SCÈNE SIXIÈME
Aider au bien qu’on voit par le mieux que l’on rôve ; Travailler sans relâche afin d’ètre plus fort,
Et contre la misère user un moindre efifort.
Et d’ailleurs, il le faut, monsieur ; le flot nous pousse, Et doit encor plus haut nous porter sans secousse! Arbre ou peuple, toujours la force vient d’en bas :
La sève humaine monte, et ne redescend pasi
3U O R I M ) h port.
Où prend-il tout cela?
Haut.
Que le diable m’emporte Si j’aurais su jamais raisonner de la sorte I '
J’étais un malheureux, au cœur irrésolu I Pour en arriver là, qu’avez-vous fait?
MARCEL, s'animant.
J’ai lu!
Les mauvais et les bons, tous les livres I le pire Est encore on esprit qui parle et qui respire.
La vérité, d’ailleurs, possède un tel pouvoir Que, pour la reconnaître, il suffit de la voir!
Aux livres je dois tout ; j’en ai là, sur ma planche.
Qui me font sans ennui passer tout mon dimanche ! Avec eux, j’ai senti mon âme s’assainir;
Ils m’ont donné la foi que j’ai dans l’avenir :
Ma mère me l’a dit, l’ignorance est brutale.
MouTemenl de Morin.
Elle imprime au visage une marque fatale !
Au mal, comme au carcan, l’ignorant est rivé : ftlais quiconque sait lire est un homme sauvé!
MORIN, so IcvaoU
Bien diti — mais vous avez de la chance, vous autres I Les temps où vous vivez valent mieux que les nôtres ! On nous croyait tout juste assez bons pour souffrir;
Les écoles pour nous hésitaient à s’ouvrir;
Et, quand nous demandions, nous autres, pauvres diables, Si vraiment tous ces maux sont irrémédiables.
Quand nous faisions parler entre nous la raison,
On venait évoquer Ies,lois et la prison I
Nous passions aussitôt pour d’affreux démocrates.
Les bourgeois, blancs de pour, nous faisaient écarlates.
Et dans nos cabarets prompts à nous refouler.
Ils nous y condamnaient à boire, — sans parler I — Mais guérit-on le mal pour en savoir les causes?
Vous parlez bien, ouil mais ce sont des motsi
Vous rêvez I
MABCËL.
UORIN.
Des choses !
MARCEL
Nous cherchons 1
MORIN
Des chimères!
M A n C li !.. '
Non pas!
Le niveau général n’est déjà plus si bas!
Même, s’il faut peser les biens que Dieu dispense. L’égalité n’est pas si rare que l’on pense !
Nous avons tous l’amour, les enfants, le sommeil!
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