SCÈNE QUATRIÈME
* Ton verre est plein ; le mien se vide à chaque inslant. Ma foi, je verse encore... Aii! parbleu! par tendresse, Si j'allais essayer d'une pointe d'ivresse.
U boit.
JEANNE
Non, mon fils! non, de grâce!... Assez!... Ne verse point!
MARCEL, riant.
M'as-tu jamais vu faire un excès sur ce point? Bah! mère, uo coup de plus pour le jour de ta fête N'est pas coutume !
Il se verse à boire.
JEANNE, troublée.
Oh! non; je t'en supplie!... arrête!...
En se levant et avec force.
Je te le défends!..
MARXEL, étonné.
Quoi ! Qu'as-tu donc? Quel effroi !
Jeanne se rassied.
Je ne te vis jamais si sévère avec moi...
JEANNE, très-exaltée.
Ah! l'ivresse!
MARCEL
Allons! bon! quelle mouche te pique?
Tu me prends pour un autre!
JEANNE
Oh ! pardon !
La critique Tombe mal!
JEANNE
J'ai si peur...' Je te veux sans défaut!
MARCEL, gaiement.
Il faut me marier alors, mère, au plus tôt.
JEANNE, se levant de table, ainsi que Marcel.
Hélène peut attendre et tu le peux toi-même.
Je vous connais tous deux et tous deux je vous aime ; Mais le frère et la sœur sont un fardeau pesant, Qu'il faudra supporter, mon fils, en l'épousant!
* Crois-moi, ne compte pas aulant sur ton courage!
* Tu prends une famille en entrant en ménage,
* Et ta famille à toi, — quand elle arrivera, —
* Que feras-tu pour elle, et qui la nourrira?
Marcel a repoussé la table au fond.
MARCEL
C'est l'affaire de deux ou trois ans, je l'espère. En se fiant à Dieu, toute maison prospère!' Comment, mère, c'est toi qui prêches sur ce ton? On travaille!
Il a pris place à son établi, et prépare ses burins.
Très-bien, Mais y suffi ra-t-on?
MARCEL. '
Unis ou séparés, les charges sont pareilles!
Nous aurons les lundis, les dimanches, les veilles! Je sens doubler ma force en songeant que le soir Hélène en souriant viendra me recevoir!
JEANNE
Sois homme! c'est parler en enfant qui s'enflamme!