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LA NORVEGE

La masse de la population se compose de propriétaires cultivant de leurs mains leur héritage; on y trouve aussi un certain nombre dé tenanciers qui paient leur redevance en argent ou en denrées, et qui ont la libre disposition de leur temps. Dans les

districts traversés par les rivières portant leurs eaux à la baie de Christiania, l'activité de la population a surtout pour objet l'exploitation des bois résineux {pinus sylvestris^ L,; abies exceha^ L. D.) et leur élaboration sous forme de planches et de madriers. Ces bois sont ensuite exportés dans les pays étrangers par une nombreuse population de matelots.

Les paysans tirent de la vente et du transport des bois le principal revenu de leur propriété; ils ne cultivent guère la terre qu'en vue de produire la nourriture de leur famille et celle de leurs animaux de trait. Ils livrent ordinairement, sur le bord des ruisseaux où ils doivent être flottés, les blocs bruts achetés par les exploitants de scieries qui se chargent d'effectuer le flottage à leurs frais.

Les fermiers et les petits propriétaires, qui ne trouvent pas sur leur propre terre un emploi suffisant pour leur activité, exécutent ces mêmes travaux forestiers et ces transports pour le compte de plus grands propriétaires. Les paysans qui ne peuvent, au contraire, suffire seuls, avec le concours de leurs enfants, à l'exploitation de leur propriété, s'attachent à l'année un ouvrier-domestique. Cependant ce dernier a le plus souvent chez eux le caractère de tâcheron : il est payé à forfait pour l'abatage du bois, la façon des blocs et, en général, pour les travaux qui n'exigent que l'emploi des bras. Les paysans eux-mêmes se réservent généralement les transports et les autres travaux qui réclament le concours des animaux de trait.

Dans le voisinage des usines métallurgiques, ces mêmes paysans se livrent, dans des conditions analogues, à la préparation ou au transport des bois de chauffage et des charbons ; en sorte que l'agriculture se lie d'une manière intime avec les deux industries dominantes de cette partie du royaume.

Les usines métallurgiques et les scieries de bois forment les seuls grands établissements industriels du midi de la Norvège; ces usines sont exploitées, tantôt au compte de capitalistes et de compagnies qui en confient la gestion à des hommes spéciaux, tantôt par des personnes réunissant, aux ressources du capitaliste, la connaissance des affaires industrielles et commerciales.

Les ouvriers auxquels sont confiés les travaux intérieurs de ces établissements sont, pour la plupart, placés dans des conditions analogues à celles qui sont indiquées pour la famille décrite dans la présente monographie. Ces ouvriers, itidépendamraent de subventions abondantes, reçoivent un salaire journalier en argent, compris entre 1 fr. 60 cent, et 2 francs, pour des travaux qui, en Suède, ne seraient moyennement payés que i franc ou 1 fr. 30 cent.

Dans ces conditions, les ouvriers économes se constituent aisément, dans l'espaced'unedizained'années, un capital suffisant pour acheter une petite propriété agricole, ou du moins pour acquérir des bestiaux et des chevaux et pour entreprendre une exploitation agricole en qualité de tenanciers. Contrairement aux habitudes de rOccident, les ouvriers norvégiens les plus intelligents et les plus moraux ne s'attachent donc à l'industrie qu'à titre temporaire, et en vue de se créer une position dans la hiérarchie agricole.

Gomme on Ta indiqué ci-dessus, les travaux extérieurs des usines, spécialement les transports des matières premières, la préparation et le transport des combustibles, sont exécutés à l'entreprise par les paysans (propriétaires ou tenanciers) qui, dans cette organisation industrielle, remplissent le rôle des Krestianié russes (II, m, 17) et des Torpàre suédois (i, 1). La seule différence est que les paysans norvégiens ne sont guère unis aux chefs de ces usines par les liens du patronage et restent en général devant eux dans les conditions d'une complète indépendance. Les habitudes de patronage et le régime des engagements volontaires permanents ne s'établissent guère qu'en faveur des ouvriers placés dans la situation qu'indique la présente monographie, c'est-à-dire pour ceux qui, satisfaits du bien-être dont ils jouissent, et ne voulant point se soumettre aux privations qu'ils devraient subir pour s'élever à la condition de propriétaires, restent indédniment attachés aux mêmes chefs d'industrie.

La différence considérable signalée ci-dessus entre les prix de main-d'œuvre de la Suède et de la Norvège se retrouve également dans tous les autres détails de l'organisation économique

des deux pays. Ainsi le voyageur qui entre de Norvège en Suède, en traversant, de l'un et de Tautre côté de la frontière, des contrées toutes semblables, constate avec surprise que le tarif postal diminue brusquement dans la proportion de 22 à 10. Cette anomalie semble devoir être surtout attribuée, d'une part, à ce que, dans cette partie de la Norvège, les ouvriers d'élite ont un accès plus facile à la petite propriété, et, de l'autre, à ce que la majorité de la population est moins portée à augmenter son état de bien-être qu'à jouir de celui qui lui est acquis. Les mêmes motifs expliquent l'inégalité avec laquelle l'industrie minérale s'est développée dans deux contrées également pourvues de gîtes métallifères et de forêts. La sobriété des ouvriers suédois, leur énergique application au travail, enfin l'habile impulsion communiquée par de grands propriétaires, permettent à la Suède d'obtenir en industrie des succès qui ont été, jusqu'à ce jour, interdits à la Norvège.

Les femmes, au moins dans cette partie de la Norvège, donnent lieu à une remarque analogue à celle qui est indiquée pour la Suède; même chez les classes populaires, elles ont souvent une véritable distinction. Elles paraissent être l'objet d'égards particuliers et exercer une influence réelle dans la direction des intérêts de famille.

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