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une exploitation agricole; quelques familles de colons s'établissent auprès de la famille du missionnaire. On tâche de grouper un certain nombre de familles indigènes autour de la mission; elles sont évangélisées, initiées à l'agriculture, dressées à l'amour du travail. On les emploie, moyennant rétribution, à la culture du café, du tabac et des autres denrées coloniales. Un établissement principal, Neu-Hermannsburg, se développe sur une étendue de 3,000 hectares; ses vastes troupeaux servent à pourvoir les nouvelles stations. Là se trouvent les ateliers des divers métiers nécessaires à une colonie agricole.
A Neu-Hanover, autre établissement situé plus près de la côte dans le ressort de Natal, et qui offre un débouché plus facile aux produits, se fixent d'ordinaire les émigrants qui désirent se créer une ferme plutôt que de concourir à l'œuvre civilisatrice des missionnaires.
Un règlement détermine les rapports entre la métropole et sa colonie. Le pasteur d'Hermannsburg est le directeur général de l'œuvre ; il représente la communauté-mère qui en demeure responsable, et ne demande des secours à sa colonie que dans le cas de nécessité. Cette communauté est considérée comme faisant partie intégrante de l'Église de Hanovre. C'est à la maison d'Hermannsburg qu'appartient la direction supérieure des affaires civiles et ecclésiastiques de la colonie. Sous son autorité, un bourgmestre laïque, élu par les colons, expédie les affaires courantes, d'après les décisions d'un conseil local. Le juge de la colonie est nommé par la métropole. La communauté se réunit en assemblée générale pour répartir les charges annuelles, et chaque fois qu'il s'agit de créer un nouvel établissement.
Ce qui fait le caractère distinctif de l'œ.uvre réalisée par le pasteur L. Harms, considérée comme mission, c'est l'association intime de l'enseignement religieux et de l'initiation au travail ; c'est l'éducation d'une race par la prédication de l'Evangile et par la pratique du travail. Semer la vérité sans préparer le terrain oii on la jette, sans substituer aux habitudes de la vie sauvage les conditions d'une vie régulière, c'est compromettre la moisson à venir.
En résumé, la libre initiative d'une association de paysans a parfaitement résolu ce problème de la colonisation, dans lequel échouent, de notre temps, des initiatives qui sembleraient être capables d'agir avec plus de puissance. Ainsi se manifeste une des lois principales de « la science du monde » . Les nations, quand elles conservent, avec la fécondité, une ferme organisation de la religion, de la propriété, de la famille et du travail, débordent spontanément de leur territoire natal, alors même qu'elles ne reçoivent aucun appui des gouvernants. Soit par le travail, soit par la conquête, leurs rejetons soumettent les autres territoires à leurs mœurs, à leur langage et à leur religion.
HISTORIQUE DES ÉTUDES POURSUIVIES PAR L'AUTEUR, DE 1829 A 1855, SUR LA CONSTITUTION SOCIALE DU HANOVRE; INFLUENCE EXERCÉE PAR CES ÉTUDES SUR LA CONCEPTION ET l'eXÉCUTION DU PRÉSENT OUVRAGE.
En juillet 1830, à l'époque où les passions révolutionnaires et les utopies socialistes firent explosion à Paris, l'Auteur de cet ouvrage, alors élève de l'École des mines, était depuis six mois retenu au lit par une grave blessure reçue au laboratoire de chimie de cette école. Plusieurs de ses condisciples, qui se pressaient autour de lui pour le distraire de son mal, propageaient alors les idées saint-simoniennes. Impuissant à leur démontrer, par le raisonnement, l'erreur et le danger de cette nouveauté, il comprit que, dans la science des sociétés comme dans les autres sciences d'observation, la vérité n'est mise en pleine lumière que par l'évidence des faits.
Un voyage d'études, accompli l'année précédente avec son condisciple et ami Jean Reynaud, lui avait déjà fait entrevoir les vraies conditions de l'ordre social. Il avait parcouru à pied la partie de l'Allemagne comprise entre la Moselle, la mer du Nord et la Baltique. Conformément au programme tracé par ses maîtres, il avait surtout étudié les exploitations forestières et
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métallurgiqnes du Hartz. L*ardeur qu'il apportait à cette étude lui gagna l'amitié d'une de ces Autorités sociales qui, dans tous les lieux et dans toutes les conditions, conservent, noalgré les aberrations contemporaines, les traditions de la vérité (i3). M. Alberts, directeur général des mines du Hartz, prit plaisir à compléter l'éducation de l'élève parisien. Il lui enseigna que les procédés techniques des mines, des bocards, des fonderies et des forêts ne formaient que la moindre partie de l'organisation industrielle des montagnes qu'il gouvernait. Encouragé par l'attention de l'élève, il expliquait comment la surveillance de ces procédés n'était qu'un détail secondaire des fonctions qui lui étaient déléguées par le souverain, et que sa tâche principale était de veiller au bien-être de la population. Pour résumer ces enseignements et les fixer dans l'esprit de l'Auteur, il lui conseillait de visiter les foyers domestiques de la montagne et de la plaine, et surtout ceux du Lunebourg hanovrien.
Cet enseignement ne porta point d'abord tous ses fruits; mais l'Auteur se le rappela pendant les longues nuits de souffrance et d'insomnie qui succédaient aux journées remplies par le récit des imprudentes aspirations de ses condisciples. Recevant ainsi journellement, à son lit de torture, le contre-coup des passions et des haines déchaînées dans la rue, il cherchait une diversion à ses souffrances aiguës et au spectacle des maux de la patrie en se reportant aux souvenirs charmants que lui avaient laissés les tableaux de paix sociale observés au Hartz et dans le Lunebourg. Le contraste entre les récits du jour et les souvenirs de la nuit était navrant : et, sous cette impression, que la maladie prolongea encore pendant une année entière, l'Auteur se promit que, si la santé lui était rendue, il consacrerait sa vie à dissiper les malentendus qui exposaient la France à de si dures épreuves.
Parvenu enfin à la guérison, en septembre 1831, il préluda à sa nouvelle vie dans le cours d'un voyage en Bretagne ; et, en rapprochant de ses souvenirs d'enfance ce qu'il observa dans ce voyage à pied, il commença a comprendre que l'ancienne France avait trouvé le bien-être dans des habitudes morales qui éga-
laient, sous plusieurs rapports, celles du Hanovre. A partir d'avril 1833, ayant retrouvé toutes ses forces physiques, il entreprit à travers l'Espagne entière une longue campagne, qui fut suivie chaque année d'un nouveau voyage. Tout en remplissant les devoirs de sa profession d'ingénieur, il observait, en toute occasion favorable, l'organisation des familles ouvrières, les liens qui les unissent aux patrons, les idées et les sentiments des populations dans toutes les régions de l'Europe.
Peu à peu l'Auteur abandonna, grâce à l'évidence des faits, les préjugés qui constituent les opinions dominantes de sa patrie. Il fut ramené au vrai par les conseils des Autorités sociales et par la pratique des nations prospères. Pour recevoir ces enseignements, il se rendit sept fois en Grande-Bretagne, et à trois reprises en Russie comme dans la plupart des autres contrées du Continent. Il professait, pendant l'hiver, la métallurgie, à l'école des mines de Paris, puis il consacrait les six mois d'été à ces voyages.
La révolution du 24 février 1848 éclata au moment où l'Auteur allait commencer pour la dix-septième fois son enquête annuelle. Deux tendances opposées se manifestèrent alors, entre les terribles journées de février et de juin, parmi les gouvernants qui avaient pris la direction des affaires publiques. Les uns, auteurs de systèmes socialistes, prétendaient résoudre la question sociale en contraignant l'État à intervenir entre les patrons et les ouvriers pour régler les conditions du travail. D'autres, inquiets à bon droit des passions déchaînées par cette nouveauté, cherchaient une issue à la situation difficile créée par les ateliers nationaux. Sur l'invitation de son ami Jean Reynaud, soussecrétaire d'État de l'instruction publique, l'Auteur eut plusieurs entretiens avec ces derniers, notamment avec son ancien professeur, M. François Arago, qui s'efforçait en vain de contenir au Luxembourg, par sa parole, les représentants de la population abusée. Il prit même un jour (20 mars) la parole à l'une des conférences intimes d'économistes et de socialistes que M. Louis Blanc présidait dans ce palais. Dans ce discours, il s'appuya particulièrement sur les faits exposés dans la présente monogra-
loO cri. m. — MINEUR de la corporation des mines du haut-hartz.
phie. Ces faits, dont l'exactitude avait été attestée par son ancien camarade Jean Reynaud et qui avaient paru décisifs à M. François Arago, n'eurent pas le même succès auprès des deux écoles rivales qui se combattaient au Luxembourg, sous la pression d'idées préconçues. Cependant ces faits prouvaient contre M. Louis Blanc que chez les paysans du Lunebourg, qui vivent en paix, le gouvernement n'a point à intervenir entre les patrons et les ouvriers ; que même il peut se dispenser de concourir, en quoi que ce soit, à l'organisation des communes. La monogragraphie du Hartz établissait, en outre, contre M. Wolowski, organe des économistes, que sa théorie absolue du « laisser faire » était en contradiction formelle avec les pratiques traditionnelles des modèles admirables du Hanovre ; que, si la paix régnait dans les campagnes du Lunebourg en l'absence de toute immixtion de l'État, c'est que tous les particuliers, patrons et ouvriers, y étaient liés, selon la coutume, par des droits et des devoirs réciproques; que, si la paix reposait dans les montagnes du Hartz sur l'intervention directe de l'État, c'est que celui-ci agissait comme un simple patron, en vertu des traditions qui lui avaient attribué la propriété des fonderies et des forêts; qu'enfin, s'il exerçait utilement une certaine pression sur les .particuliers de la région, réunis en compagnies d'actionnaires, c'est qu'en leur concédant la propriété des filons métallifères il leur avait transmis l'obligation d'accomplir, envers l'ouvrier des mines, les obligations traditionnelles du propriétaire.
Cette démonstration était donnée en 1848, avec le calme de la méthode d'observation, au milieu des aspirations et des craintes excitées par l'esprit de violence qui pesait alors sur Paris, et qui amena, quelques jours plus tard, les funestes journées de juin. Le temps des discussions méthodiques n'était pas venu pour les deux écoles rivales, qui avaient été mises inutilement en présence dans les petites réunions du Luxembourg, et qui comprenaient que la question, momentanément insoluble par la raison, allait être tranchée par la force. Chacune des deux écoles accepta seulement, parmi les faits de la présente monographie, ceux qui semblaient donner satisfaction à son idée pré-
ÉLÉMENTS DIVERS DE LA CONSTITUTION SOCIALK. ib\
conçue. Le président de la réunion fit insérer, dans le Moniteur universel (numéro du 24 mars 1818), à l'insu de l'Auteur, une mention de son discours sur les institutions sociales du Hanovre; et il n'y signala que les faits qui semblaient ériger en principe l'immixtion de l'État dans les rapports mutuels des patrons et des ouvriers.
Cependant les premiers efforts faits en mars, avril et mai 1818, pour répondre aux anxiétés des gouvernants de cette époque, ne restèrent pas sans résultats utiles. L'Auteur prit confiance dans son œuvre, en constatant que la monographie de l'ouvrier du Hartz avait clairement démontré à M. Arago l'efficacité de la méthode d'observation appliquée à l'étude des faits sociaux. M. Arago fit partager cette conviction à plusieurs de ses collègues du gouvernement provisoire de 1848 et de l'Académie des sciences de Paris. Puis, de concert avec ces derniers, il pressa l'Auteur de coordonner tous ses travaux dans un ouvrage qui serait édité à l'Imprimerie nationale et approuvé par l'Académie. Dès juillet 1848, l'Auteur entreprit une nouvelle révision de l'Europe, avec le concours des amis dont le nom figure, avec le sien, en tête des monographies. Il vérifia et compléta les faits recueillis depuis 1829. Enfin il perfectionna sans relâche le premier cadre improvisé en 1848 pour le mineur du Hartz ; et il atteignit ce but par un procédé aussi sûr que celui qui avait présidé à la réunion des faits : il recommença, à vingt reprises, l'édition manuscrite des monographies, jusqu'à ce que l'expérience eût démontré, pendant trois années, que les nouveaux faits recueillis trouvaient naturellement leur place dans le cadre de la dernière édition.
Cette démonstration n'a paru décisive à l'Auteur que depuis le milieu de Tannée 1854. Dans l'intervalle, il est vrai, de nouveaux gouvernants sont survenus; mais, au milieu de la mobilité des institutions politiques, l'Académie des sciences, malgré la perte de M. Arago, a gardé sur ce point la tradition de 1848. L'un de ses illustres membres, M. J. Dumas, a continué aux Ouvriers européens le patronage que le regretté défunt leur avait accordé. Secondé par M. Mathieu, beau-frère de M. F. Arago,
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et par MM. Bienayrné, Boussingault, Charles Dupin, de Gasparin et de Sénarmont, M. Dumas a obtenu que cet ouvrage serait publié avec le concours des presses de l'Imprimerie impériale.
La révolution de 1818 a complété pour l'Auteur, parvenu à l'âge mûr, la démonstration commencée, au début de sa carrière, par la révolution de 1830. Ces catastrophes n'ont pas seulement été inutiles : elles ont empiré la constitution sociale que leurs promoteurs prétendaient réformer.
Avant 1830, les classes qui dirigeaient la vie publique n'étaient point divisées touchant l'organisation de la souveraineté. L'instabilité gouvernementale, issue des faux dogmes de 1789, avait laissé dans le pays des germes d'antagonisme social ; mais Téclosion en était empêchée par le souvenir des désastres de 1814 et de 1815. Le brusque établissement du parlementarisme imprimait, il est vrai, un mouvement déréglé à un peuple dépourvu du contre-poids qu'offrait l'ancienne coutume nationale ; mais l'agitation avait pour objet des intérêts d'ordre secondaire qu'il était facile de régler. Quant à la vie privée, la paix sociale y restait entière. Les ateliers parisiens eux-mêmes, que l'Auteur étudia pendant l'automne de 1829, offraient alors des modèles qui ne le cédaient en rien à ceux qu'il venait d'observer dans la plaine saxonne (iv, 17).
Le changement produit par les deux révolutions n'est que trop évident. Dans la vie publique, des haines ardentes sont suscitées touchant le principe de la souveraineté. Dans la vie privée, l'antagonisme s'organise entre les patrons et les ouvriers. Le gouvernement sorti du coup d'État de 1851 comprime maintenant l'explosion de ces discordes; mais les amis de la réforme ne se sont-ils pas trop promptement rassurés? Puissent du moins les nouveaux gouvernants justifier cette confiance par l'exécution fidèle du programme de Bordeaux.