Chariot D**, mère de John H*% âgée de 82 ans
RELIGION ET HABITUDES M0RA.LES
Tous les membres de la famille appartiennent à la religion anglicane; mais ils sont peu assidus aux exercices du culte, et se montrent même à peu près dépourvus du sentiment religieux (20). L'usage veut que l'église ne soit fréquentée le matin que par les classes supérieures de la société ; c'est également à elles qu'est réservée la parole du ministre de la paroisse. Les classes ouvrières ne se rendent ordinairement à l'église qu'à 6 heures du soir, pour assister au service fait par le suppléant du ministre. Assurément aucun règlement ne prescrit cette séparation des classes aux exercices du culte; mais, en fait, elle est presque absolue dans cette paroisse. C'est le seul point de l'Europe oii l'Auteur de ces études ait constaté une telle particularité. Pour la famille décrite dans la présente monographie, le service du soir n'est considéré que comme un but de promenade, et on y assiste seulement lorsque l'état de l'atmosphère ne permet pas
276 cil. VI. — COUTELIER DE LA FABRIQUE URBAINE DE LONDRES.
de prendre, dans l'un des parcs de la ville, une distraction plus agréable. La famille n'a aucune relation personnelle avec le clergé de la paroisse; il est même difficile d'établir ces relations lorsqu'un malade désire recevoir les consolations de la religion. Pendant le cours d'une grave maladie à laquelle a succombé le frère de la mère de famille, celle-ci a dû requérir inutilement, à deux reprises, la visite du ministre. Ce dernier n'est venu au chevet du malade qu'au moment où celui-ci était à la dernière extrémité. Ces faits, rapportés sans esprit de critique, et comme un événement ordinaire, par la mère de famille, décèlent assez l'insuffisance du service religieux (20).
Gomme la plupart des ouvriers anglais, le mari a les formes rudes et incultes ; la femme, au contraire, a, dans sa tenue et dans son langage, une véritable distinction. Les deux époux se recommandent par la régularité de leurs mœurs ; ils traitent la vieille mère avec affection et respect. L'autorité paternelle, si respectée en Angleterre dans les familles appartenant aux classes supérieures de la société, paraît également être ici plus marquée qu'elle ne l'est, au même niveau social, dans les États de l'Occident. Le ménage ne fait aucun usage d'eau-de-vie, et le mari en boit fort rarement en dehors de la maison. Cependant, le sentiment de la prévoyance manque presque entièrement; la famille ne fait jamais de placements à la caisse d'épargne : c'est tout au plus si, à la fin des périodes d'activité les plus soutenues, la femme peut mettre en réserve 60 francs pour prévenir les privations imposées par les époques de chômage. L'abondance de la nourriture et le confort du logement sont les jouissances que recherche surtout la famille et qui l'excitent incessamment à élever ses dépenses au niveau de ses recettes. C'est ainsi que la mort d'un frère valétudinaire ayant supprimé une charge qui pesait lourdement sur elle, la famille, qui se contentait précédemment d'un logement à 5 francs par semaine, s'est empressée de prendre une maison entière, pour laquelle elle paie il fr. 25. L'esprit de prévoyance manque presque complètement à la famille : du moins, il ne se révèle que par la souscription hebdomadaire (1 3) à une société de secours mutuels.
HYGIÈNE ET SERVICE DE SANTÉ
La maison, moins malsaine que beaucoup d'autres lieux habités à Londres par la population ouvrière, est loin cependant de réunir les principales conditions de la salubrité. Elle est située dans un quartier humide, contigu à la Tamise, dans une rue étroite où pénètrent difficilement les rayons du soleil. La famille se tient ordinairement, soit au rez-de-chaussée, soit dans la cave placée en contre-bas du sol de la rue. Cette cave, partie essentielle des habitations de Londres, est ici privée à peu près complètement d'air pur et de lumière. Tous les membres de la famille, la vieille mère exceptée, ont une constitution lymphatique. Les maladies y sont assez fréquentes. Dans les cas graves seulement, on appelle le médecin, qui fournit lui-même les médicaments ; la dépense moyenne annuelle, pour cet article, est d'environ 37 francs. Les enfants se tiennent souvent dans la rue, quand le temps le permet et lorsqu'ils ne sont pas à l'école. Pendant trois mois d'été, ils sont admis à jouer, de 6 à 8 heures du soir, dans un jardin public du voisinage, dit Temple-garden, L'une des principales ressources hygiéniques de la famille est la promenade du dimanche sur l'un des ponts voisins ou dans l'un des parcs situés à l'ouest de Londres.
RANG DE LA FAMILLE
L'ouvrier appartient à la catégorie des tâcherons î il fait prendre par sa femme les objets à élaborer, chez le fabricant pour lequel il travaille ; et il est rétribué, lors de la remise des objets fabriqués, en proportion de leur nombre et de leur qualité. Le travail de la coutellerie se prête parfaitement à ce mode de rétribution, qui permet à l'ouvrier de travailler dans son
ménage, et lui assure, sous ce rapport, un certain degré d'indépendance.
L'ouvrier a le désir de s'élever au rang de chef de métier ou de fabricant. En quittant le logement qu'il occupait précédemment au deuxième étage d'une petite maison, et en s' établissant dans une boutique donnant sur la rue, l'ouvrier espérait trouver l'occasion de vendre quelques objets et d'entreprendre quelques travaux. Cet espoir ne s'est guère réalisé : les acheteurs du dehors n'ont aucun motif pour venir dans une rue située à l'écart de toute ligne de circulation, et la clientèle des maisons voisines est de peu d'importance. Du reste, la famille est trop peu pourvue de l'esprit d'ordre et d'économie pour pouvoir s'élever d'une manière permanente à un rang plus élevé que celui de simple ouvrier.
Moyens d'existence de la famille.
PROPRIÉTÉS
(Mobilier et vêtements non compris.)
Immeubles 0^00
La famille n'a pas même la pensée qu'il soit possible, dans sa condition, d'arriver à la propriété immobilière. La femme, bien que s' élevant par son intelligence et sa distinction au niveau de la petite bourgeoise anglaise, a été fort étonnée d'apprendre que beaucoup d'ouvriers français, avec des ressources moindres que les siennes, s'appliquent constamment à épargner une partie de leur salaire en vue d'arriver au moins à la propriété de leur habitation. Cette indifférence pour la propriété se retrouve également chez les ouvriers agriculteurs : c'est l'un des traits qui distinguent le plus les ouvriers anglais de ceux du Continent.
Argent 20^ 00
La famille ne possède d'une manière permanente aucune
somme d'argent. Dans les deux saisons où le travail abonde, elle fait quelques épargnes qu'elle emploie d'abord à payer les dettes contractées pendant les mortes-saisons. Pour conjurer en partie les privations qu'entraîne le retour de celles-ci, elle accumule à deux reprises, pendant quatre mois au plus, une somme de 60 francs : cet effort de prévoyance assure donc tout au plus à la famille un avantage équivalent à la possession constante d'une somme de 20 francs.
Matériel spécial des travaux et industries. . 122^ 92
Achèvement ou montage des couteaux de table. — 1 roue à bras avec manivelle, volant et courroie, 33^ 75; — 5 petites roues ou meules à polir et à aiguiser, 37^ 50; — 1 étau, 15^02; — 4 établi, 2^50; — 1 râtelier pour outils, 2^50; — 1 vilebrequin avec un archet et 10 mèches, 9^80; — 14 limes et râpes, 0^25;— 1 appareil pour l'éclairage au gaz, 15^00. — Total, 122^ 92.
droit éventuel aux allocations d'une société d'assurances MUTUELLES, garantissant, en cas de mort, une somme une fois payée au survivant des deux époux (13) Ù8^ 00
DROIT AUX allocations d'uNE SOCIÉTÉ d'ASSURANGES MU- TUELLES, garantissant des subsides en argent, en cas de maladie de l'ouvrier (13) 0^ 00
Valeur totale des propriétés. . . . 190^92
subventions.
L'ouvrier, bien que travaillant exclusivement depuis plusieurs années pour le même maître, n'a pour ainsi dire avec lui aucune relation personnelle : les obligations mutuelles cessent avec la livraison de l'ouvrage et le payement du salaire; l'ouvrier ne reçoit donc du maître aucune subvention. Ainsi qu'il arrive ordinairement dans les grandes villes, la localité ne lui offre aucun avantage dont il jouisse à titre gratuit : il y aurait tout au plus à mentionner, sous ce rapport, l'usage des jardins publics (3 et 4). Les productions spontanées du sol, qui jusqu'à la fin
280 cil. VI. — COUTELIER DE LA FABRIQUE URBAINE DE LONDRES.
du xviii*' siècle jouaient un rôle important dans l'existence des ouvriers anglais (i 7), deviennent de plus en plus rares. Elles manquent absolument dans la localité qu'habite la famille, car c'est l'agglomération urbaine la plus dense que présente le sol de l'Angleterre (is).
TRAVAUX ET INDUSTRIES
Travaux de l'ouvrier. — Le travail principal de l'ouvrier a pour objet le montage de couteaux de table. 11 reçoit du maître coutelier, ou plutôt du marchand (1), les lames achetées à Sheffield ou fabriquées chez d'autres ouvriers de Londres, ainsi que l'ivoire et l'ébène débités en masses brutes, propres chacune à la confection d'un manche. Son travail consiste à façonner les manches, à les percer et à les assembler avec la lame et la virole, puis à donner le dernier poli à toutes les parties du couteau.
Les travaux secondaires de l'ouvrier sont les repassages et les raccommodages de couteaux pour les habitants des maisons voisines (5). Conformément à une habitude assez générale en Angleterre (vu et viii), l'ouvrier prend part aux travaux du ménage en achetant au marché la majeure partie des aliments.
Travaux de la femme. — Le travail principal a pour objet les travaux de ménage. Dans la préparation des aliments et dans les soins qu'exigent les enfants, la femme est assistée par la grand'mère, encore douée de toutes ses facultés. Chaque quinzaine, la femme fait le lavage du linge. Le lavage proprement dit a lieu dans la cave; mais le défaut d'air, d'espace et de soleil, apporte ordinairement de grandes difficultés au séchage. On pourvoit à l'insuffisance de la cave au moyen du salon du premier étage; sous ce rapport, les habitations de la classe ouvrière de Londres sont moins convenables que celles de Genève ; en outre, la pénurie de linge, qui oblige à exécuter fréquemment ce travail, le rend, par cela même, plus dispendieux.
Contrairement à la règle adoptée dans les autres monogra-
phies, on a attribué, dans le budget des recettes, un salaire au travail exécuté par la femme, pour le blanchissage et le repassage des vêtements et du linge de la famille. Le motif de cette exception est que ce travail, dans les familles de même condition, est ordinairement exécuté a prix d'argent par des ouvrières auxiliaires, ou même en dehors du ménage.
Les travaux secondaires peuvent être considérés comme une exception aux habitudes des classes ouvrières de l'Angleterre. Ayant exercé, avant son mariage, la profession de couturière, la femme confectionne la plupart des vêtements de la famille; en second lieu, elle sert d'intermédiaire entre son mari et le maître coutelier pour le transport des objets à élaborer ou des couteaux fabriqués, et pour le règlement des salaires.
Travaux de la grand'mère. — La grand'mère assiste sa fille dans les travaux de ménage et même dans ceux qui se rapportent à l'entretien des vêtements.
Industries entreprises par la famille. — Les industries de la famille comprennent :
Les spéculations relatives au travail du montage des couteaux de table, exécuté à la tâche et au moyen d'instruments et d'outils appartenant à l'ouvrier.
Les repassages et raccommodages de couteaux faits par l'ouvrier, comme chef de métier, pour les maisons voisines.
Enfin, la sous-location d'une partie de la maison à un frère de l'ouvrier (lo).
L'Auteur de ces études a consacré beaucoup de temps à étudier les méthodes de travail employées dans les ateliers de coutellerie de Londres et de Sheffield ; et il a recueilli chez plusieurs familles la tradition de leur origine française. Trop souvent il a ainsi constaté que la persécution organisée par Louis XIV, en 1685, avait attribué à l'Angleterre et au Continent les conquêtes faites dans les arts usuels par les protestants français, pendant l'ère féconde ouverte en 1629 par l'édit de grâce de Louis XIII.
282 cil. VI. — COUTELIER DE LA FABRIQUE URBAINE DE LONDRES.
mode d'existence de la fainille.
ALIMENTS ET REPAS
La principale préoccupation des deux époux est de s'assurer une alinoentation copieuse et substantielle ; la nécessité seule y met des limites. Plus de la moitié des recettes est consacrée aujourd'hui à cette destination, et tout accroissement de ressources qui pourrait survenir serait employé à étendre, sous ce rapport, les jouissances de la famille. Celle-ci fait chaque jour quatre repas, savoir :
1° Déjeuner (huit heures) : thé avec sucre et lait, et avec pain et beurre.
2° Dîner (une heure) : viande bouillie, frite ou rôtie (chaude ou froide), avec pain et pommes de terre ou autres légumes bouillis ; la viande remplacée quelquefois par du poisson et des mollusques ; bière forte dite Porter.
â° Goûter (cinq heures) : comme le déjeuner.
1° Souper (neuf heures) : fromage avec pain et bière forte.
§ iO.
HABITATION, MOBILIER ET VÊTEMENTS
La famille occupe une maison entière, composée, à chacun des cinq étages, d'une pièce à une fenêtre ouvrant sur la rue. La cave, en contre-bas du sol de la rue, renferme le mobilier servant à la cuisine, au blanchissage du linge et au nettoyage de la maison. A ce même niveau, pourvu d'eau courante, se trouvent les latrines et un canal pour l'écoulement des eaux ménagères. La lumière arrive à cette pièce par une fenêtre grillée, dont les carreaux sont cassés; celle-ci est en contre-bas et en regard
OBSERVATIOiNS PRELIMINAIRES. 283
d'une autre grille placée au-dessus d'une cavité qui est creusée dans le sol même de la rue. Le rez-de-chaussée, à 0'", 20 au-dessus de la rue, comprend un couloir d'entrée communiquant avec l'escalier qui dessert tous les étages delà maison et avec une pièce munie à la fois d'un éclairage au gaz et d'une grille à charbon. Cette pièce est successivement l'atelier du mari, le salon de la famille, la salle à manger, et le lieu où se cuisent les aliments. A chacun des étages supérieurs se trouvent un palier et une pièce en équerre, savoir : au premier étage, un salon ; au deuxième, une chambre à coucher à trois lits ; au troisième étage, un atelier de travail où sont les meules nécessaires au travail du coutelier et à celui d'un de ses frères, tailleur de cristaux. Ce dernier paye, pour cette cession, un loyer hebdomadaire de 1^25.
La surface totale de chaque étage est d'environ 10 mètres carrés. Le loyer hebdomadaire, y compris la fourniture de l'eau, est de 11^ 25.
Meubles : assez élégants, tenus dans un état convenable de propreté 582^75
1° Lits. — 1 lit pour les deux époux, 61^ 25; — 1 lit pour la grand'mère, 59^ 00 ;
— 1 lit pour les enfants, 19^25. — Total, 139^ 50.
2° Mobilier des autres pièces. — 3 tables en acajou, 6i'50; — 1 table en sapin, 10^00; — 6 chaises en bois (1" étage), 32^50; — 3 chaises garnies de laine noire (2e étage), 15^00; — 3 chaises en bois(3« étage), 8^25; — 1 armoire à tiroir, en acajou, 100^00; — 1 commode-dressoir (buffet) en acajou, 62^50; — garniture de cheminée, 15^00; — 1 horloge à poids (dans l'atelier), 35^00; — 1 grand miroir, 50^00; — 1 petit miroir, 15^00; — 5 petits tableaux, 12^50; — tapis (posé le dimanche sur le plancher du salon), 25^00. — Total, 443^25.
Ustensiles : entretenus avec soin 80^18
1° Pour le service de l'alimentation. — 4 chaudières de fonte à queue ou à pieds, 8' 75; — 1 bouilloire à thé, 2' 50; — 4 poêles en fer battu et en fer-blanc, 8^75;
— G plats en faïence, 3' 75; — 24 assiettes en faïence, 3^75; -— 1 théière en métal blanc, 3M3; — 6 tasses à thé en faïence, 2^50; — 6 verres, 2^00; — 8 couteaux et 6 fourchettes, 12^50; — 6 cuillers en fer étamé, 3' 75. — Total, 51' 38.
2° Pour usages divers. — 1 pelle à charbon, l'25; — chandeliers en laiton, 5^00; — brosses et balais, 3' 75; — 1 seau et 3 baquets à eau, 10^00; — 3 fers à repasser, 2^80; — 2 parapluies, 6^00. — Total, 28^80.
Linge de ménage : tout en coton et moins abondant que ne
284 cil. VI. — COUTELIER DE LA FABRIQUE URBAINE DE LONDRES.
le serait celui d'une famille de France ou d'Allemagne placée dans la même condition 80^ 50
4 paires de draps, W 00 -, — 24 serviettes, 10^00; — rideaux de lit en calicot, 15^00; — rideaux de 8 fenêtres en calicot, 7^50. — Total, 80^50.
Vêtements (achetés en partie à la friperie) .... 315^75
VÊTEMENTS DE L'OUVRIER (lOO"^ 33).
1° Vêlements du dimanche. — 1 redingote en drap bleu, 25^00; — 1 gilet en drap fin, 8f00; — 1 pantalon en drap noir, 12f 00; — 1 chapeau, 8^00. — Total, 53^00.
2" Vêtements de travail. — 1 redingote en drap bleu, 6^ 00; — 1 gilet vieux, 2^ 00;
— 1 pantalon vieux, 2^00; — 1 gilet de flanelle, 3M3; — 2 caleçons de coton, 2^00;
— 1 tablier de toile, 0^83; — 4 mouchoirs, 2'' 50; — 3 paires de bas de coton, 3f 12; — 5 chemises, 6^25; — 2 paires de bottes, 15^00; — 1 chapeau, 4^50. — Total, 47^33.
1° Vêtements du dimanche. — 1 robe de mérinos couleur foncée, 10' 00.
2° Vêtements de la semaine. — 2 robes de laine pour la maison et pour les courses chez le maître coutelier, 8' 50; — 2 robes d'été en indienne imprimée, 5^00;
— 1 tablier d'étamine, 1^50; — 1 tablier de coton imprimé, 1^00; — 1 corset, 6' 00;
— 1 jupon de flanelle, 2'' 50; — 2 jupons de coton, 3^00; — 2 mouchoirs, 2^00; — 3 chemises, 5^ 00 ; — 4 paires de bas de coton, 3* 00 ; — 2 paires de bas de laine, 2^ 00;
— 2 paires de bottines en étoffes de laine et en cuir, 8' 00 ; — 2 chapeaux de paille blanche et noire (pour été et pour hiver), 7^ 00; — 2 châles (pour été et pour hiver), 25^00; — 1 paire de gants, 0^93. — Total, 80^43.
VÊTEMENTS DE LA GRAND'mÈRE (50^00).
Valeur totale du mobilier et des vêtements.. . 1,059^19
§ il.
RÉCRÉATIONS
Par une exception assez rare, et qui place ce ménage dans une catégorie à part, l'ouvrier ne se réunit point habituellement à des camarades pour boire de Teau-de-vie ou d'autres spiritueux au cabaret. Les récréations de la famille sont rares, et elles se prennent toutes en commun. On doit placer au premier rang la fête de Noël, qui est l'occasion d'une distribution de joujoux aux enfants, et d'un repas composé essentiellement d'une oie rôtie
OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES. â85
et d*un gâteau dit Plum- pudding. Choisissant deux beaux dimanches d'été, la famille tout entière, pourvue de ses provisions pour la journée, se transporte à Greenwich par les bateaux à vapeur de la Tamise, ou par le chemin de fer dont Tembarcadère est peu éloigné de l'habitation. Les entrepreneurs de ces voies de transport n'ont pas l'habitude d'augmenter les tarifs, les jours de grande affluence ; parfois même, à l'imitation de ce qui se pratique plus communément en Allemagne, elles visent à alléger, autant que possible, le dimanche, les frais de ces excursions de famille. Une fois par an, la famille assiste à une représentation de l'un des petits théâtres de Londres. Enfin, toutes les fois que le temps le permet, elle prend, dans l'un des parcs du West-^nd, le plaisir de la promenade.
Histoire de la famille.
PHASES PRINCIPALES DE l'eXISTENCE.
L'ouvrier est resté oisif jusqu'à l'âge de 13 ans : pendant ce temps, il a reçu à l'école quelques notions de lecture et d'écriture. Venu ensuite à Londres, il a commencé alors à apprendre son métier en restant pendant 7 ans chez un maître en qualité d'apprenti. Pendant les trois années suivantes, étant chez le même maître en qualité de compagnon, il a épargné 160 francs environ, en vue de subvenir aux principaux frais de son établissement.
La femme, après avoir suivi assidûment l'école, où elle a acquis une instruction élémentaire assez complète, est entrée à lu ans, déjà exercée aux travaux de couture, chez une maîtresse couturière avec laquelle elle allait travailler à la journée chez une clientèle qui employait tout son temps. La portion de son salaire qui lui était laissée par ses parents était dépensée en objets de toilette; en sorte qu'à l'époque de son mariage, à 22 ans, elle n'a pu apporter à la communauté qu'un mobilier d'une valeur de 80 francs environ, donné en dot par ses parents.
L'accroissement du bien-être matériel a toujours été la préoccupation dominante de la famille. Les deux époux pensent avoir accompli tous les devoirs de la prévoyance en acquérant le matériel indispensable à l'exercice de la profession, et en acquittant leur contribution hebdomadaire à une société d'assurances mutuelles (13). Cette tendance aux jouissances matérielles, tempérée cependant par un véritable esprit de modération, se retrouve dans tous les détails de l'administration domestique du ménage. Elle interdit à la famille toute chance de s'élever audessus de la condition où elle a vécu jusqu'à ce jour. La crise commerciale de 1812, ayant coïncidé avec deux maladies graves de la femme et de la grand'mère, a épuisé momentanément toutes les ressources de l'ouvrier et exposé la famille à des privations qui, sur le Continent, seraient considérées comme intolérables. L'ouvrier, en se reportant, par le souvenir, à cette époque, avoue que, si cet état de choses avait dû se prolonger pendant quelques mois encore, il eût été obligé de réclamer l'assistance de la paroisse, ce qui eût impliqué l'aliénation du mobilier au profit du propriétaire de l'habitation, et la rupture de tous les liens de famille (19). En général, lorsqu'on étudie, en Angleterre, le mobile de l'activité des ouvriers d'élite, on ne tarde pas à comprendre qu'il diffère essentiellement de celui qui anime les catégories analogues d'ouvriers français : ceux-ci travaillent en vue de s'élever dans la hiérarchie sociale, tandis que les premiers bornent leur ambition à introduire immédiatement dans leur existence, et surtout dans la nourriture et l'habitation, une partie du confort dont jouit la classe bourgeoise.
MŒURS ET INSTITUTIONS ASSURANT LE BIEN-ÊTRE PHYSIQUE ET MORAL DE LA FAMILLE.
L'industrie de l'ouvrier, à peu près étrangère à la spéculation commerciale, et reposant sur la consommation urbaine, n'est pas exposée aux chômages de longue durée. La famille traverse
OBSEBVATIONS PRELIMINAIRES. 287
ainsi, sans trop de difficulté, les deux périodes annuelles qui correspondent aux ralentissements des travaux, en usant d'une faible réserve en argent, faite pendant la période précédente, et du crédit que lui accordent quelques fournisseurs de denrées. La famille pourvoit aux chances de maladies de l'ouvrier, et aux charges entraînées par le décès de l'un de ses membres, par son affiliation à la société d'assurances mutuelles, dite Club des Oddfellows (vu, 20). En payant une contribution annuelle de 25 francs, l'ouvrier reçoit, pendant ses maladies, un subside hebdomadaire de 15 francs; en cas de mort de l'un des époux, le survivant reçoit les sommes suivantes : à la mort du mari, 250 francs ; à la mort de la femme, 125 francs.
En résumé, les alternances de privations et de bien-être auxquelles la famille est soumise sont moins graves que celles qui pèsent sur la majeure partie des ouvriers anglais. Cette situation, comparativement favorable, est due à deux causes principales. En premier lieu, le chômage sévit moins dans la coutellerie de Londres qui pourvoit à une consommation presque permanente que dans la grande industrie manufacturière qui a pour débouchés les Iles Britanniques, les colonies et les pays étrangers. En second lieu, la famille exagère peu ses dépenses aux époques de fortes recettes; dans sa propension aux jouissances physiques, elle montre une retenue assez rare chez les ouvriers de ce pays.
CH. VI. — COUTELIER DE LA FABRIQUE tRBAINE DE LONDRES.
SOURCES DES RECETTES
EVALUATION
approximative
sources de recettes.
SECTION I«
Propriétés possédées par la famille.
Art. 1er. Propriétés immobilières.
(La famille ne possède aucune propriété de ce genre)
Art. 2. — Valeurs mobilières.
Argent :
Somme gardée temporairement à la maison
Matériel spÉaAL des travaux et industries :
Établis, outils et instruments pour le montage des couteaux de table.
Art. 3. — Droit aux allocations des sociétés d'assurances mutuelles.
Sociétés accumulant les souscriptions de la famille :
Droit éventuel à une somme une fois payée, pour le survivant des deux époux.
Sociétés répartissant immédiatement les souscriptions de la famille :
Droit éventuel à des subsides en argent, en cas de maladie de l'ouvrier.. . . , .. .
Valeur totale des propriétés (sauf déduction des dettes mentionnées, 15, S»» V).
SECTION II
propriétés.
Subventions reçues par la famille.
(La famille no reçoit aucune espèoo de subvention)
8 i4. — BUDGET DES RECETTES DE L'ANNÉE.
RECETTES
SECTION F»
Revenus des propriétés.
Art. 1«i'. — Revenus des propriétés immobilières. (La famille ne jouit d'aucun revenu de ce genre)
Art. 2. — Revenus des valeurs mobilières. (Cette somme ne donne aucun revenu)
Intérêt (5 p. 100) de la valeur de ces objets
Art. 3. — Allocations des sociétés d'assurances mutuelles. (Ce droit ne donne actuellement aucun revenu)
Valeur de l'allocation supposée égale à la contribution annuelle de la famille, 20f00. Cette recette, n'étant que la rentrée d'une somme égale versée à la caisse de la société d'assurances, est omise ici comme la dépense qui la balance (15, S"" V). . .
Total des revenus des propriétés
SECTION IL Produits des subventions.
(La famille ne jouit d'aucun produit de ce genre)
Total des produits des subventions
MOIfTANT DES RECETTES.
VALEUR
des objets
reçus
RECETTES
en argent .
290 cil. VI. — COUTELIER DE LA FABRIQUE URBAINE DE LONDRES.
§ i 4. __ BUDGET DES RECETTES DE L'ANNÉE (SUITE).
SOURCES DES RECETTES (SUITE)
DÉSIGNATION DES TRAVAUX ET DE l'emploi DU TEMT!
SECTION III
Travaux exécutés par la famille.
Travail principal, exécuté à la tâche, au compte d'un chef d'industrie :
Montage de couteaux de table
Travail principal, spécial à la femme : Travaux de ménage : préparation des aliments, soins donnés aux enfants, soins concernant la propreté de la maison et du mobilier, entretien des vêtements
et du linge
Blanchissage et repassage des vêtements et du linge
Travaux secondaires : Repassages et raccommodages de couteaux pour les maisons voisines
Travaux de ménage : achat de provisions
Transport des matières premières et des produits de l'industrie de l'ouvrier. . . Confection de vêtements pour la famille
Nota. — La grand'mère exécute ses travaux comme auxiliaire de la femme.
Totaux des journées de tous les membres de la famille. ... .
QUANTITÉ M TRAYAIL ï
homme
femme
journées
journées
grand'mère
journées
SECTION IV
Industries entreprises par la famillo
(à son propre compte).
Spéculations relatives aux travaux de coutellerie exécutés par l'ouvrier
Fourniture du matériel de fabrication et de matières diverses.
Substitution du travail à la tâche au travail à la journée
Engagement d'un aide employé à tourner la grande meule servant à l'aiguisage et au polissage.
Industries entreprises au compte de la famille :
Travaux de coutellerie exécutés pour les habitants du quartier oii réside la famille
Sous-location d'une partie de l'atelier
cil. VI. — COUTELIER DE LA FABRIQUE URBAINE DE LONDRES. 291
RECETTES (SUITE)
PRIl DES SILURES JOCRKILIERS.
homme
femme
grand', mère
fr. c.
fr. c.
fr. c.
ji
SECTION III
Salaires.
(Non compris la portion des salaires considérée comme le bénéfice des spéculations de l'ouvrier, 8°" IV.)
Salaire que recevrait un journalier exécutant le même genre de travail et ne fournissant que son travail
(Aucun salaire ne peut être attribué à ces travaux)
Salaire total attribué à ce travail (8)
Salaire que recevrait un journalier exécutant le même genre de travail et ne fournissant que son travail. . .
(Aucun salaire ne peut être attribué à ces travaux)
Salaire total attribué à ce travail
Totaux des salaires de la famille.
SECTION IV
BénéGces dei industries.
(Y compris la portion des salaires considérée comme le bénéfice des spéculations de l'ouvrier (S»»» III).]
Un journalier exécutant le même genre de travail et ne fournissant quo
son travail recevrait (S<"» III) -
Supplément de salaire résultant de cette fourniture (16, A)
— — de cette substitution (16, A)
— — de cet engagement (16, A)
Total du salaire journalier moyen de l'ouvrier.