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lesquels on distingue beaucoup de communions religieuses. La majorité est formée par les protestants, dits « réformés », par ceux qui, malgré diverses nuances, se rapprochent des presbytériens écossais et des calvinistes genevois ou français. Le surplus se compose surtout de catholiques.
Les Néerlandais conservent en partie les trois grandes causes de prospérité des peuples du Nord : ils jouissent en abondance des productions spontanées; ils obéissent au Décalogue éternel ; et ils respectent l'autorité du père de famille. Le saumon remonte, au printemps, en quantités considérables, les nombreux cours d'eau qui débouchent à la mer ; et il laisse dans le pays une riche récolte. Une population douée de qualités morales fort ém inentes, établie sur les rives du Zuyderzée et des autres golfes, sur le littoral du Continent et sur les îles qui y confinent, exploite avec de grands profits une surface de pêche équivalente à un million d'hectares. Au milieu d'une grande variété de poissons, on place au premier rang les anchois pendant l'été et les harengs pendant l'hiver. En dehors de cette surface de pêche qui leur est spécialement réservée, les Néerlandais vont pêcher le hareng sur la côte orientale de l'Angleterre, la morue sur la branche septentrionale duGulf-stream, la baleine et divers cétacés dans les mers arctiques.
Les plaines de sables erratiques de la Néerlande, quoique très -analogues par l'origine à la plaine saxonne, lui sont aujourd'hui fort supérieures en qualité. Les sables inondés, enrichis par le colmatage pendant une longue suite de siècles, constituent, depuis qu'ils ont été émergés par l'art, une excellente terre arable. Les sables voisins du littoral, qui continuent à recevoir les matières fécondantes amenées par le Rhin, la Meuse, l'Escaut et plusieurs petites rivières, forment des prairies très-aptes à élever les chevaux ou le bétail, et à produire le beurre ou le fromage. Dans l'état actuel des choses, l'unité de surface se subdivise à peu près ainsi qu'il suit : prairies, 4 dixièmes; terre arable, 3 dixièmes; bois, friches, chemins, surfaces d'eau, 3 dixièmes.
La Néerlande n'a point, comme les autres pays du Nord, les abondantes récoltes tirées des friches et des forêts; mais elle
a une large compensation dans la production annuelle d'un sol très-fertile. Beaucoup d'ingénieurs ont pour profession d'augmenter l'étendue des territoires, soit en comblant ou en desséchant les lacs et les marais, soit surtout en conquérant sur la mer de nouvelles prairies par l'industrie des Polders,
Chaque année la surface des terres fertiles s'accroît ainsi de quelques milliers d'hectares. Dans le voisinage d'Amsterdam, par exemple, le dessèchement de l'ancien lac de Harlem, achevé en 1850, après dix années de travaux persévérants, a livré à l'agriculture 18,000 hectares qui ont été vendus chacun au prix moyen de 1000 francs. Depuis que cet immense travail est achevé, l'esprit d'entreprise se dirige, dans la même région, vers un nouveau projet qui ouvrirait à Amsterdam une communication directe avec la mer du Nord, dessécherait ou comblerait le golfe appelé « l'Y » et livrerait à l'agriculture au moins 5,000 hectares de terres excellentes.
Les succès obtenus dans ces travaux de dessèchement semblent autoriser les plus vastes entreprises : c'est ainsi que l'on a déjà songé à conquérir sur la mer la surface entière du Zuyderzée, dès qu'Amsterdam sera mis en communication directe avec la mer du Nord. Pour l'exécution de ce vaste projet, on rétablirait d'abord la digue naturelle qui, jusqu'à la fin du XIII'' siècle, conserva à cette surface d'eau le caractère d'un lac intérieur. Ainsi restauré, le lac serait ensuite desséché, soit en partie, soit en totalité; et, dans ce dernier cas, une douzième province serait conquise à la Néerlande. En tous temps, d'ailleurs, les petits travaux de dessèchement sont poursuivis sur beaucoup de points du territoire; et l'art des Polders affermit ou étend sans cesse le sol au moyen des remblais fournis par les alluvions fluviales. La Néerlande peut donc être assimilée au Delta du Nil pour sa fertilité inépuisable; elle doit être classée parmi les régions qui sont le plus favorisées par l'action des forces libres de la nature.
La Néerlande obtient ainsi, par des moyens plus légitimes que la conquête armée, les progrès matériels que nos contemporains tiennent en si grande estime. Elle n'exploite point le ter-
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rain houiller qui, selon toute apparence, existe sous les terrains secondaires au midi de son territoire ; mais elle reçoit à bas prix les houilles extraites des bassins de la Belgique et de l'Angleterre. Elle est donc, comme ces deux pays, en situation de développer journellement ses entreprises manufacturières, commerciales et maritimes. Sous ces influences, les richesses accumulées et les cultures intellectuelles ont singulièrement grandi ; mais la vraie prospérité s'est amoindrie. L'union et le patriotisme se sont affaiblis, quoique la nécessité en soit plus grande que jamais, bien que la nation soit moins apte qu'elle ne Tétait au temps de Guillaume d'Orange et de Ruyter à résister aux agressions injustes du dehors. Cette décadence est due à l'ébranlement de l'ordre moral. Les riches se laissent envahir par l'oisiveté, par le luxe, par les appétits sensuels; et ils perdent ainsi, dans le milieu qui les entoure, l'ascendant social dû aux qualités qui ont créé leur fortune. Les lettrés voués à l'étude des sciences naturelles s'enorgueillissent de leurs succès; et, quoiqu'ils ignorent la science des sociétés humaines, ils se croient capables d'en dicter les lois. Plus présomptueux que le vénérable patriarche signalé au tome précédent (TI, In. 2), moins attachés à la tradition que les vraies Autorités sociales du Nord (m, 1 3), ils croient pouvoir, sans l'aide de Dieu, conduire leur raison, gouverner leur famille et diriger leur voisinage. En Néerlande, comme ailleurs, ces lettrés sont impuissants à conserver le règne de la paix : par l'enseignement de leurs erreurs, ils font plus de mal à la société que les riches par l'exemple de leurs vices.
Cependant, on ne saurait, sans injustice, reprocher à la Néerlande de n'avoir point su garder, au milieu des violences qu'elle a subies, tous les éléments d'une prospérité sans égale. Ainsi, par exemple, ses trois capitales, où abondent les lettrés et les riches, n'adoptent qu'avec une réserve prudente les nouveautés contemporaines : elles suivent, plutôt qu'elles ne secondent, l'impulsion imprimée par Londres et Paris.
L'une des causes qui a le plus faussé les sentiments et abaissé le caractère des Néerlandais est le partage forcé des successions qui fut, au commencement de ce siècle, la plus dure conséquence
de la conquête. Elle a fait beaucoup de mal en amoindrissant l'autorité paternelle et en portant une atteinte grave à l'ordre hiérarchique de la société. Toutefois, ce régime de contrainte n'a point encore, comme en France, désorganisé la famille et la société. Il n'existe point en Néerlande un corps d'ofïiciers publics intéressé à provoquer la discorde et à faire naître des procès entre les cohéritiers. Éclairés par les conseils et souvent par le testament de leur père, ceux-ci s'entendent pour transmettre intégralement les immeubles à l'un d'eux et pour assurer aux autres une part équivalente au moyen des biens mobiliers. Dans ces conditions, certaines familles ne perpétuent pas seulement les traditions morales de la race au foyer des ancêtres. Elles gardent avec respect les images, les tombeaux et les autres objets matériels qui rappellent le souvenir de leurs vertus. Elles tiennent même réunies diverses collections de science et d'art, que disperse ailleurs le partage forcé des successions ; et tel est le cas, par exemple, pour plusieurs galeries de tableaux des vieux maîtres hollandais.
A d'autres égards encore, le partage forcé, édicté en France par la Terreur, n'a point amené, parmi les Néerlandais, les ravages qu'il a causés au pays d'origine. Il n'a point été précédé chez eux, comme chez les Français, par une propagande qui a détruit dans les cœurs le principe de l'ordre social et par des procédés révolutionnaires qui ont violé les droits les plus sacrés. Sur beaucoup de points, les idées, les mœurs et les institutions de la vieille Néerlande sont encore intactes; et c'est à ces restes précieux de son ancienne grandeur que cette race illustre doit l'ascendant moral que lui accorde encore l'opinion des Européens. Parmi ces vieilles coutumes locales de la Néerlande, on doit citer au premier rang celle qui, sous le nom de Beklem-regt, est encore fort répandue parmi les riches domaines ruraux de la Groningue. Dans cette province, comme en Bretagne, le droit de propriété est subdivisé en deux parties complètement indépendantes. Le propriétaire du fond en délègue à perpétuité l'usage à un concessionnaire, moyennant le paiement de deux redevances distinctes : un fermage annuel servi par le concessionnaire ; un droit de mutation exigible lors de l'entrée en jouissance de cha-
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cun de ses successeurs. Le concessionnaire {Beklemde-meyer) , n'est limité dans son droit de jouissance que par l'obligation de payer les redevances et de conserver l'unité dans l'exploitation du domaine. Il le vend ou l'hypothèque, sans l'autorisation du propriétaire; il l'attribue par testament à l'héritier qu'il lui plaît de choisir ; et, dans le cas le plus habituel, il en lègue successivement la jouissance à sa veuve, à un fils ou à un gendre. Si le Beklemde - meyer échoue dans ses entreprises, le domaine est vendu à la requête des créanciers. Le nouvel acquéreur devient concessionnaire ; mais il est d'abord tenu d'acquitter, envers le propriétaire, les redevances arriérées et le droit de mutation.
Ce régime préserve la Groningue de l'instabilité et de l'antagonisme qui commencent à se produire dans les autres districts ruraux de la Néerlande, sous l'influence du partage forcé et des fermages à bail de sept années. Cependant, il est moins propre que celui des régions contiguës de la plaine saxonne (iv, 17) à maintenir les vrais éléments de la prospérité. Les nobles et les paysans de cette plaine n'ont pas les moyens d'accumuler les richesses que les propriétaires et les concessionnaires de la Groningue tirent de leurs domaines fertiles. Ils doivent demander à un travail opiniâtre l'existence sévère que leur impose un sol ingrat; et ils résistent aux vices et aux erreurs qu'engendre en Néerlande l'abus de l'oisiveté et des aberrations intellectuelles. Toutefois, la province de Groningue est, comme la plaine saxonne, exempte du trouble que le partage forcé des héritages jette au sein des populations françaises. Les classes prévoyantes ne limitent pas leur postérité ; et elles se fortifient par l'émigration riche. Les classes imprévoyantes ne tombent point, par le morcellement, à la déplorable condition des propriétaires-indigents; et elles ne subissent pas le fléau de l'émigration pauvre (iv, 19). Comme dans le Lunebourg hanovrien (ni, 17), les localités réussissent très-bien, sans le secours d'aucune contrainte légale, à pourvoir convenablement aux besoins de leurs pauvres. Cependant, pour les autres détails de l'administration communale, notamment en ce qui touche l'assiette des cinq impôts, elles ont à subir le contrôle de l'État.
Ef.ÉMENTS DIVERS DE LA CONSTITUTION SOCIALE. 247
SUR LA VÉGÉTATION ET l' AGRICULTURE DANS l'ÎLE DE MARREN ET SUR LKS ANIMAUX QU'ON Y TROUVE.
En considérant la situation de l'ile de Marken, exposée à tous les vents, sa faible étendue et la composition uniforme de son terrain, on n'est pas étonné que la végétation y soit peu développée et surtout peu variée. A peine compterait-on une dizaine d'arbres ou d'arbustes qui croissent à l'abri de quelques maisons, dont ils ne dépassent jamais le faîte.
Les légumes et les fleurs viennent bien, quand on sait les abriter du vent froid de la mer, ainsi que le prouvent les essais faits depuis quelques années dans le jardin du médecin de Marken. Mais les digues qui entourent l'île n'étant pas assez hautes pour la défendre contre les inondations du Zuyderzée, on ne peut y cultiver les végétaux alimentaires.
Cette même cause empêche les Markois de se livrer à l'agriculture. Sur 225 hectares de terre arable, on n'en cultive que 25; les foins fauchés dans le reste du terrain produisent environ 20,000 francs par an. Si on n'avait pas à craindre les irruptions de la mer, on pourrait entretenir plus de 3,000 brebis sur ces 200 hectares. En comptant chaque brebis à 20 francs, on créerait ainsi un excédant de revenu de 40,000 francs.
Il est regrettable que le Gouvernement n'élève pas la digue de manière à mettre à jamais l'île à l'abri des inondations, et à procurer à ses habitants une nouvelle source de produits. En même temps, ces travaux assureraient la conservation d'une race vigoureuse et de mœurs exemplaires. Il est toujours h craindre que, faute de ce secours, les Markois ne subissent le sort des habitants de Schokland, qui ont été obligés récemment d'abandonner leur île, et qui, ruinés complètement pour la plupart, sont tombés à la charge de l'État et de la charité privée.
Voici la liste des végétaux qui croissent dans l'île de Mar-
cil. V. — PÊCHEUR-CÔTIER DE MARKEN.
ken, et celle des animaux qui vivent sur son sol et dans le bras de mer (le Goudzée) qui la sépare du Continent * :