‹ Les ouvriers drame en un acte, en versChapitre 22 sur 38 · SCÈNE SIXIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE SIXIÈME

Un amoureux; j’aurais déjà dû m’en douter!

Mais il est si facile à moi de m’en conter!

Je n’y comprends trop rien, et suis sot pour mon âge! — Vous riez, vous, blanc-bec?...

MARCEL, ü part.

Singulier personnage!

MORIN

Vous aimez? C’est parfait! Elle aussi? Rien de mieux I Mais je veux un mari qui soit laborieux.

Un brave homme, une pâte à père de famille!

Je veille sur l’enfant : elle 'est presque ma fille;

Sachant ce que j’étais, je sais ce qu’il lui faut.

Et veux en bpnnes mains confier ce dépôt.

H ARC El..

Ah! que c’est bien à vous! comme elle le mérite!

Ce visage d’enfant cache une âme d’élite!

C’est un ange, monsieur!... Si vous la connaissiez!..

MORIN

Si je la connais, moi? C’est plaisant! V’ous pensiez Que j’aurais recueilli cette chère petite,

Sans avoir dès longtemps reconnu son mérite?

Ses parents travaillaient pour moi, voilà six ans...

MARCEI..

AhI si les gens étaient comme vous bienfaisants!.. Hélène dans son cœur a placé sa mémoire;

Elle n’est pas ingrate, et l’on sait son histoire!...

Elle en parle toujours!

LHS OUVRIERS.

Morin, trps-simpleni(>nt.

•I est vrai que, sans moi,

File et les deux marmots devenaient Dieu sait quoi! auvres enfants! je crois être encore à cette heure Ou la mort vint deux fois frapper dans leur demeure • C était I epidemie, et ça pleuvait, les deuils!

En huit jours tout au plus, je suivis deux cercueils I Trois enfants orphelins dans une chambre vide Effrayés d’être seuls et d’un regard avide Me demandant qui donc veillerait sur leur sort,

Dans cet isolement que leur faisait la mort!

— Chacun, dans la maison, se mit de la partie,

Vous devinez : ce fut comme une sympathie I J’ai reconnu que l’homme a du bon, ce jour-là,

Et la fraternité pour moi se dévoila.

— Ma foi! je me chargeai du gros de la dépense.

AhI monsieur! j’en reçus bientôt la récompense ;

' Au commencement, daml ce fut un embarras! ’

Mais, la première fois que tous cês petits bras Se tendirent vers moi pour m’embrasser ensemble.

Ce que j’éprouvai là, voyez-vous, ne ressemble A rien! je me sentis remué jusqu’au fondl

— Parbleu! les gens de cœur savent bien ce qu’ils font!

Il 8ft l^ve.

M.iRCEL, se levant et Im prenant la main

Eaissez-moi cette main, monsieur, que je la serre I

Vous les avez tous trois sauvés de la misère!

O protecteur béni! Providence! oh! c’est grandi Et vous méritez bien tout ce que l’on vous rend.

SCf-NE SIXIEME.

MORIN

Hélène avait treize ans, et sa volonté forte Promettait une mère à défaut de la morte;

A l’œuvre tous les jours j’ai bientôt pu la voir, Et la réalité dépassa mon espoir.

Elle avait mille soins pour sa sœur et son frère, S’instruisait, travaillait, fiiisait la ménagère.

Et me racontait tout, quand je les visitais.

Et moi, si vous saviez alors ce que j’étais!

Un assez mauvais drôle, égoïste, irascible!

Ce qu’elje a fait de moi, c’est incompréhensible : Elle m’a retourné de la belle façon...

MARCRL.

Vous étiez donc, monsieur, sans famille et garçon?

MORIN, brasquement.

J’étais veuf; laissons ça...

MARCEL, à pnrt.

Que diable! du couragel

Haut.

Monsieur, je vous demande Hélène en mariage.

Nous vous aimerons bien tous les deux : je vivrai Digne de vous et d’elle, et je vous bénirai 1

Doucement! nous n’avons pas touché le solide. L’amour se porte mal avec la poche vide!

La jeunesse est légère et le ménage est lourd : Que pouvez-vous gagner?

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