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SPONTANJÉES QUI CONCOURENT A LA SUBSISTANCE DES POPULATIONS

DU NORD

Après les combustibles fournis par la végétation forestière, et sans lesquels les régions boréales ne seraient point habitables pendant l'hiver, le saumon est probablement la production spontanée qui a le plus contribué à multiplier et à rendre stables les populations du Nord. En Norvège, par exemple, les harengs,

les morues et les autres poissons de mer qui appartiennent à la surface de pêche contiguë au rivage maritime offrent, il est vrai, plus d'aliments que le saumon; mais ce dernier, considéré comme ressource alimentaire d'une population continentale, l'emporte sur tous les autres poissons. Chez une race sédentaire, le saumon est une production plus précieuse que les poissons de mer, parce qu*il remonte tous les cours d'eau et va se livrer lui-même au pêcheur jusque dans les montagnes les plus abruptes. Il constitue une matière alimentaire beaucoup plus importante que les poissons qui habitent ces mêmes cours d'eau, parce qu'il puise dans la mer, et non dans l'eau douce, les principaux éléments de sa croissance.

A quelques égards, le saumon peut être comparé aux oiseaux voyageurs. Il se rapproche surtout de l'hirondelle qui, en France par exemple, revient à chaque printemps nicher au même lieu, et qui à l'automne repart pour l'Afrique avec ses nichées, quand sa nourriture ordinaire lui fait défaut. Parvenus à l'âge adulte, les saumons quittent la mer où s'est effectuée la majeure partie de leur croissance. Ils remontent les rivières au printemps, à l'époque où le courant est grossi par la fonte des neiges. Us sont alors disposés en deux lignes qui, partant du saumon conducteur placé au centre du fleuve, forment entre elles un angle aigu et reçoivent obliquement l'action du courant. Ils cheminent avec un bruit particulier et une vitesse comparable à celle d'un train de chemin de fer. Ils se reposent la nuit et recommencent le voyage en reformant promptement leur ligne angulaire, les forts en tête, les faibles en queue; et ils continuent ainsi jusqu'à ce que chacun ait atteint le lieu où doit se faire la reproduction. Celle-ci ne peut s'opérer que dans l'eau douce, sous une succession d'influences rigoureusement déterminées. Le frai déposé dans le gravier, à une profondeur de 25 centimètres au moins, subit d'abord l'incubation dont la durée varie de 10 à 20 semaines, selon la température. Pendant les six semaines qui suivent sa naissance, le jeune saumon est alimenté au moyen d'une vésicule qui lui est d'abord annexée. Dès qu'elle a disparu, il se nourrit en partie comme les autres poissons du fleuve ;

mais il prospère surtout pendant la saison chaude en chassant les insectes qui volent près de la surface de l'eau et qu'il happe au moyen de sauts rapides et multipliés. Après deux ans, le saumon ne trouve plus dans le fleuve où il est né une nourriture suffisante. Il descend alors vers l'embouchure, s'habitue à vivre dans une eau de plus en plus salée, et il disparaît enfin dans les profondeurs de la mer. Il y grossit rapidement, en subissant une transformation profonde. Agé de quatre ans, il est apte à la reproduction ; et il commence à remonter les fleuves. Quand la ponte est opérée, les saumons, qui ne peuvent se procurer dans le fleuve une nourriture suflisànte, retournent à la mer fort amaigris. Certains pêcheurs du Nord croient que ces saumons de retour restent cachés sur les rivages maritimes contigus à l'embouchure des fleuves où ils sont nés ; et ils se confirment dans cette opinion par quelques captures accidentelles d'individus isolés.

En résumé, le saumon doit à deux circonstances principales l'importance exceptionnelle qui lui est acquise parmi les productions spontanées dont jouissent les races du Nord. Gomme les poissons de la mer, il trouve dans ce grand réservoir de nourriture les éléments d'un développement rapide; mais, pour obéir aux lois de sa reproduction, il est tenu de déposer son frai dans les eaux douces. Il vient donc sur la surface entière des continents s'offrir lui-même aux entreprises du pêcheur. En Europe, le bienfait de cette production spontanée est spécial aux peuples du Nord, parce que les fleuves de cette région offrent seuls, en été, les eaux très -fraîches nécessaires à l'incubation et à l'éclosion du frai. Il est d'ailleurs probable que le Gulf-stream vient encore directement concourir sur ce point au bien-être des populations : c'est vraisemblablement sur son cours que les jeunes saumons, comme les morues de Terre-Neuve et de l'Islande, vont prendre leur nourriture, pendant la période de croissance rapide qui a été précédemment signalée.

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