SCÈNE SIXIÈME
MORIN
Un gaillard de votre âge, On peut le soupçonner sans qu’on lui fasse outrage ; Un petit coup de vin dont on est échauffé;
Le cabaret peut-être? En tout cas, le cafél •
MA RC KL, étonné.
Ma foi, non! rien du tout! Je vous parle sans feinte!
MORIN, rondement.
On est donc sans défaut, hein? Le verre d’absinthe...
MARCEL
L’absinthe? Ce poison couleur de vert-de-gris.
Qui vous rend idiot sans qu’on soit jamais gris? Merci! — Le cabaret? l’on sail ce qu’on y gagne! Singulier goût d’aimer à battre la campagne!
Je n’ai jamais compris, sobre dès le matin.
Les éblouissements de ce comptoir d^tain!
Voyez-vous, ma raison, qu’un pareil soupçon blesse. Fait de la tempérance un titre de noblesse.
La misère et le vice ont besoin de l’oubli ;
J’aime trop mon bon sens pour le voir affaibli;
Et nous n’avons pas trop de notre intelligence.
Nous autres, pour combattre et vaincre l’ignorance.
MORIN, à part.
J’ai mon paquet.
Haut.
Parbleu! vous avez bien raison!
MARCE L.
El puis je ne me plais vraiment qu’à la maison. Quand une chambre est sainte et riante à la vue.
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Qu’on y trouve une armoire en linge bien pourvue,
Un livre sur la table, une lampe le soir,
On y revient sans peine, heureux de la revoir.
Mais ce sont les taudis et les foyers sans flamme.
Les bouges sans soleil pour le corps ni pour l’âme.
Et les réduits infects pleins de navrants secrets.
Qui font rester le pauvre au fond des cabarets!
MORIN
Je vois cela d’ici... — Mais il faut se distraire?...
MARCEL
C’est ma confession que vous voulez donc faire?
— Je n’ai rien à cacher, et je ne rougis point De montrer ma façon de vivre sur ce point.
.Je suis de ces rêveurs, charmés de leur trouvaille,
Dont l’esprit va son train loigque la main travaille !
Et, quand je ne vais pas, — c’est là tout mon roman, — Bras dessus, bras dessous, promener la maman,
— Car les mères aussi veulent être amusées ! —
Je dessine chez moi, je vais dans les musées.
Je suis les cours publics : il s’en fait à foison 1 J’apprends tant bien que mal à forger ma raison.
A quoi sert d’habiter une pareille ville.
Si c’est pour y moisir comme une âme servile!
Ma mère, en nos longs soirs d’entretiens sérieux.
Des choses de l’esprit m’a rendu curieux.
Puis, on veut être utile, étant célibataire :
J’ai des sociétés dont je suis secrétaire;
Car le ciel m’a donné, sans nulle ambition,
Des instincts au-dessus de ma condition!
On doit joindre au métier tout ce qui le relève.