J. - COMPTE DE L.\ DÉPENSE POUR CONFECTION DOMESTIQUE DE VÊTEMENTS
Art. l»'. — Dépense pour le ména/fe tout entier.
30 journées de la femme évaluées à 0^ 31
Art. 2. — Distribution de la dépense sur les divers membres du ménage.
Ipour l'ouvrier pour la femme ■ pour les enfants
Total comme ci-dessus
VALl
SURS
en
argent
FAITS IMPORTANTS D'ORGANISATION SOCIALE
PARTICULARITÉS REMARQUABLES
APPRÉCIATIONS GÉNÉRALES; CONCLUSIONS
Les filons métallifères, source première de l'industrie du Haut-Hartz, sont, pour la plupart, concédés à des compagnies d'actionnaires, dont les membres résident, en général, hors de ce district. Depuis plusieurs siècles, la direction en est confiée à une administration placée sous le contrôle des souverains du pays. Les ingénieurs préposés à la conduite des travaux doivent se préoccuper surtout des intérêts de l'avenir, et viser moins à produire des bénéfices immédiats qu'à les répartir uniformément sur de longues périodes. Les minerais propres à la fusion, extraits des mines et préparés dans les bocards, sont vendus, au profit des actionnaires, aux fonderies qui sont exploitées au compte du souverain.
Les forêts qui fournissent les bois de soutènement aux excavations souterraines et les combustibles aux fonderies, ainsi qu'aux habitations des ouvriers, sont également la propriété du souverain. La régularité des travaux de mines et d'usines, liée à la permanence de la production des forêts, permet ici, comme en Suède (i, 22) et dans les Alpes de la Carinthie, d'assurer la stabilité et le bien-être des bûcherons et des charbonniers.
Des administrations commerciales organisées par l'État pourvoient à la vente des métaux produits, à l'achat des matières et des denrées nécessaires à l'entretien des mines et usines, et à la subsistance de la population.
Les bénéfices réalisés dans les diverses branches d'activité ne
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sont point immédiatement attribués aux actionnaires des mines ni à l'État. De fortes réserves permettent de traverser sans perturbation les époques critiques qu'engendrent les fléaux naturels, les guerres et les révolutions politiques. Ces réserves ont surtout pour but de remédier aux vicissitudes inhérentes à la nature môme de l'industrie minérale, c'est-à-dire à l'inégalité de richesse qui se manifeste entre les diverses régions d'un même gîte métallifère.
Les mines du Haut-Hartz, comparées aux centres les plus prospères d'industrie minérale, sont pauvres en métaux. Le climat est rigoureux, le sol, couvert de forêts, est impropre à la culture des céréales et, sauf le lait et les choux, à la production des autres denrées alimentaires. La population doit donc aller chercher dans les plaines conliguës (s) tous les éléments essentiels de la nourriture. Patiente et docile, mais peu douée d'énergie et d'initiative, cette population est plus disposée à se contenter du médiocre degré de bien-être qui lui est acquis qu'à faire effort pour atteindre à une condition meilleure.
C'est au milieu de ces conditions difficiles que se maintiennent et se développent, depuis le xi^ siècle, les corporations de niineurs, de fondeurs et de bûcherons du Hartz.
Les salaires et les appointements suffisent strictement pour procurer à chaque membre une existence modeste, en harmonie avec sa position hiérarchique; mais la permanence de cette existence est garantie par les réserves dont il a été parlé cidessus et par l'ensemble des institutions qui assurent la perpétuité des établissements. La tradition assure aux corporations, sur les gîtes métallifères et sur les exploitations qui en dépendent, une sorte de droit au travail tempéré par l'autorité du souverain. Leurs membres ont, sur les produits extraits une véritable hypothèque légale qui ne peut être primée ni par le droit des propriétaires ni par celui des tiers. Un système complet d'institutions de prévoyance, dont le présent paragraphe donne ci-après l'énumération, pourvoit à tous les besoins permanents ou éventuels qui peuvent se manifester, chez chaque individu, depuis la naissance jusqu'à la mort.
Ainsi, l'administration supérieure cède le blé aux ouvriers de chaque corporation à un prix constant, inférieur au cours des années d'abondance : tandis que le coût moyen de 100 kilogrammes de seigle est de 23^ ii sur les marchés environnants, et que les limites extrêmes du prix sont ordinairement comprises entre 15 et 35 francs, l'administration vend constamment le grain au prix de 13^22. Elle délivre, à ce taux, 36'' 21 par mois à chaque célibataire admis dans les ateliers, et le double aux hommes mariés. Les dépenses considérables qu'entraînent ces livraisons à prix réduit sont supportées pour une moitié par l'État, pour un tiers par les compagnies d'actionnaires, pour un sixième enfin par une caisse dite Bergbaukasse^ qu'alimente la dîme prélevée sur le produit des exploitations.
En cas de maladies ou de blessures, l'ouvrier reçoit, pendant 15 jours, la totalité du salaire habituel : s'il demeure plus longtemps éloigné des ateliers, on lui paie, quelle que soit la durée de la maladie, 3^71 par semaine. Tous les secours de la, chirurgie, de la médecine et de la pharmacie, sont d'ailleurs délivrés gratuitement.
Lorsque des blessures, des infirmités précoces ou la vieillesse, déterminent une incapacité de travail permanente, on alloue à l'ouvrier une retraite de 3^ 71 par semaine, réversible par moitié sur sa veuve; il reçoit de plus, pour chaque enfant adulte de 14 ans, un subside hebdomadaire de 0^ 46. Trois caisses spéciales ont pour objet de pourvoir à ces secours et à ces pensions de retraite : elles correspondent aux trois subdivisions naturelles de la population ouvrière. La caisse dite Knappschaftskasse subvient aux besoins des ouvriers des mines et des bocards; la caisse dite HuUenbuchsenkasse rend le même service aux ouvriers des fonderies; enfin la caisse dite Invalidenkasse étend le bienfait de la prévoyance aux ouvriers chargés des travaux accessoires, aux bûcherons, aux charbonniers, aux charretiers, aux charpentiers, aux maçons et aux serruriers. Chacune de ces caisses s'alimente à des sources variées. Leur organisation se lie intimement aux habitudes de la population et aux principaux détails de l'industrie locale. On ne saurait trop en recommander l'élude
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aux administrateurs qui s'inquiètent de l'abandon et de l'isolement où se trouvent les types inférieurs de la population, dans (( les régimes de liberté » qui sont spécialement appropriés aux convenances des types les plus moraux et les plus intelligents.
Le Knappschaftskasse, par exemple, qui concerne la majeure partie des ouvriers, compte cinq catégories de recettes. La première catégorie se compose d'une retenue dite Bûchsengeldj opérée chaque semaine sur les salaires et les appointements des ouvriers et des agents divers attachés aux mines et aux bocards. Pour un ouvrier ordinaire, cette retenue varie, selon le grade, de 0^ 026 à 0^ 039 par semaine. La seconde catégorie provient des compagnies qui paient, sous le nom de Suppléments g eld, une somme proportionnelle au nombre de bras qu'elles emploient et variant, selon le groupe de gîtes métallifères, de i^ 01 à 2^ 94 par trimestre et par ouvrier. Une troisième catégorie de recettes provient des bocards : dans la préparation mécanique des minerais on rejette, par un triage opéré au marteau et à la main, les fragments tenant trop peu de métal pour que, dans les conditions ordinaires, on y puisse appliquer avec profit le travail humain et la force mécanique de l'eau. Ces matières pauvres, accumulées à proximité des bocards en grands tas nommés Halderij sont traitées avec avantage pendant les époques de l'année où les eaux motrices surabondent, et ne pourraient recevoir une autre destination. Ce travail est d'ailleurs confié à des infirmes et à des vieillards déjà admis à la retraite, et qui sont heureux d'employer dans l'intérêt commun le reste de leurs forces, tout en s'assurant, avec un modique salaire, un supplément de bienêtre. Les minerais propres à la fusion, provenant de ce travail spécial, sont vendus aux fonderies au profit de la caisse des retraites. Les sympathies publiques sont acquises à ces opérations, qui ne pourraient s'effectuer en dehors de cet ensemble d'institutions et des sentiments qui s'y rattachent. La quatrième source de recettes provient aussi des bocards : on traite de la même manière et dans la même saison des matières pauvres pulvérulentes dites Aeftern qui ont déjà subi l'action du bocard et des machines de lavage, et qui sont déjà assez appauvries pour ne
pouvoir plus être soumises avec avantage au travail normal. Au lieu de reje(er définitivement ces matières, on les met en réserve jusqu'à l'époque où l'abondance des eaux permet de les soumettre à une nouvelle élaboration. Enfin la cinquième catégorie, désignée sous le nom de recettes extraordinaires, a des origines trèsdiverses : on y comprend les amendes infligées, pour contraventions au règlement, aux ouvriers des divers ateliers ; notamment les remises, faites par l'État, des bénéfices dus à la fusion des métaux provenant des Halden et des Aeftern.
Il existe également dans le système du Hartz des institutions non moins variées, non moins efficaces, pour organiser l'instruction des enfants, pourvoir au service du culte et assurer aux ouvriers décédés une sépulture décente. Les combinaisons à l'aide desquelles on fournit aux ouvriers les moyens de devenir propriétaires de l'habitation qu'ils occupent (e) sont encore une des formes les plus utiles de ce système de subventions. La propriété de l'habitation est, en effet, la condition de bien-être la plus nécessaire à toutes les familles. Le problème que soulève la restitution de ce bien-être aux familles imprévoyantes des villes se place au premier rang parmi ceux qui se rattachent à la réforme de l'Occident. Les éléments de la solution sont fort bien indiqués par les règlements du Hartz.
En résumé, le climat, la médiocre richesse des gîtes et la nature des travaux imposent à la population une vie laborieuse et sévère ; mais les institutions ont pourvu à ce qu'aucune éventualité n'en vienne troubler la quiétude. La corporation du Hartz s'est formée sous l'empire d'une préoccupation exclusive et permanente. Toute son économie intérieure repose sur la nécessité profondément sentie de créer aux ouvriers des moyens d'existence qui ne puissent être compromis par les calamités publiques, par les chances commerciales ou par l'imperfection morale des individus. On a atteint ce but en conservant dans leur intégrité les principes de hiérarchie industrielle et de patronage; et l'on n'a pu renoncer ailleurs à ces principes, chez des populations imparfaitement développées sous le rapport intellectuel et moral, qu'en compromettant les vrais éléments du bien-être de la race, m. 9
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SUR LE PRINCIPE DE LA PROPRIÉTÉ ET DE l' ADMINISTRATION DES FORÊTS DANS LE IIAUT-HARTZ.
L'une des circonstances qui s'opposent le plus à rétablissement d'un bon régime forestier est l'opposition qui existe, dans ce genre de propriétés, entre l'intérêt permanent du pays et l'intérêt momentané des propriétaires. L'exploitation conduite sous le régime des futaies séculaires est celle qui convient le mieux à l'intérêt général, parce que c'est celle qui assure la plus forte récolte annuelle en matières et en valeurs. Mais le propriétaire, qui compare le revenu obtenu sous ce régime avec celui qu'il pourrait se créer en réalisant immédiatement les masses de bois accumulées sur le sol pour exploiter ensuite dans le système des courtes révolutions, trouve toujours qu'au taux actuel de l'intérêt des capitaux le dernier système est le plus avantageux. Dans les contrées où la propriété territoriale se transmet héréditairement dans les mêmes familles, les jouissances morales qui s'attachent à la possession des futaies et le sentiment de la solidarité entre les générations successives balancent en partie les conséquences de ce calcul. Il en est autrement dans les constitutions sociales où la propriété territoriale, essentiellement mobile et individuelle, est considérée par ses possesseurs à un point de vue purement financier. Chaque transmission nouvelle est l'occasion d'une coupe des futaies réservées par le précédent propriétaire; et, sous cette influence, le sol forestier ne cesse de s'appauvrir en même temps que le produit annuel diminue.
Dans l'organisation du Hartz, où le sentiment de la solidarité des générations se résume au plus haut degré dans l'administration domaniale, celle-ci n'a jamais donné contre cet écueil. Les forêts d'épicéas {Abies excelsa, L. D.) , aménagées par révolutions de 120 ans, y répondent mieux à l'intérêt général qu'elles ne pourraient le faire avec tout autre système d'aménagement. Elles doivent être citées comme une des cultures les plus parfaites qui
existent en Europe. L'énorme quantité de bois sur pied que ce système entrelient y est considérée comme un capital inaliénable qui doit être conservé dans l'intérêt de la population tout entière. Cette réserve, en effet, est indispensable pour donner le produit maximum annuel en conbustibles et en bois de construction, maximum qui, lui-même, permet de tirer des mines et des usines le plus grand produit possible en métaux. En résumé, l'ensemble de cette organisation sociale assure à la population la plus large part de travail. Pour obtenir ces résultats on a reconnu qu'il fallait subordonner la constitution sociale du Hartz à deux principes fondamentaux, savoir : que la propriété des forêts devait être réservée à l'État; que les forêts ne devaient jamais être considérées comme un objet immédiat de spéculation, et qu'elles devaient toujours être traitées avec de hautes vues d'avenir. Ces principes reposent sur une expérience séculaire : on en peut d'ailleurs vérifier chaque jour la justesse en comparant la prospérité de cette région forestière avec la décadence de plusieurs contrées des Alpes, de l'Apennin et des Pyrénées, où ce principe est depuis longtemps méconnu.
On a critiqué, souvent à tort, l'organisation des corporations du Haut-Hartz, en faisant remarquer que les procédés techniques suivis dans les mines et dans les usines de ce groupe sont, en général, moins perfectionnés que ceux qui sont en usage dans plusieurs autres districts métallurgiques, sous l'influence plus féconde et avec l'excitation plus vive de l'intérêt privé. Mais, si une controverse peut, à la rigueur, s'établir pour ces deux grandes subdivisions de l'industrie locale, on ne pourrait l'étendre aux exploitations forestières. Celles-ci offrent une supériorité incontestable sur les exploitations du même genre conduites dans les autres parties de l'Europe, sous le régime de la propriété privée. C'est donc ici le cas d'établir une de ces exceptions qu'admettent toujours les principes les plus généraux. L'intérêt privé, qui, seul, peut diriger avec fruit la plupart des entreprises de l'agriculture, de l'industrie et du commerce, offre une infériorité évidente, souvent même une impuissance complète, pour ce qui concerne les cultures de
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futaies. Plusieurs législateurs européens ont aperçu cette impuissance ; et ils ont tenté d'en conjurer les inconvénient?^ en édictant une multidude de dispositions restrictives, applicables aux forêts possédées par les particuliers. Mais celles de ces dispositions qui tendent à régénérer ou à conserver les futaies portent rarement leurs fruits, quand les idées, les mœurs et, à plus forte raison, les institutions ont désorganisé la famille ; quand les propriétaires du sol ont oublié la tradition des ancêtres et perdu le dévouement au bien-être des descendants. Ainsi, en France, où, sous l'influence du nouveau régime des successions, les forêts ne se transmettent que par exception dans les mêmes familles, où le propriétaire, attaché au sol par des liens éphémères, est sans cesse excité à le dépouiller de toute valeur réalisable, on voit chaque année disparaître quelques derniers vestiges des futaies créées par l'ancien régime. En Angleterre, où les générations successives d'une même famille se sentent liées au sol d'une manière permanente, où, d'ailleurs, le régime des substitutions impose souvent aux usufruitiers des conditions assurant d'une manière spéciale la conservation des futaies, les propriétés agricoles sont rarement dépouillées de leur plus bel ornement. Mais ce n'est que dans le Hartz et dans les autres régions forestières, soumises à un régime domanial intelligent, que l'on peut observer ces admirables futaies qui font la gloire du Hanovre, de la Saxe, de la Thuringe et de plusieurs autres États allemands.
SUR LA CONSTITUTION SOCIALE DU HANOVRE ET EN PARTICULIER DU LUNEBOURG HANOVRIEN.
Le Hanovre s'étend sur la mer du Nord, du Danemark à la Néerlande : avec son enclave de l'Oldenbourg, il ajoute 200 kilomètres de rivages aux 7,000 kilomètres que les trois États Scandinaves occupent sur cette mer et sur la Baltique. Ce royaume a une superEcie de 4 millions d'hectares, où les forêts
et les friches occupent la même étendue que la terre arable et les prairies fauchées. Il se subdivise en neuf provinces plus ou moins enchevêtrées avec les territoires des États voisins. .La population comprend 1 million 700 habitants : les luthériens y entrent pour 8 dixièmes; les catholiques et les protestants dits réformés forment le surplus.
Les territoires du Hanovre étaient la patrie principale des Saxons, qui occupèrent le midi de l'Angleterre après la chute de l'empire romain et qui ouvrirent, par leur exemple, aux autres peuples du Nord la voie des invasions. Les Saxons avaient les trois éléments de bien-être signalés précédemment pour les races Scandinaves (i, 1 7 ; ii, 17 et 21) : la famille-souche était fortement constituée dans les trois classes de la population rurale, les nobles, les paysans et les bordiers ; elle transmettait sûrement la discipline morale du Décalogue aux générations successives ; elle trouvait de faciles moyens de subsistance dans les productions spontanées offertes par une grande étendue de friches ou de forêts, par la mer où le poisson abonde, et surtout par les fleuves que remonte le saumon. Ces mœurs ont été modifiées en Hanovre, plus qu'elles ne l'ont été dans les royaumes Scandinaves, par le contact des races germaniques. Cependant, elles se sont conservées mieux qu'en Angleterre sous la triple influence d'un climat plus rigoureux, d'un sol plus stérile et de conditions moins favorables à la production des richesses. La persistance des coutumes de la familJe-souche a singulièrement frappé l'Auteur, dès le premier voyage qu'il fit en 1829, en qualité d'élève ingénieur. Cette institution admirable est restée intacte jusqu'à ce jour. L'Auteur ne saurait trop en recommander l'étude aux voyageurs qui voudront bien prendre pour guide le présent volume. Nulle part, même dans les royaumes Scandinaves, elle ne présente des modèles plus recommandables que ceux du Lunebourg hanovrien.
Le Lunebourg forme la région orientale du Hanovre, et il a pour limites, au nord, le territoire de Hambourg et la rive gauche de l'Elbe. Plus rapproché de la mer que la région méridionale du Hanovre, le Lunebourg ressent mieux qu'elle la
bienfaisante influence du Gulf-stream et jouit d'un climat plus tempéré. C'est ainsi que les céréales, non cultivées dans les montagnes du liartz, réussissent bien dans les plaines du Lunebourg. Il a une étendue de 550,000 hectares et constitue la plus grande des neuf provinces du royaume. Il offre les conditions les plus favorables à là conservation de la famille-souche, non-seulement par l'étendue de son rivage maritime et fluvial, mais encore par la prédominance relative des friches et des forêts. Là, sur un sol rebelle à la culture, où les bruyères et les vacciniëes alternent souvent avec des forêts de pin sylvestre, se conserve, avec le respect de l'ordre moral et l'appui des meilleures coutumes de l'humanité, une forte population de paysans, complétée par des nobles et des bordiers, l'une des plus admirables races que l'on puisse observer en Europe. Sous ces influences, les familles restent, depuis un temps immémorial, incorporées aux mêmes domaines : circonstance bien remarquable, quand on compare à une telle stabilité la mobilité et l'émiettement des familles décrites dans le dernier volume de cet ouvrage.
La population du Lunebourg se compose de familles-souches, à domaines agglomérés, avec habitation centrale. La famille est intimement liée au domaine patrimonial. La culture et l'exploitation de ce domaine occupent toute la communauté, assistée au besoin par quelques serviteurs. Les champs, les prés, les bois, la cueillette des friches et l'industrie domestique fournissent presque toutes les choses nécessaires à l'existence de cette communauté. Gomme dans les autres États du Nord, la transmission intégrale du domaine est assurée aux générations successives de la famille par l'observation ponctuelle de certaines coutumes séculaires.
L'autorité du père de famille est appuyée sur la religion et le testament. Elle trouve toujours au foyer obéissance et respect. Le père préside à l'éducation des enfants : il les dresse à l'amour du travail, il leur inculque les traditions morales et il les initie aux sentiments nécessaires à l'existence de chaque société. Pleinement maître de son domaine, il choisit de bonne
heure, et tout au moins à l'époque du mariage, celui de ses enfants en qui il trouve réunies les aptitudes nécessaires pour gouverner, après lui, la famille et le bien patrimonial. Dès qu'il Ta institué « héritier », il l'associe à toutes ses pensées pour le rendre capable de continuer seul un jour les hautes fonctions de la paternité.
Cependant il est loin de négliger ses autres enfants; toutes les épargnes faites au sein d'une vie frugale, en d'autres ternies, tous les produits nets du domaine, sont employés par lui, puis par l'héritier, à les établir dans une situation conforme à leur caractère et en rapport avec les usages de la famille. Les uns se marient dans le voisinage; les autres entrent dans les services publics ou vont au loin dans les colonies fonder de nouveaux établissements. Ceux qui doivent quitter le foyer paternel, ceux surtout qui sont doués de facultés éminentes, libres dans le choix de leur carrière, exempts des charges que la conservation du domaine impose à l'héritier, conquièrent fréquemment une situation plus élevée que celle de ce dernier. Ils ont pour appui, dans leurs entreprises, l'amour et l'autorité du père, responsable du bonheur de tous ses enfants, ou, en d'autres termes, le plus éclairé, le plus désintéressé, le plus équitable, le moins corruptible des pouvoirs sociaux. Enfin ils offrent pour garantie la bonne renommée des ancêtres, et la part qui leur est acquise sur le patrimoine d'honneur et de vertu perpétué par la maisonsouche.
Si le domaine est conservé dans son intégrité, ce n'est nullement pour l'avantage personnel de l'héritier, mais pour le bien-être de la génération dont il fait partie et pour la stabilité des générations à venir. Toute l'épargne réalisée est destinée à doter ses frères et sœurs. La coutume l'oblige à garder auprès de lui ceux qui restent célibataires. Si quelqu'un d'entre eux a échoué dans ses entreprises, il lui doit assistance, et, au besoin, asile au foyer paternel. C'est encore à lui qu'incombent la protection et la tutelle des neveux orphelins. Sur lui pèsent toutes les taxes de la commune, car les ouvriers et les journaliers en sont exempts. Lui seul est chargé d'acquitter toutes les dettes de
la succession. Aussi de tels services rendus font-ils naître dans les cœurs un profond et universel attachement à la famille et à son principal représentant. On est fier, dans le Lunebourg, d'appartenir à telle ou telle maison. Pour elle on est prêt à tous les sacrifices. Aucun sentiment n'agit plus fortement sur les âmes que cet amour du « Hof » paternel. Tout s'y réunit en effet : l'affection pour la famille, l'amour du sol natal, la responsabilité de l'honneur commun, l'ancienneté d'une origine plusieurs fois séculaire. A vrai dire, c'est la volonté unanime de ses membres qui assure la perpétuité de la famille, fondée sur son union avec le domaine.
La famille du paysan libre [Bauer) du Lunebourg comprend, outre le chef de maison et sa femme : l'héritier-associé, sa femme et ses jeunes enfants ; les frères et soeurs de l'héritier, qui ne sont point encore mariés, ou qui veulent garder le célibat; enfin les serviteurs qui suppléent au manque de bras. La fécondité y est en honneur. Les enfants issus de chaque mariage sont nombreux; et il n'est pas rare de trouver dans une de ces familles-souches plus de dix rejetons.
La femme se consacre tout entière aux devoirs du foyer dont son mari, par un judicieux partage d'attributions, lui laisse le gouvernement. Elle contribue beaucoup, par son activité et sa prévoyance, à la prospérité de la maison. Elle assigne aux servantes leur tâche quotidienne ; surveille les travaux de couture et de blanchissage; prend soin des approvisionnements; vend les produits de la basse-cour; fait tisser par ses filles les toiles de lin et de laine nécessaires à l'usage de la famille; enfin elle confectionne le pain.
Malgré ses occupations matérielles, elle trouve le temps de consacrer des soins assidus à ses enfants. Eveiller dans leurs âmes le sens moral, réprimer leurs tendances vers le mal sans leur imposer aucun travail pénible, les habituer à rendre les services compatibles avec leur âge et leurs forces physiques, c'est, pour elle, l'œuvre d'une fermeté vigilante et affectueuse. Les enfants vont à l'école durant plusieurs années; ils y reçoivent, avec les notions de l'enseignement primaire, une solide
instruction religieuse. Ordinaireraent les sœurs aînées font répéter au foyer, par leurs jeunes frères et sœurs, les leçons du maître; elles rendent ainsi par leur concours l'enseignement scolaire plus efficace. Dans ce milieu providentiel et sain, les difficultés de l'étude diminuent; l'attrait du savoir augmente; les âmes sont aisément formées au respect, au dévouement; la pratique du bien se conserve, parce que l'exemple en est constamment placé sous les yeux de tous.
Une autre cause contribue puissamment à graver dans les cœurs le respect de Dieu et de sa loi : c'est l'importance accordée dans les familles du Lunebourg au culte domestique. Tous les membres du Hof se réunissent le matin dans la pièce principale, et le maître récite la prière. Chaque repas est aussi précédé et suivi d'une prière, pendant laquelle les assistants se tiennent debout. L'exercice religieux du soir ne dure guère moins d'une demi-heure. Il commence par une prière faite de l'abondance du cœur. On lit ensuite l'évangile du jour; et l'on y joint une prière appropriée au sujet de cet évangile. On termine l'exercice du soir par plusieurs chants de cantiques et de psaumes. Le chef de famille préside cette solennité domestique; cependant il réclame parfois, pour la lecture ou même pour la prière, le concours de l'héritier.
Après avoir grandi sous cette sage discipline, les enfants embrassent des professions diverses, suivant leurs aptitudes et toujours d'après les conseils des parents. Les jeunes filles ont peu à peu appris de leur mère à gouverner une maison. Parfois aussi elles ont reçu un complément d'apprentissage dans quelque famille étrangère, aux soins de laquelle elles ont été confiées. Elles ont toujours préparé leur trousseau de leurs propres mains. Il y a en effet dans chaque ferme un métier à tisser. Avec la laine et le lin qu'elles ont filés, elles confectionnent dans leurs moments de loiiir les toiles qui sont le principal élément de ce trousseau. Chacune possède de vastes coffres ornés de belles serrures, où elle enferme les rouleaux, ouvrage de ses doigts. Toutes travaillent courageusement a les remplir. Une fille de bonne maison se croirait atteinte dans son point d'hon-
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neur si elle entrait en ménage avec moins de vingt rouleaux. Leur mariage n'est point subordonné à des questions d'argent. Elles n'ont point à partager avec leurs frères les produits du domaine paternel : c'est donc pour leurs qualités qu'on les épouse; et cette coutume est la meilleure garantie de bonheur pour elles-mêmes, comme pour la famille qu'elles vont fonder.
Dans le Hof, à côté des parents, de l'héritier et des enfants, il y a les serviteurs. Ils sont habituellement célibataires, et vivent avec la famille sur le pied de l'égalité. Ils prennent leurs repas avec elle. L'héritier et les garçons adultes travaillent comme eux. Les servantes peuvent se servir à leur tour du métier à tisser pour préparer leur propre trousseau, et la maîtresse de maison veille sur elles comme sur ses filles. Serviteurs et servantes reçoivent un salaire payé, partie en argent, partie en nature, avec les produits de la culture et de l'industrie domestique.
Indépendamment de ces serviteurs célibataires et domestiques, la famille a des auxiliaires mariés placés dans des conditions assez variées. Ils sont établis, avec leurs familles, dans des chaumières munies de dépendances rurales plus ou moins étendues, et ils sont désignés sous le nom générique de Hâuslinge. Les uns sont de vrais propriétaires; les autres occupent comme locataires une petite borderie dépendant du Hof; mais tous ont avec les maîtres des rapports' permanents. Tantôt, comme les serviteurs domestiques, ils reçoivent leur rétribution en argent et en nature; et dans cette catégorie se trouvent surtout ceux qui sont chargés des travaux accidentels ou intermittents, tels que les récoltes de foins, de céréales et de racines. Tantôt ils ont dans le Hof une fonction permanente; et souvent, même quand ils sont mariés, ils sont logés dans les dépendances de la ferme. Tel est, par exemple, le cas du berger auquel le troupeau est confié : il reçoit ordinairement pour salaire, outre une gratification à Noël et des objets de vêtement, le quart de la laine et du croît. Celui qui a le soin des abeilles est dans une condition analogue : il a pour rétribution la moitié du produit des ventes de la cire et du miel.
Tous ces auxiliaires, propriétaires ou tenanciers, obtiennent.
en outre du Hof auquel ils sont attachés, une subvention fort importante qui les attache intimement au patron et qui réagit de la manière la plus eflficace sur le bien-être de leurs familles : c'est le droit de faire paître, avec le troupeau du Hof, leur vache ou leurs chèvres. Les engagements réciproques entre le paysan et ses serviteurs sont restés permanents, bien qu'ils ne reposent plus sur les anciens régimes de dépendance mutuelle. Le respect de la coutume, qui maintient ce bienfaisant régime de subventions, perpétue l'accord des deux parties, parce qu'il écarte les débats qu'amènerait la fixation du salaire, s'il était exclusivement évalué en argent. Cet accord est, en outre, fondé sur des sentiments traditionnels de déférence et d'affection. En s' adressant au maître du Hof, les serviteurs lui donnent le nom de père,, à sa femme le nom de mère. En parlant de lui à des étrangers, ils se servent de l'expression la plus respectueuse « notre seigneurie » (unsere Herrschaft). Grâce à ces rapports excellents, la vie de la ferme s'écoule dans le travail et dans la paix; les générations y trouvent. Tune après l'autre, au sein d'une profonde sécurité, les éléments de la vraie prospérité et du bonheur.
La disposition des bâtiments du Hof est un des traits généraux de l'organisation rurale du Lunebourg : elle répond à l'uniformité et à la permanence des traditions dans la famillesouche du paysan. On entre dans la maison d'habitation par une vaste pièce (Fletl) , qui est à la fois la cuisine et la salle commune. A gauche se trouve l'appartement du paysan, ainsi que la chambre où la famille se réunit pour la prière et pour les repas. A droite, les pièces destinées à l'héritier et à ses enfants, et celles où couchent les domestiques non mariés. Une aire intérieure relie le Flett et les granges. De petits bâtiments sont construits autour de la cour : les uns sont habités par les serviteurs-associés et par leurs familles; les autres servent à conserver les toiles, les grains, les viandes et poissons fumés ou salés, les graisses et les autres provisions de la famille.
Le travail commence de bonne heure. Dès quatre heures, les domestiques donnent la nourriture au bétail ; à six heures, on
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part pour les champs, et l'on y déjeune à dix heures. Le repas de midi, pris à la ferme, est suivi du repos jusqu'à deux heures; puis le travail recommence jusqu'à huit. L'agriculture est en grand progrès dans le pays. Tous les maîtres de fermes font partie d'une vaste association agricole qui a rendu des services considérables. Aussi, malgré la pauvreté du sol, l'aisance générale s'accroît. De nombreuses caisses d'épargne font fructifier les économies des propriétaires; et elles favorisent, chez les familles-souches, l'établissement des frères et sœurs de l'héritier.
Le caractère essentiel aux domaines du paysan du Lunebourg, c'est d'être une institution patrimoniale. La prospérité, qui les élève au rang des meilleurs modèles, est le fruit d'une suite continue d'efforts séculaires qui ont accumulé et fortifié les meilleures coutumes de la famille, de la propriété et du travail. Le Bramer ho f à Hermannsburg est, depuis l'an 1000, possédé par la famille des Bramer. L'admirable passé de ces famillessouches leur donne un prestige dans l'opinion publique, et il est pour elles une garantie de perpétuité. En ce qui touche la transmission des domaines, la population admet que la meilleure règle à suivre est la tradition même des familles. Dans les cas fort rares où le propriétaire d'un domaine n'a pas institué son héritier, c'est l'usage local, constaté par le magistrat, qui en décide. La coutume de succession, en effet, n'est pas partout la même : ici, elle attribue la ferme à l'aîné des fils; ailleurs, c'est le plus jeune qu'elle désigne; quelquefois c'est alternativement l'aîné et le plus jeune; dans certaines localités enfin, l'aîné des enfants est toujours héritier, alors même que c'est une fille. Toutefois, la coutume la plus générale appelle l'aîné des fils à la succession.
La constitution sociale du Lunebourg n'attache point au sol une famille plutôt qu'une autre, et elle n'entrave point à cet égard la liberté du propriétaire; mais elle prescrit la fixité dans la composition du domaine. Le paysan peut hypothéquer sa terre; il peut même la vendre; mais il ne peut la diviser. Une condition de la jouissance, c'est l'indivisibilité du domaine patrimonial. Suivant l'opinion établie, ce domaine, émietté par le partage en lambeaux, perdrait sa valeur productive; il la con-
serve seulement dans le cas où tous les éléments, rapprochés par la tradition, restent unis dans une seule main. La restriction apportée, sous ce rapport, au droit de propriété est nécessaire pour perpétuer les services matériels et moraux que ce rapprochement a rendus au pays. Elle est légitime, car le propriétaire n'a reçu son domaine qu'à la condition de respecter cette coutume; elle est sage, car elle assure, depuis des siècles, le bien-être des populations du Lunebourg.
La contenance moyenne d'une ferme est d'environ 20 hectares. Outre son domaine patrimonial, le paysan possède ordinairement des terres libres, qui ont été acquises postérieurement à la constitution du Hof, dans les circonstances où l'État a aliéné certaines parties du domaine public. Ces terres peuvent être réunies au domaine patrimonial par une disposition spéciale du propriétaire. A défaut d'une telle disposition, ces terres restent libres; et, si le testament n'en a point réglé la transmission, elles sont partagées également entre tous les enfants.
Les coutumes qui assurent la perpétuité aux domaines de paysans sont intimement liées aux institutions qui, sans aucune intervention de l'État, pourvoient à certains intérêts communs de la population entière, à l'organisation des écoles et à la fondation des paroisses. Les propriétaires (Bauern) de Hofs [Hôfe) patrimoniaux, et les petits propriétaires [Anhaiiern et Ahbauern) sont groupés dans le Lunebourg en associations territoriales. Chaque association (Bauerschaft) est essentiellement privée, et elle n'est soumise à l'État par aucun lien de tutelle ou de hiérarchie. Les associés s'administrent en assemblée générale : ils prennent pari à cette administration, ils jouissent des biens de la communauté et ils contribuent aux dépenses communes, selon des proportions réglées en raison de l'étendue de leurs propriétés. Les ouvriers non-propriétaires n'ont ni charge ni représentation; mais ils participent aux bienfaits de l'assistance.
Le président de la Bauerschaft, toujours choisi parmi les plus anciennes familles, administre avec le concours d'un adjoint et d'un employé. Cette administration se résume en trois services : l'entretien des chemins, la police et l'assistance des
pauvres. On pourvoit au service des chemins au moyen de prestations. La police est presque une sinécure. Les délits contre la propriété sont chose très-rare dans le Lunebourg. On peut sans crainte y laisser durant la nuit la moisson dans les champs et le bétail dans la prairie. La tempérance et la moralité y sont au même niveau que la probité ; et les mœurs publiques constituent de vrais modèles. Le soin des pauvres est confié par l'assemblée à deux de ses membres. Leur fonction est gratuite et considérée comme une charge d'honneur. La communauté assiste les pauvres au moyen de souscriptions volontaires et d'offrandes recueillies de ferme en ferme une fois par trimestre. Elle leur fournit surtout des secours en nature, et met à leur disposition une demeure provisoire. Il est rare qu'une Bauerschaft ne possède pas sa maison des pauvres (Armenhaus). Ce serait pour elle une humiliation que de voir un pauvre demander assistance ailleurs. La mendicité est en fait absolument inconnue dans cette contrée.
L'école est gouvernée par une association qui, comme la Bauerschaft, est autonome et privée. Tout chef de famille, marié ou veuf, fait partie de l'association établie dans sa localité. Chaque société scolaire se constitue ou se subdivise, elle ouvre des locaux d'école et nomme l'instituteur sans qu'il soit nécessaire d'obtenir une autorisation des pouvoirs publics. Deux délégués, nommés pour six ans par les membres de la société, administrent et surveillent l'école. Ils ne peuvent décliner cette charge d'honneur qu'après avoir exercé leurs fonctions pendant ce laps de temps. Présidés par le ministre du culte, ils forment le comité scolaire, lequel statue sur les intérêts de l'école et de l'enseignement. Depuis l'époque de Luther, les enfants sont obligés d'assister aux leçons de l'instituteur. Dans l'origine, ce fut un simple devoir religieux imposé par les consistoires aux parents, et sanctionné au besoin par le refus de la confirmation de leurs enfants. Aujourd'hui, c'est une obligation imposée par le gouvernement du Hanovre, en vertu de la loi du 26 mai 1845. Dans l'esprit de cette loi, l'école est un moyen d'inculquer aux générations nouvelles la tradition morale et religieuse.
Le comité pourvoit aux frais de l'enseignement par des ressources de nature diverse. Organisé légalement en corporation, il possède un fonds scolaire formé, soit de biens de l'Église affectés à ce service dès l'époque de Luther, soit de dons et legs provenant des populations associées à la direction de l'enseignement. Il reçoit aussi quelque chose des revenus du fonds constitué avec la fortune des couvents sécularisés. La rétribution payée par les élèves, quoique nlinime (un thaler par élève et par an) , mais prélevée d'office sur tous les enfants depuis l'âge de six ans jusqu'à leur examen de sortie, donne un appoint considérable. Les fermes trop éloignées de l'école pourvoient par une coutume spéciale à l'éducation de leurs enfants. Chacune d'elles, à tour de rôle, crée chez elle une école temporaire, en assurant à un instituteur ambulant le logement et la nourriture. Cet instituteur reçoit en outre un petit traitement formé par les cotisations des élèves ainsi réunis temporairement. Sous un tel régime, les connaissances scolaires et la moralité des jeunes générations se sont développées dans le Lunebourg. Outre l'enseignement primaire, on trouve à Hermannsburg des cours du soir organisés par les jeunes gens de la localité, et même une école particulière d'enseignement supérieur.
La paroisse est entièrement distincte des deux groupes d'institutions qui viennent d'être décrites. Elle réunit au temple les habitants de plusieurs Bauerschaft et sociétés scolaires. Elle ne relèvQ pas de l'État. Elle s'administre par elle-même et pourvoit aux dépenses du culte au moyen de sa dotation, qui a été constituée par des dons et legs. D'ailleurs, nul n'est membre de la paroisse s'il ne concourt aux dépenses par une subvention annuelle librement fixée. Cette subvention se compose essentiellement d'offrandes en nature recueillies pour l'entretien du pasleur et de sa famille. Celui-ci préside le conseil paroissial, composé de délégués nommés pour six ans par l'assemblée générale des paroissiens. Le nombre de ces délégués est égal à celui des sociétés scolaires. Parmi les religieuses populations de cette contrée, le ministre est partout l'objet d'une affection et d'un respect universels. Les offices divins sont assidûment fréquentés
444 cil. m. — MINEUR Dl-S CORPORATIONS DR MINES DU HAUT-HARTZ.
par les hommes aussi bien que par les femmes. Les communions sont nombreuses : dans la paroisse d'Hermannsburg, qui compte 3,500 âmes, il y a chaque dimanche environ 200 communiants. Une solide instruction religieuse, donnée par le pasteur avec Taide des maîtres d'école, prépare les enfants à la confirmation. Ceux-ci ne sont, à vrai dire, membres de l'Église luthérienne qu'après avoir reçu ce sacrement.
SUR LA COLONIE DE NEU-IIERMANNSBURG, FONDÉE, DANS l' AFRIQUE MÉRIDIONALE, PAR UNE COMMUNAUTÉ DE PASTEURS LUTHÉRIENS ET DE PAYSANS DU LUNEBOURG.
Le clergé luthérien du Lunebourg ne rempht pas seulement sa mission religieuse auprès des populations. Il exerce par son dévouement une influence considérable dans l'ordre moral et matériel. Aimé et respecté de ses paroissiens, le pasteur est leur conseiller naturel : il propage parmi eux les connaissances agricoles, il organise les associations d'enseignement, il répand dans les campagnes des écrits moraux et religieux, parfois même il dirige la publication d'un journal.
On a vu par la note précédente que, dans le Lunebourg, les héritiers des familles-souches ont presque toujours beaucoup d'enfants. Bien que plusieurs membres de chaque généFation gardent le célibat et demeurent au foyer domestique, bien que d'autres s'établissent dans les villes, la population rurale s'accroît rapidement; le nombre annuel des naissances dépasse en moyenne de quatre dixièmes le nombre des décès. De là un courant d'émigration déjà ancien qui se dirige principalement vers les États- Unis de l'Amérique du Nord. Aussi voit-on, dans les États de l'Ouest, des districts entiers peuplés par des races qui parlent l'allemand. C'est sans esprit de retour que le Lunebourgeois quitte son pays : pourvu d'un capital suffisant, il va fonder sur une terre étrangère un nouvel établissement; et le plus communément il s'mcorpore avec ses descendants à sa nouvelle patrie.
A cet égard, toutefois, il s'est produit une exception remarquable, grâce à l'initiative prise par le pasteur L. Harms de la paroisse d'Hermannsburg. Sous sa direction, on a réalisé une double pensée : fonder, sur une terre habitée par des populations païennes, un établissement qui eût les caractères à la fois d'une mission chrétienne et d'une colonie; trouver un débouché à l'excédant de la population d'Hermannsburg ; en résumé, faire concourir, à l'éducation morale d'une race sauvage, le travail aussi bien que la religion d'un peuple civilisé.
Les premiers moyens d'exécution furent fournis par les époux Beherend, qui, n'ayant pas de postérité, affectèrent à la nouvelle entreprise leur ferme patrimoniale, l'une des plus importantes de la localité. Il s'agissait d'abord de former des missionnaires, autour desquels seraient groupés les colons et leurs familles. Douze fils de paysans vinrent demeurer à la ferme, consacrant la matinée à l'étude, l'après-midi aux travaux agricoles du domaine d'où ils tiraient leur subsistance. Bientôt le nombre des élèves-missionnaires était quadruplé. Au bout de trois ans, l'éducation des missionnaires était achevée. Mais grande était la difficulté de les transporter, eux et les familles émigrantes, sur les côtes de l'Afrique méridionale, que L. Harms avait choisies pour y asseoir la colonie projetée. Un navire, construit grâce à la générosité des habitants d'Hermannsburg dévoués à cette œuvre de bien public, donna la solution de cette difficulté. Ce navire, appartenant à la paroisse, dut chaque année faire le voyage de la métropole au nouvel établissement, réduisant ainsi dans une notable proportion les frais de déplace ment. Le brick la Candace porte en effet tous les ans à. la colonie un supplément de missionnaires et d'émigrants, et couvre les dépenses de la traversée en rapportant un chargement de café et d'autres denrées pour un négociant de Hambourg.
C'est parmi les Zoulous ou Cafres indépendants que s'est élevé le Neu-Hermannsburg. Fondée en 1849, la colonie a créé déjà plusieurs établissements. Ils consistent essentiellement en une terre, achetée et payée par la maison d'Hermannsburg, sur laquelle on construit le Hof de la mission. On y organisé