SCÈNE SEPTIÈME
MORIN
Moi, son père? Allons donc! Que racontez-vous là? Je n'ai pas eu de filsi jamais !
UARGEL, interrogeant Jeanne des yeux.
Jamais?... ma mère?...
JEANNKi.
Prétend-il m'accuser?...
MARCEL, avec force.
Il ne faut rien me taire!
JEANNE
Attends! je vais parler!... Ah! Dieu m'en est témoin! Marcel, tu peux me croire, et j'en ai bien besoin! Quelques mots suffiront...
« ~ M OR IN, troublé.
Mon Dieu, que dira-t-elle?
JEANNE
Le jour où je restai seule, — et toujours 6dèle, — Ce jour-là, jour affreux que j'ai revu souvent. Je te portais déjà dans mon sein, pauvre enfant! C^était dans mon malheur une épreuve suprême. Il l'ignorait ; et moi, je l'ignorais moi-même! Il ne t'a pas connu.
MORIN, très-ému, allant vers Marcel.
Mon fils! •
]. Morin, Jeanne, Marcel.
JEANNE, passant au miliea ; & Morin.
N'approchez pasl
A Marcel.
Je te défends, mon fils, de lui tendre les bras I
J'ai trop souffert I II peut souffrir : j'en suis bien aise!
Lève la tète ; et lui, qu'il la courbe et se taise!
MARCEL
Ma mère!...
JEANNE
Écoute bien, Marcel, écoute bien :
N'approche pas de lui, car il ne t'est plus rien I Pour toi, pour mon honneur et le tien, j'ai dû dire Ce qu'il avait été, cela doit te suflSre. •
MARCEL, avec violence..
Non, je veux tout savoir! je le veux, cette fois!
JEANNE
Eh bien! donc...
A Morin, qui fait un mouvement pour sortir.
Vous, restez!
MORIN
Dieu frappe, je le vois!
li courbe la tête, le front dans ses deux mains. JEANNE, à Morin.
Oui, c'est pîeu ! de mes maux il a pesé la somme.
A Marcel.
J'étais depuis deux ans mariée à cet homme.
Un soir, je l'attendais au logis, vainement.
II. me venait au cœur comme un pressentiment. Et j'avais tant pleuré, malgré tout mon courage,