MT.E
Je conclurai, monsieur, par mon comift icnt
l'avocat, raillant Cependant... le législateur... dans sa sagesse...
LE JUGE
A votre tour, mon cher maître, gardez donc ça pour le public des audiences, hein !... Le lé-gis-la-teur !... Dites donc, maître de la Tour-des-Dames, quand vous avez besoin d'une paire de chaussettes, est-ce que vous vous adressez à votre charcutier ?
l'avocat, moitié riant, moitié fâché Voudriez-vous insinuer que j'ai des pieds de cochon ?
LE JUGE
' A Dieu ne plaise !... Mais, vous m'entendez bien... chacun son métier... et tant que, pour fabriquer des lois, nous n'aurons que des musulmans... ou des hommes-canon !... (*) (Il rit avec mépris). Oui, monsieur, des hommes-canon !...
n T-a pièce fut écrite à une époque où M. Garnier, — qui avait embrassé la religion musulmane, et réjoui Paris de ses pratiques religieuses,— si. à la Chambre, où un homme qui avait connu la faveur du public dans les foires, sous l'appellation d' Homme-Canon, siégeait au Sénat. Ces choses sont oubliées ; mais les directeurs qui monteront les Oubliettes n'ont qu'à compulser la liste de nos honorables de l'époque actuelle, et ils y trouveront certainement des équivalents pour remplacer ces deux personnages grotesques, un peu surannés.
{Soie de l'auteur, 10J2.)
l'avocat
Eh bien ! eh bien ! Allez don^ Savez-vous que
vous frisez l'anarchie !... Enfin !... Et puis, moi, VOUS savez, je m'en fiche, au fond.
le juge, n uni gravi \a table
Voyons... voyons... par'- ruent, s'il v<
plaît, n'est-ce pas?... Vous êtes ici, c'est donc que...
l'avocat, aimable
Nous allons avoir le plaisir d'instrumenter de concert. J'ai été désigné rJPofflce... d'office, vous m'entendez bien ; c'est vous dire que ce n'es! pas encore cette affaire qui me permettra d'acheter une automobile.
Ll IUGB, '. ■''''< d(
Am fut... au fait...
l'avocai
... pour assister.., - U ouvr
feuillette des dt ... un sieur... Polonais... oui,
1 bien ça... Polonais... une vieille affai crois...
Voyez donc, vous lier...
i b iut.e, examinant un à un plusù s qu'il
>///•/ sui cessivement d
Vous dites... Polonais ?.. . ce n'est i
lé., de"
l'avocat, vivement Comment ?... décédé...
LE JUGE
Oui... de vieux dossiers à classer... des prévenus morts depuis longtemps déjà...
l'avocat
Morts !... sans avoir été interrogés ?
LE JUGE
Croyez-vous que cela les eût guéris, d'être interrogés ?
l'avocat
Non, mais, vous savez... c'est pas gai, en somme, de crever sur la paille.
le juge, ironique ... humide...
l'avocat
... des cachots... alors qu'on est peut-être innocent!
le juge, railleur
Innocent!... Innocent !... Etes-vous jeune !... Mais ils le disent tous, qu'ils sont innocents !... Si on devait les écouter...
l'avocat
Cependant... votre conscience ?...
LE JUGE
Oh ! absolument tranquille, ma conscience ! (// se lève.) En principe, voyez-vous, l'innocence... je veux dire l'innocence absolue, i
l'avocat
Ah bah !
LE JUGE
\ nd un code tur là table). V\ us
il îiviH
Ll JUGE
L Vous le connais
l'avocat
Parbleu !
il n'es! pafi ... il
sup] in-
défini, par» qu'il croît tous • rs en raison din
des progrès de la ci-vi-li-sa-tion : Lois nouvelles... décrets... arrêtés... règlements, etc., etc., ajoutés à ce code, constituent le joli petit filet à mailles serrées d^ns lequel barbote notre liberté !... Tout est prévu, allez, énumérë, catalogué... et... puni !... Or, je vous le demande, mon cher ami, qui n'a pas, une fois au moins en sa vie, enfreint une de ces prohibitions et mérité le châtiment prévu ?
l'avocat
Mais... il me semble...
LE JUGE
Tenez... vous, par exemple...
l'avocat
Ah ! permettez !...
le juge, avec bonhomie
Voyons... n'avez-vous jamais eu de relations... quand je dis relations... n'est-ce pas... avec la femme d'un de vos concitoyens ?
l'avocat, souriant
Mon Dieu !...
le juge Combien de fois ?
l'avocat, riant Gomme au confesionnaî, alor
LE JUGE
Allez toujours... vous ne compromettrez per
l'avocat
Si vous y tenez... Un compte exact ?...
L£ JUGE
Heu... heu...
LAVOi \f
Difficile... [II rompt'' sur ses doigts} ety au troisiè éclate de rire au souvenir d'une aventure hic?} bonm . tez... six fois..
lf. iuok, rèi itani
Articl La femme convaincue d'adull ibi-
ra la peine de l'emprisonnement, pendant trois ti
au moins et deux ans au plus... »
l'avocai
Mai
LE JUGE
Article 338 : « Le complice de la femme adultère sera puni de l'emprisonnement pendant le même espace de temps... » Trois mois au moins... Tenez, prenons le minimum... multiplié par six : dix-huit... c'est-àdire un an et demi... Eh bien ! mon cher maître... vous devez un an et demi de prison à la Justice de votre pays !
l'avocat Ah ! par exemple !
LE JUGE
Supposez maintenant que, abusé par une ressemblance fâcheuse ou par un concours de circonstances malheureuses... pour vous... je vous coffre et vous fasse condamner à six mois de prison pour une faute dont vous êtes parfaitement innocent...
l'avocat
Ce serait fort désagréable!
le juge
Pour vous, mon cher, pour vous... car, pour moi, j'aurais la conscience bien nette ; et si plus tard, même, je venais a constater votre innocence, je me dirais : « Hé ! hé !... voilà un gaillard qui n'a pas à se plaindre !... Il nous redoit encore un an ! »
L'AVOCAT
Eh bien, vrai ! Jt- n'aurais pas trouvé celle-là !
le juge, revient à In table M feuillette des d
Vous disit-z... Polonais, je <■•■
l'avocat Parfaitement.... Polonais.
LE JUGE
Voilà. [Il lit des yeux) Oh ! oh ' Cris séditieux
l'avocai
Vous plaignez donc pas I... Ça vous pern ttra faire appi votre zèle... dévouement... aux
institutions que... \ ; toul à l'heui
juge, avec deé gesti s (Timpatiei
Voyons... voyons... maître... // frappe sur un i hrr. Parait un municipal.) Amenez ici le prévenu Polonais... et prévenez le grefft
[Le municipal sait \e retire.)