‹ Les ouvriers européensChapitre 115 sur 196 · IS'OO · texte numérisé non relu

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PARTICULARITÉS REMARQUABLES; APPRÉCIATIONS GÉNÉRALES; CONCLUSIONS

SUR LE RÉGIME d'ÉMIGRATIONS PÉRIODIQUES ÉTABLI DANS LE BASSIN DE l'OKA.

Ce régime n'est point particulier à cette localité : on ne peut même le considérer comme étant spécial à la Russie, car il se conserve encore, avec les mêmes caractères généraux, en d'autres contrées de l'Europe, malgré la diversité des mœurs, des races et des climats. L'essence de ce régime est de faire exécuter dans certaines villes et dans certaines régions, par des ouvriers étrangers, les travaux, intermittents pour la plupart, auxquels la population locale ne peut suffire. Les émigrants chargés de ce service appartiennent toujours à des districts agricoles dont la culture assure l'existence de la population sédentaire, et vers lesquels ils se trouvent constamment rappelés, par l'intermittence même des travaux, par le désir de revoir leurs parents, leur femme et leurs enfants, et par l'amour instinctif du lieu natal. Ce sentiment, principal mobile de l'émigrant dans sa rude carrière, est entretenu par les affections de famille, par le bien-être qu'il retrouve lors de chaque retour au pays, après la vie de privations et de durs labeurs à laquelle il doit se soumettre pour que chaque campagne se résume en une épargne ; enfin, par la perspective de la considération qui lui sera acquise dans la seconde moitié de sa carrière, s'il parvient à accroître ''héritage paternel.

Ce régime offre, au reste, en Russie, plus d'importance que dans les autres États européens : il forme, à vrai dire, la base de l'organisation industrielle de ce vaste empire. Il y est entretenu par la constitution de la propriété agricole, qui ramène forcé-

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ment à la vie des champs les ouvriers (peu nombreux encore dans l'état actuel des mœurs) qui raontreraient de l'inclination à se fixer d'une manière permanente dans les grands centres de population. A Saint-Pétersbourg même, ce sont encore des ouvriers émigrants qui exécutent tous les travaux relatifs au transport des denrées et des marchandises, à la construction et à l'entretien des bâtiments, et au pavage des rues. On y remarque donc à peme le germe de ces multitudes à existence précaire qui s'agglomèrent de plus en plus dans les villes de l'Occident.

SUR LES PROFITS DU MÉTIER DE PORTEFAIX EXERCÉ A SAINT- PÉTERSBOURG PAR LE FILS aîné, OUVRIER ÉMIGRANT.

L'ouvrier reste J 8 mois de suite à Saint-Pétersbourg (deux étés et un hiver) ; tous les deux ans, il revient pour 5 mois et 10 jours dans la famille, en sorte qu'il ne travaille, année moyenne, comme émigrant, que pendant 9 mois 10 jours, y compris le temps du voyage. Il ne vit dans l'isolement, c'est-à-dire hors des liens de la famille ou de l'Artèle, que II mois et 20 jours, en deux années.

Recettes. — Pour travaux faits au compte de l'Artèle, (20), 207 journ. à l''52, 314^64; — pour travaux urgents faits à l'entreprise, à son propre compte, 16 journ. à 2^80, 44^80. — Total 359f 44

Dépenses. — Nourriture : en partie remboursée à l'Artèle, en partie payée directement par l'ouvrier, 108*^00 ; — habitation: donnée gratuitement, à titre de subvention, par l'un des négociants qui emploient ordinairement l'Artèle ;

— vêtements : la majeure partie de la dépense est supportée par la famille (15, S"" III), qui refait à neuf le trousseau de l'ouvrier à chaque voyage : bottes, gants, tabliers, chapeau de feutre, etc., blanchissage, 34^40; — besoins moraux : culte: 18 cierges de cire, 2^16; — quêtes à l'église, 0^20;

— aumônes : dons aux pauvres à la sortie de l'église, 0^ 40; — récréations : thé sucré pris au cabaret, 12"^ 00 ; — eau-de-vie achetée en commun avec quelques amis, 13^92; —frais de maladie, 2^00; — voyage à Saint-Pétersbourg et retour (moitié de la dépense), 22^80. — Total 195 88

Épargne annuelle versée dans les mains du père de famille 163 56

Total égal aux recettes 359 44

FAITS IMPORTANTS d'ORGANISATION SOCIALE. 217

SUR LES PROFITS DU MÉTIER DE BATELIER EXERCÉ * PAR LE SECOi^D FILS, OUVRIER ÉMIGRANT.

L'puvrier reste absent, chaque année, du 15 avril au 15 octobre; il est rétribué effectivement pour 160 journées de travail, pendant lesquelles il s'emploie sans interruption à la conduite de barques chargées de denrées agricoles, expédiées des lieux de production Ters les grands marchés de l'Oka et du Wolga.

Recettes. — Pour travaux exécutés ea 160 journ., à l'entreprise, au taux moyen de IU08 par journée 225^00

Dépenses. — Nourriture: prise en commun dans les Artèles auxquelles l'ouvrier est successivement affilié, à raison de 0'^28 par jour, 44'' 80; — habitation: trouvée à titre gratuit dans les barques mômes, 0*^00; — vêtements, blanchissage : dépense supportée, pour la majeure partie, par la famille (15, S°" HT), le trousseau étant préparé à la maison au début de chaque campagne, et l'ouvrier lavant lui-même son linge : bottes, gants, etc., achetés, 9'' 40; — besoins moraux : culte : cierges, pains consacrés, etc., l''20; — aumônes, 0^20; — récréations: eau-de-vie (prise avec modération), 7'' 20 ; — voyage (aller et retour) y compris 10^00 de vivres,

Épargne de la campagne remise intégralement au père de famille. . . . 143 40

Total égal aux recettes 225' 00

SUR l'organisation des associations d'ouvriers, dites artèles,

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