L. — Compte de la dépense annuelle pour objets en laine
DE confection DOMESTIQUE.
Art. 1"— Dépense pour le ménage tout entier.
Laine brute peignée et blanchie : 6 kil. à 2f93 (subvention du patron). ...
Filage par la femme 4Sjourn. à O'il.ô.
Tricotage par la femme 36 0 115.
Total .
AhT. i— Distribution de la dépense sur les divers membres du ménage.
Vêtements de l'ouvrier : 2 paires de bas rouges
— de la femme : 2 gilets de dessons, 3' 64; —2 jupons de dessous,
9'08; — 2 paires de bas de laine, 2^72 ; —2 paires de basguêtres , 2' 27
— des enfants : objets divers de tricot, bas, jupons
Total comme ci-dessus
VALELllS
on
noluro
argent.
nfôs
2o6 CH. VI. — FOnGERON BULGARE DES USINES A FER DE SAMAKOWA.
PARTICULARITÉS REMARQUABLES; APPRÉCIATIONS GÉNÉRALES; CONCLUSIONS
SUR LA CONSTITUTION DE LA PROPRIÉTÉ TERRITORIALE EN TUR- QUIE (texte COMPLÉTÉ AVEC LE CONCOURS DE SUAVI- EFFENDl) .
Pour comprendre l'organisation actuelle de la propriété en Turquie, il faut se reporter aux faits qui se sont produits pendant la conquête de l'empire, complétée en j/|.53 par la prise de Gonstantinople.
Les terres occupées par les propriétaires se trouvèrent alors placées dans trois cas principaux.
Dans le premier cas, les propriétaires refusaient de se convertir à l'islamisme; ils ne voulaient même pas subir la doraination des conquérants et ils émigraient dans les pays étrangers. Les terres ainsi abandonnées par leurs propriétaires furent attribuées aux musulmans, à la charge, pour les nouveaux possesseurs, de donner de iSlirs propres mains aux nécessiteux le dixième des produits. Depuis lors, ce dixième a été versé entre les mains des agents du ministère des finances. Les terres appartenant à cette catégorie se nomment encore Ochri (soumises à la dîme Ochr) .
Les diverses catégories de nécessiteux auxquels cette dîme est attribuée sont désignées comme il suit dans le Khoran. — Fakir (pauvre), celui qui possède seulement le strict nécessaire. — Miskin^ celui qui ne possède rien. — Amil, l'employé à la perception de la dîme. — Mukatib, l'esclave à qui son maître a dit : je vous autorise à travailler où vous voudrez; et, quand vous m'aurez apporté telle somme, vous serez libre. — Garim, le débiteur qui ne possède pas ce qui est nécessaire pour rembourser sa dette. — Fi-sebil-illah ,
FAITS IMPORTANTS d'oRGANISATION SOCIALE. 257
celui qui est en route ayant à remplir un devoir religieux, par exemple: les pèlerins dépourvus de ressources; les soldats qui, dans une guerre légitime, ont été battus et sont en fuite, etc. — Ihn-sehil, les voyageurs de toutes sortes qui sont en route loin de leur pays.
Dans le second cas, les propriétaires du pays conquis restaient sur leurs propriétés et ils embrassaient l'islamisme. Leurs terres rentraient alors dans la même classe que les précédentes : elles étaient dites Ochri.
Dans le troisième cas enfin, les propriétaires restaient sur leurs terres sans se convertir à l'islamisme; ces terres formaient une classe particulière nommée Kharadji (soumise à l'impôt dit Kharadj, impôt de capitation qui ne grève pas les musulmans). Le montant de cet impôt varie, selon la qualité du sol, entre le cinquième et le dixième des récoltes. Dès l'origine les produits de l'impôt ont été affectés à l'entretien des routes, à la construction des canaux, au salaire des employés de la police, à l'entretien des écoles et au service de l'armée.
Les propriétaires des Ochri sont également libres de les vendre, de les hypothéquer ou de les consacrer, comme il sera dit plus loin, aux œuvres d'utilité publique. Les Ochri sont restées soumises aux mêmes charges, malgré les changements survenus dans la condition des propriétaires.
Pour la plupart des terres de la Turquie d'Europe, on manque de documents propres à indiquer si elles appartiennent à l'une ou à l'autre des deux classes indiquées ci-dessus. Ces terres, comme celles qui ne sont point occupées par un propriétaire connu, forment une troisième classe, considérée, sous le nom de Mirij comme propriété de l'État. Les terres Miri sont concédées à ceux qui les cultivent, en vertu d'un titre nommé Tapou. Les concessionnaires sont soumis au même impôt que les propriétaires des Kharadji ; mais ils ne peuvent, comme ces derniers, vendre, hypothéquer ou consacrer à une œuvre d'utilité publique la terre qu'ils cultivent, s'ils n'en ont point reçu l'autorisation du gouvernement. Cependant ils peuvent vendre leur droit de jouissance, à la condition pour l'acquéreur de supporter les charges
du vendeur. Les terres Miri se transmettent, selon les coutumes locales, aux proches héritiers des concessionnaires. Beaucoup de terres Miri ont été accordées en fiefs à des Sipahis^ c'est-à-dire à des militaires obligés de servir pendant la guerre à la tête d'un certain nombre de cavaliers. Les Sipahis, non plus que leurs enfants, ne doivent pas cultiver les terres de leurs fiefs; mais ils sont substitués à l'État, en ce qui touche la jouissance des revenus fixés par les Tapous.
Il existe en Turquie une classe importante de terres, complètement distinctes des Ochri, des Kharadji et des Miri. Ces terres sont affectées par des lois spéciales à divers services d'utilité publique ; elles sont désignées par le nom de Wakfî. Pour en prendre une idée exacte, il faut remonter à leur origine.
L'institution des premières terres Wakfi a été inspirée aux musulmans par le sentiment religieux. Toutes les pages du Khoran invitent les croyants à employer « dans les voies de Dieu » leurs fortunes et même leurs personnes. Le livre saint recommande expressément l'aumône sous toutes les formes, ainsi que l'abandon d'une part des biens aux déshérités de la fortune. Ces conseils et ces prescriptions ont pour formule l'expression Fi-sebilillah, qui signifie : « sacrifice dans la voie de Dieu ». C'est le principal précepte imposé à tout bon musulman.
Le Khalife Omar institua le premier Wakfi, ayant pour objet l'assistance publique; et il consacra à cet usage son bien de Chamâ. Omar, ayant consulté le prophète sur son projet, en reçut cette réponse : « Fais avec la terre une fondation pieuse qui ne puisse être ni vendue, ni donnée, ni acquise par héritage, et dont le revenu soit employé en bonnes œuvres. » Omar formula comme il suit la destination qu'il voulait donner à son domaine. « Je donne ces biens, dans la voie de Dieu, en faveur des pauvres, des voyageurs et de mes proches. Quiconque en sera l'administrateur pourra, avec son ami, vivre légalement, du revenu de ce Wakfi, sans toutefois que ce soit pour lui un moyen de s'enrichir. »
Le W^akfi religieux était dès lors constitué. De nombreuses donations faites par des particuliers multiplièrent dans des pro-
FAITS IMPORTANTS d'oRGANISATION SOCIALE. 259
portions considérables les biens de cette nature. Pour les administrer, il devint nécessaire d'instituer une sorte de ministère spécial qui fut nommé Ewkaf. Cette administration prit bientôt dans l'empire une grande importance, en raison de l'abondance des biens qui s'y accumulaient. La loi qui l'a organisée déclare en principe que le fonds même des Wakfi appartient à Dieu seul ; que les propriétaires de ces biens sont de simples usufruitiers et qu'ils doivent seulement disposer des revenus ; qu'enfin la propriété complète de ces biens doit faire retour au ministère de r Ewkaf, si le donateur ou ses successeurs meurent sans laisser des héritiers du premier degré.
Après les Wakfi religieux dont il vient d'être question, on vit naître, dans les circonstances suivantes, une nouvelle sorte de biens, dits Wakfi coutumiers. Les propriétaires les constituent en en faisant cession à une mosquée, moyennant un prix fort inférieur à la valeur réelle. Les deux parties trouvent chacune des avantages dans ce genre de contrat. Le propriétaire conserve la jouissance de son immeuble, à la condition de payer aux administrateurs de la mosquée une redevance annuelle (Idjaré), débattue de gré à gré, en proportion du prix qui lui a été alloué par le contrat; et il reste libre de le donner en location. En conférant à sa propriété le caractère d'un Wakfi, il la met à l'abri des poursuites judiciaires, dans le cas où il ne remplirait pas ses engagements envers des créanciers. Lorsqu'il n'a pas d'héritiers du premier degré, le propriétaire sait, il est vrai, que son immeuble ne restera pas dans sa famille et fera retour au domaine del'Evvkaf ; mais il peut en partie conjurer cet inconvénient en cédant ses droits, vers la fin de sa vie, à une autre personne. Enfin il soustrait sa propriété à la servitude légale, dite Churfa^ en vertu de laquelle, en cas de vente, les propriétaires des terres contiguës possèdent sur les autres sortes de biens un droit de préemption. De leur côté les administrateurs de la mosquée trouvent dans cette combinaison de grands avantages. Ils se procurent, pour les fonds légués par les fidèles, un placement qui a toute la solidité des biens immobiliers et qui est exempt des embarras inhérents à leur administration. Ils n'ont point à sup-
2G0 eu. VI. — FORGERON BULGARE DES UShNES A FER DE SA&iAKOWA.
porter les charges qu'entraîne l'entretien des immeubles et ils profitent des améliorations que fait, à son propre compte, l'occupant qui, en signant le contrat, échange à vrai dire la qualité de propriétaire pour celle de tenancier. Les administrateurs perçoivent le droit de mutation, dit Mukataah, qui est du à la mosquée, chaque fois que le tenancier transmet à un tiers ses droits sur l'immeuble. Enfin, ils assurent éventuellement à la mosquée la propriété complète de l'immeuble Wakfî, dans le cas oii le propriétaire- tenancier décède sans enfants.
Les biens Wakfi, tant religieux que coutumiers, comprennent au moins la moitié des terres de l'empire ottoman. Mais cette institution a-t-elle répondu a ce que l'on en attendait ; est-elle dans une situation prospère? Il n'en est rien; et deuK causes ont amené la décadence de l'Ewkaf : 1' Les emprunts faits par le gouvernement dans les moments de grand embarras, emprunts qui n'ont jamais été remboursés; 2° la dépréciation constante des monnaies.
Ainsi, par exemple, tous les testaments relatifs aux anciens Wakfi avaient pour base VAspre^ dont la valeur jusqu'en 926 (15i9) était de 20 centimes. Aujourd'hui, l'Aspre n'existe plus que comme fraction de compte, et la valeur en est si faible qu'il faut six Aspres pour faire un centime. L'administration de l'Ewkaf touche maintenant des revenus, non d'après la valeur que l'Aspre avait à la date du testament, mais d'après la valeur insignifiante qui lui reste.
Outre les Ochri, les Kharadji, les Miri et les Wakfi, il existe une catégorie spéciale de terres dites 3Iévat (terres mortes). Les Mévat ont pour origine des terrains incultes qui ne donnaient aucun produit; et elles sont devenues la propriété de celui qui lésa défrichées. Elles rentrent, selon les cas, dans l'une des trois premières catégories ; mais elles ne deviennent Wakfi que par une consécration formelle.
Dans ia contrée de Samakowa, la plupart des (erres Mévat sont possédées par les ouvriers dans les conditions décrites pa. la présente monographie. Les propriétaires y cultivent à bras des plantes potagères et des fruits pour la consommation domestique.
FAITS IMPORTANTS d'oRGANISATION SOCIALE. 2GI
Le droit de propriété n'est pas établi pour ces biens d'une manière plus absolue qu'il ne l'est pour ceux dont jouissent les paysans russes (ii à v, g) ; mais, en fait, celui qui en jouit n'en peut être dépossédé que s'il laisse la maison en ruine et le terrain sans culture, pendant un intervalle de trois années. Dans le cas où il y a utilité publique, l'État peut, en outre, exproprier le détenteur d'une terre morte, et, dans ce cas, il est tenu seulement de lui rembourser la valeur des constructions.
A la mort du chef de famille qui n'a pas disposé de ses biens par testament, l'héritage est partagé de telle sorte, que la part de chaque garçon est double de la part attribuée h chaque fille. Lorsque les héritiers ne sont liés au propriétaire décédé que par une parenté éloignée, et dans certains cas prévus par la loi, l'État peut revendiquer une portion de l'héritage.
Au reste, les propriétaires des terres Mévat ont presque tous l'habitude de mettre leurs droits sous la protection d'une mosquée, dans les conditions ci-dessus indiquées pour les biens Wakfi. Ils lui payent annuellement une redevance modique, proportionnelle à la somme primitivement empruntée par l'ancêtre qui a contracté cet engagement. La mosquée fait inscrire le bien sous son nom, ce qui assure mieux le droit du propriétaire et le garantit contre les éventualités qu'on vient d'indiquer. Dans ce cas, en effet, l'État n'exerce pas son droit de reprise sur les propriétés non entretenues, et le propriétaire est libre de disposer de son bien, par testament, comme il le juge convenable, sans que l'État ait jamais droit de prétendre à une part d'héritage. Pour le cas décrit dans la présente monographie, c'est-à-dire pour une propriété bâtie occupant, avec ses dépendances, une surface de 12 ares, la famille se procure ces avantages et ceux de l'emprunt primitiî moyennant une redevance nnuelle de 91 centimes.
En principe, l'organisation de l'agriculture, comme celle de l'industrie (i), repose donc en Turquie sur le système des engagements forcés : en fait, les mœurs et surtout les excellentes habitudes de patronage conservées par les seigneurs turcs (13)
262 eu. VI. — FOi»GERON BULGARE DES USINES A FliR DE SAMAKOWA.
donnent aux relations qui se maintiennent à perpétuité entre I maîtres, leurs tenanciers ou leurs ouvriers, le caractère d'en gagements volontaires permanents.
SUR LE CARACTÈRE DE LA DETTE QUI LIE, A SAMAKOWA, LES OUVRIERS CHRÉTIENS AUX PATRONS MUSULMANS.
Les ouvriers chrétiens des forges de Samakowa se succèdent, dans ces usines, depuis un grand nombre de générations, sans avoir la pensée d'émigrer au dehors. Ils ont, en principe, la libre disposition de leurs personnes, mais ils sont tous liés à leurs patrons par une dette qu'ils devraient acquitter avant d'être autorisés à passer au service d'une autre personne : cette dette est donc une des formes à l'aide desquelles se maintient en fait le régime des engagements forcés. Dans chaque établissement, on constate exactement les sommes dues par chaque ouvrier; le total de ces sommes mesure le droit acquis par le propriétaire sur la force productive des ouvriers qu'il emploie : il constitue l'un des principaux éléments de la valeur marchande des usines.
Cependant, pour apprécier exactement l'état de dépendance où vivent ces ouvriers, il importe de constater que cette situation n'a nullement à leurs yeux un caractère pénible. La dette qu'ils ont contractée, et qui s'accroît ou diminue selon les besoins et les inclinations de la famille, se rattache, dans leur pensée, à la sollicitude du maître et non à une aliénation de liberté individuelle faite à son profit. Les ouvriers, qui, par une propension exceptionnelle pour la tempérance ou l'économie, parviendraient à éteindre leur dette, ne se cjx)iraient point placés pour cela dans une catégorie à part. Cette circonstance ne ferait pas naître cTiez eux la pensée de quitter une exploitation dans laquelle ils trouvent, comme l'ont fait leurs pères, une existence heureuse. Cet état de choses, d'ailleurs, est maintenu par l'esprit conservateur qui règne chez toute la population , par les inclinations
bienveillantes et par le sentiment religieux des patrons. Ceux-ci, par exemple, respectent scrupuleusement les prescriptions du Khoran qui interdisent le prêt à intérêt; et, quelle que soit la dette des ouvriers, ils n'effectuent jamais, à titre de remboursement, sans le consentement de ces derniers, aucune retenue sur leurs salaires.
Les auteurs de la présente monographie, avant de se rendre sur le lieu de leur étude, avaient entendu citer la dette des ouvriers forgerons comme un symptôme évident d'un état d'oppression et de soufl'rance qui pèserait en Turquie sur les classes ouvrières et particulièrement sur les chrétiens. L'observation directe des faits a démontré la fausseté de cette allégation. Elle a prouvé qu'en Europe la constitution sociale de la Turquie est au contraire celle qui garantit le mieux la stabilité et le bienêtre des familles vouées aux travaux manuels, celle surtout qui conserve le mieux, entre les classes extrêmes de la société, les rapports naturels de patronage et d'obéissance fondés sur une affection réciproque. Le jugement qui vient d'être porté sur la dette des forgerons ne repose pas seulement sur les déclarations spontanées de la population entière de Samakowa ; il a été confirmé par la déclaration écrite d'un membre éminent de la hiérarchie des Ulémas (20) qui a longtemps jugé les procès de ce district manufacturier.
DE l'influence QU'eXERCE l' ACQUISITION DES VÊTEMENTS ET DES BIJOUX SUR LE DÉVELOPPEMENT DE LA. PRÉVOYANCE CHEZ LES PEUPLES DE l'ORIENT.
Les peuples de l'Orient, sollicités par le sentiment de la dignité personnelle, attachent à la possession de beaux costumes un intérêt particulier : c'est sous cette forme que s'accumulent surtout les épargnes de la famille. On ne craint pas, même dans les classes inférieures de la société, d'acheter des objets d'un haut prix et de longue durée, parce que la coupe et la couleur des vêtements, appropriées aux convenances de la profession et
204 CH. VI. — FORGIinON BULGARE OES LSINKS A FER DK SAMAKOWA.
du climat, restent invariables. Cette permanence du costume est encore une manifestation de cet esprit de conservation qui anime les peuples de l'Orient. Il les distingue profondément des populations à goûts changeants qui se développent de plus en plus dans l'Occident. Chez les musulmans, en outre, où la loi religieuse interdit le prêt à intérêt, le désir de donner aux épargnes une destination utile conduit généralement à compléter l'habillement par une grande quantité de bijoux d'or et d'argent. Le véritable caractère de ces habitudes se manifeste visiblement dans l'usage, adopté par les musulmans soumis à la domination russe et par les chrétiens soumis aux Turcs, d'introduire des monnaies d'or et d'argent dans le costume des femmes. Dans le pays des Tchérémisses, que traverse la route de Nijni-Novogorod à Kasan, les femmes se parent, les jours de fête, d'une double pancarte, ressemblant beaucoup à la chasuble du clergé romain, recouverte d'une multitude de monnaies d'argent, dont le millésime remonte parfois à une époque reculée. Guidées par un meilleur goût, les femmes bulgares, dont il est question dans la présente monographie (lo), assemblent les monnaies en guirlandes dont la longueur fournit une assez bonne mesure des habitudes d'ordre et de la régularité des mœurs de la famille. Ici encore se révèle l'utilité pratique de certames coutumes qui, au premier aperçu, sembleraient devoir soulever des critiques. Assurément, les mœurs de l'Occident peuvent suggérer, en ce qui concerne le développement de la prévoyance chez les ouvriers, des moyens plus parfaits que cette pression de l'opinion qui excite les Orientaux à placer leur épargne, soit dans des costumes de longue durée, soit dans des bijoux d'or ou d'argent. Mais, avant de provoquer l'abrogation de ces vieilles coutumes, il faut s'assurer que les mœurs des populations sont à la hauteur des méthodes perfectionnées, et que ces méthodes auront une efficacité réelle.
Il est certain, par exemple, que les sociétés mutuelles de prévoyance et les caisses d'épargne, établies en si grand nombre dans les villes de la France et de la Grande-Bretagne, offrent à l'économie privée des combinaisons plus recommandables que
FAITS IMPOnTANTS d'oRGAMSAI ION S CIALE. 265
celles du système oriental. Il faut néanmoins reconnaître que le dépôt hebdomadaire d'une somme d'argent à la caisse d'épargne n'a par lui-même aucun attrait, et qu'en conséquence cet acte reste au-dessus de la portée intellectuelle et morale de beaucoup de familles. Dans le système de l'Orient, il n'y a point de famille qui soit complètement étrangère aux jouissances immédiates de l'épargne. Chacun est intéressé à augmenter le nombre des pièces d'argent qui, introduites dans la toilette, procurent une vive satisfaction aux femmes et aux jeunes filles, et élèvent, à juste titre, dans l'opinion publique la considération de tous les membres de la famille. Dans ce système, le goût de la parure et l'amour-propre, c'est-à-dire deux vifs sentiments personnels, sont constamment surexcités en même temps que la prévoyance : il n'est donc pas étonnant que celle-ci se développe sous celte forme au milieu de populations entières ; tandis que, sous la forme plus rationnelle, mais moins séduisante, de la caisse d'épargne, elle reste en Occident l'apanage d'une faible minorité. Ce détail, entre beaucoup d'autres, signale une des imperfections du mouvement réformateur de l'Occident. Les institutions nouvelles y naissent, en général, sous l'influence d'opinions et de spéculations philosophiques, qui ne tiennent pas suffisamment compte de la condition intellectuelle et morale des classes ouvrières. L'application en est d'ailleurs confiée trop souvent à des personnes peu initiées à la connaissance de leurs qualités et de leurs défauts, de leurs habitudes et de leurs plaisirs. De là résulte en partie le mépris de la tradition qui se développe de plus en plus parmi les ouvriers de l'Occident.
SUR l'institution de la justice et la niÉRÂRCniE