‹ Les ouvriers européens (volume 2)Chapitre 6 sur 159 · X CONSTITUTION SOCIALE DES RACES DU NORD · texte numérisé non relu

X CONSTITUTION SOCIALE DES RACES DU NORD

moyenne de 800 kilomètres. La mer du Nord a donc approximativement une surface de 40 millions d'hectares, inférieure d'un tiers environ à la surface de la France. Elle offre en abondance plusieurs sortes de poissons qui fournissent aux populations riveraines d'amples moyens de subsistance. La pêche maritime est donc pour ces riverains une industrie importante. Elle avait déjà créé, au commencement de l'ère chrétienne, des races nombreuses de navigateurs ; et, à partir du v' siècle, ceux-ci commencèrent à établir sur le pourtour entier du golfe des rapports de guerre et de commerce.

A cette époque, les Romains, attaqués de toutes parts sur les frontières de leur vaste empire, durent concentrer les légions sur les principales provinces de leur domination; et ils furent forcés d'évacuer la Grande-Bretagne, dont ils occupaient depuis près de quatre siècles les régions méridionales. Le bruit de cette retraite eut un grand retentissement, et il imprima un ébranlement général aux esprits, sur tous les rivages de la mer du Nord, notamment au midi de cette mer, chez les Saxons et les Frisons. Ceuxci avaient alors peuplé à peu près complètement, grâce à l'institution de leurs domaines ruraux, la grande plaine sableuse qui borde le rivage entre l'Elbe et le Rhin. Constitués en familles-souches, ils ne pouvaient plus y créer de nouveaux établissements. L'héritier seul avait un avenir assuré, quand il se contentait de l'existence sévère que le père lui offrait sur le domaine patrimonial, et quand il s'obligeait à pratiquer les rudes devoirs imposés par la tradition des ancêtres.

Les frères et les sœurs de l'héritier étaient plies, dès l'enfance, aux mœurs agricoles d'une plaine défrichée. Ils étaient donc peu enclins à émigrer vers les montagnes et les forêts qui bornaient au midi la plaine saxonne (m, 1 7;

§ 4. LA GÉOGRAPHIE ET l'HISTOIRE DU NORD. XI

ïv, 17). D'ailleurs la possession du sol leur eût été vivement disputée sur des territoires où la résistance était facile, où, cinq siècles auparavant, avaient été détruites les légions de Varus. Les jeunes générations tendaient donc à s'agglomérer vers le Nord, sur le rivage où la pêche maritime et la récolte du saumon (ii, 22; m, 19; v, 17) offraient des moyens faciles de subsistance. Le défrichement des territoires adjacents aux rivages et l'agglomération des pécheurs se produisirent de proche en proche sous les climats plus rigoureux ou sur les terres moins fertiles des Scandinaves établis au nord de l'Elbe; et partout les mêmes circonstances amenèrent les mêmes résultats*.

Toutefois, ces émigrations à l'intérieur ne pouvaient s'étendre au-delà de certaines limites. Les populations ainsi agglomérées sur le rivage, voyant décroître leurs moyens d'alimentation par l'arrivée incessante de nouveaux émigrants, furent naturellement conduites à employer d'une manière plus fructueuse le matériel de la pêche maritime. Elles équipèrent de petites flottes avec le concours des principales maisons-souches de la plaine saxonne; et chaque printemps ces flottes allaient conquérir, sous des climats plus doux ou sur des rivages plus riches, des terres ou du butin.

i. Plusieurs écrivains français ont entrevu l'influence que l'organisation de la famille-souche a exercée de tous temps sur la constitution sociale et partant sur l'histoire des races du Nord. Le texte suivant indique nettement les rapports intimes qui existaient entre cette organisation et les expéditions maritimes des anciens Scandinaves :

« Chaque printemps les Scandinaves sacrifiaient aux dieux pour qu'ils favorisassent les expéditions que la jeunesse allait entreprendre pendant l'été. Chaque père alors obligeait tous ses fils à abandonner la maison paternelle. Il n'y avait d'exception que pour celui qui devait être son héritier. Tous les autres étaient dans l'obligation d'aller s'assurer, par la force de leurs bras, un établissement en pays étranger, ou du moins d'aller s'y enrichir par le pillage. » (P. Le Bas, VUnivcra, Suède et Norvège, 1 vol. in-8", 1835.)

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