III
240 en, V. — PÉCHEUR-COTIER DE MARKEN.
RELIGION ET HABITUDES MORALES
Les habitudes religieuses et morales de la famille décrite dans cette monographie sont celles de tous les Markois en général. Vivant dans une île, ayant conservé, avec les anciennes mœurs, le respect de la tradition, les habitants de Marken offrent surtout au moraliste des traits excellents de ressemblance (21).
Les Markois professent généralement la religion protestante, dite réformée, qui forme le culte dominant de la Néerlande. Ils ont gardé dans toute leur pureté les principes du synode de Dordrecht (1618), et ils en suivent strictement la doctrine. Ils lisent journellement la Bible et s'appliquent à en observer ponctuellement les préceptes, sans s'occuper des différentes interprétations que la théologie moderne a pu leur donner. Ils vont fréquemment au temple et pratiquent exactement les devoirs du culte. Même dans leurs courses en mer, les Markois ne manquent jamais de faire une prière avant et après le repas.
L'attachement mutuel des époux est un des traits principaux de la vie domestique des Markois. C'est l'affection qui détermine les alliances; et, dans les choix, on regarde plus à la moralité qu'à la fortune. Dans presque toutes les familles, les fiançailles ont lieu longtemps avant le mariage. Elles impliquent, pour les fiancés, l'obligation morale de réunir, par le travail et l'épargne, les ressources que l'opinion juge indispensables à la fondation d'une nouvelle famille. Elles constituent d'ailleurs un engagement solennel. Toute personne qui aurait rompu un premier engagement ne trouverait plus à se marier dans l'île. L'usage est de se marier vers l'âge de 25 ans; le mari et la femme sont généralement du même âge. Il naît à Marken peu d'enfants naturels et ils sont toujours légitimés par le mariage.
Une nombreuse progéniture est regardée comme une bénédiction du ciel, et il n'est pas rare de voir une femme de 35 ans ayant 10 enfants. Les enfants ne sont jamais une charge et
deviennent au contraire, en grandissant, des auxiliaires utiles. Les produits de leur travail augmentent le bien-être et facilitent l'épargne de la famille.
Le divorce est autorisé par la loi religieuse et par la loi civile; mais on n'en connaît aucun exemple à Marken. Le veuvage est considéré comme une forme de la fidélité conjugale ; il est rare de voir un veuf ou une veuve convoler en secondes noces.
Le respect de l'autorité paternelle est encore un trait saillant des mœurs des Markois. Il n'existe dans toute l'île qu'une seule famille dans laquelle les parents aient à se plaindre de leurs enfants : ceux-ci sont l'objet du mépris public, et ils sont placés au ban de l'opinion.
Les femmes ne se livrent à aucun travail extérieur. Elles cherchent dans les occupations ordinaires du ménage et dans les industries domestiques les moyens d'employer leur temps d'une manière profitable aux intérêts de la famille. C'est à elles qu'est dévolue l'éducation des enfants; et elles s'acquittent de cette tâche avec le profond sentiment de leur mission et une tendre sollicitude.
Les enfants sont élevés très-religieusement ; ils lisent chaque jour chez eux l'Histoire sainte; ils apprennent même par cœur, chaque semaine, un ou plusieurs versets de leurs cantiques. Ils vont régulièrement à l'école et au catéchisme (21).
Il règne chez les Markois une grande harmonie d'opinions et de sentiments. A l'occasion des naissances, des mariages, des décès et des événements importants de la vie, ils se témoignent entre eux la plus cordiale et la plus touchante sympathie (22). Un convoi funèbre est suivi par la plus grande partie de la population de l'île, qui assiste également à la célébration de chaque mariage.
Les habitants de Marken aiment à pratiquer la charité, nonseulement dans leur île, mais encore envers leurs voisins, ainsi qu'ils l'ont prouvé lors des deux inondations qui ont couvert récemment une partie de la Néerlande. A l'occasion du dernier de ces désastres, ils donnèrent une somme de 650^ environ. Les
enfants de l'école communale réunirent parmi eux une somme de 48'; un pêcheur seul remit au maître d'école un billet de banque de 200^ Certains habitants, ne voulant pas mettre leur nom sur les listes, le remplacèrent par une initiale. Les Markois répandent également leurs bienfaits sur les veuves et sur les indigents de l'île, ainsi que sur les pauvres étrangers qu'ils appellent, dans leur langage, Bedelvrienden (amis mendiants). Ils sauvent souvent des naufragés, au péril même de leur propre vie. Différentes sociétés décernent des médailles pour ces actes de dévouement, et ceux qui en sont honorés les conservent et les font soigneusement encadrer pour orner leur demeure.
Les Markois sont d'un caractère fier et indépendant. Gomme plusieurs autres races qui trouvent exclusivement leur subsistance dans l'exploitation des productions spontanées, ils exagèrent parfois jusqu'à l' insociabilité leurs préventions contre les lois de la hiérarchie sociale. « La liberté, c'est la vie », disentils ; aussi ne consentiraient-ils pour rien au monde à l'aliéner. Il y a quelque temps, le prince Henri de Néerlandefit proposer successivement à plusieurs pêcheurs de Marken la place de batelier sur son yacht de plaisance avec des appointements assez élevés. Tous refusèrent et plusieurs répondirent : (( Je suis roi sur mon Botter ; mieux vaut petit et maître que grand et serviteur ; grand merci, je reste batelier de Marken. »
Une fois seulement, en 1855, à la suite d'une inondation qui détruisit une vingtaine de maisons, la direction municipale implora le secours des habitants du Continent : les Markois voulurent s'y opposer, tant leur amour-propre en était offensé.
Malgré cet esprit d'indépendance, le Markois obéit fidèlement à la loi et aux magistrats (25). Il a le plus profond respect pour les supériorités sociales. Très-patriote, il donnerait volontiers sa vie pour le salut ou Fhonneur de son pays ; mais il a pour la conscription l'aversion la plus prononcée.
Le Markois, ne voulant relever que de lui-même, cherche naturellement dans l'épargne le moyen d'assurer son indépendance. Son ambition est de devenir propriétaire de sa barque et d'avoir, par suite, le titre de bourgeois. Il ne recule devant
aucun effort de travail pour arriver à cette position et pour la conserver, malgré les éventualités les plus funestes. La sobriété est une règle invariable de sa conduite : aussi, l'usage des boissons alcooliques est-il peu répandu ; la consommation annuelle d'eau-de-vie et de genièvre ne dépasse pas 1,500 litres, dont les deux tiers sont consommés à l'époque de la fenaison par les faucheurs venus des pays voisins. On ne trouve à Marken que trois marchands de liqueurs : l'un d'eux est boulanger et les deux autres sont paysans ; ceux-ci ne considèrent pas comme un revenu les produits de ce commerce et les abandonnent à leurs femmes pour leurs menus plaisirs. Il n'y a dans l'île ni auberge, ni cabaret; les débits doivent fermer au coucher du soleil.
Les Markois montrent une grande franchise et une grande loyauté dans leurs transactions commerciales. Gomme la plupart des paysans, ils dissimulent leurs affaires personnelles. Vivant sur un étroit territoire, ils aiment à causer de la vie intime, des vertus* ou des vices, des pertes ou des bénéfices de leurs concitoyens. Cependant ils paient leur tribut à la faiblesse humaine ; et, dans leurs entretiens, ils ne peuvent toujours se défendre de la jalousie et de la médisance.
HYGIÈNE ET SERVICE DE SANTÉ
L'île de Marken est, par sa position, exposée à de fréquents changements de température ; mais ses habitants, accoutumés à son climat dès l'enfance, n'en souffrent aucunement. En été, la chaleur est très-grande; le froid est très-vif en hiver; on fait généralement peu de feu dans les maisons, dont les vastes pièces sont cependant ouvertes au plafond pour le passage de la fumée. Pendant les grands froids, les femmes ajoutent quelque chose à leur vêtement et prennent une chaufferette.
Les habitations, élevées sur des tertres, sont à l'abri de rhumidité et bien aérées. Les Markois joignent à une manière de vivre sobre et régulière une nourriture solide, l'abstention
de liqueurs fortes, un travail continuel mais non excessif (23).
L'ouvrier, bien constitué quoique de petite taille (24), n'a jamais été malade au point d'interrompre ses travaux. Étant jeune homme, il a été retenu, non pas au lit, mais à terre par une attaque de fièvre bilieuse, pendant quatorze jours.*
La femme a parcouru sans accident toutes les périodes de son existence : sa figure colorée, dont les traits sont plutôt forts que délicats, indique un robuste tempérament.
Les enfants sont rarement indisposés ; dans ce cas, on a recours à un médecin et on les soigne avec une tendre sollicitude.
RANG DE LA FAMILLE
Propriétaire de trois barques, de quelques terres et d'une maison non grevées d'hypothèques, père de jeunes gens devenus pour lui d'utiles auxiliaires, Jan X*** passe parmi ses concitoyens pour un homme aisé et indépendant. Il est à la fois notable de l'île, trésorier de l'église et diacre (25). 11 tire une certaine vanité de ces fonctions, tout en disant qu'elles lui donnent plus d'embarras que de plaisir. Malgré cela, le titre qu'il préfère à tous les autres est celui de batelier, car c'est celui qui lui donne le plus conscience de son indépendance.
Jan X*** paraît fier de la considération dont il jouit, et qu'il doit à son travail et à sa moralité. S'il entre à l'église, c'est avec une certaine dignité, et il prend de préférence une place dans le chœur, qui est réservé aux personnes les plus importantes de l'île. Les notables sont assez fréquemment consultés sur les affaires de la commune. Jan, dont l'avis est souvent demandé en cette circonstance, voit généralement ses conseils suivis.
Tout homme doué des mêmes qualités que le chef de la famille ici décrite peut arriver à la même position. L'égalité des conditions sociales donne à tous des droits et des devoirs égaux ; on ne connaît à Marken aucun des privilèges que la naissance con-
fère en d'autres pays et surtout en d'autres professions. La vertu, le travail et l'épargne sont pour chacun les seuls moyens de s'élever.
moyens d'existence de la famille.
PROPRIÉTÉS
(Mobilier et vêtements non compris.)
Immeubles 6,808^ 51
1" Habitation. — Une maison construite en bois avec ses dépendances, 2,553^19 2" Immeubles ruraux. — 1'' de prairies naturelles, 4,255^32.
Argent 5,319^ 15
1° Somme prêtée à des pêcheurs au taux de 4 pour 100, avec hypothèque sur les barques que l'argent a servi à acheter, 3,191^49.
2** Somme placée à 5 pour 100 en obligations de la dette nationale, 2,127^66. Sur cette somme, 1,808^51 ont été reçus en héritage; le surplus provient do quelques économies.
Matériel spécial des travaux et industries.. 6,575^^ 51
1° Barques de pêche et leurs apparaux. — 1 barque de pêche aux harengs, avec 2 jeux de voiles (se composant chacun d'un foc, un foc de beaupré et une voile d'artimon), 2 gaffes, 4 crocs, 2 racamheaux, 2 époutilles, 2 vadrouilles, 2 ancres et leurs câbles, 2 escopes, 2 seaux, 1 boussole, 1 pavillon, 1 lanterne, 3,191^49; — 1 petite barque ouverte, pour la pêche aux anguilles, 170^21 ; — 1 bateau pour le transport du foin, des ustensiles de pêche et des provisions de ménage, 319M5. — Total, 3,680^85.
2° Objets divers à bord de la grande barque. — 1 paillasse, 2 oreillers, 4 couvertures, 63^82; — 2 grandes corbeilles à provisions, 2^13; — 1 tonneau à eau, 2^13;
— batterie de cuisine, 10^63. — Total, 78^71.
3° Instruments de pêche. — 2 grandes tirasses, 212^ 76 ; -— 30 nasses pour le hareng, 638^30;— 3 assortiments do cerceaux de nasses, 6^38; —12 tirasses,5i0f 63; — 12rêts à plies, 510^63; — 12 rafles de liège, 63^82 ; — 4 filets de soie, 127^06 ; — 4 filets à éperlans, 63^82; — 4 nasses à anguilles, 63^82 ; — 80 sacs de nasses à anguilles, 68^09;
— 150 bâtons de nasse de chôoe, 106^38; — 150 bâtons de nasses de frêne, 79^57; — 24 grandes pierres, 24^68; — 12 fortes cordes neuves, 21^28; — 6 glines^ 6^38; —
— 2 manivelles, 4*^20; — 20 ancres avec leurs câbles, 85^11 ; — 1 fouenne, 10^63 ; — 2 jeux de voiles, 100^38. — Total, 2,710^58.
4" Outils pour filer le clianvre et le lin, servant à la fabrication des engins de pêche.
— 2 rouets, 31^78.
5° Outils pour la fenaison. — 2 gaffes, 7^ 60; — 2 faux, 6^ 38 ; — 6 fourches, 12' 76; •— cordes et grappins, 21^28; — 4 paires de tinets, 8^51. — Total, 50' 59.
6*» Ustensiles pour le blanchissage. — 2 grands cuviers, lO'OO; —2 petits cuviers, Cf 00;— 1 boîte à savon, 1^00. — Total, 17^00.
Valeur totale des propriétés 18,703^ J7
SUBVENTIONS
La famille ne reçoit aucune subvention de la paroisse, mais elle prend part aux productions spontanées de poisson que la mer offre avec une extrême abondance (i6, a).
Les Markois, sinon pauvres, du moins peu aisés, profitent de la faculté d'employer le médecin de la commune sans lui payer d'honoraires, et d'envoyer gratuitement leurs enfants à l'école municipale.
TRAVAUX ET INDUSTRIES
Travaux de l'ouvrier. — L'ouvrier exerce, pour son propre compte, la profession de pêcheur-côtier. Il entretient et répare lui-même tout ce qui lui est nécessaire pour la pêche, ainsi que le gréement de ses barques. Il jette ses filets avec l'aide de son fils aîné, qui l'accompagne toujours, et il les surveille de temps en temps pendant qu'ils suivent à la traîne. Tous les deux jours, il interrompt la pêche pour en aller vendre le produit au marché le plus voisin. En temps de calme ou d'orage, et tant que le Zuyderzée est couvert de glace, l'ouvrier reste à la maison et s'occupe, soit à réparer les vieux filets ou à en. faire de neufs, soit à lire la Bible ou des livres d'histoire et de géographie.
L'ouvrier emploie quelques journées à diverses sortes de transports; et, dans le temps de la fenaison, il transporte et met en vente, sur le Continent, les foins récoltés sur sa prairie.
Travaux de la femme. — La femme consacre la plus grande partie de son temps aux soins du ménage. Elle prépare
les repas, tient la maison avec une extrême propreté, blanchit et répare le linge de la famille, confectionne et entretient les effets d'habillement. Elle travaille avec sa fille à la fenaison, file le chanvre pour faire les filets, et aide deux fois par an au nettoyage des barques.
Travaux du fils aîné. — Le fils aîné aide son père à bord des barques de pêche, et fait exactement le même travail que lui. A l'époque de la fenaison, il transporte les foins avec le bateau destiné à ce service.
Travaux du deuxième fils. — Le deuxième fils, qui donne ses salaires à son père, sert en qualité de matelot, sur un Botter (i), pour la pêche du hareng, depuis le mois de novembre jusqu'au mois de mai. Pendant deux autres mois environ, il est employé sur une barque de pêcheur-côtier en qualité de domestique ou d'aide. Le reste de l'année, il travaille dans sa famille à la confection et à l'entretien des engins de pêche.
Travaux du troisième fils. — Le troisième fils, qui donne aussi ses salaires à son père, sert en qualité de mousse ou de marmiton sur un Botter, depuis le mois de juin jusqu'au mois de novembre. Il travaille environ deux mois comme domestique à bord d'une barque, et, comme son frère, il passe le reste de l'année dans sa famille à s'occuper de la confection et de l'entretien des engins de pêche.
Travaux de la fille aînée. — La fille aînée sert de domestique à sa mère, et l'aide dans les travaux du ménage les plus pénibles ; elle se consacre spécialement au blanchissage et à la réparation du linge, à la confection et à l'entretien des vêtements, au filage du chanvre pour les filets de pêche, au nettoyage des barques et aux travaux de la fenaison. Quelquefois elle est appelée comme garde d'accouchée (23) hors de chez elle; et la mère fait alors l'ouvrage de la maison avec l'aide de la fillo cadette, bien que celle-ci aille encore à l'école.
218 cil. V. — PÈCHEUR-CÔTIER DE MARKEN.
Industries entreprises par la famille. — Les industries entreprises par le chef de famille et par ses fils consistent, en outre de la pêche, dans le transport des foins, des provisions de ménage et des outils de pêche de la famille ou des pêcheurs étrangers. Les femmes s'emploient à la récolte des foins, filent le chanvre pour les filets, blanchissent le linge, confectionnent et entretiennent les vêtements.
mode d'existence de la famille,
ALIMENTS ET REPAS
La nourriture de la famille est assez abondante, quoique réglée avec une sage économie ; et elle présente une grande régularité. Cependant, quand la pêche a été mauvaise, on mange plus de pain de seigle que de pain de froment. Au contraire, quand la pêche a été bonne, on prend, le dimanche, en famille, une tasse de thé avec du sucre et du lait, ou bien un petit pot de bière avec du pain; c'est un régal qui ne revient pas à plus de 2 francs.
Les membres de la famille qui vont à la pêche ne sont à la maison que le dimanche; les autres jours, le père et le fils aîné mangent à bord de leur barque.
Là, ils ne consomment d'aliments chauds que deux fois par jour ; mais, chaque fois qu'ils lèvent les filets, ils prennent du café avec du pain de seigle et du beurre ou du fromage. Les deux autres fils sont nourris par les patrons qui les emploient.
Les membres de la famille qui restent à la maison font par jour six repas :
1° Vers six heures et demie, le premier café^ préparé par la fille aînée, et que la mère prend dans son lit.
2" A huit heures, le déjeuner : café avec du pain de seigle ou de froment, et du fromage.
Après ce repas, on lit quelques passages de la Bible, et chacun se rend à son travail.
S"" A midi, le deuxième caféj, avec du pain, du poisson salé ou fumé, du beurre ou du fromage.
fi'' A quatre heures, le dîner : poisson, viande ou lard, avec des pommes de terre, des pois, ou des fèves. Le dimanche, on a généralement deux plais de légumes, très-rarement de la soupe.
5° A sept heures, le goûter : pain de seigle avec du beurre ou du fromage, et du café.
6° A dix heures, le souper : pain de seigle ou de froment, ou biscuits, poisson sec ou fumé, avec du café.
Si, entre les repas, les enfants demandent un morceau de pain, on ne le leur refuse jamais.
Les dimanches et les jours de fête, on modifie les heures des repas, de manière à pouvoir assister aux offices ; le dîner est servi alors à une heure, et l'on goûte avec du thé sucré, en revenant du temple.
Si le Markois ne se porte jamais à l'excès des liqueurs fortes, en revanche, l'usage du café est très-répandu parmi la population de l'île. Avez-vous pris votre café? se dit-on en s' abordant. C'est la première politesse que l'on se fait, la première demande que Ton s'adresse quand on se rencontre ou quand on fait une visite.
HABITATION, MOBILIER ET VÊTEMENTS
La maison se compose d'un rez-de-chaussée formé de deux pièces principales; l'une est la chambre commune, et l'autre le salon.
Dans la première, qui est précédée, à l'entrée, d'un petit vestibule, on couche, on fait la cuisine et l'on se tient continuellement. Cette chambre n'a pas de plafond, et on place sur la charpenle du toit les instruments de pèche et les cordages dont
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on ne se sert pas, et que conserve la fumée qui se répand dans la chambre. Le foyer se compose d'une plaque de fer d'un mètre carré, placée sur un petit massif de 20 centimètres, construit en brique non loin de la fenêtre.
Malgré la fumée qui règne assez Souvent dans cette chambre, par suite de l'usage de la tourbe ou du bois vert, les murailles, en partie cachées par différents objets, et particulièrement par de la vaisselle, sont d'une assez grande blancheur, grâce aux soins de la mère de famille et de sa fille aînée, qui les lavent et les blanchissent à l'eau de chaux trois fois par an. Deux rangs de planches, en forme d'étagères, régnent autour de la chambre. Sur le premier sont de petits barils où se tiennent les provisions en grains, farines et légumes secs, et diverses boîtes de ferblanc contenant les épices, le thé, le café, etc.; sur le second rang se trouve la vaisselle.
Dans le mur, faisant face à la fenêtre principale, sont pratiquées deux alcôves entre lesquelles est accrochée l'horloge. Elles sont fermées par des rideaux soigneusement drapés et relevés par de grandes rosettes. Elles contiennent deux lits dont un de parade; celui-ci, qui ne sert qu'en cas de nécessité absolue, est couvert d'une grande quantité de coussins enfermés dans des taies de toile fine brodée de soie noire.
Les lits sont si élevés qu'il faut un marchepied pour y monter. Ils sont disposés en hauteur, de manière à former deux étages ; les enfants couchent dans les deux lits de l'étage inférieur, et les parents dans l'un de ceux de l'étage supérieur.
Au contraire, les chaises et les tables sont très-basses, et les Markois disent qu'elles sont ainsi construites pour leur permettre de mieux se chauffer,
La seconde pièce est le salon, où l'on ne se réunit presque jamais; elle est plafonnée, et renferme les plus beaux meubles. La femme de l'ouvrier y tient une sorte d'exposition permanente de tout ce qui ne sert pas journellement. On y remarque des armoires de vieux chêne dont les panneaux sont rehaussés de moulures ou représentent des sujets religieux, une armoire à portes vitrées, un buffet-dressoir de chêne travaillé avec art, des
chaises et autres meubles sculptés; des chaufferettes, dont une, qui date de 1760, est marquée des initiales de la famille; des porte-montre, des sabots, etc., puis certains objets d'argent servant pour la parure ou pour le service de la table. Plusieurs petits coffrets de différentes grandeurs sont placés sur le buffet les uns au-dessus des autres, et séparés par de petites serviettes blanches brodées de soie noire aux quatre coins. Dans cette pièce, on voit aussi une assez grande quantité de vaisselle de luxe qui est tenue, comme tout le reste, avec la plus grande propreté.
Les mœurs et les coutumes des habitants de l'île de Marken offrent, au sujet du mobilier et des vêtements, quelques particularités remarquables qu'il est intéressant de signaler.
Les meubles principaux que l'on trouve dans les maisons des pêcheurs aisés se distinguent par leur cachet d'antiquité, et sont entretenus par eux avec un soin religieux. La majeure partie de ces meubles date du xvii^ siècle ; ils sont généralement fabriqués en bois de chêne et solidement construits ; leur couleur foncée atteste leur ancienne origine. Ils sont ordinairement chargés de sculptures d'un travail quelquefois très-habile, et représentant presque toujours des sujets de l'Histoire sainte, sujets de prédilection pour les Markois, et qui donnent aux meubles une valeur plus considérable que tout autre travail.
Les Markois ont aussi de petits objets de bois de chêne ou de bois peint dont la valeur augmente à mesure qu'ils vieillissent, et que Ton conserve soigneusement de génération en génération.
Parmi la vaisselle, on voit souvent des plats de cuivre ciselés, très-rares, qui, par leur dimension, leur antiquité et le caractère religieux des sujets, ont aussi une grande valeur.
Les objets de toilette sont très-variés ; ceux des femmes rappellent les anciens costumes hollandais du xvii* siècle. A quelques exceptions près, on peut dire que les caprices de la mode n'ont rien changé à la nationalité du costume. Indépendamment des vêtements de travail d'été et d'hiver, il y a des habits spéciaux pour les foires, les noces, les baptêmes et les funérailles.
En outre, il y a un vêtement de noces qui ne se met que le
222 en. V. ~ PECIIEUR-COTIER DE MARKEN.
jour du mariage, et qui se compose : pour le fiancé, d'un court pourpoint et d'une culotte de drap noir, de bas de soie noire et de hauts souliers à boucle d'argent; et, pour la jeune fille, d'un bonnet de toile de Cambrai, en forme de mitre, d'un surtout étroit de drap noir, d'un tablier noir, de bas de soie noire et de souliers à boucle d'argent. Ces habits sont très-rares, et aujourd'hui on n'en compte que six de complets dans l'île. Ils datent du xvi^ siècle, et sont d'origine espagnole. On en trouve encore aujourd'hui de semblables dans les environs de Gordoue. Les pêcheurs qui les possèdent les conservent très-soigneusement et les prêtent aux jeunes mariés.
- ' Les Markois sont très-attachés aux choses surannées ; ainsi, sans qu'on puisse trop s'en rendre compte, leurs habits augmentent de valeur en vieillissant, ce qui doit être un vrai stimulant pour les conserver. Les auteurs de cette monographie ont vu, dans une vente publique, un petit mouchoir de cou de 25 centimètres carrés se vendre 8 francs ; un pantalon de drap, vieux, mais bien conservé, 70 francs ; une paire de fausses manches de drap bleu, 18 francs ; une petite jupe d'écarlate, 84 francs.
En ce qui concerne les bijoux, les Markois préfèrent l'argent à l'or. Les femmes ne mettent ni colliers ni boucles d'oreilles, mais les jeunes enfants des deux sexes ont une pièce d'argent ou une médaille suspendue autour du cou par un ruban ou une chaîne d'argent, et portent des bracelets de corail ou d'argent. Cet usage, de la plus haute antiquité, se retrouve chez divers peuples sous la forme d'amulettes destinés à préserver de maladies ou du mauvais œil.
La valeur du mobilier et des vêtements de la famille peut être établie de la manière suivante :
Meubles : simples, solides et bien entretenus... 1,751^ 00
1° Lits. — 4 bois de lit, 4 paillasses, 8 oreillers de plume, 8 couvertures de laine et 4 de coton ouatées, 600^00.
2" Meubles de la chambre commune. — 1 armoire antique de bois de chêne, ornée de sculptures, 100^00; — 1 armoire avec peintures représentant des sujets de l'Histoire sainte, 00^00; — 1 table de bois de chêne, 15^00;— 8 chaises, 16^00; — 2 miroirs, 8^00; — 1 horloge, 24^00; — 1 caisse de bois de chêne, 20^00; — 8 tonneaux de bois de chêne, 16^00; — 8 boîtes de fer-blanc. 28^00. — Total, 287^00.
3° Mobilier du salon. — 1 armoire antique do bois de chêne, ornée de sculptures, 400^" 00; — 1 armoire avec peintures représentant des sujets de l'Histoire sainte, IIO'^OO;
— 1 armoire à portes vitrées, 10^00 ; — 1 buffet de bois de chêne, orné de sculptures, 50^00; — 1 table de bois de chêne, 20^00; — 6 chaises, 12^00; — 20 tableaux, 40^00; — 2 miroirs, 10^00; — vaisselle de cuivre et de porcelaine, étalée dans cette pièce, 200^00.— Total, 852^00.
4" Objets relatifs au culte domestique. — 12 tableaux représentant des sujets religieux, 12^00; — 4 Bibles avec garnitures d'argent (mémoire). — Total, 12'^ 00.
Linge de ménage : tissé avec du lin, ou avec du coton, ou avec un mélange des deux matières; entretenu proprement et avec soin 279^ 00
24 draps de lit, lOS^OO; — 4 nappes, 16^00; — 18 serviettes de toile, 18^00; — petites serviettes de toile, 12^00; —torchons et autre linge, 35"^ 00; —rideaux de lits et de fenêtres, 30^00. — Total, 279^00.
Ustensiles o o o . » . 168^ 00
l» Dépendant du foyer. —4 crémaillères, 2*" 00; — 2 chenets, 4f 00; — 1 pelle, 1^00;
— 2 paires de pincettes, 6^00; — 2 soufflets, 2^00; — 1 trépied, 2^00; — 1 caisse à tourbe, 2^00. — Total, 19^00.
2° Employés pour la préparation et la consommation des aliments. — 1 pot de fer, 5^00; — 2 poêles à frire, 4*" OU; — 3 chaudrons de cuivre, 24^00 ; — 2 casseroles de cuivre, 10^00; — 18 assiettes de terre cuite, 6'' 00; — G écuelles de bois, C^OO; — G plats de terre cuite, 12''00; — 18 tasses à café avec soucoupes, 9^00; — 1 sucrier de porcelaine anglaise, 4'' 00; — 12 cuillers d'étain, 4^00; — 12 fourchettes de fer battu, 2^00; — G couteaux, 6^ 00 ; — 6 bouteilles, 1^00; — 10 verres, 4^00; —4 seaux cerclé de fer, 16^00. — Total, 113^00.
3° Employés pour Véclairage. — 2 lampes à huile, G^OO; — 2 chandeliers de cuivre, 10^00; — 1 martinet, 3^00; — 1 éteignoir, 1 binet, 1 boîte de cuivre pour les allumettes, 3^00; —1 paire de mouchettes, 1^00. — Total, 23^00.
4° Employés pour les soins de propreté. — 2 houssoirs, 1 balai de jonc, 1 morceau de peau de chamois, 2 brosses, 7f 00.
5° Employés pour usages divers. — 2 paniers d'osier, 2^00; — 4 paniers pour le transport de la tourbe, 4^00. — Total, G'' 00.
Vêtements, y compris les bijoux; ces derniers servent à plusieurs générations 5,556^ 00
VÊTEMENTS DE l'oLVRIER (1,084^00).
1° Vêtements des jours de fête, tels que la Pentecôte, Pâques, etc. — 1 surtout de drap noir, 40^00; — 2 paires de manches de drap bleu, 25^00; — 1 pourpoint de laine brune, 30^00; — 1 culotte de drap noir, SO'^OO; — 2 culottes brunes, 74^00; — 2 camisoles écarlates, 50' 00; — 2 camisoles de drap gris, 42'' 00; — 2 camisoles de toile blanche, 12*" 00; — 4 chemises de toile blanche à collets brodés, 32^00; — 4 cravates de toile rouge, 12^00; —1 chapeau noir, 10^00; — 1 paire de souliers, 8 •" 00; — 2 paires de sabots sculptés, 4^00. — Total, 389^00.
2° Vêlements de travail (les plus neufs servent pour le dimanche). — 2 surtouts de peluche, 28*^00; — 2 manteaux do toile imperméable, IS'^OO; — 2 culottes de toile
imperméable, 14^00; — 4 culottes de laine, 48^00; — 2 culottes de toile grise, 6^00;
— 4 paires de manches de cuir, 15^00; — 3 paires de manches de laine, 10^00; — 1 tablier de cuir, 14^00; — 4 camisoles de laine, 34^00; — 6 chemises de coton, 24' 00;
— 6 chemises de toile, 30^00; — 6 chemises de laine, 48^00; — 4 chemises de toile grise, 12^00; — 12 paires de bas de laine, 36^00; — 4 caleçons de coton, 8' 00; — 3 cravates de laine, 2^00; — 6 cravates de coton, 5^00; — 2 paires de gants de laine, 2f00; — 2 chapeaux, 5^00 ; — 2 capuchons, 5^00 ; — 2 bonnets de laine pour la nuit, 4f00; — 2 paires de pantoufles de cuir, 10^00; — 2 paires de souliers, 12^00; — 3 paires de sabots, 3^00; — 2 paires de bottes, 22^00. — Total, 412^00.
3° Bijoux. — 1 montre d'argent avec la chaîne de même métal, 60^00; — 2 boutons d'or pour chemise, 40^00; — 2 boutons d'argent pour chemise, 14^00; — 24 boutons d'argent pour camisole, 50^00; — 2 crochetons d'argent, avec chaîne de même métal, pour chemise, 12^00; — 2 crochetons d'or pour la cravate, 6^00; — 2 crochetons d'argent, 6' 00 ; — 2 boucles d'oreilles d'or, 8' 00 ; — 2 anneaux d'argent pour mouchoir, 5^00; — 2 boucles d'argent pour souliers, 10^00; — 1 Bible avec garniture d'argent, SO'^OO; — 1 pipe d'argent pour fumer le cigare, 3*00; — 1 pipe de porcelaine, 1^00; — 1 couvercle de pipe d'argent, 2^00; — 1 cure-pipe d'argent, 3^00; — 1 boîte de cuivre pour le tabac, 2' 00 ; — 1 couteau à manche d'argent, 1 cuiller et 1 fourchette d'argent, dont on ne se sert que dans les grandes solennités, 25' 00. — Total, 283' 00.
lo Vêtements des jours de fête, tels que la Pentecôte, Pâques, etc. — 2 corsages de soie brune et violette, brodés de soie, 66' 00 ; — 2 vestes écarlates, avec dos de soie brune et ornées de velours noir, 52*00; — 2 pièces d'estomac, de couleur écarlate, ornées de rubans jaunes, 6'00; — 2 surtouts de mérinos noir, 24' 00; — 2 jupes de laine bleue, 30' 00; — 2 jupes de laine rouge, 24' 00 ; — 18 camisoles de coton, 56' 00;
— 1 tablier de soie noire, 10' 00; — 2 tabliers de toile blanche, 8' 00; — 6 caleçons de coton bleu, 18' 00; — 6 chemises de toile à cols brodés, 36' 00; — 6 mouchoirs de cou brodés, 12' 00; — 6 mouchoirs de poche de coton rouge, 6'00 ; — 8 paires de bas de laine de couleur, 26' 00; — 4 bonnets de toile fine de Cambrai, ornés de dentelles, 20' 00; — 6 bonnets de dessous, de toile, 6' 00; —2 paires de sabots sculptés, 2' 00; —1 paire de souliers, 6' 00. — Total, 408' 00.
2° Vêtements de travail (les plus neufs servent le dimanche). — 3 surtouts de mérinos noir, 44' 00; — 6 surtouts de laine rouge, 28'00; — 3 surtouts de toile grise, 25'00; — 2 pourpoints de laine noire, 8' 00; — 6 camisoles de coton de couleur, 18' 00;
— 2 camisoles de laine rouge, 20' 00; — 6 pièces d'estomac de laine rouge, 6' 00; — 24 pièces d'estomac, de coton, 8' 00 ; — 4 tabliers de toile grise, 12' 00 ; — 4 tabliers de toile bleue, 12' 00; — 2 tabliers de toile blanche, 8' 00; — 2 tabliers de laine noire, 20'00; — 6 paires de bouts démanches, de laine bleue, 18' 00; — 2 cravates de laine, 4' 00;
— 2 corsages brodés, 36' 00; — 6 chemises de toile blanche, 24' 00 ; — 6 caleçons de coton bleu, 18' 00; — 6 mouchoirs de coton rouge, 8' 00; — 6 mouchoirs de poche, de coton, 5' 00; — 12 paires de bas de laine blanche, 30' 00; — 12 paires de bas de laine de couleur, 32' 00; — 4 paires de chaussons de laine bleue, lO'OO; — 12 bonnets de toile de Cambrai, 12'00; — 18 bonnets de dessous, 6' 00; — 3 paires de sabots, 3' 00;
— 2 paires de pantoufles, 8'00; — 1 paire de souliers, 6' 00. — Total, 429' 00.
3*' Bijoux. — 1 Bible avec ornements d'argent, 40' 00; — 2 crochets d'or pour le bonnet lO'OO; — 2 crochets d'argent, 6' 00; — 2 crochets d'or pour le mouchoir de cou, 10' 00; — 4 crochets d'argent, 16' 00; —6 bagues d'argent, 18'00; —1 aiguillier d'argent, 4' 00; — 1 flacon d'argent, 8' 00; — 1 paire de ciseaux et chaîne d'argent, 12' 00; — 1 chaîne d'argent, 6' 00 ; — 1 fermoir de bourse, d'argent, 6' 00 ; — 1 cou-
teau d'argent, 10^00; — 1 dé d'argent, S^'OO; — 1 couteau à manche d'argent, 1 cuiller et 1 fourchette d'argent, 25^00. — Total, 173' 00.
VÊTEMENTS DU FILS AÎNÉ, exactement semblables à ceux du père de famille, et, par conséquent, de môme valeur (1,084^00).
l» Vêtements de fêtes, 389' 00.
2° Vêtements de travail, 412^00.
3° Bijoux, 283^00.
VÊTEMENTS DU DEUXIÈME piLS, exactement semblable à ceux du père et du frère aîné, et, par conséquent, de même valeur (1,084'"00).
1° Vêtements de fêtes, 389' 00.
^'^ Vêtements de travail, U^^ 00.
3° fiy otMî, 283' 00.
VÊTEMENTS DU TROISIÈME FILS, les plus ueufs servcut pour les dimanches (148' 00).
1° Vêtements de travail. — 1 surtout de peluche, 12'00; — 2 pourpoints de laine, 10' 00; — 2 culottes de laine, 9' 00; — 1 manteau de toile imperméable, 5'00; — 1 culotte de toile imperméable, 3' 00 ; — 4 chemises de toile blanche, 12' 00; — 3 camisoles de coton bleu, 6' 00; — 3 mouchoirs de poche, 3' 00; — 3 caleçons de coton bleu, C'OO ; — 3 caleçons de laine, 10' 00; — 6 paires de bas de laine, lO'OO ; — 2 cravates de laine, 2' 00; — 3 cravates de coton rouge, 3' 00; — 2 paires de gants, 2' 00 ;
— 2 bonnets, 2' 00; — 1 capuchon, 2' 00 ; — 2 bonnets de laine pour la nuit, 3'00 ;
— 2 paires de souliers, 9' 00; — 2 paires de sabots, 2' 00. — Total, 111' 00.
i° Bijoux. — 2 boutons d'argent pour la chemise, 12' 00; — 1 bague d'argent pour la cravate, 2' 00 ; — 1 paire de boucles d'oreilles d'or, 9' 00 ; — 1 crochet d'argent, 3*^00; — 2 boucles de souliers d'argent, 8' 00 ; — 1 pipe pour fumer des cigares, 3' 00.
— Total, 37' 00.
VÊTEMENTS DE LA FILLE AÎNÉE, exactement semblables à ceux de la mère de famille, et par conséquent de môme valeur (1,010' 00).
i'' Vêtements de fêtes, iOS' 00.
2'' Vêtements de travail, ^20^ 00.
3'^ Bijoux, 173' 00.
VÊTEMENTS DE LA SECONDE FILLE, les plus ncufs servcut pour Ics dimanchcs (130' 00).
i° Vêtements de travail. — 2 surtouts de mérinos noir, 8' 00; — 2 corsages de laine de couleur, 10' 00; — 2 pourpoints de laine noire, 6' 00; — G pièces d'estomac, 3'00; — 1 jupe de laine rouge, 6'00 ; — 2 jupons de laine bleue, 14'00; —2 tabliers de laine, 8' 00; — 3 tabliers de toile grise, 6' 00; — 6 camisoles de coton, 12' 00; —
3 caleçons de coton, O'OO; — 4 mouchoirs de coton rouge pour le cou, 3' 00 ; — 4 mouchoirs de poche, de coton rouge, 3'00 ; — 4 paires de bas de laine bleue, 8'00 ; —
4 paires de bas de laine blanche, 5' 00; — 2 cravates de laine, 2'00; — 1 paire de gants, l'OO; — 4 bonnets de toile de Cambrai, 2' 00 ; — 2 paires de chaussons, 3'00;
— 2 paires do pantoufles, 4' 00; — 2 paires de sabots, l'OO; — 1 paire de souliers, 4'00. - Total, 115'00.
2P Bijoux. - 1 crocheton d'argent pour le bonnet, 3' 00; — 2 crochetons d'ar- 111. 15
gent pour la cravate, 5^00 ; — 2 crochetons d'argent pour le mouchoir de cou, 3^00; — 1 bague d'argent, 2^00; — 2 boucles de souliers, d'argent, 8^00. — Total, 21^00.
Valeur totale du mobilier et des vêtements. 7,754' 00
RÉCRÉATIONS
Quoique ce ne soit pas, à vrai dire, une récréation, on peut citer comme telle la joie qui règne dans la famille de l'ouvrier, le samedi soir, quand il revient au port. On va k sa rencontre; et tout le monde lui fait bon accueil; on l'accompagne au logis, en emportant les objets qui ne doivent pas rester à bord de la barque. La femme prépare le café, et, si la pêche a été bonne, elle offre aux pêcheurs du pain de froment et de la bière. On cause, ou bien on va faire visite à un parent ou à un voisin.
Le dimanche toute la famille se promène autour de l'île. Elle va voir, à la Pentecôte, la foire qui se tient dans un des quartiers de l'île, et, à d'autres époques fixes, celles d'Amsterdam et de Monnickendam. Quelquefois le pêcheur, accompagné de sa famille, assiste aux courses de bateaux sur l'Y d'Amsterdam. Suivant une propension commune dans le pays (22), il prend habituellement des billets de loteries.
Les Markois sont en général très-sobres, et leurs récréations diffèrent peu de celles que lîous venons de décrire. Tous fument ou chiquent. Le tabac à priser est inconnu dans l'île, mais le tabac à fumer y est tellement répandu que les enfants même en font usage.
Histoire de la famille.
PHASES PRINCIPALES DE l'eXISTENCE.
L'ouvrier et sa femme sont nés dans l'île de Marken ; leurs parents étaient pêcheurs. Jan X**^, après avoir quitté l'école à
12 ans, aida son père jusqu'à l'âge de 25 ans. Il avait fait depuis longtemps la connaissance de Maria ; il lui avait été uni par des fiançailles. Tous deux économes, ils avaient su épargner et avaient les moyens de se mettre en ménage. De part et d'autre, les parents s'occupèrent de procurer au jeune homme une barque et des instruments de pêche. La moitié de ces objets lui fut donnée, et il obtint l'autre moitié à crédit. Jan se mit à travailler avec ardeur; et il avait réussi, au bout de sept ans, à éteindre sa dette. Une partie de la maison habitée par la famille fut acquise à l'ouvrier par héritage; le reste fut payé avec le fruit de ses épargnes.
Tant que les enfants ont été jeunes, la famille n'a pas été dans l'aisance. Dès qu'ils ont été assez grands pour aider leur père, le bien-être a été en croissant; et il augmente aujourd'hui grâce au salaire qui est apporté à l'ouvrier par ses trois fils.
MŒURS ET INSTITUTIONS ASSURANT LE BIEN-ÊTRE PHYSIQUE ET MORAL DE LA FAMILLE.
Jan X*** a su, par son activité, sa bonne conduite et son goût pour l'épargne, acquérir une position indépendante. De son côté, sa femme a contribué à la prospérité de la famille ; elle a donné aux enfants une éducation convenable et des principes d'économie auxquels elle a joint l'exemple d'une vie active et laborieuse.
Jusqu'à ce jour, aucune société de secours mutuels ne s'est organisée dans l'île de Marken ; mais une société de ce genre, dont le siège est à Ryp, a réussi à faire entrer dans son sein quatre chefs de famille.
Tout semble présager que la famille X*** deviendra une des plus aisées de la classe à laquelle elle appartient. Ses économies déjà réalisées en sont un sûr garant ; et son bien-être est assuré par les habitudes morales et religieuses de tous ses membres.
SOURCES DES RECETTES
SECTION I«. Propriétés possédées par la famille.
Art 1er. __ Propriétés immobilières.
Habitation :
Maison
Immeubles ruraux :
Prairies naturelles, 1 hectare
Art. 2. — Valeurs mobilières.
Matériel spécial des travaux et des industries :
Barque (Botter) avec tous ses accessoires pour la pêche du hareng
Petite barque (Kubboot) pour la pêche des anguilles et des anchois
Bateau (Hinnenschuit) pour le transport des foins, des ustensiles de pêche et des provisions de ménage
Engins de pêche
Ustensiles pour le filage du chanvre et du lin
Outils pour l'exploitation de la prairie
Ustensiles pour le blanchissage du linge et des vêtements
Argent :
Somme prêtée à des pêcheurs pour achats de barques ....
— placée sur les fonds publics (dette nationale des Pays-Bas)
Art. 3. — Droits aux allocations de sociétés d'assurances mutuelles.
(La famille ne fait partie d'aucune société de ce genre)
Valeur totale des propriétés
BVALCATION
Approximative
des
sources
de recettes
YAI.BDB
des propriétés.
SECTION II
Subventions reçues par la famille.
Art. l«r, — Propriétés reçues en usufruit.
(La famille ne reçoit aucune propriété en usufruit)
Art. 2. — Droits d'usage sur les propriétés voisines.
(La famille ne jouit d'aucun droit de ce genre) ;
Art. 3. — Allocations d'objets et de services. (r,a famille ne reçoit aucune allocation de ce genre)
RECETTES
SECTION I"
Revenus des propriétés.
Art. 1er, Revenus des propriétés immobilières. Intérêt (3 p. 100) de la valeur de la maison
— — des prairies
Art. 2. — Revenus des valeurs mobilières. Intérêt (4 p. 100) de la valeur de cette Wque
— — de ce bateau
— — de ces engins
— . — de ces ustensiles
— — de ces outils
— — de ces ustensiles
Intérêt (4 p. 100) de cette somme
— (5 p. 100) de cette somme
Art. 8. — Allocations de sociétés d'assurances mutuelles. (La famille ne reçoit aucune allocation de ce genre)
Totaux des revenus des propriétés
SECTION II
Produits des subventions.
Art. 1er. Produits des propriétés reçues en usufruit.
(La famille ne jouit d'aucun revenu de ce genre)
Art. 2. — Produits des droits d'usage.
(La famille ne jouit d'aucun produit de ce genre)
Art. 3. — Objets et services alloués.
(La famille ne jouit d'aucune recette de ce genre)
Totaux des produits des subventions
montant des recettes.
valeur hecettes
des objets
reçus en nature.
CH V. — PECHEUR-COTIER DE MABKEN.
SOURCES DES RECETTES (SUITE)
DÉSIGNATION DES TRAVAUX ET DB l'emploi DU TEMPS.
SECTION III
Travaux exécutés par la famille.
(Au compte de la famille) :
Travaux de pêche sur les côtes maritimes
Confection et entretien des filets et des engins de pêche
Réparation et nettoyage des barques de pêche
Travaux de ménage : préparation des aliments, soins donnés aux enfants, soins de propreté concernant l'habitation et le mobilier
Travaux de fenaison . .
Transport par eau du foin et des provisions de ménage
Confection et entretien des vêtements
Blanchissage du linge
(Au compte de divers) :
Transport par eau d'outils de pêcheurs étrangers
père
de
famille
QUANirrÉ DE TRAVAIL EFFECTUÉ
jonrnées
Travaux de pêche au compte de divers patrons
Services de mousse ou de marmiton à bord d'une barque de pêcheur de harengs
Services rendus comme domestique à bord d'une barque de \ pêcheur-côtier
Services rendus comme garde de femme accouchée (23)
Totaux des journées de tous les membres de la famille.
mère
de famille
journées
aîné
jonrnées
journées
Ûls
journées
fille aînée
journées
SECTION IV
Industries entreprises par la famille
(à son propre compte).
Pêche sur les côtes maritimes
Transports par eau de foins, d'engins de pêche et de provisions de ménage .
Confection et entretien des engins de pêche
Exploitation de la prairie
Confection et entretien des vêtements
Blanchissage du linge,
RECETTES (SUITE)