‹ Les oubliés et les dédaignés: figures de la fin du XVIIIe siècleChapitre 25 sur 37 · LA RÉALITÉ · texte numérisé non relu

LA RÉALITÉ

C'était la Cardonne qui me tapait sur l'épaule.

Je me réveillai.

L'imagination encore remplie de mon rêve, je me levai en chancelant, les bras engourdis, les yeux brûlants, et je fis quelques pas au hasard.

Tout à coup je reculai.

J'avais en face de moi un personnage étrange, repoussant, flétri. C'â;ait un homme âgé, mais dont les rides paraissaient être plutôt l'ouvrage du vice que l'ouvrage du temps ; ses paupières étaient rouges, ses lèvres étaient pâlies. Il était couvert de vieilles dentelles ; un pauvre habit de tafietas se collait sur ses épaules, et sa cravate, semblable à une dernière affection, semblait prévoir avec regret le moment prochsin où il allait falloir se séparer de lui;u

Âce spectacle, je ne pus reÉenirun geste dedégo4t et de pitié, -^ que le personnage répéta.

Ëtonné, je me frottai les yeux ; j'aperçus alors une glace placée à quelque distance devant mdi, et dans

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cette glace ma propre image, devant laquelle je venais de reculer !

Sur ces entrefaites, la Cardonne s'avança de nouveau pour m'entraîner à une table de jeu ; mais, étant revenu tout à fait à moi, je la repoussai en murmurant quelques vagues paroles, et, le souvenir de Denise s'étant représenté à mon esprit, je quittai précipitamment Facadémie de la rue du Chaume.

Un soupçon funeste m'oppressait.

Je marchais, ou plutôt je courais, — en parlant à voix haute.

Mais, quelque diligence que je fisse, j'arrivai trop tard à la chambre de la rue du Plat-d'Étain. Denise venait d'expirer ; elle était encore étendue dans sa bergère, comme je l'avais laissée, les bras abandonnés sur sa robe brune.

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