SUR LES RÉCRÉATIONS ET LES FÊTES PUBLIQUES OU PRIVÉES DES MARKOIS
Les aptitudes de l'homme se révèlent dès l'enfance et se ressentent du milieu dans lequel il vit. Ainsi, le petit Markois s'amuse à faire de petits bateaux avec de vieux sabots, en y attachant un chiffon qui tient lieu de voile; et son plus grand plaisir est de le faire voguer sur l'eau du fossé ou du ruisseau voisin. Il écoute attentivement ce qu'il entend dire sur la navigation et étudie avec plaisir tout ce qui s'y rapporte. Son plus vif désir est de mettre en pratique les notions ainsi acquises; et
oa le voit, dès l'âge de 12 ou ik ans, aider son père et hisser les voiles aussi adroitement qu'un matelot expérimenté.
Devenu jeune homme, ses distractions favorites sont les réunions sur la glace. Le patinage est presque une fête nationale chez les Néerlandais. Tout le monde y assiste; les jeunes gens des deux sexes s'y donnent rendez- vous ; et, lorsque l'âge et la raison lui permettent de songer au mariage, le jeune Markois profite de cette occasion pour faire ses premiers aveux.
De pareils engagements se font aussi le jour de l'an et le lendemain des fêtes religieuses de Noël et de Pâques. Le jeune pêcheur invite la jeune fille de son choix à célébrer la fête sur sa barque ou sur celle de son père, en compagnie de leurs amis. La soirée et une partie de la nuit se passent à prendre quelques rafraîchissements, à jouer aux dés et à d'autres jeux. Après cette entrevue, le jeune homme et ses amis reconduisent la jeune fille chez son père ; à la porte, elle reçoit de lui le baiser d'adieu et la promesse de demander sous peu le consentement de ses parents. Ceux-ci ne s'opposent jamais à l'union que leur enfant désire.
La soirée du samedi est ordinairement consacrée aux récréations de famille, probablement à cause de la rentrée des pêcheurs. Le jeune homme en profite pour avoir avec sa fiancée de nouvelles entrevues sur la barque. A une heure avancée de la nuit, les amis les quittent et les laissent seuls. Cependant tout le monde connaît, souvent par expérience, les dangers d'un pareil usage; mais les inconvénients en sont toujours réparés par le mariage.
La première cérémonie du mariage a toujours lieu un samedi. Les fiancés se rendent, vers trois heures de l'après-midi, avec les parents et les invités, chez le magistrat, pour se faire inscrire sur les registres de l'état civil. Le cortège, précédé de l'agent de police communal, est salué par les acclamations de la foule qui se presse sur son passage. C'est ce jour-là que les fiancés portent le costume expressément réservé pour cette cérémonie (lo).
Au retour, le jeune couple reçoit les félicitations des invités ; il se dépouille ensuite du vêtement traditionnel; on consomme de l'eau-de-vie, du sucre et des raisins secs ; et les vieilles chansons populaires, ainsi que les danses, se prolongent jusqu'à cinq
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heures. Alors on sert le thé et, à huit heures, le café avec du pain de froment, du beurre, du fromage et du bœuf fumé. Vers minuit, on se sépare, et le jeune homme reste avec sa fiancée pour Taider à couper des tranches de pain qui, avec du beurre et du lait, servent à faire le Sop^ gâteau pour le lendemain.
Le dimanche matin, en effet, de 9 à 10 heures, la fiancée invite ses parents et ceux de son futur. Vers quatre heures de l'après-midi, après le service divin, on se met à table, la prière se fait en commun et on mange d'abord des pois gris et des raisins secs assaisonnés de beurre, ensuite le plat national, le Sop^ que l'on mange avec du beurre et du sucre. Le repas se termine avec du pain, du biscuit, du fromage, du bœuf fumé et du jambon. Pour boisson on sert du vin; et les moins aisés se contentent de bière.
Après ce repas, les hommes allument leur pipe et, accompagnés des femmes, font trois fois en procession le tour du quartier où a lieu la noce. Le fiancé est en tête, portant une longue pipe ornée de fleurs et de rubans bleus, rouges et verts ; derrière lui vient la fiancée, ensuite la plus jeune fille invitée et enfin les parents du jeune couple. En rentrant de cette promenade, les convives prennent une tasse de thé, les hommes fument, et, vers 6 ou 7 heures du soir, chacun rentre chez soi.
Le dimanche suivant, le fiancé fait une pareille invitation à son domicile; et cette journée se passe comme celle du dimanche précédent.
Enfin, le troisième dimanche est le jour du mariage. A midi, les fiancés se rendent à la maison communale, précédés de l'agent de police et suivis des parents et des témoins. C'est après l'accomplissement des formalités civiles que les époux se rendent à l'église, au service divin de l'après-midi, pour contracter le mariage religieux. La cérémonie terminée, la fête se continue comme les deux autres dimanches.
En général, les parents du jeune homme lui donnent la moitié d'un Botter, ainsi que les engins de pêche nécessaires, à la charge par lui de payer l'autre moitié avec ses économies. La jeune fille apporte en dot la garniture d'un lit et sa garde-robe.
ÉLÉMENTS DIVERS DE l\ CONSTITUTION SOCIALE. 263
Ses parents lui font cadeau d'une maison. Si leur fortune ne leur permet pas d'en faire l'acquisition, ce sont les parents du jeune homme qui s'en chargent, ou bien, si leurs moyens ne suffisent pas, les deux familles y contribuent ensemble. Ce n'est que dans le cas où il y a pour eux impossibilité absolue d'acheter à leurs enfants une maison particulière que les parents du jeune homme ou de la jeune fille prennent chez eux les nouveaux mariés et leur donnent une chambre ayant une porte de sortie spéciale.
Les commencements de la grossesse sont aussi pour la jeune épouse l'objet des félicitations de ses amis et de ses voisins ; mais la cérémonie du baptême ne donne lieu à aucune fête de famille. Les plus proches parents seulement se réunissent dans la maison du nouveau-né et y passent la soirée en prenant une tasse de thé.
Les jours de fête et de joie de la famille ne sont pas les seuls pour lesquels les Markois se donnent mutuellement des preuves d'intérêt. Dès que la mort vient frapper une de leurs connaissances, ils s'empressent de rendre les derniers devoirs au défunt (3). Une demi-heure avant l'enterrement, les invités se réunissent dans la maison mortuaire, auprès des parents qui sont assis et courbés autour du cercueil. Quand le cortège funèbre se met en marche, il s'accroît en chemin d'une grande partie de la population qui, vêtue d'habits de deuil, accompagne le défunt jusqu'à sa dernière demeure.
Parmi les fêtes et cérémonies en usage dans l'île de Marken, on peut considérer comme une des [plus importantes la fête nationale du lundi de Pâques, dont l'origine remonte au xiv« siècle, et qui consiste en une promenade des jeunes gens autour de l'île, en commémoration de l'invasion des habitants de la Gueldre.
Le retour des Botters, après la pêche du hareng dans le Nord, donne lieu, en octobre ou novembre, à une fête qui se célèbre par quelques repas pris en famille. Il en est de même à la fin de la fenaison et à l'époque où on tue le bétail.
La Saint-Nicolas est aussi une fête de famille. La femme fait pour ce jour-là une omelette aux raisins de Gorinthe. Des friandises sont préparées, mais elles appartiennent à celui qui
les gagne au jeu de dés. C'est encore le jour où les petits enfants reçoivent leurs cadeaux : aussi n'oublient-ils pas de porter leur sabot ou leur soulier chez leur grand-père ou chez leur parrain.
Les Markois manquent rarement de se rendre aux courses de bateaux à voiles d'Amsterdam et de Rotterdam, où les premiers prix sont souvent remportés par eux.
Ils ont une foire dans l'île et vont régulièrement avec leurs familles à celles de Monnickendam et d'Amsterdam. Leur plaisir consiste à se promener, à pénétrer dans l'intérieur de quelque théâtre ambulant ou à regarder la parade devant la porte. Le plus souvent ils jouent aux dés, non pas de l'argent comme chez eux, mais du gâteau dont on fait ample provision, au point d'en avoir quelquefois pour toute une année. Le Markois n'attache aucune importance au gâteau qu'il achète, mais seulement à celui qu'il gagne. Dans ces occasions, il n'abuse jamais des liqueurs alcooliques. Tout, dans ces plaisirs, est tranquille, grave, presque sérieux; et la plus grande gaieté ne donne jamais lieu à une discussion.
Gomme on le voit, dans toutes ses récréations, dans toutes ses fêtes, le Markois manifeste la plus grande prédilection pour le jeu et surtout pour le jeu de dés; il aime aussi à prendre des billets de toutes les loteries. Cette passion, qui était aussi celle des anciens Frisons, n'a rien de bien surprenant chez des gens qui, par leur profession comme par leur position sur une île exposée à bien des dangers, se fient, en beaucoup de circonstances, aux chances de la fortune.
SUR l'État sanitaire de la population de marken.
Les Markois sont doués d'une constitution robuste, et l'état de leur santé est généralement satisfaisant. Cependant des épidémies naissent ou se propagent quelquefois au sein de cette population et y font de grands ravages.
Les maladies cutanées aiguës, telles que la rougeole, la
petite vérole, la scarlatine, sont celles qui sévissent le plus souvent. En 1858, la petite vérole causa une mortalité considérable due en partie aux scrupules religieux, qui empêchaient beaucoup de parents de faire vacciner leurs enfants. L'exiguïté des maisons, exposées à l'influence du vent de tous côtés, contribue, ainsi que certaines préventions contre les notions modernes d'hygiène, à la rapide propagation de ces maladies.
Le typhus et les fièvres intermittentes enlèvent aussi bien des victimes. Il n'en faut pas chercher bien loin la cause. L'île se couvre, par les fréquents débordements des canaux, d'une couche d'argile grasse et d'eau limoneuse qui séjourne sur le sol. En outre, au moment de la fenaison, c'est-à-dire à l'époque des plus fortes chaleurs, la plupart des petits canaux sont à sec et remplis de vase; pour les mettre en état d'amener les foins au canal principal, on les nettoie, en rejetant, sur les côtés, des boues que viennent frapper les brûlants rayons du soleil. Sous leur action, il se dégage des miasmes fétides, d'autant plus délétères que l'atmosphère est plus calme. Ainsi, en i8ù6, les vents d'automne ne soufflèrent pas, et les cas de typhus furent nombreux. En 1847, au contraire, grâce à des vents impétueux, l'île fut préservée du typhus qui sévissait sur le Continent.
En ce moment (avril 1862) ; règne une angine diphthéritique qui emporte les deux tiers des malades. Les affections rhumatismales sont assez fréquentes ; et ce fait s'explique aisément par la nature du sol et l'industrie des habitants.
Les maladies d'estomac ne sont pas rares; les hernies sont nombreuses chez les hommes, mais il en résulte rarement des inconvénients graves ; beaucoup de vieillards sont atteints de la gravelle. Les enfants résistent, en général, aux maladies scrofuleuses et scorbutiques dont ils sont souvent attaqués.
Les accouchements sont généralement heureux et se pratiquent d'une façon assez inusitée. L'accouchée reste des heures et même des jours entiers sur le plancher ou sur la terre dont elle n'est séparée que par un mince matelas; les lits sont trop hauts pour qu'on puisse s'en servir en cette occasion. On n'emploie pas pour gardes, comme on le fait d'ordinaire sur le Continent,