‹ Les ouvriers du textile dans la Champagne troyenne: 1730-1852Chapitre 16 sur 80 · EN RE · texte numérisé non relu

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méliers à bas n'avait pu se faire qu’en violation des lois et règlements), suscitent un mouvement de réforme dans le cours du XvIn° siècle, timide d’abord, puisque, sans condamner encore les corporations et les maîtrises, il se « propose de réunir les professions les plus voisines, de supprimer beaucoup de leurs formalités et exigences, de libérer la technique (18), » mais qui sera bientôt largement dépassé par les disciples des physiocrates : Gournay, Mercier de la Rivière, Condillac…

Les administrateurs eux-mêmes sont, d'une manière générale, partisans d’une politique de liberté qui commence d'ailleurs à entrer en application, puisqu’après 1750, on voit le Bureau du Commerce faire droit à de nombreuses « requêtes d’apprentis et de compagnons qui s'adressent directement à lui pour être exemptés du brevet d’apprentissage (19). »

Ces mouvements suscitent une série d’édits qui tendent d'abord à élargir le cadre étroit du métier pour finalement le supprimer complètement. C’est en particulier l'arrêt de 4762 qui assure la liberté du travail des textiles dans les campagnes. Quelques années plus tard, afin d'éviter que les compagnons qui ne peuvent subvenir aux dépenses nécessitées par l'accès à la maîtrise, n'aillent porter fleur industrie à l'étranger, le Roi établit en leur faveur, par un édit de mai 1767, un certain nombre de brevets ; ces derniers, accordés aux compagnons jugés les plus capables, leur tiennent lieu de maîtrise,

L'aboutissement normal de ces tendances fut l’édit de Turgot du 5 février 1776 qui se réclame du désir de protéger « cette classe d'hommes qui, n'ayant pas de propriété en dehors de leur travail et de leur industrie, ont d’autant plus le besoin et le droit d'employer toutes leurs resssources dans un régime de liberté pour leur permettre de subsister (20). » Le droit au travail proclamé comme un droit na-

(18) Lettre adressée le 8 février 1771 par M. Trudaine à M. Rouillé d’Orfeuil, Intendant de Champagne. Archives de l’Aube, E 1154.

(19) Emile Cornaert, ouvrage cité, p. 174.

(20) Germain-Martin, Histoire Economique et Financière, p, 272.

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turel, entraîne logiquement la proclamation de la liberté du travail et par conséquent l'abolition pure et simple des corps de métiers.

La liberté du métier n'implique d’ailleurs pas la liberté d'association et l’édit de 1776 proscrit formellement les coalitions des maîtres, compagnons, ouvriers ou apprentis, sous quelque prétexte que ce fut.

Ces mesures suscitent bien des oppositions et l'on voit le Parlement prendre prétexte de l'agitation manifestée par les compagnons, durant les dernières années, pour insister sur les difficultés d'exercice de la police ouvrière dans ces nouvelles conditions : tandis que jusqu'alors, « les ouvriers étaient inspectés par leurs maîtres » et ne pouvaient rêver d’une police plus douce que celle des jurandes, la police ne pourra plus désormais exercer sa surveillance que difficilement (21).

Au cours des itératives remontrances qui précédèrent l’enregistrement de l’édit, le Pramier Président précise le péril qu'il y aurait à laisser « sans frein et sans règle une jeunesse turbulente et licencieuse. »

Cette réforme ne fut que de courte durée, puisque quelques mois plus tard l’édit d’août 1776 de Necker ramenait l’état de choses antérieur, en rétablissant les communautés : l'examen d'accès à la maîtrise est maintenu, les droits sont considérablement diminués, mais restent encore trop élevés, et les compagnons continuent de se heurter au monopole familial du métier.

Dès le début de la Révolution Française, le droit au travail est proclamé comme un droit sacré, imprescriptible. Le baron d’Allarde, rapporteur de la loi sur les corporations, fait siennes les réclamations des compagnons : « La longueur de l'apprentissage, la servitude du compagnonnage, les frais de réception épuisaient une partie de la vie

(21). Olivier-Martin, ouvrage cité, p. 535,

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