‹ Les oubliés et les dédaignés: figures de la fin du XVIIIe siècleChapitre 26 sur 37 · DÉNOUEMENT · texte numérisé non relu

DÉNOUEMENT

Croiriez-vous, monsieur, que je vécus encore treize ans après cette perte irréparable ? La vie s'était enlacée à moi comme un châtiment.

Je m'étais retiré dans un coin de l'île Saint-Louis. Depuis la mort de Denise, j'avais renoncé au théâtre, au café, au monde, à tout. Je n'eus pas de peine à (iDelfedr^ fmblier; — mais je n'oubliai jamais, moi.

Enfin, à l'heujcélièili j'idQhqvaiSr. ma quatre-vingtitiroisièmb àuo^ luiie'ifiialadje 'de< ilailgaBur, ^atteignit ; elle durai>4^ttsi!aiim((mtie]rsvlà)rl^ fin dôsqpels je mléteighisi4aD^ i^s pcemieifsi jomâ dm nffig^sirdiô.îfé-

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Je mourus comme j'avais vécu. N'ayant jamais donné, ainsi que je Pai déjà dit, aucune preUve de philosophie ni de religion, je tournai le dos au prêtre qui vint pour m'assister à mes derniers moments.

*— Mon fils, repentez- vous, me dit-il.

— Je ne fais que cela depuis vingt ans.

— Priez Dieu !

— Hein ? murmurai- je.

— Sa miséricorde est infinie, ajouta- t-il.

— Je ne Tai prié que deux fois, répondis-je : la première, pour qu'il envoyât la Clairon au diable ; la seconde, pour qu'il me conservât ma chère Denise ; il n'a exaucé ni 1 une ni l'autre de mes prières. Je n'ai rien à lui demander pour moi.

— Cependant...

— Voyons, monsieur le prêtre, soyez de bonne composition et laissez-moi tranquille. Ne recommençons pas la comédie de Voltaire. Vous voyez bien que je n'ai pas la force de vous mettre à la porte.

Il sortit. Une heure après, je rendis le dernier soupir.

C'est tout, monsieur.

J'étais tellement décrié qu'aucun journal n'osa annoncer ma mort.

Relisez quelquefois Angola.

Le chevalier de Mouhjr était, comme nous Tavons dit) on des amis da cbeyalier de La Morlière, a^ec qui il ofire d'ailleurs plusieurs traits de ressemblance morale.

Le chevalier de Houhy ouvre la série des romanciers bourbeux du dix-huitième siècle. Dans la somme* énorme de ses ouvrages oubliés, on distingue un bon, ign joyeux, un vivace roman, la Mouche ou les Aventures et Espiègleries facétieuses de Bigand. C'est assez pour que je m'empresse de jeter une corde de sauvetage à ce pauvre auteur si maltraité des biographes.

Publiée en 1736 , la Mouche^ d'un ton plus cru et d'un son plus turbulent que les odyssées espagnoles de Le Sage, iait pressentir les romans de Pigault* Lebrun; — je parle du Pigault-Lebrun des bons jours, du Pigault-Lebrun des Barons de Felsheim et de iton onck Thomas , soldatesques orgies. Gela est si * vrai que, pendant le Directoire, un libraire fit réimprimer la Mouche et l'opposa avec succès aux pro-

ductions du jour. — On sait qu'en argot de police , une mouche n'est autre chose qu'un espion. C'est sous le titre de V Espion que l'Allemagne a traduit le roman du chevalier de Mouhy. .

Ses autres livres n'ont pas, à beaucoup près^ la même valeur. Ce sont pour la plupart des imitations ou des contre-parties des ouvrages en vogue. Les Mille et une faveurs sont estimées en librairie beaucoup plus qu'elles ne valent; cela tient aux allégories qu'elles ren%ment et aux noms anagrammatisés , dont la clef est difficile à faire.

Le Petit almanach des grands hommes, qui se moque de tout le monde, n'a pas manqué de se moquer du chevalier de Mouhy : « Beaucoup de pièces en vers et eil prose, et quarante volumes de romans donnent à cet écrivain un des cortèges les plus imposants de notre nomenclature. Nous lui devons, dans son Histoire du Théâtre- Français^ la plupart des jugements portés sur les auteurs dramatiques vivants. Ce beau génie semble avoir deviné nos intentions en insistant beaucoup moins sur Corneille , Al^lière et Racine, que sur MM. Mercier et Durosoi, et en louant tout le monde. Cette méthode est, en effet, le seal moyen indiqué par la prudence pour éteindre ces rivalités et ces disputes odieuses qui déshonorent la littérature française, et qui changent en vils gladiateurs les véritables maîtres du public. »

Rivarol n'est pas le seul qui se soit égayé sur le compte de l'auteur de la Mouché; Palissot a malmené fort rudement le chevalier dans ses Mémoires littéraires et dans son poème de la Dunciade. < Le plus fécond, mais le plus ennuyeux des romanciers, » l'appelait-il.

Le chevalier de Mouhy était cependant un Lorrain

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