F. ALLAN
Instituteur de la commune de Marken.
DÉFINISSANT LA CONDITION DES DIVERS MEMRRES DE LA FAMILLE
Définition du lien 9 de l'organisation industrielle et de la famille.
SI-
ÉTAT DU SOL, DE l'iNDUSTRIE ET DE LA POPULATION.
La famille décrite dans cette monographie habite l'île de Marken, située par 52*^ 28' de latitude nord, et 2° 50' de longitude orientale (M. P.). Cette île appartient à la province de la Hollande septentrionale. Elle est séparée du Continent par un petit bras de mer, le Goudzée, large de 1,200 mètres. Dans
sa plus grande longueur, Marken a 6,800 mètres; et la surface entière n'excède pas 295 hectares. Le sol est à 0™,20 au-dessous du niveau des hautes mers de vive eau; aussi est-elle entourée d'une digue puissante dont les talus de pierre, protégés en quelques endroits par des pilotis de chêne, la défendent contre l'envahissement des flots du Zuyderzée. Cette digue a sa crête a d'",20 au-dessus du niveau-repère d'Amsterdam ; elle est pourvue de deux petites écluses pour la décharge des eaux de l'île, au niveau des basses mers de morteeau. Le niveau-repère dont il est question ci-dessus est nommé Amsterdarnsch-Pail et, par abréviation, AP. Il constitue le plan de comparaison auquel se rapportent toutes les cotes de niveau relatives aux travaux publics de la Néerlande : il correspond à la hauteur moyenne des hautes mers observées à Amsterdam.
Marken est traversée dans toute sa longueur par un grand canal, auquel aboutissent des canaux plus petits creusés dans tous les sens ; elle est entourée d'un large fossé qui suit la digue de circonvallation.
Tout rappelle dans l'île le danger d'inondation qui est sans cesse menaçant et qu'on se tient toujours prêt à combattre (20). Les maisons sont bâties sur de petits tertres élevés par la main de l'homme. Ces tertres, nommés Terpen, forment autant d'îlots que de bourgs; ils communiquent entre eux par des chemins de planches que l'autorité communale cherche en ce moment à remplacer par des routes pavées.
Ces bourgs ou quartiers sont au nombre de douze, dont le principal est celui de l'église, appelé Kerkbuurt, Il contient 109 maisons, 110 familles et 666 âmes. On y voit en outre, près de l'église, la maison communale, la maison de charité, le presbytère et la maison de l'instituteur. Ces édifices publics datent de vingt ans au plus; ils sont construits en pierre et forment un heureux contraste avec T aspect misérable des maisons particulières.
Le port, situé à 1,000 mètres environ du bourg de Kerkbuurt, a été agrandi récemment. Il est classé parmi les meilleurs de la Néerlande. Le phare, établi sur la pointe nord-est de
206 en. V. — PÊCHBUR-COTIER DE MARKEN.
l'île, en 1839, est un fanal lenticulaire de quatrième grandeur. Il est situé à 17 kilomètres vers l'est d'Auisterdam.
Les maisons des pêcheurs sont presque toutes semblables; elles sont construites en planches goudronnées extérieurement ou peintes de couleurs foncées; un toit pointu, couvert de jonc ou de tuiles, les surmonte. Sur 223 maisons, ÛO seulement ont des cheminées; dans les autres, un trou pratiqué dans le toit donne passage à la fumée. Elles sont toutes composées d'un rezde-chaussée et d'un grenier ; à l'intérieur, elles sont bigarrées de couleurs vives qui contrastent singulièrement avec leur extérieur sévère. La valeur moyenne des maisons du quartier principal s'élève a 3,000 francs, tandis que celles du quartier de Mseniswerf, qui est le plus éloigné du port, ne valent guère que 2,000 francs. Cette valeur augmente tous les jours par suite de l'accroissement de la population.
Le sol de Marken est un terrain d'alluvion ; il ne produit que des joncs et du foin. Les inondations fréquentes empêchent les habitants d'entretenir beaucoup de bestiaux et de se livrer à l'agriculture (is). Il n'y a, dans toute l'île, que 10 vaches laitières et 300 brebis; c'est à peine si l'on y rencontre quelques arbres.
L'approvisionnement d'eau potable est coûteux et difficile. On recueille l'eau de pluie dans des citernes; mais, après une longue sécheresse, elle manque souvent. Les puits, remplis d'eau salée par les inondations de l'hiver, ne fournissent qu'un liquide impropre même au lavage. L'eau est importée dans l'île par un batelier qui la puise dans une rivière voisine.
La pêche est le principal moyen d'existence du Markois (i9). Celui-ci fait le plus souvent lui-même ses filets, ainsi que tous ses instruments de pêche, à l'exception des cerceaux de nasses qui sont fabriqués par des ouvriers spéciaux. Les jeunes enfants et les vieillards s'occupent aussi de la confection de ces engins, dont le chanvre est filé par les femmes et les filles pendant les soirées d'hiver.
Les barques dont se sert le Markois sont :
i" Le Botter, bateau à voile pour la pêche du hareng. Sa
contenance est de 2ù tonnes; il est bon marcheur et peut durer de 25 à 30 ans. Il a 12 mètres de long, 4 mètres de large et i^'jOO de profondeur.
2" Le Kuhhooty petit bateau plat à rames et à proue élevée, pour la pêche aux anguilles ou aux anchois. Il est fait de bois de chêne et dure environ 16 ans. Sa longueur est de 5 mètres sur 1"',50 de largeur et 0™,65 de profondeur.
3° Le Hinnenschuit^ bateau construit aussi de bois de chêne et qui ne se trouve que dans l'île de Marken. Il est exclusivement employé au transport du foin, des engins de pêche et des objets de consommation. Sa durée est de 18 ans environ. Il a 6 mètres de long, l'°,50 de large et 0"*,75 de profondeur.
La pêche dure toute l'année et se divise en trois périodes : 1° la pêche des harengs {Clupea IfarenguSj, Clupea Sprattus) de novembre à mai ; 2" celle des anchois {Clupea encrasicholus) de mai à juillet; 3° celle des carrelets (Pleuronectes Platessa) de juillet à novembre.
Un certain nombre de Markois vont à la pêche des harengs dans la mer du Nord, pour le compte de douze armateurs d'Enkuizen, de Ryp et d'Amsterdam. Ils s'embarquent alors sur des Botters plus grands, spécialement employés à cette pêche et qui appartiennent à ces armateurs.
Quand il travaille pour son propre compte, le pêcheur porte lui-même au marché, principalement à Monnickendam^ sur le Continent, le poisson qu'il a pris et le vend à l'enchère. Quelquefois, cependant, il le vend en mer à des marchands ambulants, qui achètent particulièrement les anchois pour les marchés de Monnickendam et d'Amsterdam.
Les bateliers prennent régulièrement la mer le lundi, vers une heure du matin, et rentrent au port le samedi suivant.
Il y a à Marken 120 barques pour la pêche côtière, montées chacune par deux hommes ; on y compte, en outre, 20 à 25 grands Botters pour la pêche des harengs dans la mer du Nord, et 20 bateaux de rivière pour le transport du foin, des joncs, des tourbes et d'autres objets dans l'intérieur de l'île.
La récolte des foins est confiée presque exclusivement à des
faucheurs nomades. Le travail de la fenaison est le partage des jeunes filles. Quant aux hommes de Marken, peu occupés dans le milieu du mois de juin, ils transportent sur leurs barques aux divers marchés du Gontment les foins amenés par les filles sur de petits bateaux.
Les joncs, de très-bonne qualité, se vendent généralement assez cher aux marchands de la Gueldre et de la Hollande septentrionale.
La terre vaut, à Marken, 4,000 francs l'hectare et rapporte en moyenne 12 pour 100.
On ne trouve dans l'île que quatre familles qui vivent uniquement du produit de leurs troupeaux. Quant à la petite industrie, elle n'est représentée que par 13 personnes : 1 fabricant de voiles, 2 charpentiers, qui exercent aussi la profession de maçons et de fabricants de cerceaux pour les filets, 2 boulangers et 9 épiciers.
Privés de presque toutes les matières premières et des produits manufacturés, les habitants de Marken sont obligés d'aller les acheter sur le Continent. Les familles aisées se rendent, une fois par an, à Amsterdam ou à Monnickendam, pour y faire provision de beurre, de fromage, d'œufs, de céréales, de pommes de terre, de viande salée, et de divers objets de moindre importance. Marken reçoit chaque semaine de ces deux villes une quantité de ces objets. La plus grande partie du pain qui s'y consomme est importée de Monnickendam et de Nikerk ; le bois à brûler vient de la Gueldre.
Le commerce est fort peu développé dans l'île ; les épiciers ne se soutiennent qu'en ajoutant aux articles ordinaires de leur négoce la vente d'objets de vêtements tels que souliers, bottes et tabliers de cuir. Les objets achetés par les Markois sont en général d'une telle solidité et d'une durée si grande que les marchands d'habits eux-mêmes ne trouveraient pas une consommation suffisante; d'autant plus que l'usage est d'acheter toujours, depuis plusieurs générations, les mêmes articles chez les mêmes fabricants.
La population de Marken s'élève à 1,016 habitants. Son type physique est celui d'une race pure ; doué d'un tempérament
vigoureux. Le Markois vit heureux au sein de l'existence rude qu'il s'est faite, et ne recule devant aucun travail honnête qui produit un salaire, même modéré.
Le paupérisme est presque inconnu à Marken. Le bureau de bienfaisance ne soutient que 4 chefs de famille en été et 9 en hiver. Sur ce nombre, 2 seulement touchent des secours en argent, les autres les reçoivent en nature. Au moment où est écrite cette monographie, l'hospice municipal est vide; il n'y a que 10 pauvres à l'hospice du diaconat et 5 dans la maison de travail de l'église (i3).
Ce petit nombre d'indigents est un fait très-remarquable, quand on songe que les chefs de famille sont en danger constant de périr dans les flots et qu'ils voient quelquefois, en une nuit, la mer détruire tout ce qu'ils possèdent. Dans ce cas les Markois ne s'adressent pas ordinairement à la charité publique; leur prévoyance les prépare à subir ces malheurs et leur amour du travail leur permet de les surmonter.
ÉTAT CIVIL DE LA FAMILLE
La famille comprend les deux époux et cinq enfants, savoir :
4. Jan X*'*, chef de famille, marié depuis 26 ans, né à Marken. 50 ans.