SECTION Î. — LES INDUSTRIES TEXTILES TROYENNES
L'importance industrielle de Troyes au xvur siècle était considérable et en avait fait « un des centres les plus populeux (1) » du Royaume. Il est difficile d'estimer le chiffre de la population ouvrière de l’époque, car nous nous trouvons en présence d’appréciations différentes selon les auteurs.
D’après J.-J. Vernier, Troyes comptait, en 1789, 22.000 âmes environ, dont 12.000 travailleurs textiles pour 1.500 métiers. Le subdélégué de l’Intendance de Champagne évalue à la même époque à 15.000 le nombre des ouvriers dont 40.000 fileurs et fileuses (2). Selon d’Arboïs de Jubainville, « les drapiers et fabricants de serges de Troyes auraient à cette date occupé dans la ville six mille personnes, y compris celles qui filaient pour eux ; et le nombre des personnes employées à la fabrication des toiles de coton, basins, etc….., aurait, à la même époque, été de 12.000 » dont 500 fabricants, soit au total 18.000 personnes sur une population de 30.000 âmes (3). De ces indications contradictoires, il ressort
(1) J.-J. Vernier, Gahier de doléances du Baïlliage de Troyes et du Bafl- Mage de Bar-sur-Seine, Introduction.
(2) Lettre du subdélégué du 30 juillet 1788. Archives de l’Aube, C 1926,
(3) D'Arbois de Jubaïnville, L’Administration des intendants, p. 146.
Les contemporains expliquent l’activité industrielle de Troyes par le
DES ONU
cependant que le chiffre de la population ouvrière troyenne s'élevait au minimum à 12.000 personnes.
Les produits de la fabrique de Troyes avaient une renommée qui dépassait non seulement les limites de la province, mais celles de la France, puisqu’ïls étaient exportés en Europe et hors d'Europe. Les filatures et les tissages travaillaient la laine, le chanvre, îe lin, le coton, la soie. « Les objets fabriqués sont les basins rayés, unis, les futaines à poil et à grain, les molletons de coton, les coutils de lin, les toiles de coton unies, les toiles de coton teintées, les toiles de coton imprimées, les toiles de coton à fleurs blanc sur blanc, les toiles de coton rayées ou à carreaux, les toiles à mèches pour réverbères, les toiles de Troyes (de lin) (4). »
En plus des articies de coton, la ville de Troyes fabrique encore « des ratines, des espagnolettes, des serges et des frocs facon d'Holbec, pour lesquels elle emploie des laines du Département ou de celui de Seine-et-Marne (5). »
Les toiles de coton, en particulier, ne craignent pas la concurrence étrangère et rivalisent sans peine avec les toiles de Manchester et du Lancaster qui n’ont « ni le moelleux, ni le blanc vif et satiné de celles de Troyes. » Cette supériorité est due surtout aux « blanchisseries les mieux disposées et les meilleures du royaume (6). »
Nous n’aurions garde d'oublier la bonneterie qui commiença à prospérer au milieu du xvIr° siècle, sans cesser depuis de se développer, alors ique les autres industries textiles étaient frappées les unes après les autres.
fait que les habitants sont obligés de se consacrer au commerce, parce que se trouvant dans l’impossibilité « de mettre leur fortune en biens fonds, étant environnés de quatre Duché-Paierie, de plusieurs chapitres, de plusieurs abbaies, de plusieurs Maisons Religieuses qui possèdent presque toutes les terres ». Extrait du Registre des délibérations de l'Hôtel de Ville de Troyes, Archives de l’Aube, E 1144.
(4) Essai sur le commerce et l’agriculture de Troyes, ouvrage cité par Emile Chaudron, L’Assistance publique à Troyes, p. 2.
(5) Discours de Jacques-Claude Beugnot, procureur général syndic à la séance du 3 novembre 1790 de l’Assemblée administrative du département de l’Aube. Procès-verbal des séances de l’Assemblée administrative du département de l’Aube tenues à Troyes dans les mois de novembre et décembre 1790, Troyes, 1791. (Document dû à l’obligeance de M. Jean Boudot-Lamotte.)
(6) J. J. Vernier, ouvrage cité, Introduction.
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MANU : QUMISEI