières pages : on est confondu, abasourdi de ses folâtres manière > ; les licences qu'il prend avec ses abonnés surpassent l'imagination la plus folle. Tantôt c'est un chœur familier comme celui-ci ;
AIR : Vous danserez, Biron.
LES ABONNÉS, se balançant en mesure :
Serez-vous toujours joyeux, Moraux et point ennuyeux?
Nous ferez-vous toujours rire Sans prodiguer le satire?