SECTION III. — LES CRISES
La population troyenne, qui trouvait ses principales ressources dans l’activité industrielle, eut des périodes difficiles à traverser lorsque les crises vinrent paralyser le commerce et ralentir, sinon arrêter, la fabrication.
Pendant la période qui nous occupe, la première crise qui éprouva l’activité industrielle fut celle qui atteignit la tisseranderie en 1732 et incita le seigneur d’Arcis, à la suite des deux incendies qui avaient détruit la ville, à y introduire les premiers métiers à bonneterie. Le déclin des fabriques de draps fut attribué à l’avidité des tisserands dont les toiles étaient « insuffisamment garnies de chaînes et très altérées à cet égard (17) », mais les fabriques de toiles de coton et de lin ne tardèrent pas à êtra frappées à leur tour.
La tisseranderie en resta atteinte et ne reprit pas la place qu’elle occupait, lorsque la situation industrielle redevint normale.
Dans les vingt dernières années de l’Ancien Régime, trois grandes crises, coupées de courtes interruptions, frappèrent les populations de la Champagne troyenne. Le nombre des métiers en activité à chaque instant, traduit nettement l’évolution de la situation industrielle.
En octobre 1770, par suite d’une grave mévente, ils se trouvent réduits à 1.340 au lieu de 1.450 deux mois auparavant (18). Pour entretenir l’activité, la municipalité emprunte 40.000 livres destinées à fournir du coton aux fila-
(17) Archives de l’Aube, C 1929.
(18) D’Arbois de Jubaïnville, ouvrage cité, ch. 1x,
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teurs et à leur acheter ensuite le coton qu’ils ont filé, lequel est stocké en attendant des jours meilleurs (19).
La guerre d'indépendance américaine suscite, quelques années plus tard, une nouvelle crise en provoquant une augmentation du prix du coton et en suspendant les relations avec l’Angleterre qui était le plus important des débouchés de la fabrique troyanne. De 2.400 en mai 1782, le nombre des métiers en activité tombe à 16 ou 1700 en janvier 1783. Le commerce se trouve paralysé; les fabricants, ne recevant plus le prix des marchandises qu'ils ont livrées à crédit, ne peuvent tenir leurs engagements (20). Obligés d’acheter leurs métiers au comptant, de faire des avances importantes à leurs ouvriers, ils ne trouvent pas à vendre leurs marchandises et sont à la veille, en fermant leurs fabriques, de réduire « à la mendicité environ trois mille ouvriers domiciliés et ayant leur ménage (21). »
La misère du peuple est telle qu’on craint qu’elle donne lieu « aux événements les plus fâcheux », car à Troyes l’activité industrielle est concentrée dans la ville et les faubourgs, à l’inverse de beaucoup d’autres villes « qui ne sont que l'entrepôt d’un arrondissement dans lequel se trouvent les manufactures (22). »
‘Les difficultés sont encore accrues du fait que les marchands, qui regardent la paix comme très proche, ne veulent pas s’encombrer de marchandises qui, d’un jour à l’autre, peuvent baisser considérablement.
La crise de 1787.
Cette crise fut suivie, dès 1784, d’une période « d’euphorie, de surproduction et de gains effrénés » qui dura
(19) Emile Chaudron, ouvrage cité, p. 73-75.
(20) 11 semble que la débâcle soit venue d’Arcis où les marchands avaient emprunté à Troyes des sommes considérables. (Cf. Extrait du Registre des délibérations de l'Hôtel de Ville de Troyes, Archives de l’Aube, E 1144.)
(21) Archives de l’Aube, E 1144.
(22) Rapport des officiers municipaux de la ville de Troyes, Archives de l’Aube, E 1144.