III
Londres était, il y a deux siècles, la principale fabrique de coutellerie de l'Angleterre, lorsque ce pays n'élaborait que les aciers allemands du Stahlberg (iv, i) qui alors étaient exportés dans les Iles-Britanniques par les ports de la Hollande. C'est dans cette ville que s'établirent d'abord la plupart des habiles couteliers chassés de France par la révocation de l'édit de Nantes. Mais cette fabrique commença à déchoir à mesure que celle de Sheffield se développait en élaborant les fers à acier de la Suède (i, i). Aujourd'hui, pour toutes les branches de coutellerie, une seule exceptée, les maîtres couteliers de Londres ne sont plus que des marchands, intermédiaires entre les fabricants de Sheffield et les consommateurs. Ils ne fabriquent plus que des couteaux de table qui conservent à juste titre l'ancienne réputation de la fabrique ; ils adaptent aussi des manches et des viroles aux lames de toute qualité qu'ils font fabriquer à leur marque dans les ateliers de Sheffield. Au reste, ces travaux, derniers vestiges de l'ancienne fabrique de Londres, ne se pratiquent pas chez les maîtres, mais bien chez des ouvriers qui travaillent dans leur propre maison, sous le régime des fabriques urbaines collectives, et qui ne sont liés aux marchands pour lesquels ils travaillent que par des engagements momentanés. Ces engagements ne durent, en principe, que pendant le temps nécessaire pour élaborer un lot d'objets confié par le marchand, c'est-à-dire pendant quelques jours, au plus pendant quelques semaines; mais ils se renouvellent, malgré l'absence de toute convention expresse, par le fait même des livraisons successives, et deviennent parfois, à la longue, de véritables engagements à vie, lorsque l'ouvrier offre toutes les qualités que le maître peut désirer, et lorsque le maître lui-même est à la hauteur des devoirs de patronage que cette situation lui impose.
L'Auteur a recueilli les éléments de cette monographie à l'époque de la première exposition universelle de Londres. Membre du jury de la coutellerie et collègue du maître auquel l'ouvrier était attaché, il eut l'occasion de constater que ce maître reviendrait aisément aux traditions du patronage, si une direction était imprimée dans ce sens par l'opinion publique.
lÉTAT CIVIL DE LA FAMILLE.
La famille comprend les deux, époux, quatre enfants et la mère de John H**. Celle-ci, après la mort de son mari survenue en 1815, s'est trouvée complètement dénuée de ressources : elle a été aussitôt recueillie par le jeune ménage qui lui prodigue, depuis lors, des soins affectueux.
1. John H*% chef de famille, né à Attercliflfe (Yorkshire), marié
depuis 11 ans 34 ans.