SCÈNE PREMIÈRE
MARCEL, seul. Il entre vivement, avec gaieté; il est chargé de pots de fleurs et de bouquets. — Il regarde autour de lui.
Bonjour, mère I je rentre! — Eh bien, personne?... Allons, Je puis, sans être vu, décorer... nos salons!
Il dépose les objets sur la table et sur le buffet.
Elle n'est pas là? bon I serait-elle endormie? Ce serait du nouveau : huit heures et demie!
Il frappe aux portes, et les ouvre successivement.
Ouvrons!... Rien! Par ici? rien non plus! J'espérais La surprendre au lever: j'arpentais, j'accourais!
4 LES OUVRIKRS.
Sur ia terrasse?... Noi^, pas plus qu'à la cuisine! La sainte est envolée... ou bien elle voisine! Je viens du quai : la course est longue, par ma foil Mais je suis tout gaillard : mère, c'était pour toi! Fêtons ma bonne Jeanne avec les fleurs qu'elle aime : Des résédas... Je veux les arroser moi-même.
n prend une carafe sur le buffet et arrose les pots.
Dans ces vases plaçons les bouquets : qu'ils sont frais! Des roses, des œillets! quel parfum!... Je voudrais ApporterJe printemps tout entier pour lui plaire! J'étais «omme un benêt deVant chaque éventaire. Que c'est beau, ce marché, par un matin d'été! Si j'avais eu cent bras, j'aurais tout acheté! Eh bien, puisque l'on est aujourd'hui matinale, Tant mieux! Je vais dresser la table : je régale! Un déjeuner de riche... avec plus d'appétit!
— Elle était hier soir soucieuse, et m'a dit Bonsoir, avec un air tout triste! Qu'avait-elle? Peut-être un souvenir que ce jour lui rappelle! Je prétends l'égayer de la bonne façon, Et, pour peu qu'elle y tienne, elle aura sa chanson.
n fredonne.
La table ici; la nappe et les couverts; je compte Préparer tout sans elle, et je lui ferai honte.
n chante h mi-voix .les deux derniers vers sur un refrain connu (Air de Roger Bontemps),
Le repas qu'on apprête en a plus de saveur :
Je serais cuisinier... si je n'étais graveur!
II a commencé à mettre la table ; il prend la vaisselle dans le buffet; Hélène entre; Marcel se retourne au bruit.