Kate H*% leur fille unique, née à Sheffield 8 ans
Ayant perdu l'espoir d'un accroissement de famille, les deux époux se sont chargés, moyennant une rétribution de 6^ 25 par semaine, d'un petit garçon âgé de 3 ans, qui leur a été confié par d'anciens voisins dont tout le temps est réclamé par l'exploitation d'un cabaret situé au centre de la ville.
heligion et habitudes morales.
L'ouvrier ne se livre à aucune pratique du culte, et paraît même être à peine initié aux sentiments religieux. Il ne peut dire s'il a été élevé dans la religion anglicane ou dans l'un des nombreux cultes de dissidents répandus dans le pays. La femme
a d'abord été élevée, au milieu de l'indifTérence religieuse de ses parents, dans la religion anglicane; puis elle a suivi l'impulsion que lui a donnée son père, lequel s'est réuni pendant quelque temps, avec une certaine ferveur, au culte des méthodistes. Elle suit de loin en loin, avec tiédeur, les exercices de ce culte, dans une chapelle située très-près de son habitation. La petite fille fréquente une école placée sous la haute direction d'un ministre de TÉglise anglicane : mais le choix qui en a été fait par les parents n'a point été déterminé par un motif raisonné de préférence. Ce choix est uniquement dû aux hasards qui ont amené la famille à proximité de cette école. Il pourra être modifié par tout changement de résidence qu'imposeraient des hasards nouveaux. L'enfant continuera vraisemblablement à suivre les pratiques de la religion anglicane, si une circonstance fortuite ne rapproche pas la famille d'une école soumise à une autre direction religieuse.
La famille se distingue par sa tempérance, par le bon ordre, et même par une sorte d'élégance qui règne dans la maison. Loin de commettre les excès habituels à la plupart des ouvriers anglais, le mari ne fait jamais usage d'eau-de-vie. Ces bonnes mœurs sont dues en partie aux exemples moralisants que les deux époux, élevés à la campagne, ont eus sous les yeux dans leur enfance, et en partie à l'influence d'un club dit Land society (i8), qui, au moyen d'une contribution hebdomadaire payée par les ouvriers, leur garantit, après un délai fixé par les règlements, la possession d'une petite propriété territoriale suffisante pour conférer les droits d'électeur (e). Les mêmes qualités qui ont conduit les deux époux à s'afiilier à cette société les ont préservés des causes de démoralisation qui agissent si vivement sur les ouvriers enlevés à la vie des champs par le régime manufacturier, trait dominant de la nouvelle constitution sociale de l'Angleterre (vu, is).
Les deux époux paraissent traiter avec affection le jeune enfant qu'ils ont pris en pension chez eux (s); et ils ne le considèrent pas seulement comme un objet de spéculation.
nYGlÈNE ET SERVICE DE SANT^.
L'ouvrier jouit de la constitution vigoureuse qui domine chez les ouvriers des campagnes du Yorkshire. La femme, d'un tempérament lymphatique, a souvent éprouvé, depuis l'époque de son mariage, des maladies et des accidents qui imposent au ménage l'état actuel de stérilité. La petite fille a subi toutes les maladies propres à l'enfance. L'ouvrier, au moyen d'une contribution hebdomadaire (13), ayant surtout pour objet d'assurer à la famille une subvention d'argent dans les cas de maladie, acquiert en outre le droit de se faire soigner aux frais de trois sociétés de secours mutuels ; mais, comme les médecins de ces sociétés ne lui inspirent pas de confiance, il s'adresse au médecin qui soigne aussi sa femme et son enfant. Ce médecin, selon un usage habituel en Angleterre, fournit à la fois les conseils et les médicaments. Dans une moyenne de dix années, les honoraires payés à ce dernier ont monté annuellement à 75 francs.
RANG DE LA FAMILLE
L'ouvrier appartient à la catégorie des journaliers. Le mode de rétribution à la journée est ici établi, nonobstant la valeur intellectuelle et morale de l'ouvrier, par la nature même des travaux, qui offrent une grande variété (s), et qui ne peuvent être appréciés assez exactement pour devenir l'objet d'une rétribution à la tâche. La qualité de journalier est donc pour l'ouvrier, dans ce cas particulier, une véritable distinction et un témoignage de confiance accordé par les chefs.
Les ouvriers placés dans cette condition exceptionnelle, c'està-dire auxquels on confie les travaux qui ne sont guère susceptibles de surveillance ni de contrôle, forment une catégorie spé-
36à eu. VIII. ■— MENUISIER DE LA VILLE DE SHEFFIELD.
ciale dans la plupart des entreprises industrielles et agricoles : on pourrait les appeler : journaliers de confiance.
L'ouvrier entrera bientôt en possession d'une petite propriété territoriale (13), et sera alors à classer parmi les journalierspropriétaires.
Iflode d'existence de la famille.
PROPRIÉTÉS
(Mobilier et vêtements non compris.)
Matériaux pour la construction d'une habitation : valeur. 185^ 00
En attendant qu'il entre en possession de son lot de terre (3), l'ouvrier a employé tous ses moments de loisir, et les économies qu'il a pu réaliser en sus de ses souscriptions hebdomadaires (voir ci-dessus), à préparer la charpente et la menuiserie de l'habitation qu'il se propose de construire sur ce terrain. ^ '
Argent accumulé dans une caisse ayant pour but de procurer à l'ouvrier la possession d'un terrain propre à la construction d'une habitation ^ 950^ CO
Initié dès son enfance au goût de l'épargne, l'ouvrier s'était déjà constitué, à l'époque de son mariage, un capital de 250 francs, qui a été employé en achats de mobilier. Persévérant dans les mêmes tendances, il s'est affilié depuis lors à un club, dit Land Society (1 s), qui se propose d'élever simultanément les ouvriers à la propriété territoriale et à l'électorat politique. Par suite des versements qu'il a déjà faits, l'ouvrier décrit dans la présente monographie est en situation de recevoir prochainement son lot de terre.
Animaux domestiques. . * . . . . 0^ 00
La famille, logée dans l'intérieur de la ville, ne possède point
d^animaux domestiques : elle fait à Noël sa provision de porc salé et fumé; elle achète ordinairement la moitié d'un cochon gras, en s'associant à une famille avec laquelle elle est en relation d'amitié.
Matériel spécial des travaux et industries ftOO^ 00
Établis, avec nombreux outils de menuisier et de charpentier.
Droit éventuel aux allocations de trois caisses d'assurances mutuelles garantissant à l'ouvrier mafade des subsides en argent 0' 00
Valeur totale des propriétés.... 1,535^ 00
SUBVENTIONS
Conformément aux mœurs introduites, dans le régime manufacturier de l'Angleterre, depuis le commencement de ce siècle, le chef d'industrie qui fournit du travail à l'ouvrier n'exerce sur lui aucun patronage. L'opinion publique, et l'opinion même de l'ouvrier, n'imposent à ce chef aucun autre devoir que le paiement du salaire convenu. L'ouvrier ne jouit donc d'aucune subvention. On peut cependant rattacher à cette source de recettes le droit qui lui est acquis, par tolérance, d'emporter du chantier des débris de bois servant à allumer le feu du ménage.
travaux ET INDUSTRIES.
Travaux de l'ouvrier. — Le travail principal de l'ouvrier a pour objet les divers travaux de menuiserie et de charpente d'une grande fabrique de limes et de scies, où se pratiquent successivement toutes les opérations, depuis la conversion du fer suédois en acier brut jusqu'à l'emballage des produits des-