‹ Les ouvriers du textile dans la Champagne troyenne: 1730-1852Chapitre 5 sur 80 · SECTION II. — LES ORIGINES ET LE DÉVELOPPEMENT DE LA BONNETERIE · texte numérisé non relu

SECTION II. — LES ORIGINES ET LE DÉVELOPPEMENT DE LA BONNETERIE

Jusqu'au milieu du xvm° siècle, le tricot ne se fabrique qu’à la main — les statuts de la corporation des bonnetiers de Troyes (1554) (7) ne prévoyaient d’ailleurs que ce mode de fabrication — car l’utilisation du métier à faire bas est prohibée par l'arrêt du Conseil du 30 mai 1700, qui n’autorise le travail au métier que dans dix--huit villes du Royaume, parmi lesquelles Troyes ne se trouve pas (8).

Mais à la suite d'un événement fortuit, les premiers mé-

tiers à faire bas allaient être introduits, au cours de la première moitié du xvi° siècle, dans la région troyenne. Alors que la tisseranderie, qui procurait à la population ses principales ressources, traversait ume crise grave, atteignant à la fois les travailleurs des villes et des campagnes (9), deux incendies vinrent successivement, en 1719 et en 1727, ravager Arcis-sur-Aube.

(7) Les Statuts des bonnetiers présentent de grandes analogies avec ceux des drapiers et des tisserands.

Is prévoient que nul ne peut être reçu maître-bonnetier s’il n’a fait le chef-d'œuvre et interdisent aux personnes « d’autres que les maîtres dudit métier, de travailler pour autrui n’y faire travailler dudit métier, comme bonnets, bas... ». L'’ouvrier bonnetier non reçu maître ne peut tenir « ouvroir ou boutique dudit métier ni besongner pour autrui, sinon sous les maîtres ou vèves de maîtres » à peine de 20 sols tournois d’amende.

« Le mari de la veuve d’un Maître est tenu au chef-d'œuvre avant de pouvoir tenir boutique ; les fils de maîtres n’y sont pas tenus.

Le nombre des apprentis que peuvent avoir les maîtres-bonnetiers dépend de leurs possibilités ; l’apprentissage dure trois années pendant lesquelles les maîtres s’engagent à leur apprendre le métier « bien loyallement et fidellement.. sans leur celler ou cacher aucunes choses de l’art d’icelui métier ».

Pour permettre à la Communauté d’acquitter ses charges, les maîtres, outre les cotisations normales, sont astreints à payer 10 sols pour chacun de leurs apprentis et un sol par mois pour chacun de leurs ouvriers. Statuts et Ordonnances de la Communauté des Maîtres-Bonnetiers (Archives Municipales de Troyes, série AA, 40 carton).

(8) « Sa Majesté étant en son Conseil a ordonné et ordonne que les Maîtres, Faiseurs de Bas et autres ouvrages de Soye, Laines, Fil, ou Coton au métier, établis dans les Villes de Paris, Dourdan, Rouen, Caën (Caen), Nanses (Nantes), Olleron, Aix, Toulouze, Nismes, Uzez, Romans, Lyon, Mets, Bourges, Poitiers, Orléans, Amiens et Rheims, continueront d’y travailler suivant les statuts. » Cité par J. Ricommard, La Bonneterie à Troyes et dans le département de l’Aube, p. 18.

(9) Troyes ne compte plus que 20 métiers à tisser en activité au lieu de 100, cinquante années auparavant, et 4.000 ouvriers se trouvent réduits

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