‹ Les oubliés et les dédaignés: figures de la fin du XVIIIe siècleChapitre 14 sur 37 · Voir la noie précédente · texte numérisé non relu

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cette lotteriei mais aujourd'hui que la chose est oubliée» le public^ qui n'est pas toujours juste, ferait attention au sujet et perdrait peut-être de vue les accessoires. Votre réputation est faite^ mais la mienne ne l'est pas encore; et comme je n'existe que par la littérature, j*ai besoin du public jusqu'au dernier jour de ma vie. Pour capter de plus en plus sa bienveillance, il faut éviter toute dé^ marche qui pourrait faire parler de moi moins favorablement que d'ordinaire. Si votre pièce tombe cela ne vous nuira pas, à vous, qui avez réussi dans plusieurs pièces; mais que dirait-on de moi ! n'est-ce pas me casser le cou à l'entrée de ma carrière? Si elle réussit, on dira : Bon, ils ont eu besoin d'être, trois pour une bagatelle en un acte qui paraît encore deux mois trcp tard l et cela ferait tort, non-seulement à mes ogvrages de théâtre^ mais à mes Lunes. Je vous en conjure, mon cher Favart, ne m'o* bligez pas à paraître dans cette affaire, qui, réellement, est trop reculée pour avoir tout le succès que nous en attendions.

« Si vous augurez bien du succès, paraissez-y seul. Qu'est-ce que cela fait? Je comptais, en acceptant ma part de Tguyrage, qu'il paraîtrait sous quinzaine; je ne sais pas si M. Trial est du même avis que moi, mais, vous et lui, vous n'avez rien à risquer, puisque tout Paris connaît vos talens depuis longtemps; et moi, qui suis novice dans la carrière des théâtres, comment pourrais-je supporter l'opinion publique qui, si nous réussissons, vous attribuera tout le mérite de l'ouvrage, et, si noua tombons, en rejettera la faute sur moi? Mettez* vous à ma place et jugez-moi sans préventions.

(( Je me purge et prends des bains tous les jours. Met Lunes prennent maintenant tout mon tems et j'ai à peine le loisir de travailler assez pour regagner le tems perdu. Pour moi, je renonce au théâtre jusqu'à nouvel ordre. Vous voyez bien quels désagréments j'éprouve, seulement pour mes Ailés de V Amour ; on les a jouées sans relâche par un tems superbe et par les plus grandes chaleurs, les mauvais jours et les jours de première repré-

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sentatîon aux autres théâtres^ et maintenant que le teins est rafraîchi et qu'il pleut, on les laisse là. Ne vaut* il pas mieux faire mes Lunes que de travailler en pure perte pou rie théâtre?

« Je parle à un ami, et je suis certain qu'il appréciera mes réflexions. Je suis à votre service en tout et partout. Les Lunes vous sont ouvertes, et vous y placerez ce que vous voudrez; mais pour aller subir des mortifications au théâtre et m'échauffer la bile sur un succès incertain^ néant.

« Votre Mamgfe singulier vous dédommagera sans doute de cette petite privation. On dit que le sujet et l'intrigue eu sont parfaits, et que c'est ce que vous avez de mieux. Que ne le donnez-vous ?

« Pardonnez, mon cher Favart, ma franchise à mon amitié. Je connais tous vos talens, qui n'ont pas besoin des miens, et ils sont aujourd'hui une raison de plus par qui j'espère un succès de ma démarche.

« Je suis, avec l'amitié sincère que je vous ai vouée,

« Votre serviteur et ami,

« Beffroy de Reigny. »

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