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SUR LA CONSTITUTION SOCIALE DU DANEMARK

Le Danemark est, à beaucoup d'égards, dans la même condition que les autres États Scandinaves : les productions spontanées y contribuent beaucoup, mais avec certaines circonstances spéciales, au bien-être des populations. Le territoire, compris entre les 54^ et 57^ degrés de latitude Nord, est plus tempéré que le promontoire suédois qui s'avance au midi au delà de ce dernier parallèle, et il est beaucoup plus fertile. Dans les 5 millions 700,000 hectares qui composent les territoires du Danemark continental et des îles de la Baltique, les friches, les lacs et les marais entrent à peine pour 1 dixième, et les forêts pour li dixièmes, tandis que l'étendue des cultures, des prairies et des plantations qui en dépendent dépasse 5 dixièmes. La population, rapportée à l'unité de surface, est sextuple de celle de la Suède: d'où il résulte que chaque famille trouve moins de ressources sur les friches et les forêts. En revanche, l'étendue des rivages maritimes, rapportée à cette même unité, est six fois plus grande, en sorte que les produits de la pêche compensent ici largement, en ce qui touche l'abondance relative des productions spontanées dans les trois royaumes, le déficit qui est dû en Danemark à la rareté relative des friches et des forêts.

Les friches plus ou moins stériles ne se rencontrent guère que dans l'ancienne Chersonèse cimbrique, la presqu'île du

Jutland. Le reste du continent danois et surtout les îles de la Baltique constituent l'une des régions d'Europe les plus favorables à la production des céréales, des viandes de bœuf^ de porc et de mouton, du beurre, des chevaux et des graines oléagineuses. Comme la Normandie, le Danemark doit cette fertilité aux flots et aux vents du Gulf-stream ; mais il n'a pas les mêmes débouchés locaux; et, en conséquence, il prend une pai^t plus considérable à l'alimentation de l'Angleterre. Les Danois se trouvent donc placés dans des conditions favorables, soit pour accroître le nombre des familles indigènes, soit pour en déverser les rejetons dans les colonies et surtout dans les défrichements opérés sur le territoire de la métropole. La population indigène s'accroît régulièrement depuis le siècle dernier. Elle comprend sur le Continent elles îles de la Baltique environ 1,500,000 habitants, répartis sur 5,700,000 hectares. La surface de pêche exploitée journellement est environ de 1,800,000 hectares.

La monarchie danoise ne se rapproche pas seulement de la Suède et de la Norvège par les productions spontanées que le territoire fournit à la vie matérielle; mais elle s'identifie plus encore avec ses voisines par les deux autres éléments fondamentaux de la prospérité, savoir : par le respect universellement accordé aux prescriptions du Décalogue; par l'organisation de la famille, et spécialement par la forte constitution de l'autorité paternelle, déléguée de Dieu, selon le quatrième commandement, pour assurer le bien-être physique, intellectuel et moral des populations.

Les pères de famille, associés par une entente complète et une active communauté d'action avec les ministres du culte luthérien, ont réussi à préserver leurs enfants du scepticisme irréligieux inoculé d'abord au Continent par les lettrés de l'Angleterre et par le roi de Prusse Frédéric II, puis propagé jusqu'à ce jour, avec une persévérance infatigable, par les adeptes de la révolution française. Dans cette heureuse résistance opposée à l'invasion des erreurs révolutionnaires, les Danois, comme leurs frères Scandinaves, ont été secondés par quatre auxiliaires puissants de la vérité : par l'usage d'une langue

commune, distincte de celles qui furent les véhicules de l'erreur; par le concours d'un clergé fortement imbu des coutumes que les races Scandinaves avaient fondées sur l'obéissance au Décalogue; par la prépondérance numérique conservée à la population des campagnes sur celle des villes ; enfin par la ténacité avec laquelle les familles rurales ou urbaines de toute condition ont conservé ces admirables traditions de la famille-souche, c'est-à-dire les forces qui, après la dissolution de l'empire romain, donnèrent une supériorité irrésistible aux races Scandinaves.

En Danemark, comme en Suède et en Norvège, les coutumes de la famille-souche diffèrent, selon les localités, par des nuances d'importance secondaire; mais elles sont identiques dans leur principe fondamental. Le foyer domestique et l'atelier de travail ou, en d'autres termes, tous les immeubles de la famille sont intégralement transmis à l'héritier de chaque génération. Une dot est assurée par tous les usages locaux aux autres rejetons de la même génération; elle est proportionnelle, tantôt seulement à la valeur des biens mobiliers, tantôt à la valeur totale de l'héritage laissé par le père décédé; mais les habitudes excellentes qui président à ce partage ont presque toujours pour résultat de conjurer pour les intéressés le fléau des procès. Les réserves totales, alors même qu'elles sont fixées par des règlements écrits, ont en fait le caractère de lois ab intestat. Le père de famille écrit son testament, en se référant à ces lois, sous l'inspiration des sentiments dictés par l'affection paternelle, par le devoir de perpétuer au foyer et à l'atelier de la famille les traditions de travail et de vertu qu'il a reçues de ses aïeux. Selon les meilleures traditions des familles modèles, le père et son héritier se préoccupent, sans relâche, d'épargner, sur les produits du travail commun, les dots de la génération qui s'élève. Les familles les plus riches donnent souvent l'exemple de cette prévoyance : au milieu d'une abondance extrême, on peut constater parfois des habitudes de sobriété qui seraient ailleurs considérées comme sévères par des familles de condition beaucoup plus médiocre. Il résulte de ces excellentes mœurs

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que les dots sont payées aux frères et aux sœurs de l'héritier, avant la mort du père de famille, quand celui-ci atteint les limites ordinaires de la vieillesse. Quand il en est autrement, en cas de mort prématurée ou de tout événement qui diminue les produits de l'atelier, l'héritier n'est jamais tenu de vendre ou d'engager les immeubles ; il garde ses frères et soeurs au foyer commun jusqu'à ce qu'il puisse leur procurer un établissement en rapport avec la condition et les ressources de la famille. Ce qui est rare, en Danemark comme dans les autres Etats Scandinaves, c'est qu'un héritage donne lieu à un procès ou à la vente des immeubles; et ce scandale, quand il se produit, attire, sur la famille les sévérités de l'opinion publique.

Dans les campagnes, cette organisation des familles est plus stable encore que dans les villes. Depuis un temps immémorial, elle a maintenu une hiérarchie puissante en rapport avec l'importance relative de la propriété. Au milieu de transitions parfois insensibles on distingue trois types principaux : les grands propriétaires, les paysans et les journaliers-propriétaires.

Les grands propriétaires, disséminés presque partout sur le Continent et sur les îles de la Baltique, possèdent habituellement plusieurs milliers d'hectares. Leurs domaines forment quatre groupes principaux. Les domaines du premier de ces groupes se conservent, comme les domaines des paysans, par le testament des propriétaires. La conservation des domaines appartenant aux trois derniers est plus formellement assurée par l'institution de majorais : les uns appartiennent à de simples maisonssouches [Stamhuse) ; les deux autres, datant d'époques plus anciennes, sont liés à des titres de noblesse. Les plus nombreux sont des baronnies {Baronier)-, les plus importants sont les comtés {Grevs kaber).

Tous ces grands domaines comprennent habituellement cinq éléments essentiels : le château, résidence habituelle de la famille; le parc, formé d'une riche prairie, parsemé de hêtres et de chênes dont la splendide végétation égale, quand elle ne la dépasse pas, celle des plus beaux parcs anglais; une forêt où ces essences dominantes sont souvent associées aux autres essences

feuillues ou résineuses de la contrée (21); la ferme seigneuriale (Ilerregaard ou Avlsgaard) exploitée en régie par le propriétaire au moyen d'ouvriers -domestiques et de journaliers, ou bien louée à prix d'argent à un fermier; enfin les principales cultures concédées, à vie, à deux classes de tenanciers, savoir : des paysans qui exploitent des domaines plus ou moins semblables à la ferme seigneuriale; des journaliers qui occupent une borderie composée d'une maison et d'un jardin potager, complétée parfois par un hectare ou deux de prairie ou de terre arable.

Les deux autres classes sont les paysans (Gaardmand) et les bordiers (Huusmand) : ils ont avec la terre qu'ils occupent les mêmes rapports que ceux qui sont attachés comme tenanciers aux terres seigneuriales ; seulement ils possèdent en toute propriété ce qu'ils cultivent, et ils n'ont à payer aucune redevance. Ces moyens et petits propriétaires indépendants ont toujours eu beaucoup d'importance en Danemark, comme dans les autres États Scandinaves : aujourd'hui, sous les inlluences qui prévalent depuis 1848, cette importance prendra vraisemblablement des proportions plus considérables. En effet, les classes prépondérantes s'appliquent à diminuer la stabilité des grands domaines ; tandis qu'elles laissent intactes les coutumes qui assuraient la transmission intégrale des terres appartenant aux paysans et aux bordiers. Depuis longtemps, les institutions du Danemark tendent à conférer autant que possible l'indépendance aux paysans qui cultivent les domaines des grandes propriétés constituées en majorais (Lehn) . La concession d'un domaineest faite au tenancier pour toute la durée de sa vie. Quand la mort survient, le domaine ne peut dans aucun cas être réuni à l'exploitation seigneuriale : il doit être concédé à un autre tenancier. Souvent, par la libre volonté des parties, il est transmis à la veuve du défunt, puis à ses enfants. Avant i8/|8, les redevances des tenanciers étaient habituellement stipulées, au moins en partie, en journées de travail et en charrois; depuis lors, elles sont habituellement converties en argent ou denrées. La loi écrite interdit maintenant l'institution de nouveaux majorais. Elle encourage la conversion des tenures de paysans ou do journaliers en pro-

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priétés complètes : à cet effet, elle autorise les propriétaires de terres substituées à vendre les domaines de paysans qui en font partie, sauf l'obligation d'affecter les sommes provenant de ces ventes à la constitution de majorais mobiliers. Quant aux paysans propriétaires, ils peuvent diviser leurs domaines en parcelles pour les vendre a la classe des journaliers; mais ils ont l'obligation de conserver autour de l'habitation et de ses dépendances la quantité de terre nécessaire pour entretenir au moins un attelage de charrue. Ces aliénations fortifient la classe des journaliers, sans affaiblir celle des paysans : elles sont largement compensées par les acquisitions de domaines détachés des anciens majorats.

SUR LES FORÊTS DES ALPES SCANDINAVES ET DES COLLINES CONTIGUËS, COMPARÉES A CELLES DES MONTS OURAL.

Les bois fournis par les forêts de la Norvège, de la Suède et du Danemark, considérés sous les divers rapports de l'essence forestière, de l'emploi et des débouchés, forment trois circonscriptions distinctes. Au midi, ils sont presque exclusivement destinés à la consommation de la localité et des rivages voisins. Au centre, ils sont classés en deux subdivisions principales : les uns sont desséchés ou carbonisés pour être employés sur place à la fabrication du fer (i, i), ou à l'élaboration des autres minerais métalliques (i) ; les autres sont simplement ébranchés, découpés en bloc, ou débités en planches; et ils sont l'objet du plus grand commerce d'exportation qui existe pour cette sorte de produits. Au nord enfin, au delà du cercle polaire, les bois, provenant d'arbrisseaux ou d'arbres rabougris, n'ont aucune valeur commerciale : ils servent uniquement à chauffer les habitations, et ils conservent ainsi l'hiver un peu de vie dans des régions qui, privées de cette ressource, resteraient inhabitables.

La région méridionale est comprise entre les 54^ et 58*^ degrés de latitude : elle embrasse tout le Danemark et la pointe contiguë de la Suède. Les forêts et les plantations isolées du

Danemark y sont surtout composées d'arbres feuillus. La quantité totale de bois sur pied qui existe dans cette région étant représentée par 1,00, les quantités des principales essences forestières sont approximativemeot représentées en centièmes par les chiffres suivants :

Hêtre {Fagus sylvatica, L.) 0,70

Chêne {Quercus robur, L.) 0,10

Pin sylvestre {Pinus sylcestris, L.) 0,10

Tilleul {TUia europœa, L.) ; — frêne {Fraxinus excelsior, L.) ; — bouleau {Betula alba, L.) ; — tremble {Popu-

lus tremuîa, L.) ; — érables, aulnes ' 0,05

Sapin argenté {Abiespectinala, L. D.) ; — sapin épicéa (Abies excelsa, h. D.) 0,05

Total 4,00

Ces mêmes essences se retrouvent sur la pointe méridionale de la Suède; mais la proportion des bois résineux auguiente rapidement à mesure qu'on se rapproche de la région suivante.

Dans la région centrale, le hêtre disparaît, le chêne persiste çà et là par exception, le pin sylvestre se multiplie de préférence sur les sols secs, tandis que le sapin épicéa prend toujours le dessus dans les sols humides. L'un et l'autre sont presque toujours accompagnés du bouleau qui, par places, devient dominant. Quelques essences feuillues, le tremble, le sorbier et les aulnes persistent presque partout sur les collines jusqu'au cercle polaire, et ils le dépassent même à proximité de la mer du Nord et du golfe de Bothnie. En résumé, les principales essences entrent approximativement selon les proportions suivantes dans le peuplement de la région :

Sapin épicéa , 0,55

Pin sylvestre 0,'28

Bouleau 0,10

Mélèze {Laryx europœa, L.), supin argenti', pins diver.^.. 0,04 Tremble, tilleul, sorbier {Sorbus aucuparia, L.), aulnes

divers 0,03

Total i,C0

Enfin, dans la région polaire, en dehors des localités exceptionnelles réchaulfées par le Gulf-stream, les combustibles pro-

96 cil. 11. — TONDEUR DES USINÉS A COBALT DU BUSKERUD.

viennent exclusivement de végétaux sous-ligneux, de petits arbrisseaux, souvent de divers arbres nains appartenant aux genres pin et bouleau.

Ces forêts des Alpes Scandinaves, qui limitent à l'Occident l'Europe septentrionale, offrent beaucoup d'analogie avec celles des monts Oural qui la limitent à l'Orient à une distance de 3,000 kilomètres.

Le trait de ressemblance est l'identité des principaux massifs boisés, composés en proportions semblables de sapin épicéa, de pin sylvestre et de bouleau. Les principales dissemblances se résument dans les termes suivants : sous l'influence du Gulfstream, l'échelle des diverses végétations forestières est, en Scandinavie, reculée de S'' environ vers le nord. Ainsi la limite de la végétation des chênes qui se rencontre à 53'' dans le pays d'Orenbourg (II, ii, 20) se trouve en Suède à 58\ Le peuplement normal des deux résineux et du bouleau, tel qu'il est indiqué précédemment, existe dans l'Oural au 58^ degré (II, iv, 17), et en Suède au 63^ L'Auteur a été frappé de contrastes encore plus marqués : en Suède, il n'a observé qu'en petits massifs le tilleul et le sapin argenté qui sont souvent dominants dans les forêts situées dans les provinces de Perm et de Viatka; au nord des Alpes Scandinaves, il n'a jamais rencontré le pin cembro {Pinus cembra^ L.) qui constitue d'admirables massifs au nord de l'Oural, à partir du 60' degré.

SUR l'importance du saumon, parmi les productions

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