‹ Les ouvriers européens (volume 2)Chapitre 105 sur 159 · VILLES. __ · texte numérisé non relu

VILLES. __

Ancres. Ancres. Ancres.

Amsterdam (Hollande nord). 11,370 9,430 7,594

Monnickendam etMarken.. (Idem) 25,856 8,507 '22,700

Edam (Idem) 3,030 2,611 7,557

Bucksloot (Idem) » » 3,296

Durgerdam (Idem) 2,058 » »

Enkburzen (Idem) 6,199 » 6,687

Hoorn (Idem) 1,415 » 825

Urk (Idem) » 444 696

Moden (Idem) 3,735 2,351 4,578

Huizen (Idem) 2,403 » »

Noorden (Idem) » 2,364 4,116

Bunschoten (Otrecht) 1,656 2,759 3,317

Harderurgh (Gueldre) 5,462 2,508 4,606

Elburg (Idem) 213 6 89

Vellenhovey (Overyssel) 2,750 1,720 1,944

Les chiffres les plus élevés sont, comme on le voit, ceux de Monnickendam et de Marken; mais les poissons salés à Monnickendam ne sont pas tous fournis par les pêcheurs de Marken, tandis que ceux-ci vendent une partie de leurs anchois dans d'autres endroits.

Les prix des anchois sont sujets à de nombreuses variations, en raison de la qualité de ce poisson, de la quantité offerte sur le marché et de celle qui reste en entrepôt :

Prix maximum Prix minimum Années. de 1 Ancre. de l'Ancre.

La pêche du Zuyderzée a beaucoup augmenté depuis qu'elle est délivrée des entraves du monopole. Plusieurs causes cependant tendent à en diminuer les produits. Sans parler du chien de mer, qui détruit une quantité considérable de Panharings, on a pensé que la disparition partielle du hareng et de l'anchois, depuis quelques années, pouvait être attribuée à l'agitation produite par les bateaux à vapeur qui sillonnent le Zuyderzée, et

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nuisent à la reproduction. On a remarqué, en outre, que le hareng se montre beaucoup plus tard qu'autrefois. Les mois les plus productifs, qui étaient ceux de novembre et de décembre, sont aujourd'hui ceux de mars et d'avril, et, à cette époque, on a perdu le débouché si important occasionné par le carême. Enfin, les droits d'entrée fort élevés qui pèsent sur le poisson dans les pays étrangers en restreignent le commerce à l'extérieur.

Les Markois ont une large part dans la pêche du Zuyderzée, non-seulement parce qu'ils sont les plus actifs des pêcheurs de ces côtes, mais encore parce qu'ils améliorent toujours leur industrie. Autrefois, chacun d'eux péchait seul avec ses filets à la traîne; aujourd'hui ils se réunissent par groupes de deux et jettent leurs filets attachés aux deux barques qu'ils maintiennent à une distance de 20 à 25 mètres, de sorte que tout le poisson qui passe entre les deux embarcations se prend infailliblement.

SUR l'histoire de la population de MARKEN.

Les archéologues ont beaucoup discuté sur l'origine du nom de Marken. Les uns le font dériver du mot Marsch^ et alors les premiers habitants auraient été les descendants d'un peuple appelé, par Pline et par Tacite, les Marsatiens, et qui habitait jadis sur le bord du lac Flevo. D'autres pensent que le nom de Marken vient du vieux mot frison Merschen, qui signifie marque ou limite, parce qu'au ix^ siècle cette île servait de limite entre les empires de Lothaire et de son frère Louis.

Les traits de la physionomie des Markois, plusieurs de leurs usages et quelques expressions de leur langage familier font penser qu'ils appartiennent à l'ancienne race frisonne. Les armes de Marken, composées d'une tête de nègre sur champ d'azur, témoignent encore en faveur de cette origine, puisque les Frisons ont assisté à la conquête de Damiette et à la défaite des Maures en Portugal.

Marken faisait autrefois partie du Continent, et ses habitants

se livraient à l'agriculture et à l'élevage des bestiaux. Là où passe aujourd'hui un bras du Zuyderzée existaient, avant le XIV siècle, excepté à la place occupée par le lac Flevo, de vastes forêts et des prairies immenses.

La marée de la Saint-Julien, en li6i, et celle de la Toussaint, en J170, engloutirent une partie des côtes de la Hollande et de la Frise; et Marken fut à jamais séparée du Continent.

Les historiens modernes ne s'accordent point cependant sur la date de cet événement. L'acte de dotation de 123^ confirme l'hypothèse qui le place en 1170. Dans la Frise, le dommage causé par cette terrible marée fut tel que beaucoup de propriétaires, au lieu de réparer les digues, préférèrent abandonner leurs terres aux monastères de Ledlum et de Ludigagerk.

Ce fut pour la même raison sans doute qu'en 1232 quelques pieux Hollandais firent don de la moitié de l'île de Marken aux moines de Mariengaarde. Trois ans plus tard, Sybrandus, troisième supérieur de cet ordre, acheta l'autre moitié aux chevaliers Nicolas et Jean Persyn. Cet abbé fit immédiatement achever l'église, et envoya des moines pour améliorer la culture de l'île. Ces hommes industrieux réussirent, par la construction de canaux et de fortes digues, à donner à cette terre d'alluvion une fertilité remarquable, et à créer ainsi une source de revenus considérables pour leur ordre. Ils y fondèrent un nouveau monastère, nommé Marienkof, qui fut détruit en 1316.

En 1120, les habitants de Kampen, profitant de l'absence des Markois qui étaient à la pêche de la baleine, envahirent l'île, ravagèrent les terres, pillèrent et incendièrent les maisons. Les femmes de Marken donnèrent dans cette circonstance un éclatant exemple de courage et de patriotisme. Elles s'armèrent, se réunirent, attaquèrent les envahisseurs, en tuèrent un certain nombre, firent quelques prisonniers et chassèrent les autres après les avoir forcés à rendre ce qu'ils avaient volé. Plus tard, les Frisons de l'ouest vinrent encore troubler les habitants de Marken dans la paisible jouissance de leurs terres. Ceux-ci, se voyant ainsi inquiétés et exposés chaque jour à perdre, avec la vie, les fruits de leur travail, renoncèrent à l'agriculture pour se

vouer à la pêche. Un avenir brillant semblait alors, dans les Pays- Bas, réservé à la pêche de la baleine. Cette perspective poussait vers cette carrière les hommes qui joignaient une constitution robuste à un courage éprouvé. En même temps, la quantité de terre arable diminuait, par suite des infiltrations et des inondations.

Les Markois, devenus pêcheurs, n'occupèrent d'abord que des postes secondaires à bord des navires qui faisaient la pêche de la baleine dans le Groenland et le détroit de Davis; car il ne suffisait pas d'être robuste et honnête, il fallait certaines connaissances spéciales qui leur étaient étrangères. Ils les acquirent peu à peu ; et on cite sept habitants de Marken qui devinrent capitaines de baleiniers. Vers la même époque, on établit dans l'île des ateliers pour la préparation de l'huile de baleine.

La mer continuait à enlever le sol partie par partie, et les gains de la pêche compensaient les pertes de l'agriculture. Le nombre des cultivateurs diminuait à mesure que celui des pêcheurs augmentait; et il en résulta un changement complet dans le caractère et les habitudes des Markois.

Enfin, les marins de l'île s'aperçurent que, sans aller dans les régions où s'est réfugiée la baleine, ils pourraient trouver des moyens d'existence dans la pêche côtière ou dans le cabotage et se créer une source de profits, sans exposer autant leur vie et leur fortune. Ils apprirent à connaître et à employer de nouveaux engins. Au xv^ siècle, plus de 90 Markois commandaient des Botters pour la pêche du hareng dans la mer du Nord. Il n'y en avait plus que 38 en 1793, et il n'y en a aujourd'hui que 12. A mesure que décroissait cette pêche, la pêche dans le Zuyderzée augmentait d'importance. Elle ne comptait que 18 barques en 1790; elle en compte maintenant 120.

Cependant, la culture était négligée. Les terres perdirent tellement de leur valeur que les propriétaires les abandonnèrent plutôt que de payer les contributions, qui étaient cependant fort modiques. Les circonstances politiques, qui, au début de ce siècle, entravèrent la pêche du hareng, ramenèrent quelques bras à l'agriculture. Tous les Markois qui avaient quelque argent

achetèrent de la terre pour y faire du foin ou pour y faire paître des brebis. C'est ainsi que chaque famille possède encore aujourd'hui un petit champ.

Les Markois n'ont pas oublié dans leur nouveau métier leur goût pour l'agriculture. La fenaison est pour eux une véritable fête à laquelle tout le monde assiste, même les femmes les plus âgées.

Par malheur pour les Markois, ils sont toujours exposés aux irruptions de la mer, dont les digues sont impuissantes à les garantir. En 1665, une marée très-forte, poussée par un vent furieux, détruisit un grand nombre de maisons et entraîna de vastes portions de terrain. En 1700, quatre quartiers furent emportés; en 1756, une violente tempête inonda l'île; les prairies furent entièrement submergées ; et les maisons bâties sur des tertres semblaient nager en pleine mer. En 1775, 1776, 1791,des marées très-fortes forcèrent encore les habitants de certains quartiers de quitter leurs maisons. Les digues furent alors un peu réparées et améliorées; mais, en 1825, dans la nuit du i au 5 février, une tempête affreuse venant du sud-ouest fit monter l'eau à la hauteur de 3 mètres au-dessus du niveau de comparaison d'Amsterdam; les vagues furieuses passaient au-dessus des maisons. Sur 190 habitations que l'île contenait alors, 50 s'écroulèrent et 20 furent emportées par les flots; 300 personnes perdirent tout leur avoir et se trouvèrent réduites à la plus affreuse misère; la digue fut détruite entièrement.

Le feu a fait aussi, à diverses époques, de grands ravages à Marken. En 1667, tout un quartier fut réduit en cendres. En 1706, 1731, 1810 et i819, de terribles incendies ravagèrent plusieurs parties de l'île.

Sans se décourager après de pareils malheurs^ les Markois travaillaient à en effacer les traces et semblaient puiser de nouvelles forces dans l'adversité. Accablés par tant de maux, ils refusaient toujours les secours de la charité privée, mais ils faisaient appel au gouvernement pour qu'il les aidât à réparer leurs digues. En 1756, ils furent dispensés pendant plusieurs années de certaines contributions et reçurent une subvention de 48,000 francs.

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Aujourd'hui, grâce à leur énergie et à leurs habitudes d'épargne, les Markois ont atteint un degré de prospérité qui leur était inconnu depuis longtemps.

SUR LE DEVELOPPEMENT INTELLECTUEL ET MORAL ACQUIS A LA POPULATION DE MARKEN.

Les Markois sont généralement, sous le rapport du développement intellectuel, supérieurs au reste des pêcheurs de la Néerlande et même à la plupart des habitants des villes.

Sur 200 enfants en âge d'aller à l'école, 180 environ la suivent régulièrement; ainsi, les 18 centièmes de la population de l'île reçoivent l'instruction primaire de 5 à 14 ans. Cette proportion n'était en 1850 que de 12 pour 100 : il y a donc eu en une dizaine d'années accroissement de 6 pour 100.

Conformément aux prescriptions de la loi du 13 août 1857, renseignement de l'école comprend la lecture, l'écriture, la grammaire, le chant, la géographie, l'histoire nationale et l'histoire sainte, l'arithmétique, la géométrie et le dessin linéaire, la physique. Les enfants montrent en général une grande assiduité. On remarque chez eux un goût prononcé pour la géographie et pour l'histoire de leur pays. Leur profession, étroitement liée à la connaissance des lieux, explique le premier de ces penchants ; quant au second, il a probablement sa cause dans l'esprit de patriotisme des Markois. Les classes, au nombre de 10 par semaine, ont lieu de 9 heures à midi, et de 2 à 4 heures. En outre, de 5 à 7 heures, il y a une classe du soir pour les adultes. On y enseigne le français, l'allemand, les mathématiques et l'art de la navigation. Elle est fréquentée en été par 40 à 50 élèves, et en hiver par 80 à 90.

L'instituteur est logé aux frais de la commune et en reçoit 1,600 francs d'honoraires; il a, de plus, le produit de la classe du soir. Il a deux assistants rétribués également par la commune.

Une famille paye annuellement pour Tinstruction primaire, y compris les fournitures de papier et autres accessoires, 5, 8, 12 ou 15 francs, suivant qu'elle envoie à Técole 1, 2, 3 ou 4 enfants et au-dessus. Les familles peu aisées peuvent faire instruire gratuitement leurs enfants.

Le total des revenus de Técole s'élève par an à 700 francs et celui des dépenses à 3,000 francs; il reste donc, à la charge de la commune, une somme de 2,300 francs. En 1840, l'instruction primaire reçut une vive impulsion du zèle d'un jeune maître; parmi les élèves, ayant l'âge de 11 ans en 1856, 3 sont devenus instituteurs et 3 autres assistants.

On ne compte à Marken que 9 personnes au-dessus de 1 4 ans qui ne sachent pas lire, écrire et calculer ; et la plupart d'entre elles sont âgées de 70 ans. Les Markois excellent dans récriture, à laquelle ils s'appliquent beaucoup; ils se conservent la main en tenant eux-mêmes leurs livres d'affaires. La femme, de son côté, tient tous les comptes relatifs aux dépenses du ménage.

Depuis un assez grand nombre d'années, les hommes mariés de l'île ont fondé une société pour la civilisation et Vamusement mutuels: on se réunit le soir de 6 à 9 heures; on s'exerce à la déclamation en récitant les productions des meilleurs auteurs hollandais ; on chante en chœur des morceaux sérieux sur des sujets historiques. Les Markois sont très-portés vers la poésie ; ce penchant résulte sans doute de la nature et des conditions de leur existence.

Cette société compte une vingtaine de membres qui payent une légère rétribution par semaine. Chaque membre se procure, à son propre compte, des ouvrages peu coûteux qu'il met à la disposition de la société. On a acheté à frais communs des livres d'une plus grande valeur, tels que : les Femmes de la Bihle^ édition de luxe, et la Case de Voncle Tom.

Il existe pour les jeunes gens une société du même genre, où Ton s'exerce au chant et à la déclamation.

Dans plusieurs familles on lit les meilleurs ouvrages de la presse périodique, en choisissant toujours ceux qui traitent des

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sujets sérieux et édifiants. Certains pêcheurs apprennent même les principes de la physique et de l'astronomie. D'autres souscrivent à des ouvrages de poésie ou d'histoire en cours de publication. Les Markois préfèrent deux livres à tous les autres : ce sont la Bible et les œuvres de Jacob Gats; c'est là qu'ils puisent leur philosophie; ils jurent par ces livres, dont les préceptes sont toujours présents à leur esprit. Quand ils veulent donner du poids à leur parole : « C'est ainsi, » s'écrient-ils, « que le Seigneur veut; c'est ainsi que le père Cats a dit. »

On retrouve dans toute la vie sociale des Markois les fruits de leur éducation. La piété, la bonne foi, les vertus domestiques, la réserve et la modération, l'activité au travail et l'économie, l'esprit d'indépendance et la confiance en soi-même, sont pour eux le résultat des leçons de la jeunesse et des exeniples de tous les jours.

Le Markois parle peu, mais à propos ; il a une manière saine de raisonner ; il dit son opinion franchement et sans détour. Dans les rues, son aspect est un peu rude; différant en cela des paysans ordinaires, il ne salue pas un bourgeois qu'il rencontre; et il ne le regarde pas comme son supérieur, bien qu'il puisse être mieux vêtu que lui. Sous son toit, au contraire, le Markois reçoit avec une cordiale bienveillance ceux qui savent s'attirer ses sympathies.

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