Amélian Philipovitch, 6« fils
RELIGION ET HABITUDES MORALES
La famille, élevée dans la religion gréco-russe orthodoxe, . apporte à Taccomplissement de ses devoirs religieux, à défaut d'un zèle ardent, toute l'exactitude que la loi impose.
Le principal vice de la population est le défaut de droiture dans les affaires d'intérêt; l'intempérance, moins prononcée qu'autrefois, s'oppose encore à la prospérité de plusieurs familles. La chasteté se maintient assez bien chez les jeunes femmes, moins par le sentiment de l'honneur que par la précocité des mariages et par les bonnes influences de la vie de famille (2). Les habitudes d'émigration, qui sont devenues une nécessité locale, entraînent cependant, sous ce rapport, des conséquences fâcheuses ; on compte dans le village d'Eractour une demi-douzaine d'enfants nés depuis dix ans pendant l'absence prolongée des maris, et qui, après avoir été adoptés par les familles, y trouvent à la fin le même traitement que les enfants légitimes.
Les principales qualités de la population, l'amour de la vie de famille, le respect de l'autorité paternelle, la résignation dans les malheurs et dans les souffrances, la sérénité en présence de la mort, ne sont pas moins développées dans cette localité que dans la majeure partie de la Russie.
L'éducation religieuse est fort négligée dans le bassin de l'Oka, et l'influence du clergé y est peu marquée. Les petits enfants reçoivent parfois la communion dans le premier âge ; mais, dans la majeure partie des familles, cet acte religieux est ensuite interrompu pendant un temps considérable. Beaucoup d'ouvriers éraigrants, privés, dans leur enfance, vu le manque d'églises dans les petits hameaux, de toute instruction touchant la religion, ne reçoivent cette instruction qu'à Saint-Pétersbourg, vers l'âge de 25 ans. Il est digne de remarque, néanmoins, que toutes les familles ont reçu du milieu qui les entoure une vive croyance au bonheur de la vie future et qu'elles pratiquent avec
184 en. V. —- PAYSANS A l'abrok et bateliers émigrants de l'oka.
assiduité dans la maison le culte des saintes images. Ces familles observent fidèlement les 1.16 jours d'abstinence (ii, 22). Elles ne montrent point une grande ferveur pour suivre les exercices de l'église, mais elles s'y rendent avec un certain empressement, quand elles n'en sont pas empêchées par une trop grande distance à franchir, "
Les relations mutuelles des familles d'une même commune sont plus intimes que celles qui régnent dans la plupart des contrées de l'Occident. Le dévouement à l'intérêt commun se manifeste dans une foule de circonstances : chacun accepte avec déférence les décisions que rend le conseil des anciens en fait de police locale ou au sujet des discussions de famille. Les émigrants voient toujours revenir avec joie l'époque du retour au lieu natal. Ceux mêmes qui, à la faveur de qualités exceptionnelles, s'enrichissent dans les villes par l'exercice d'une profession, ne cessent pas d'associer leur famille et la commune à leurs vues d'avenir; ils ne croient pas pouvoir jouir, en dehors de ces liens, de la considération qu'ils ont acquise.
La population est peu disposée à donner l'enseignement scolaire aux enfants; elle considère qu'en leur inculquant des idées qui les élèvent au-dessus du niveau de leurs parents on affaiblit l'autorité du père de famille et l'on compromet la conservation du régime de tradition qui sert de base au système social. Cependant, grâce au zèle de quelques membres du clergé, l'instruction primaire commence à faire quelques progrès sans que que l'utilité en soit fort apparente.
HYGIÈNE ET SERVICE DE SANTÉ
Le climat est sain ; la constitution physique delà majorité des habitants est excellente, et lès exemples de longévité sont nombreux. Les maladies sont traitées, pour la plupart, au moyen de receltes, dont la tradition se transmet dans chaque famille et qui ne chargent le budget domestique d'aucune dépense spéciale. Les soins accordés aux maladies éruptives des enfants sont plus
intelligents que ceux donnés en d'autres parties de la Russie (il, 4). Dans le cas de certaines maladies aiguës, on a recours à l'intervention désintéressée de quelques personnes qui montrent une aptitude particulière pour l'art de guérir et qui se sont fait, sous ce rapport, une réputation dans la contrée. Il existe au moins dans chaque village une matrone chargée du service des accouchements.
RANG DE LA FAMILLE
Les membres de' la famille appartiennent à la classe la plus modeste des agriculteurs et des ouvriers des villes. Mais l'esprit d'association, qui féconde toutes les institutions sociales de la Russie, élève, à plusieurs égards, leur condition au-dessus du niveau où ils seraient placés dans l'Occident. Les trois jeunes ménages, qui restent unis au père de famille sous un régime de cominunauté absolue, y trouvent une force et des ressources qui manqueraient dans le système de l'isolement. La famille tout entière, représentée dans le conseil communal et devant le seigneur par un vieillard expérimenté, jouit d'une considération et d'une influence qui ne seraient point acquises k ses plus jeunes membres. N'ayant de relation avec le seigneur que par l'intermédiaire du conseil communal, disposant exclusivement de ses bras pour ses propres travaux, la famille touche de près à l'indépendance et à un régime de travail sans engagements. Quant au journalier momentanément établi à Saint-Pétersbourg, il n'a jamajs à débattre directement son salaire avec les négociants qui l'emploient. Ce soin est rempli à son grand avantage par les chefs d'une communauté (20) k laquelle il est affilié pendant tout le temps où il est séparé de sa famillle. Celte association est une véritable entreprise de travaux dont les bénéfices sont répartis également entre tous les membres associés, et qui confère jusqu'à un certain point k ces derniers, devant ceux qui les emploient, l'indépendance de chefs de métier.
Ces remarquables institutions ne suppriment pas assurément
186 cil. V. -- PAYSANS A l'aBHOR ET BATELIERS ÉMICnANTS DE l'OKA.
l'état de dépendance qui règne partout aux degrés inférieurs de la hiérarchie sociale ; cependant elles en allègent le poids en subordonnant l'individu, non aux personnes qui ont à débattre avec lui des questions d'intérêt, mais à celles qui lui sont unies par les liens du sang ou de l'association volontaire. Il faut nécessairement tenir compte de ces distinctions pour apprécier à sa juste valeur la diiïérence réelle qui existe, au point de vue de l'indépendance individuelle, entre l'ancien régime européen qui règne encore en Russie et le nouveau régime établi dans l'Occident.
moyens d'existeuce de la famille.
rnopRiÉTÉs.
(Mobilier et vêtements non compris.)
Immeubles : acquis par héritage; la maison récemment construite avec l'appui du seigneur d,928^ 00
1" Habitation. — 1 maison en bois, comprenant trois subdivisons principales, récemment construite (24) au moyen de matériaux principalement tirés des forêts seigneuriales, avec le concours de réunions de travailleurs, dites Pomotch (II, H), 740^00.
2° Bâtiments ruraux. — Étables, écuries, grange, fenil, caves pour la conservation des ruches d'abeilles pendant l'hiver, magasin, hangar, 336^00.
30 Terres. — Terre arable (16'', 10) subdivisée en 21 pièces distinctes, éparses dans la banlieue du village, à des distances comprises entre 1/2 et 4 kilomètres, 480^00; — prairies (4'',35) pour la récolte des foins, 244^00; — métairie aux abeilles : prairie (0'',02) plantée de buissons et d'arbrisseaux, 68^00 (cette métairie, située au milieu des prairies, à proximité de l'Oka, est un des établissements caractéristiques de cette localité. Elle se compose d'une cabane, d'un poteau portant les saintes images, d'un bouquet- de buissons et d'arbustes de 2 ares. Le tout est entouré d'une haie vive qui défend les ruches de l'approche des bestiaux. Les ruches y séjournent à l'époque de l'essaimage et pendant toute la saison des fleurs; à l'arrière-saison, on les transporte près des champs de sarrasin; pendant l'hiver, enfin, on les conserve, en partie dans la cave de la maison, en partie dans celle d'une maison voisine louée à cet efl"et);— part du pâturage communal, O'OO ; — jardin potager (0'',02) attenant à la maison, 40^00; — chènevière (0\03) attenant au village, 20^00. — Total (20'',52), 852^00.
Argent : déduction faite de la dette de 48^ 00 contractée
envers le colporteur qui vend les vêtements et divers articles de consommation . , 214^ 00
Somme amassée par le père de famille, 16 i^ 00 fies sommes ainsi amassées ont pour but de subvenir à quelque nécessité exceptionnelle, comme le remplacement de bestiaux enlevés par une épizootie, une fête donnée à l'occasion du mariage d'un fils (II, '24), etc.]; — somme formant la propriété particulière des femmes de la famille, constituée d'abord à l'époque du mariage par les dons des parents et des amis, entretenue par la vente de toile domestique et de quelques animaux élevés à cet effet, 98^00.
— Total, !262f00.
Animaux domestiques entretenus toute l'année; de race médiocre ; mal soignés 505^ 60
3 chevaux, valant GG^OO en moyenne, et 1 jeune poulain, valant 21^20, 219^20;
— 2 vaches de 4 et 5 ans, à 46^00, et 1 génisse d'un an, 20*' 00, 112^00; — 18 brebis, béliers et moutons, avec 10 agneaux de l'année, 113'^20; — 3 truies, à 12^00, avec G petits cochons, 40^80; — 3 oies avec 10 élèves de l'année, 12^00; — 11 poules et I coq avec 2 couvées de 20 poulets, 8' 40. — Total, 505^60.
Matériel spécial des travaux et industries : construit principalement en bois et en écorce ; médiocrement entretenu 422^ 80
1° Exploitation agricole. — 3 charrues à deux socs en fer plies en gouttière, à 8^00, 24^00; — 3 herses en bouleau à pointes de chêne, à 1^40, 4^20; — 3 faux de Styrie, 3 4^60, et 5 faucilles, à 0^80, 17^80; — 3 manches de faux, à râteau, pour récolter le sarrasin, à 0'^40, 1^20; — fourches et râteaux pour la récolte du foin, 2^20 ;
— 2 pelles en fer, à 0^84, 1^68; — 3 chariots à 1 cheval, dits Télègues, pour transports d'été, 46*^08; — 3 traîneaux pour transports d'hiver, 17^00; — paniers en écorce pour contenir le grain à semer; employés aussi comme mesures, 1*^00; — 1 auge en bois pour donner la nourriture aux porcs et aux volailles, 0^40; — fléaux, vans, sacs, mesures, tonnes, pour le travail des céréales et la conservation des farines, 9^20; — harnais des chevaux, 12^00. — Total, 137^36.
2" Exploitation de la métairie aux abeilles. — 43 ruches pleines, évaluées à raison de 2^80 chaque, 120^40; — 35 ruches vides, en réserve, fabriquées avec des troncs de chêne et de pin pourris, et avec des troncs d'orme intacts, 79^00 ; — mobilier de la cabane souterraine de la métairie : bancs, ustensiles de cuisine, vases à transporter les provisions de la maison, 15*^20; — vases pour conserver le miel, pour purifier la cire, etc., 8f60. — Total, 223^20.
3° Culture du jardin potager. —2 bêches, 2 houes, 2 râteaux, etc., 2^60; — vases, tonneaux, paniers, etc., pour la conservation des légumes, 4*^60. — Total, 7^20.
4" Exploitation et transport du bois de chauffage et d'éclairage. — 4 haches, servant aussi pour les travaux de confection et d'entretien des objets en bois, 6^88; — Télègues et traîneaux, employés principalement pour l'exploitation agricole, 0^00.
5" Pèche et cueillette des herbes et des fruits. — Canot formé d'un tronc de bois (déjà vieux), 16^60; — filets, nasses en osier, caisses pour conserver et transporter le poisson vivant, engins divers de pêche, 7^20 ; — vases en écorce de bouleau, paniers, etc., 1^00. — Total, 2'/ 80.
6° Fabrication des tissus de lin et de chanvre. — 2 peignes à 90 dents, ea éra-
188 CII. V. — PAYSANS A l'aBROK ET BATELIERS ÉMIGRANTS DE l'oKA.
ble, avec les supports, pour la préparation de la filasse, 2^40; — 20 fuseaux, en bois tourné, pour le filage, 1^ 20 ; — 2 métiers à tisser avec les navettes (l vieux en mauvais état), llUO; — aiguilles en acier pour la couture, 0'^20. — Total, 15^20.
7° Fabrication des tissus de laine. — 12 fuseaux, en bois tourné, pour le filage, 0^72; — 1 métier à tisser avec les navettes, 6^80; — 4 jeux d'aiguilles à tricoter, en os d'oie, pour la fabrication des gants, 0^64. — Total, 8M6.
VALEUR TOTALE des propriétés 3,070^ l\0
SUBVENTIONS
Les principales subventions dont jouit la famille dérivent des droits d'usage établis depuis un temps immémorial sur les propriétés du seigneur, au profit des paysans. Les droits d'usage sur les forêts fournissent surtout à la famille les bois de chauffage et d'éclairage, le bois d'œuvre pour la construction et l'entretien des habitations et de leurs dépendances, les ruches à abeilles, les bateaux pour la pêche. La famille ne tire point profit du droit de chasse accordé sans restriction à la population tout entière ; mais elle se procure de précieux moyens de subsistance par la pêche du poisson dans la rivière Oka, par la récolte des herbes comestibles au premier printemps dans les prairies, par la récolte des champignons et des baies sauvages pendant la belle saison.
Le seigneur auquel appartient la propriété d'Eractour en est éloigné depuis fort longtemps ; il n'est représenté sur les lieux que par un intendant salarié. D'un autre côté, la population vit dans un véritable état de bien-être, que favorisent les conditions modérées de l'Abrok et les ressources créées par l'émigration. Il en résulte que les allocations seigneuriales se réduisent ici à quelques secours accordés exceptionnellement en cas d'incendie et d'épizootie.
La non-résidence du seigneur et l'intervention permanente des intendants ont pour effet, comme en beaucoup de cas semblables, de relâcher les liens du patronage. L'administration, parfois peu honnête, de ces agents intermédiaires développe au
milieu de la population l'esprit de critique contre les actes de l'autorité. Sous ce rapport, l'affaiblissement du, régime des subventions marche assez ordinairement de front avec la décadence des sentiments et des affections qui forment la base de l'ancienne constitution sociale du pays.
TRAVAUX ET INDUSTRIES
Travaux de la partie sédentaire de la famille. — Le travail principal des hommes et des femmes est l'exploitation agricole propre à la famille : tous y prennent part dans la mesure de leurs forces, les hommes étant exclusivement chargés des labours, des semailles et des transports, tandis que les femmes se consacrent plus particulièrement aux sarclages, aux récoltes et au battage des grains. Pendant la saison d'été et surtout au moment de l'essaimage, le chef de famille s'occupe d'une manière toute spéciale de la culture des abeilles. 11 est alors assisté par son plus jeune fils (2), qui habite avec lui la cabane de la métairie, et par l'une des belles-filles, qui vient chaque jour, de la maison située à une distance de 7 kilomètres, lui apporter la nourriture.
Les travaux secondaires des hommes sont l'exploitation et le transport du bois destiné au chauffage, à l'éclairage et aux travaux d'entretien, la pêche, les transports de denrées et de marchandises faits pour le compte de divers, la fabrication des sandales d'écorce de tilleul (Lapti), enfin, l'entretien des bâtiments et des objets de mobilier de toute nature. Au ngnibre des travaux secondaires des hommes, il faut encore compter les journées consacrées, à titre de corvée, à l'exploitation de la ferme-modèle établie par le seigneur (i), ou à l'entretien des chemins.
Les travaux secondaires des femmes comprennent surtout les travaux de ménage pratiqués à tour de rôle par chacune d'elles pour la communauté entière, savoir ? la mouture dea céréales au moyen d'un moulin à bras (23) j la préparation
i90 CH. V. — PAYSANS A l'aBBOK ET BATELIERS ÉMIGRANTS DE l'oKA.
du pain, des boissons fermentées dv, 21) et des autres aliments ; les soins donnés aux jeunes enfants, les soins de propreté concernant l'habitation et le mobilier ; l'entretien et le blanchissage des vêtements et du linge. Les autres travaux ont pour objet la culture du jardin potager, la cueillette des herbes et des champignons, la fabrication des tissus de lin, de chanvre et de laine.
Travaux des ouvriers émigrants (i7, 18, lo). — Le fils aîné, établi à Saint-Pétersbourg, fait partie d'une Artèle (20), qui réunit plusieurs ouvriers et qui exécute à prix débattu, pour le compte des négociants et des habitants de cette ville, les travaux de force relatifs à la réception et à l'expédition des métaux, et au commerce du bois de chauffage. Tous les deux ans, pendant l'hiver, il vient se réunir momentanément à sa femme et à la partie sédentaire de la famille, et il en partage alors les travaux. Le second fils émigré chaque année au printemps, un peu avant la fonte des neiges, pour aller exécuter, pendant toute la durée de la belle saison, les travaux de la batellerie au compte des propriétaires ou des marchands qui expédient des grains et d'autres denrées des gouvernements contigus de Tambov, de Nijni et de Sembirsk, vers l'Oka et le Wolga.
Les ouvriers émigrants de cette famille jouissent, pendant leur résidence à Saint-Pétersbourg, d'un avantage qu'ils doivent à une circonstance particulière. Ils travaillent de préférence pour une maison de commerce dont le chef est seigneur de la terre d'Eractour. Ils donnent, il est vrai, à l' Artèle dont ils dépendent tout le produit de ce travail ; mais ils reçoivent en outre le logement gratuit dans le comptoir de cette maison.
Industries entreprises par la famille. — Après l'industrie des émigrants et l'exploitation agricole, occupations essentielles de la famille, l'industrie la plus lucrative est celle qui a pour objet la culture des abeilles ; viennent ensuite la fabrication des traîneaux destinés à la vente et le service des transports de marchandises exécutés pour le compte de divers.
Mode d'existence de la fBinille.
ALIMENTS ET REPAS
Dans cette localité, comme dans la majeure partie de la Russie, les bases principales de la nourriture sont le Chtchi, VOukha^ le Kacha, le pain et le Qvass.
On nomme Chtchi une soupe à la viande (porc, mouton ou vache) et aux choux conservés. Pendant le printemps, à l'époque où la provision de choux est épuisée, on remplace ce légume par de jeunes orties pilées et surtout par de l'oseille sauvage, que les jeunes femmes vont récolter dans les prairies oii elles se rendent chaque jour pour traire les vaches ou pour porter la nourriture au père de famille établi dans la métairie aux abeilles. On mange successivement le bouillon et la viande du Chtchi avec le pain non trempé.
L'Oukha est une véritable soupe au poisson, assaisonnée de sel et de divers condiments ; la plus estimée est celle qu'on prépare avec le sterlet [acipenser ruthenus Lin.), poisson délicat, à graisse jaune, qu'on pêche en abondance dans la rivière voisine.
Le Kacha se compose de gruau (provenant de sarrasin ou de millet) , cuit au lait, au beurre, à la graisse ou à l'huile, avec addition de sel. Ce mets présente des variations assez nombreuses dues à l'emploi de divers assaisonnements, à la cuisson plus ou moins prolongée : il est servi sous forme de bouillie liquide ou de pâle épaisse.
Le pain se confectionne avec la farine de seigle, débarrassée d'une partie du son et préparée dans le ménage à l'aide d'un moulin à bras aussi simple qu'ingénieux (23).
Le Qvass (iv, 21) se prépare dans le ménage, une fois environ chaque Semaine, avec de l'eau et de la farine de seigle. Ordinairement dans les maisons aisées et presque partout dans les circonstances exceptionnelles, telles qu'un mariage ou un baptême.
192 CH. V. — PAYSANS A l'ABROK ET BATELIERS ÉMIGHANTS DE l'OKA.
on prépare de la Braga (iv, 2 1 ) avec de l'orge fermentée, puis torréfiée.
A ces éléments essentiels de la nourriture se joignent, les jours de fête ou dans les solennités de famille, des mets plus recherchés : des cochons de lait rôtis, du Ghtchi de viande de vache, des poissons en gelée, diverses préparations de farine de froment et de l'eau-de-vie.
La famille fait ordinairement trois repas réguliers :
Le déjeuner (sept heures du matin) se compose habituellement de Kacha clair, de pain et de Qvass.
Le dîner (midi) se compose de Ghtchi à la choucroute pendant la majeure partie de l'année, et de Ghtchi à l'oseille ou aux orties pendant le printemps ; on y joint toujours au moins du Kacha épais et du Qvass.
Le souper (huit heures du soir) se compose du reste des mets préparés spécialement pour le dîner.
Le pain et tous les aliments sont cuits dans le four de Vlsha, oii le feu est entretenu presque constamment et qui sert au chauffage de l'habitation.
HABITATION, MOBILIER ET VÊTEMENTS
La maison, construite avec de grosses poutres non équarries, est disposée comme celle qui est décrite précédemment (11, 10) ; avec ses dépendances, elle s'étend sur une étendue de 1,050 mètres carrés. Les étables, l'écurie et la maison elle-même sont tenues avec peu de propreté.
Le mobilier a une valeur approximative de 9/t3^ 12, savoir :
Meubles : d'une extrême simplicité ; la tendance au luxe se remarque seulement dans l'établissement des saintes images qui est un objet de respect dans toutes les maisons russes. 120^ 00
Niche aux saintes images, comprenant : 9 peintures sur bois, de stylo byzantin; 3 images en bronze; 2 croix longues; 1 vase à encens, etc.; plusieurs bougies en ciro dont une au moins est allumée chaque fête et chaque dimanche, 22"^ 00; — objets de
literie : nattes, peaux de mouton, couvertures, coussins en toile de coton et en cuir ; 2 berceaux en écorce de tremble suspendus au plafond par un crochet et mus avec le pied, 55^40; — table à manger: bancs sur le pourtour do l'Isba; 4 escabeaux et chaises ; planches à vaisselle ; 5 coffres à vêtements; 3 petits miroirs, 38*^00; — appareils pour la préparation de la farine et la confection du pain : un moulin à bras avec sa caisse à farine ; un pétrin de 50 litres en forme de seille; pelle à main, en bois do tilleul, pour prendre la farine, 10' 60.
Ustensiles : suffisants sans aucune tendance au superflu : lik' 60
1° Servant à la cuisson des aliments et au service du four. — 2 chaudrons en fonte, de 15 litres, pour la préparation du Chtchi, 4^00; — 2 pots on fonte, de 6 litres, pour la préparation du Kacha, l''60 ; — 4 couteaux à manches de bois, faits à la maison, 0'48; — 2 couteaux en forme de T, pour hacher les choux, 0^80; — i couperet à long tranchant, pour fendre le bois en Loutchines, 0^56; — fourgon en fer, pour le service du four (manche de bois), 0^60; — 2 fourches en fer, pour manœuvrer les pots dans le four: 2 grandeurs, 1^80; — 1 crochet particulier {Scavarodnik), pour manœuvrer les couvercles des pots, 0^24; — 1 pelle à pain en bois, complétant les outils du four, 0''12; — 1 rouleau en bois avec son support, pour aider à la manœuvre des outils précédents, C^ 20 ; — 1 balance romaine, en fer, de forme antique, d'un travail curieux, 6'' 00 ; — 1 chaudron en cuivre, pour préparer dans les champs le Chtchi et le Kacha, au temps des récoltes, 6^40; — 6 pots en terre, de 1 à 4 litres, pour la cuisson des aliments, 0*^ 96 ; — 1 grand vase en terre, de 19 litres, pour la préparation du Qvass, 0^60; — 2 grands pots à lait, en terre, de 15 litres, 0^64. — Total, 25f00.
2" Servant aux repas. — 1 vase suspendu, avec un petit orifice, pour laver les mains avant le repas, 0^40; — 2 grandes gamelles, pour' manger en commun le Chtchi et le Kacha, 0^84; — 3 petites gamelles en bois, pour garder la part des absents, 0' 72; — 9 cuillers à bouche en bois de bouleau, 0^36; — 1 grande cuiller à pot en bois, fabriquée par le père de famille, 0'^24; — 2 grandes écuelles à manche de bois, pour boire de l'eau, 0^32; — 1 petite huche à sel, en bois, avec couvercle, 0^48. — Total, 3^36.
3" Servant à conserver et transporter Veau et le Qvass. — 1 grande seille, cerclée en bois, à 2 anses, fabriquée à la maison, tenant 40 litres, pour transporter et conserver l'eau à boire, 1' 00; — 1 tonneau en chêne, pour conserver le Qvass, 2^08; — 1 grande tonne à eau, pour les incendies, l'SO. — Total, 4^88.
4° Servant à conserver et transporter les provisions. — 1 huche à farine, en tilleul, 1^00; — 3 tinettes à miel, en tilleul, 3^00; — 1 tinette en bois, pour conserver la cire, 0^48; — 1 tamis fin en crin do cheval, pour bluter la farine, 1^20; — 1 tamis gros en fil de tilleul, pour bluter le g^uau, O^GO; — 1 grand mortier, haut de Om,70, fabriqué dans le ménage (tronc d'arbre creusé), avec son pilon, pour la préparation du gruau, 1^80; — 3 paniers en écorce de bouleau, pour porter les provisions aux champs, 1^68; — 1 chandelier-support, pour les Loutchines, 0''2i; — 3 vases en écorce de bouleau {Bouraki)y pour boire, récolter les champignons, etc., l'3G. — Total, 11^36.
Linge de ménage : presque sans emploi" ; usage des draps de lit inconnu 9^ 00
Serviettes, essuie-mains, torchons en lin et en chanvre.
4 9i cil. V. — PAYSANS A l'aBROK ET BATELIERS ÉMIGRANTS DE l'oKA.
Vêtements : ils sont plus simples que ceux de la majeure partie des paysans russes ; mais ils se distinguent néanmoins par la convenance et le bon goût 763^ 52
1° Vêtements du chef de famille. — 1 kaftan long, de drap brun (de fabrication domestique), Q^CO; — 1 denai-kaftan, de drap brun (de fabrication domestique), 6'^00;
— 1 surtout de fourrure de mouton (demi-Chouba), 12^ 00 ; — 2 ceintures de laine de couleur, pour serrer les vêtements de dessus, 1^80; — 3 caleçons en drap (pour l'hiver), 7^20; — 2 caleçons de toile ou de coutil bleu (pour l'été), 1/92 ; — 4 chemises en toile, 9^60; — 2 ceintures, pour serrer la chemise et le caleçon (pendant le travail), 0^96; — 2 paires de bas-bandelettes {Anoutchi) en laine (pour l'hiver), 3^60; — 2 paires de bas-bandelettes (Anoutchi) en toile (pour l'été;, 1^44; — 1 paire de bottes en cuir, 4^80; — 10 paires de sandales d'écorce de tilleul (Lapti), en provision, 1^00;
— 1 bonnet fourré de velours de coton, 2^40; — 1 bonnet fourré de drap, 1^80; — 2 paires de gants, tricotés, en laine, 1^92. — Total, 66^04.
2° Vêtements du fils aîné passant l'hiver à Saint-Pétersbourg. — Trousseau ordinaire semblable à celui du chef de famille, 66^ 04 ; — 1 kaftan du dimanche acheté à Saint-Pétersbourg, 11^20 ; — 1 chapeau en feutre pour l'été, 4^40; — 2 tabliers de toile pour le travail, 2^40; — 1 paire de gants en cuir, à 1 doigt, pour le travail, 0*^80. — Total, 84^84.
3° Vêtements des 5 fils adultes passant l'hiver à la maison. — Trousseau semblable à celui du père de famille, 198^12.
4° Vêtements dès S jeunes garçons, 89^ 60.
5° Vêtements de la mère de famille. — 1 robe {Panitok) en étamine, de confection domestique, (pour fêtes et dimanches), 7*^20; — 1 demi-kaftan en drap, de confection domestique, G^OO; — 1 surtout court en fourrure de mouton (demi-Chouba), 12*^00; — 4 jupons d'étamine, formant, avec la chemise, le vêtement de travail, 14^40; — 6 chemises de toile, avec devants et manches brodés en fil de coton rouge, 14^40; — 2 ceintures de laine rouge, 1^92; — 2 paires de bas de laine, pour dimanches et fêtes, 2^40 ;
— 2 paires d'Anoutchis d'été, 0^96; — 2 paires d'Anoutchis d'hiver, 3^36; — 1 paire de souliers en cuir, 3^00; —10 paires de Lapti, 0^80; —4 mouchoirs de tête, en coton imprimé, 2^88; — 1 mouchoir de tête (pour dimanche) en soie, 3^84; — 1 paire de boucles d'oreilles en argent doré, 2^40; — menus articles de vêtement, etc., 1^32. — Total, 76f88.
6° Vêtements des 3 jeunes femmes marines, 233^64. 7" Vêtements des 2 enfants au berceau, 14^40.
VALEUR TOTALE du mobilier et des vêtements. . 943' 12
§ il.
RÉCRl^ATIONS.
Les enfants jouissent pendant le premier âge d'une grande liberté ; n'étant point astreints à suivre les exercices d'une école, ils prennent constamment leurs ébats au dehors de l'habitation,
OBSERVATIONS PRIÎLIMINAIRES. 495
même pendant les plus grands froids de l'hiver. Leurs principaux amusements consistent à parcourir les bois et les prairies, à découvrir des nids pour élever de jeunes oiseaux, à prendre le menu gibier dans des pièges, à chercher sur* les étangs des œufs de canes sauvages pour la consommation domestique. Ils respectent dans ces chasses les nids des hirondelles, des rossignols, des étourneaux et des pigeons. Gomme dans toute la Russie, les pigeons, en particulier, sont ici l'objet d'une sollicitude religieuse. Dans ces petites expéditions, ils se placent ordinairement sous la surveillance de l'enfant le plus âgé. Ce trait de mœurs est commun chez les Russes. Ici, le chef des jeux veille aux dangers qui pourraient résulter de la proximité de l'eau ou des attaques des animaux sauvages.
Les jeunes filles se réunissent assez souvent dans la belle saison pour se livrer à la danse en s'accompagnant de chants graves et mélancoliques ; à certaines époques spéciales, notamment au carnaval, à la Trinité, au i" octobre (fête de la Vierge) et à la Saint-Nicolas d'hiver, elles se promènent en chantant dans les rues du village. Les réunions des jeunes gens des deux sexes n'ont guère lieu que dans les veillées d'hiver.
Les jours de nom et de naissance du Starchi donnent seuls lieu à des fêtes de famille; on ne conserve guère le souvenir du jour de naissance des autres membres.
Les récréations principales, communes à tous les membres de la famille, sont les fêtes de mariage, les réunions d'ouvriers dites Pomotch (ii, 1 1), et surtout les repas copieux pris dans ces occasions et dans une multitude de fêtes et de réunions.
IliiBtoire de la famille*
PHASES PRINCIPALES DE L'eXISTÉNCE.
Les enfants, après avoir passé le premier âge dans une entière liberté (u), commencent, vers 7 ans, à se rendre utiles
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à la famille en soignant les animaux à Tétable; vers 8 ans, ils aident leur mère à fendre le bois nécessaire à l'éclairage et à la cuisson des aliments ; ils ont aussi à préparer l'écorce de tilleul sous forme de filasse grossière pour la fabrication des sandales dites Lapti (lo). Vers 9 à 10 ans, ils conduisent les chevaux aux prairies ou dans les bois, de concert avec les enfants des maisons voisines chargés du même service. Ils n'ont point à prendre soin des vaches ni des moutons, qui sont toujours confiés par les habitants à un berger rétribué par la communauté. A mesure que les forces se développent, le jeune garçon prend part de plus en plus aux travaux agricoles de la famille : il entreprend les travaux de labour vers 16 ou 17 ans; et, à dater de ce moment, il rend k la famille à peu près les mêmes services que ses frères plus âgés.
Vers 18 ans, le jeune ouvrier est soumis à l'Abrok, et c'est alors que commence pour lui l'ère de l'émigration. Ses premières entreprises ont pour objet les travaux de la batellerie sur la Moksa et les autres rivières qui portent leurs eaux à l'Oka et au Wolga. Les ouvriers d'Eractour partent en troupe au premier printemps, au moment où les terres sont détrempées et les rivières débordées. Ils reviennent à l'arrière-saison, lorsque les premières gelées interrompent les transports par eau. Pendant toute cette campagne, la recette brute d'un batelier actif petit s'élever à 2/i0 francs. La somme épargnée varie, en raison de la tempérance et de la bonne conduite du jeune émigrant, de 100 h 168 francs. Cette épargne est versée intégralement, lors du retour à la maison, dans les mains du chef de famille. La somme apportée par l'émigrant offre, en général, une excellente mesure de l'avenir qui lui est réservé; et cette première épreuve contribue à le classer dans l'opinion. C'est, en effet, la meilleure pierre de touche à l'aide de laquelle on puisse apprécier, dans cette organisation sociale, les qualités d'un jeune homme : le succès le met aussitôt en position de faire un mariage avantageux. Le second fils de la famille décrite dans la présente monographie se trouve depuis quatre ans dans cette première ■période de la vie d'ouvrier émigrant.
Après sept ou huit ans, l'ouvrier, ayant acquis de l'expé^ rience, entreprend ordinairement des voyages plus lointains et plus prolongés. Dans cette seconde période, les émigrants d'Eractour vont, les uns travailler aux mines que le seigneur possède dans l'Oural, les autres exercer à Saint-Pétersbourg les professions de portefaix, d'Isvostchik (cocher), de charpentier, de maçon, ou de paveur ; et c'est précisément dans cette situation que se trouve le premier fils de la famille. Après avoir passé, de deux ans en deux ans, un hiver près de sa femme, qui reste toujours dans la maison paternelle, l'ouvrier se dispose, au commencement d'avril, à retourner à Saint-Pétersbourg avec une troupe de 15 à 20 ouvriers de même condition. Pour faire le voyage sûrement et à peu de frais, il forme avec eux une association temporaire dont l'organisation peut être considérée comme un des plus curieux symptômes de la vie sociale en Russie (21). Arrivé à sa destination, l'ouvrier entre aussitôt dans une nouvelle association (20), qui est formée d'ouvriers de même condition et qui remplace pour lui la famille, en le mettant à l'abri des dangers et des ennuis de l'isolement. Parmi les ouvriers qui arrivent chaque printemps par milliers à Saint-Pétersbourg, pour exécuter les travaux auxquels la population sédentaire ne pourrait suffire, il en est fort peu qui croient pouvoir se dispenser de demander assistance, dans ces conditions, au principe tutélaire de la communauté.
L'ouvrier, lorsqu'il a atteint l'âge de 36 à 40 ans, a ordinairement un fils en état de se livrer à son tour à la vie d émigrant. Souvent aussi, à cette époque, l'ouvrier est dans 1 obligation de reprendre au village natal la vie sédentaire pour seconder son père dans l'administration de la famille, ou pour fonder une nouvelle maison en aidant au partage de la famille, devenue trop nombreuse.
Après la mort du père de famille, les frères restent souvent en communauté sous la direction de celui qui montre le plus d'aptitude pour maintenir l'harmonie intérieure et pour diriger les opérations agricoles et industrielles, ou qui est parvenu à se constituer en propre le capital le plus considérable (11, 25). Dans
198 CH. V. — PAYSANS A l'ABROK ET BATELIERS ÉMIGRANTS DE l'okA.
ce cas, le nouveau Starchi est souvent désigné à l'avance par le père au choix de la famille.
MŒURS ET INSTITUTIONS ASSURANT LE BIEN-ÊTRE PHYSIQUE ET MORAL DE LA FAMILLE.
La famille décrite dans la présente monographie jouit de tous les éléments de sécurité qui sont acquis à la plupart des paysans russes (ii, 13). Ici, comme dans la majeure partie de la Russie, les individus, en cas de revers, trouvent protection et assistance dans la famille, dans la communauté des habitants du village, et enfin dans les obligations imposées au seigneur (22).
Au milieu des conditions ordinaires, la famille voit son existence garantie par l'étendue de terre qui lui est allouée (e) avec tous les droits de propriété qu'elle peut avoir intérêt à exercer. Les restrictions apportées à ces droits par le principe de la propriété seigneuriale, et, par exemple, l'interdiction de vendre ou de donner hypothèque, sont pour la famille une garantie plutôt qu'un inconvénient. Au nombre des principaux moyens de sécurité de la population, il faut compter également les subventions qu'elle tire de la pêche, de la chasse, de la cueillette, de l'exploitation à titre gratuit du bois de chauffage et d'éclairage, des bois d' œuvre et de construction, des écorces de tilleul et des autres produits fournis par les forêts seigneuriales.
L'une des principales garanties de la famille se trouve dans le développement des habitudes de sobriété et des sentiments de prévoyance qui ont permis de substituer définitivement, dans cette localité, le régime de l'Abrok à celui des corvées (11, 17). Le progrès accompli sous ce rapport est nettement caractérisé par la conduite que tiennent les jeunes gens du pays dès le début de leur carrière d'émigrants. Les sommes qu'ils gagnent, loin de la surveillance paternelle, pendant la durée de leur campagne d'été, sont soigneusement amassées ; ils ne prélèvent sur ces sommes que ce qui est strictement indispensable pour leur nour-
riture, résistant fermement aux tentations qui s'offrent naturellement à des jeunes gens inexpérimentés se trouvant pour la première fois en possession d'une valeur considérable. A quelques exceptions près, entraînant d'ailleurs pour les coupables la perte de l'estime publique, les jeunes émigrants apportent scrupuleusement au chef de famille toute l'épargne qu'il a été possible de faire, c'est-à-dire la moitié ou les deux tiers de la recette brute. Le régime d'émigrations périodiques, qui caractérise le système social de cette contrée, doit donc être considéré comme une excellente gymnastique de la prévoyance. Sauf des nuances accusant moins d'énergie dans les caractères et surtout moins d'âpreté pour le gain, ce régime produit ici les mêmes conséquences que chez les populations émigrantes du Soissonnais, de l'Auvergne, de la Savoie, de l'Apennin, des provinces basques, des Asturies et de la Vieille-Gastille.
Les moyens de sécurité que donne l'organisation sociale de la Russie à l'ensemble de la population ouvrière sont complétés, pour les émigrants appelés temporairement dans les villes, par des institutions éminemment nationales nommées Artèles (20), qui étendent sur ces ouvriers l'influence tutélaire que l'éloignement ne leur permet plus de trouver dans la famille, dans la commune et dans l'administration seigneuriale.
L'heureuse influence des émigrations périodiques et celle des habitudes d'épargne imposées par l'opinion aux jeunes gens qui aspirent à la dignité du mariage (12) peuvent être citées comme l'un des résultats les plus nets à déduire de l'observation comparée des ouvriers européens. Elles indiquent le secours qu'on peut tirer, chez toutes les races et sous tous les climats, de certaines occupations et le certaines coutumes, pour réprimer l'exagération des appétits physiques qui forme partout le principal obstacle à l'émancipation et au bien-être des populations.
200 CH. V, — PAYSANS A l'ABROK ET BATELIERS ÉMIGRANTS DE l'oKA.
SOURCES DES RECETTES
EVALUATION
approximativ.
des
sources
de recottes.
Propriétés possédées par la famille.
Art. 1". — Propriétés immobilières.
Habitation :
Maison habitée par la famille
Immeubles ruraux :
Étables, écuries, granges, fenil, caves, magasin, hangar
Terres arables, prairies, part du pâturage communal, jardin potager, chènevière
Art. 2. — Valeurs mobilières.
Animaux domestiques entretenus toute l'année :
3 chevaux et 1 poulain ■• .'
2 vaches et 1 génisse , • .....
28 bêtes à laine. • -
Basse-cour : 3 truies, 6 petils cochons, 3 oies avec IC élèves, 11 poules, 1 coq et 20 poulets.
Matériel spécial des travaux et industries :
Pour l'exploitation agricole ,
— . — de la métairie aux abeilles
— la culture du jardin potager
— l'exploitation et le transport du bois de chauffage et d'éclairage
— ^la pêche et la cueillette des herbes et des fruits
— la fabrication des tissus de lin et de chanvre
— — — de laine... ,
Somme amassée par le père de famille (déduction faite de la dette de 48* contractée envers le colporteur) (6)
Aet. 3. — Droit aux allocations de sociétés d'assurances mutuelles. Droit sur le froment alloué, en cas de disette, par la corporation des paysans de chaque
village •■
Valeur totale des propriétés
VALEUR
des propriétés.
Cl 20
SECTION II. m]
Subventions reçues par la famille. ^|
Art. l^". — Propriétés reçues en usufruit.
(Les biens qu'exploite la famille, ayant le caractère plutôt d'une propriété que d'un usufruit, ont été mentionnés à la Section précédente.)
Art. 2. — Droits d'usage sur les propriétés du seigneur.
Droit sur le bois de chauffage et d'éclairage
— sur le bois d'oeuvre et de construction, destiné aux travaux d'entretien.
— sur l'écorce de tilleul, pour la fabrication, des Lapti (16, E)
— sur le gibier ^
— sur le poisson, les herbes, les fruits, etc v ^
Art. 3. — Allocations d'objets kt db services faites par le seigneur. H{ Allocations concernant la nourriture. ;
— concernant l'habitation
— concernant les besoins moraux •
— concernant les assurances et les industries
CH. V. — PAVSANS A l'ABROK ET BATELIERS ÉMIGBANTS DE l'OKA. Ï0\
RECETTES
Revenus des propriétés.
Art. l". — Revenus des propriétés immobilières. Loyer :
Intérêt (5 p. 100) de la valeur de la maison
— de la valeur de ces étables, etc
— de la valeur de ces terres
Art. 2. — Revenus des valeurs mobilières. Intérêt (5 p. 100) de la valeur de ces animaux
Intérêt (5 p. 100) de la valeur de ce mobilier (16, A)
(Cette somme n'est jamais placée à intérêt)
Art. 3. — Allocations de sociétés d'assurances mutuelles.
Céréales allouées en cas de disette : Allocation moyenne annuelle : seigle, 115'' à Qf 073, 8f 40; — avoine, 49'' à 0' 042, 2^04 : ;
Totaux des revenus des propriétés
Produits des subventions.
Art. 1". — Produits des propriétés reçues en usufruit.
(,La famille ne jouit d'aucun produit de ce genre)
Aht. 2. — Produits des droits d'usage.
Bois évalué sur pied à (16, K)
Écorce, évaluée sur l'arbre à (16, E)
Valeur à attribuer aui produits avant, la chasse (16, 1)
— à attribuer aux produits avant la récolte (16, M)
Art. 3. — Objets et services alloués.
Céréales allouées dans les cas rares où il y a insuffisance des réserves constituées par les corporations de paysans : moyenne annuelle, par famille de 3 Tiaglo
Matériaux : remises d'Abroks et de corvées, allouées, à l'occasion de la construction de nouvelles habitations, aux familles qui, faute de place, doivent se diviser
Rétribution du prêtre, allocations de cercueils, etc.: dépense moyenne par famille..
Allocations en cas d'accidents imprévus (l'allocation la plus habituelle est une remise sur l'Abrok, en cas de pertes de chevaux, fort communes dans cette localité) : remise moyenne annuelle .'
Totaux des produits des subventions
montant des recettes.
VALEUR
des objets
reçus en nature.
lOfSO 40 60
%0i cil, V, — PAYSANS A l'aBROK ET BATELIERS ÉMIGRANTS DE VqK\,
SOURCES DES RECETTES (SUITE)