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Mahmoud ben Hedid, frère du précédent

31. Ahmed el Massrawi (Ahmed l'Égyptien), originaire d'Egypte.

32. Mohammed el Naplousi (Mohammed le Naplousain), originaire do

Naplouse.

On pourrait rattacher aussi à la communauté l'/irabe nomade à qui les troupeaux sont donnés en cheptel. Cet Arabe habite sous la tente à côté du village, et c'est par exception seulement qu'il vient manger avec la famille.

Trois enfants du Cheikh Mohammed et de sa première femme Sarah sont déjà mariés : un fils, resté dans la communauté, a été dénommé ci-dessus ; la fille aînée, Bender, âgée de 18 ans, mariée avec son cousin Ahmed, fils du frère aîné du chef de famille, Daoud, habite avec son mari dans la maison de ce dernier (12) ; la seconde fille Salkah, âgée de Ik ans et mariée à un autre cousin, habite aussi dans la famille de son mari.

L'esclave nubienne Bahérié n'a pas été tout d'abord concubine du premier frère. Des symptômes de jalousie paraissent avoir existé jadis à son sujet entre celui-ci et le chef de famille : le souvenir en est entièrement effacé aujourd'hui.

Aïssé, mère du troisième frère, était la seconde femme du père du chef de famille; elle en a eu, outre Farès, plusieurs filles qui sont mariées dans le village t elle-même reste comme veuve dans la communauté et se rattache naturellement au ménage de son fils (s et 1 0) .

Les huit premiers domestiques, attachés à la famille pour l'aider dans son exploitation agricole, portent le nom de Harratine (laboureurs) : trois d'entre eux (n"' 23, 2 4 et 25), n'étant pas mariés ou n'ayant pas leur famille à Bousrah, couchent dans la maison ; les cinq autres vont ordinairement coucher dans leurs familles (20).

Les deux derniers domestiques se rattachent à la communauté, moins directement que les précédents : ce sont les Natours destinés au service du Medhafé (10). Ils sont nourris et logés dans la maison, mais ils sont rétribués par tous les chefs de famille du village. Tous deux sont étrangers au pays.

312 en. VIII. — PAYSANS EN COMMUNAUTÉ DE BOUBRAH,

RELIGION ET HABITUDES MORALES. i

Tous les habitants de Bousrah appartiennent à la religion musulmane et reconnaissent comme chef spirituel et temporel le sultan résidant à Constantinople ; mais ils ne suivent pas le même rite que les Turcs et se rattachent, avec la plupart des Arabes de Syrie, à l'école de jurisprudence civile et religieuse dite de Chafeï.

Bousrah a été visitée par le prophète Mohammed, et la tradition rapporte que sa mission lui fut prédite dans cette ville par le moine Boheira, dont la légende est célèbre dans tout l'Orient. Plus tard le khalife Othman y fît élever, à la place où se coucha son chameau, la célèbre mosquée d'e/ #a&raÂ: qui existe encore aujourd'hui. A tous ces titres, Bousrah est considérée, par les Arabes du moins, comme un sanctuaire religieux ; et ces souvenirs entretiennent une certaine ferveur parmi les habitants. Ils se distinguent sous ce rapport des Arabes nomades qui se montrent en général musulmans peu zélés et infidèles observateurs des préceptes du Koran (i, 3); mais ils ont adopté, dans les pratiques religieuses, les habitudes de ces Arabes. Le culte public n'existe pas à Bousrah où le clergé musulman n'est pas représenté. Aux principales fêtes seulement, l'un des hommes les plus respectables du village récite en public les prières d'usage dans la mosquée d'el Mabrak; d'ordinaire, chacun des habitants fai en particulier ses prières quotidiennes, et tous suivent assez exactement ceux des préceptes du Koran qui sont relatifs à l'hygiène. Dans leurs rapports avec les chrétiens grecs et latins du pays, ils ne paraissent pas faire preuve de fanatisme : c'est, d'ailleurs, un fait général parmi les musulmans du Haourân qui vivent avec les chrétiens sur un pied d'égalité presque complète. Les dispositions charitables, qu'on retrouve en général chez tous les musulmans, s'observent à un haut degré chez les paysans haourâniens. A l'époque de la récolte, ils donnent des grains en

abondance aux mendiants de Damas qui viennent parcourir la contrée (vi, is).

Gomme chef d'une maison qui descend de l'un des familiers du prophète et comme Cheikh du village, Mohammed serait mal vu s'il ne donnait l'exemple du zèle religieux : il paraît d'ailleurs animé d'un profond sentiment de piété qui contribue à l'élever au-dessus du niveau des autres habitants. Il se distingue par sa délicatesse morale, son esprit de justice, son affabilité et sa générosité ; ces qualités lui assurent une grande autorité dans tout le pays; aussi est-il souvent choisi comme juge des différends par les paysans et par les Arabes eux-mêmes (s). Les autres membres de la communauté ne paraissent pas s'élever, sous le rapport moral, au-dessus du reste de la population : unis dans un sentiment commun de respect pour le chef de famille, ils se soumettent à ses décisions et vivent entre eux en bonne intelligence. Les discussions, d'ailleurs, sont rares dans le sein de ces communautés, la tâche de chacun étant nettement définie. Les femmes sont traitées avec douceur par leurs maris qui leur abandonnent complètement la direction intérieure de la maison. Dans chaque famille, l'une d'elles, la plus âgée, en général, est investie d'une autorité ordinairement respectée par ses compagnes (lo).

L'instruction est peu répandue parmi la population musulmane du Haourân, et les villages ne possèdent pas d'écoles permanentes. Quand il se trouve dans l'un d'eux un certain nombre de jeunes gens désirant apprendre à lire et à écrire, on fait venir de Damas ou des environs un maître engagé pour un temps déterminé. Il y a d'ordinaire, dans chaque communauté, une personne au moins sachant lire, écrire et compter ; dans celle qui est ici décrite, le Cheikh Mohammed et son frère Ali possèdent cette instruction élémentaire. Le fils aîné du Cheikh, quoique déjà marié, n'a rien appris encore, mais on doit faire venir cette année même un maître qui l'instruira en même temps que plusieurs autres jeunes gens du village. C'est dans le Koran qu'on apprend à lire, et l'instruction a toujours un caractère exclusivement religieux. Du reste, il y a dans ce milieu social un en-

semble de connaissances sur l'ordre moral et religieux qui se transmettent par tradition, et qui remplacent dans une certaine mesure l'instruction proprement dite. L'aptitude à la poésie se rencontre fréquemment parmi les paysans et surtout parmi les nomades qui ont ce talent en grande estime.

Les mœurs sont bonnes en général dans le pays. Les jeunes filles, qui d'ailleurs se marient de très-bonne heure, se conduisent fort bien. La sévérité de l'opinion est telle que, si une fille commet une faute, ses parents la mettent à mort de leurs propres mains. Quoique menacées du même sort en cas de surprise, les femmes mariées paraissent avoir une conduite moins régulière : du reste, les unes et les autres sont sans voile et jouissent d'une grande liberté. Les jeunes gens se marient d'ordinaire beaucoup plus tard que les jeunes filles, parce qu'ils sont obligés de se faire une dot pour obtenir une femme.

Toujours armés et souvent obligés de se servir de leurs armes pour leur défense personnelle et pour celle de leurs propriétés, les paysans haourâniens paraissent cependant plus enclins à la ruse qu'à la violence. Dans leurs discussions d'intérêt, ils s'injurient longtemps et épuisent toutes les formules de malédiction avant d'en venir aux mains; habituellement ils acceptent, pour régler leurs différends, l'intervention d'un Cheikh ou d'une personne influente (vi, 20) ; mais ce n'est que très-exceptionnellement qu'ils portent leurs causes devant le Cadi turc de Damas. En cas de meurtre, la coutume et la loi admettent la compensation pécuniaire; mais un certain déshonneur s'attache à la famille qui, ayant perdu un de ses membres, consent à recevoir le prix du sang; Il en résulte que les dettes de sang se transmettent d'une génération à l'autre et entraînent quelquefois une longue succession de meurtres.

La cruauté n'est pas d'ailleurs dans les mœurs du pays, et les animaux eux-mêmes y sont traités avec .beaucoup de douceur. En dehors de l'état de guerre, les Arabes et les paysans attaquent souvent les propriétés d'autrui, mais presque jamais ils ne menacent la vie ; la crainte d'être obligés de payer le prix du sang à un taux très-élevé, ou bien d'être exposés aux ven-

OBSERVATIONS PRIÎLIMIN'AIRES, 315

geances héréditaires, entre sans doute pour beaucoup dans ce respect des Arabes pour la vie humaine.

Dans leur ensemble, les mœurs des paysans haourâniens ressemblent à celles des Arabes nomades, avec lesquels ils ont de fréquents rapports; le costume, le mode de vie sont presque identiques; c'est la même simplicité et la même rudesse de manières. Les paysans ont adopté le dialecte arabe parlé par les Bédouins, en sorte qu'il est souvent difficile de distinguer les uns des autres. On observe cependant que les paysans sont d'ordinaire plus grands et plus robustes que les Arabes nomades.

HYGIÈNE ET SERVICE DE SANTÉ

Le site de Bousrah est salubre par lui-même ; mais la ruine des magnifiques travaux, faits jadis pour l'aménagement des eaux, a créé des marécages autour des sources à l'ouest de la ville; d'un autre côté, l'action de la chaleur sur les terres arrosées détermine la formation de miasmes paludéens ; il en résulte des fièvres intermittentes qui se font sentir au printemps surtout, mais qui ne paraissent pas être dénature pernicieuse; plusieurs membres de la communauté en ayant été atteints ont guéri spontanément.

Les eaux légèrement thermales de la source située dans les ruines mêmes de la ville ont l'avantage de permettre aux habitants de prendre des bains en hiver aussi bien qu'en été ; ils en usent fréquemment pour satisfaire aux préceptes religieux des ablutions. Cette source fournit aussi l'eau de boisson pour tout le village, les femmes venant la chercher dans des outres qu'elles portent sur l'épaule.

La mauvaise saison étant très-courte et le froid ne se faisant guère sentir pendant plus d'un mois chaque année, les habitants, savent mal s'en préserver; aussi sont-ils souvent pris d'inflammations aiguës pendant le temps de la pluie (cette expression est ordinairement employée pour désigner l'hiver) . Les chaleurs de

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l'été paraissent n'entraîner aucun inconvénient; on prend soin seulement de se bien couvrir la tête à l'aide du Kéjieh (i o) qui, selon la disposition qu'on lui donne, préserve de la chaleur ou du froid. Pendant l'été il arrive souvent qu'on couche en plein air sur les terrasses.

Les grandes épidémies de peste et de choléra ne paraissent pas avoir sévi avec intensité dans le pays depuis le commencement de ce siècle. Les ophthalmies n'étant pas soignées dès le début deviennent presque toujours graves et laissent des traces qui altèrent la vue ou la comprometlent complètement ; mais elles ne semblent pas plus communes que dans beaucoup de localités de l'Occident.

Les maladies syphilitiques sont assez fréquentes chez les paysans. Elles paraissent avoir été importées dans le Haourân par les soldats irréguliers qu'on y envoyait autrefois. Méconnues et mal traitées, elles acquièrent beaucoup de gravité, se transmettent d'une génération à l'autre, et ont compromis l'avenir d'une assez notable partie de la population.

Tous les membres de la famille jouissent d'une santé excellente et la force s'unit chez eux à la dignité extérieure. Les femmes sont remarquables par leur beauté, et les hommes par la noblesse et la fine expression de leurs traits. Les mariages se faisant généralement, et surtout dans les principales familles, entre parents, les caractères de race se transmettent fidèlement d'une génération à l'autre. Cette habitude cependant n'empêche pas d'une manière absolue les croisements de sang parce que, dans les cas de polygamie, celui qui prend une seconde ou une troisième femme la choisit le plus souvent parmi les étrangères. G*est ainsi que, dans la famille ici décrite, le père du chet actuel avait été chercher à Damas une femme de race kurde, et que ce chef lui-même a épousé une Bédouine (2).

Le service médical n'est nullement organisé, au grand regret des paysans qui aiment à demander des conseils aux médecins étrangers et se montrent très-empressés à les exécuter. Le soin des malades est remis à des paysans empiriques dont le système consiste, en général, à appliquer aux hommes les méthodes de

traitement qui ont réussi chez les animaux. Ils se montrent surtout prodigues de cautérisations au fer rouge qu'ils appliquent avec beaucoup de hardiesse et avec un véritable succès dans les affections arliculaires et rhumatismales. Souvent ce sont les domestiques, appelés Natours (2) et destinés au service des étrangers, qui sont en possession d'appliquer ces remèdes. Ce sont eux aussi qui exécutent les opérations ordinaires de la chirurgie et la circoncision des enfants. •

Les vieilles femmes de chaque famille assistent ordinairement les plus jeunes dans leurs accouchements. Quand les enfants sont malades, les mères recourent presque toujours à quelques pratiques occultes, souvent aussi à des pèlerinages près de quelque tombe vénérée. Presque tous les enfants d'ailleurs portent sur la tête, en guise d'amulette préservateur, un coquillage, un lambeau d'étoffe rouge ou quelque autre objet.

RANG DE LA FAMILLE

Les paysans de Bousrah exploitent une terre indivise qui, en droit, appartient au chef de l'État ; aussi la nomment-ils la terre du sultan {Arcl el sultan). Ils paient en échange une redevance unique, appelée Miri^ qui évidemment représente à la fois l'impôt et le loyer de la terre (vi, 17). La situation de ces paysans peut donc être comparée à celle des fermiers de biens domaniaux dans notre pays. En réalité, ils appartiennent à la catégorie des ouvriers propriétaires, possédant en propre les instruments de travail sans aucun droit permanent sur la terre ; d'autre part, ils se rattachent au système du travail sans engagement, libres de se transporter ou même de changer de terre à volonté, le sol étant partout à leur disposition.

C'est un fait digne de remarque que- ces familles de paysans du Haourân ne cumulent pas avec l'entreprise agricole les attributions manufacturières, comme cela peut être observé presque toujours dans un état de société analogue (r, 5). Ils ont à peu

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près exclusivement le caractère d'agriculteurs, et cela tient sans doute au voisinage d'un centre commercial important comme Damas, et à celui des Arabes nomades qui vendent à bas prix les étoffes manufacturées par leurs femmes.

La famille ici dccrite, quoique son chef soit en même temps Cheikh du village, ne s'isole en rien des autres familles de paysans. Les privilèges dont son chef est investi ne font guère que compenser les charges qui lui incombent et qu'il accepte généreusement pour maintenir sa réputation d'hospitalité. Cette conduite des Cheikhs musulmans du Haourân contraste d'une manière remarquable avec celle d'autres Cheikhs de Syrie qui, surtout parmi les Druses, étalant un certain faste et dépensant beaucoup pour leurs intrigues près du pacha, sont entraînés aux abus de pouvoir, afin d'augmenter leurs revenus.

Loin de perdre en considération par la simplicité de sa vie, la famille doit à son origine illustre, au discernement, à l'esprit de conciliation et à l'énergique fermeté du Cheikh, à sa dignité extérieure et à son habilité dans les exercices du corps une eslime et un respect que rien n'altère. Comme chef mihtaire, il peut réunir environ 300 cavaliers ou fantassins de sa famille, répartis dans différents villages, mais toujours prêts à se rendre à son appel : une force aussi imposante ajoute nécessairement beaucoup à son autorité. Cette année même, le Cheikh Mohammed a été choisi comme l'un des arbitres désignés pour régler les conditions de paix entre les Haourânié et les Druses, leurs voisins, avec lesquels ils étaient en guerre.

Moyeiiii d'existence de la famille.

PROPRIÉTÉS

(Mobilier et vêtements non compri?.)

Immeubles ^ 950^ 00

1" Habitation. — Maison comprenant le Medhafé (partie destinée au service des étrangers) ; le Harim (partie réservée aux femmes et aux membres de la famille); divers

magasins, cours et écuries pour le service de l'exploitation rurale : on ne peut attribuer à cette maison que la valeur des travaux d'appropriation faits pour rendre habitables les ruines qui la composent; environ 800^00.

2° Beidar. — Espace d'une étendue de 1 hectare 50 ares environ, situé à proximité des maisons; cet espace, clos d'un mur en pierre sèche, sert à battre les grains et fournit un pâturage où les chevaux peuvent Otre abandonnés en liberté : valeur estimée égale à celle des travaux de clôture, 150'^ 00.

3° Terre arable. — Cette terre n'est pas possédée par la famille qui n'a sur elle aucun droit permanent : il n'y a donc pas lieu d'en estimer la valeur parmi ses propriétés. L'étendue des terres ensemencées chaque année par la famille peut être évaluée à 70 hectares environ.

Esclaves domestiques. 0^ 00

La famille possède une femme esclave achetée il y a 18 années pour une somme de 750*^00; on pourrait sans doute la considérer comme représentant un capital; mais un examen attentil de sa situation montre qu'elle fait réellement partie de la famille dont elle ne doit plus jamais être séparée. Devenue concubine de l'un des frères du Cheikh (2), elle a eu de lui un enfant qui est élevé exactement dans les mômes conditions que les autres enfants de la famille. Cette situation persistera pour elle jusqu'à sa mort sans que jamais on ait la pensée de la vendre, ce qui d'ailleurs serait contraire aux principes de la morale musulmane. Il n'y a donc pas lieu d'attribuer à l'esclave une valeur parmi les propriétés de la famille.

Argent 396^ 00

La famille ne possède pas d'argent placé à intérêts; mais les divers membres disposent de petites sommes qui sont leur propriété personnelle et qui montent à 90"^ 00 ; en outre le chef de la communauté, en sa qualité de Cheikh du village, est exposé à des dépenses imprévues qui l'obligent à avoir une somme de 300^00 environ, qui constitue, avec les grains, les jeunes animaux et les provisions, le tonds de roulement de la communauté, administrée à la fois par le Cheikh Mohammed, par son frère cadet Mahmoud et en partie aussi par Sarah, première femme du Cheikh, dite mère des enfants ('2).

Animaux domestiques entretenus toute l'année 15,059^ 00

1° Chevaux. — 2 juments et 2 chevaux de race, réservés pour la course et les voyages : la jument que monte habituellement le Cheikh Mohammed est estimée 1200*^00 et les 3 autres chevaux à 500*^00 chacun en moyenne ; — une pouliche de race, âgée de 1 an, 500*^00; — 3 chevaux ou juments, déjà âgés, et employés comme animaux de charge, estimés à 200^00 chacun. — Total, 3,800''00.

2° Mulets. — I mulet jeune et vigoureux, 325^00.

3" Chameaux. — 7 chameaux mâles ou femelles, achetés aux Bédouins à l'âge où ils peuvent travailler : chacun d'eux a une valeur moyenne de 225^00. — Total, 1,575^00.

4" Anes. — 10 ânes ayant chacun une valeur moyenne de 40'' 00. — Total, 400f00.

5" Bêtes à cornes. — 20 bœufs de labour, estimés en moyenne à 200"^ 00 chacun, * 4,000^00; — 6 vaches ou génisses, estimées en moyenne à 110^00 chacune, GOO'^00; — 4 veaux ayant une valeur moyenne de 120^00. — Total, 4,780'^00.

G» Bétes à laine. — 200 brebis et 50 moutons, ayant en moyenne une valeur de 8^00 par tête, 2,000' 00 ; - 1 bélier, 25' 00. — Total, 2,025^00.

320 eu. VIII. — PAYSANS EN COMMUNAUTÉ DE BOUSRAII.

7° Chèvres. — 330 chèvres ayant chacune une valeur de 6^.00 par tête, 2,100^ 00 ;

— 3 boucs, 24^00. — Total, 2,124^00.

Le troupeau a été désorganisé cette année par des Arabes nomades ennemis du village qui en ont volé la plus grande partie. Il doit être reconstitué, au printemps de 1858, par des cadeaux et des achats. On n'a pas tenu compte ici de ce fait accidentel, et on a attribué au troupeau de brebis et de chèvres le nombre de têtes qui le composent habituellement.

8° Basse-cour. — 50 poules ou poulets entretenus pendant toute l'année, 30^00.

Matériel spécial des travaux et industries. 1,000^ 00

1° Exploitation agricole. — 10 charrues sans roues et sans oreilles (le fer est acheté à Damas, le bois est façonné dans la communauté), 100' 00 ; — cordes en chanvre de Damas, servant à fixer les boeufs au joug, 30'' 00; — 10 aiguillons {Massas) en forme de lances et servant aux laboureurs pour conduire et exciter leurs bœufs, 20f00;

— 4 instruments servant à battre (Loheh) : chacun d'eux, composé de plusieurs planches, est large de 1 mètre et long de 2'°,25; la face inférieure des planches est garnie de quelques pointes en fer et d'un grand nombre de pierres aiguës, 70' 00 ; — faucilles {Meudjel), et gants grossiers {Kœul), munis pour le pouce de la main gauche d'un petit croc en fer {Ramlouk), qu'on emploie pour moissonner, 25'' 00; — mesures de capacité pour les grains, dites Mid (22), fabriquées en bois à Damas, 12^00; — cribles de diverses grandeurs pour nettoyer les grains, 14' 00; — 30 sacs en tissu de poils de chèvre, servant au transport des grains (chacun contient de 130 à 150 litres), 90'00;

— pioches et pelles pour creuser et remuer la terre, 18^00; — nombreuses corbeilles {Couffes) en paille tressées par les femmes et servant à transporter les terres à distance, 10^00. — Total, 389f00.

2° Exploitation des chevaux de course et de voyage. — 6 selles arabes {Serdj), achetées à Damas : elles présentent, entre autres ornements, 2 glands qui pendent de chaque côté du ventre du cheval et servent à chasser les mouches (chacune vaut environ 30^00), 180^00; — 6 brides arabes avec mors garni d'un ajustage qui presse fortement le palais du cheval quand on le fait agir; les têtières sont en tissu de laine rouge, fabriqué à Damas (chaque bride est évaluée à 10^00), 60"^ 00; — 6 licols et longes avec lesquels on dirige ordinairement les chevaux, les brides n'étant employées que dans les circonstances exceptionnelles, 24^00; — 6 appareils pour entraver les chevaux pendant la nuit (chacun se compose d'un cercle en fer pour serrer le pied du cheval, d'un piquet de fer et d'une petite chaîne ou d'une corde), 30^00 ; — 6 doubles sacs {Kourdj), en étoffe de laine du pays, espèces de besaces qui se placent en travers delà selle et où se mettent les vêtements et les provisions de voyage, 30^00; — 10 petits sacs en coton {Alik), munis de cordes qui permettent de les attacher au cou des chevaux et dans lesquels on donne l'orge à ces animaux, 10^00. — Total,

3° Exploitation des animaux de charge. — 7 bâts pour chameaux, 42^00; — cordages en chanvre et en poils de chèvre, pour attacher les charges sur le dos des chameaux et pour entraver ces aminaux pendant la nuit, 30'' 00; — licols et longes servant à attacher les chameaux les uns à la suite des autres pendant les marches (les licols sont ornés de coquillages marins), 21^00; — grands ciseaux employés pour tondre le poil des chameaux, 4'^00; — 4 bâts pour le mulet et pour les 3 chevaux de charge, 28'' 00; — cordages pour maintenir les charges sur le dos de ces animaux, 12^00; — appareils pour les entraves, 20^00; — petits bâts ou pièces d'étoffes servant à garnir le dos des ânes quand on les charge, 20^00. — Total, 177*^00. " 4° Manipulation du lait de vache, de chèvre et de brebis, — 10 outres (Kirbeh) en peau de chèvre, servant au transport du lait, 20^00; — 3 outres en peau de chèvre,

servant à brasser le lait pour faire le beurre, 6' 00; — divers vases en bois pour y déposer le lait, tamis à fond de crin pour le passer, 6^00; — 10 outres en peau de chèvre, pour conserver les provisions de beurre, SCOO; — 15 jarres en terre cuite pour la préparation du fromage {Keshk), 6^00. — Total, 58'' 00.

5° Entretien de l'habitation. — Rouleau en pierre fait avec un fragment de colonne et servant à tasser la terre sur les terrasses des maisons (le rouleau est percé à ses extrémités et garni de manches en bois qui permettent de le traîner), 3^00; — planches employées par les femmes en manière de truelles pour rendre unie la surface du mortier de terre dont elles tapissent l'intérieur de leurs chambres, 2^00. — Total, S^OO.

6" Récolte du bois. — Haches de diverses grandeurs, mais se maniant toutes d'une seule main, 12^00; — couteaux de formes spéciales avec manches ornés de clous en cuivre, employés pour façonner certains ouvrages en bois, 6^00 ; — morceau de fer qu'on fait rougir au feu pour percer des trous dans le bois, 3^00. — Total, 21^00.

7° Blanchissage du linge. — 2 grands chaudrons en cuivre étamé, dont on se sert pour faire bouillir le linge et les vêtements dans de l'eau de savon (le plus souvent on lave le linge et les vêtements dans l'eau froide, près de la fontaine), 16^00.

Armes destinées à la guerre plutôt qu'à la chasse; elles sont indispensables aux paysans du Haourân qui ont souvent à se défendre contre leurs voisins. Elles ont des formes spéciales traditionnelles dans le pays ; toutes les armes à feu sont à pierre à cause de la difficulté que l'on éprouve pour se procurer des capsules 86/i^ 00

Les armes d'un cavalier comprennent : 1 lance, longue de 4 mètres environ, faite avec un bambou et garnie au-dessous du fer avec une plume d'autruche, 16^00; — 1 sabre (Seif) courbe, avec un fourreau à garniture en argent et en cuivre, 70' 00;

— 1 paire de pistolets {Tabangeat) avec quelques ornements en cuivre argenté, 40^00 ;

— 1 ceinture munie de sacs pour les pistolets, 12^00; — 1 espèce de baudrier, garni de tuyaux en cuivre où on place la poudre, 15^00. — Total, pour les armes d'un cavalier, 153^00.

Les armes d'un fantassin comprennent : un fusil à un coup, à canon très-long, 40^00; — 1 long poignard recourbé (Khandjar), 10^00; — 1 ceinturon ou 1 baudrier, muni de sacs pour y placer la poudre et les balles, 8^00. — Total, pour les armes d'un fantassin, 58^00.

Chacun des quatre hommes adultes de la famille possède à la fois les armes du cavalier et celles du fantassin : il y a, en outre, dans la maison une provision de poudre et de balles, évaluée à 20^00. — Total, pour les armes et les provisions de guerre de la famille, 864'' 00.

Valeur totale des propriétés...., 18,269' 00

SUBVENTIONS

Comme dans tous les pays où la propriété est indéterminée, les subventions dans le Haourân occupent une place très-importante parmi les ressources des paysans. Elles ne proviennent pas de la commune seulement. Leur domaine s'étend pour ainsi dire à volonté, tant les ressources sont abondantes relativement au chiffre de la population fixe. En réalité, il n'a d'autre limite que la concurrence faite aux paysans par les Arabes nomades du désert. On peut donc ranger les subventions en deux classes, les unes fournies par le domaine communal, les autres prises en dehors de ce domaine. A la première classe se rattachent celles dont l'énuméralion suit :

i" Dans tout le Haourân, et spécialement à Bousrah, les paysans habitant au milieu de vastes ruines peuvent se créer des habitations presque sans frais, en se servant des maisons encore debout et des débris de celles qui sont détruites. Cette subvention équivaut à peu près à la gratuité des loyers.

2° Le Miri (s) ayant été fixé primitivement en raison d'une certaine étendue de terre cultivée, on diminue sa quotité, relativement aux produits du sol, en exploitant chaque année une quantité de terre plus grande que celle pour laquelle on paie. Ce supplément de terre cultivée, sans accroissement de redevance, constitue une véritable subvention, émanant de la commune, et résultant du mauvais établissement de l'impôt et de l'incurie des administrateurs publics. Mais si l'état d'abandon où les paysans sont laissés par le gouvernement leur est en cela profitable, d'autre part il les soumet à la nécessité de payer le Khoui (23). Ordinairement, les paysans ne paient pour le Miri que le tiers de la somme qu'ils devraient au fisc, en raison de l'étendue des terres qu'ils cultivent.

3" Il faut citer enfin les droits d'usage sur les pâturages et le gibier, fournis par les terres situées dans le périmètre de la commune, qu'elles soient ou non exploitées à titre individuel.

Les subventions de la seconde catégorie, ayant leur source en dehors du domaine communal, ont ce caractère particulier que chacun en jouit comme individu isolé et non pas en qualité de membre de la communauté. Il est à remarquer cependant qu'en cas de contestation relativement à la jouissance de ces subventions, chacun trouverait un appui dans les autres membres du village intéressés à maintenir leur propre droit à cet égard. Ainsi donc, ces subventions, bien qu'elles n'émanent pas de la commune, ont leur garantie dans l'association communale.

Toutes sont des droits d'usage sur les pâturages d'été et d'hiver, sur le gibier, les fruits sauvages et les produits forestiers. Aucun règlement, aucune coutume n'en limite la jouissance. Ainsi, il arrive que les troupeaux des habitants de Bousrah vont en été chercher leur nourriture à plus de 50 kilomètres du village, dans la région montagneuse où les pâturages se conservent longtemps. C'est aussi dans les forêts de chênes verts du Djebel- Haourân que la famille ici décrite va couper le bois dont elle a besoin, et pourtant ce district est habité par des Druses dont la nationalité est différente de celle des Haourâniens musulmans, et qui sont souvent en querelle avec eux.

L'exemption de l'impôt du Miri, consentie par les habitants de la commune au profit de la famille du Cheikh Mohammed, doit être considérée comme la rétribution de services rendus plutôt que comme une subvention.

Les subventions, se rattachant aux allocations d'objets et de services, ont une assez grande importance pour les paysans du ïïaourân ; elles consistent en cadeaux échangés entre les familles dans certaines circonstances, et en particulier lors de l'abatage d'une tête de gros bétail (9). On trouve aussi dans ce pays l'analogue des échanges de travail observés dans presque toutes les régions de l'Occident (n, 11). Ces échanges se font dans les occasions où les bras réunis d'une seule communauté ne pourraient suffire pour achever rapidement un travail pressé. Ceux qui prêtent leur concours ne reçoivent aucune rétribution de la famille qui l'a réclamé; ils sont seulement invités à partager avec elle un repas abondant.

324 en. vin. — paysans en communauté de bousrah.

TRAVAUX ET INDUSTRIES

La part du travail que chacun des membres de la commu- . nauté doit accomplir est parfaitement définie. Quand plusieurs personnes doivent concourir au même but, l'une d'elles, la plus âgée d'ordinaire, est toujours désignée pour diriger les autres. Ce principe d'ordre existe également chez les autres communautés qu'on a observées dans d'autres parties de l'Orient (i et II, 3 et 8).

Travaux du cheikh Mohammed, chef de famille. — Il a la direction générale des travaux et des intérêts de la communauté, et la représente comme en étant le chef. C'est lui qui reçoit les étrangers de distinction. Gomme Cheikh du village, il est chargé des rapports avec l'autorité centrale résidant à Damas, et avec les Cheikhs des Arabes nomades à qui la commune paie une redevance; il répartit l'impôt et le perçoit; il administre la justice non-seulement pour les habitants du village, mais aussi pour les étrangers qui viennent se soumettre à son jugement ou qui souvent l'appellent à d'assez longues distances. En raison de ces fonctions multipliées, il ne concourt pas activement aux travaux agricoles de la famille, comme le font d'ordinaire les chefs de communauté.

Pour indemniser le Cheikh des dépenses que ces fonctions entraînent, les autres habitants lui font remise de la part de Miri qu'il devrait payer pour les neuf Fedhlans qu'il cultive, et de sa part des redevances imposées par les Arabes. Cette exemption d'impôts, analogue à celle dont jouissaient jadis les chefs féodaux dans l'Occident, loin de paraître injuste, est consentie librement par ceux qui en supportent les conséquences, mais profitent de l'autorité exercée parle Cheikh.

Travaux du frère cadet Mahmoud. — Il seconde le Cheikh

dans la direction de la maison et le remplace quand il est absent. C'est lui qui d'ordinaire est chargé de recevoir les étrangers. Il a l'argent à sa disposition et achète sur place ou à Damas les provisions dont on a besoin ; il vend ou échange les grains, les animaux et les autres produits de l'exploitation agricole; il dirige enfin l'ensemble de cette exploitation en y prenant part d'une manière directe.

Travaux du second frère Ali. — Il a spécialement la charge de l'exploitation et de l'entretien des chameaux; chaque jour il prépare leur nourriture et la leur distribue. Souvent il exécute des voyages pour transporter les grains à Damas, chercher le bois à la montagne ou ramener les récoltes au village. C'est lui qui prend soin des chameaux des hôtes de la famille.

Travaux du troisième frère Farès. — Il est spécialement chargé des soins à donner aux chevaux de la maison et à ceux des hôtes ; il aide son frère Ali dans l'exécution des transports, surtout au moment de la récolte.

Travaux des huit domestiques, dits Harratine. — Sous la direction de Soliman ben Kassem, ils exécutent tous les travaux de culture proprement dits : le labourage, l'irrigation des terres, les semailles, la récolte et le battage des grains. Ce sont eux qui soignent les bœufs et qui construisent les charrues avec les chênes verts du Djebel-Haourân.

Travaux des deux domestiques, dits Natours. — Ils sont spécialement attachés au Medhafé pour le service des étrangers. Ce sont eux qui nettoient le Medhafé, y font le feu en hiver et préparent le café pour les arrivants. Ils servent aussi de courriers et vont, à cheval ou à pied, faire les commissions, soit pour la famille du Cheikh, soit pour d'autres familles du village. En été, ils sont employés à surveiller les récoltes et jouent à peu près le rôle des gardes champêtres dans nos communes rurales.

Travaux des femmes. — Les femmes exécutent tous les tra-

vaux ayant rapport au ménage proprement dit. Ces travaux comprennent la préparation des aliments, la cuisson du pain, l'élaboration du lait des vaches et des chèvres, le transport de l'eau qu'on va chercher dans des outres à une source distante de 500 mètres environ, les soins de propreté concernant les vêtements, la confection de quelques-uns de ces vêtements. Il y a dans les environs de Bousrah des moulins à eau qui exécutent la mouture des céréales dont la famille a besoin pour sa consommation, et c'est seulement dans des cas exceptionnels que les femmes sont obligées de manier les moulins à bras qui , du reste, sont d'un usage général dans la contrée. Les femmes restent étrangères aux "travaux de cufture.

Toutes les femmes de la communauté sont placées sous la direction de la première femme du Cheikh, dite mère des enfants, dont l'autorité pour les choses de ménage paraît être respectée aussi bien des hommes que des femmes. Elles ne travaillent pas simultanément, mais à tour de rôle, successivement et dans un ordre constant, chacune pendant une journée. Elles sont au nombre de quatre : les trois femmes du Cheikh et celle de son frère cadet. Pendant leurs trois journées de liberté, elles s'occupent à leur gré de quelques travaux spéciaux, tels que l'embellissement de leur chambre, le soin de leurs enfants, l'entretien de leurs vêtements et de leurs parures. Quelquefois, dans l'aprèsmidi de ces journées, elles se parent de leurs plus beaux habits, comme le font les jours de fête les femmes de l'Occident. Elles se livrent aussi, pendant ce temps, à quelques travaux d'un intérêt général pour la communauté. Tels sont : le tissage de nattes et de corbeilles en paille de blé, la confection d'un mélange de paille hachée et de fiente de chameau qu'on brûle en guise de bois, et enfin la fabrication d'ustensiles grossiers en terre qu'on fait sécher au soleil.

Les trois plus jeunes femmes de la communauté, celles des deux derniers frères du Cheikh et de son fils, ne sont pas encore astreintes à un travail régulier : elles aident pourtant les autres à l'accomplissement de leur tâche et concourent en particulier au transport de l'eau ; mais on les considère encore jusqu'ici

OBSERVATIONS PRÉr.IMINAIRES. 327

comme des enfants, et, suivant l'usage établi dans ces communautés, on les laisse passer dans une demi-oisiveté les premiers temps de leur mariage. C'est seulement après avoir complété leur éducation comme femmes de ménage, et d'ordinaire après avoir eu un premier enfant, qu'elles commencent à prendre une part directe et sérieuse aux travaux de la famille.

Aïssé, dite mère de Farès, veuve du précédent chef de famille, est dispensée de tout travail actif : elle se tient ordinairement dans sa chambre et file un peu de laine ; elle s'occupe aussi des jeunes enfants et surtout de ceux de ses propres filles mariées dans le village et qu'elle va souvent visiter.

Travaux de l'esclave Bahérié. — Elle exécute exactement les mêmes travaux que ceux des autres femmes de la communauté qu'elle aide dans tout ce qui concerne le ménage ; mais elle travaille tous les jours.

Travaux des enfants. — Ils sont laissés dans un état de complète liberté et n'exécutent que quelques travaux insignifiants, le plus souvent à titre de distraction ; les garçons s'occupent volontiers du soin des animaux et apprennent ainsi peu à peu à les diriger.

Industries entreprises par la famille. — L'énumération des industries se confond avec celle des travaux. Toutes sont entreprises par la famille à son propre compte et se rattachent à son exploitation agricole.

Les petites fabrications exécutées par les femmes rentrent toutes dans les occupations du ménage ; il n'y a donc pas lieu de les considérer comme industries entreprises par la famille. Les matières mises en œuvre sont presque sans valeur, et les produits, destinés seulement à la consommation du ménage, ne peuvent être estimés au-dessus de la valeur du travail qu'ils ont coûté (fabrication du Guellé, des Kaouara, des nattes en paille, des Gouffes). îl en est de même de la chasse pour les hommes qui s'y livrent rarement, par occasion ou à titre de distraction.

Mode d'existenee de la famille.

ALIMENTS ET REPAS

Si on en excepte les années de mauvaise récolte, le régime alimentaire de la famille, comme celui de tous les Haourâniens, est en général très-abondant ; la plupart des matières consommées se récoltant dans le pays et s'y vendant à des prix peu élevés, les paysans ne sont pas stimulés à l'économie sous ce rapport.

Les céréales se préparent sous quatre formes principales : 1° Le pain (Khoubz) , fait sans levain avec de la farine dont le son n'a pas été séparé; la farine employée est ordinairement celle de froment pur, mais on se sert aussi d'un mélange de farine de maïs blanc (Doura) et de froment. Le pain fait en farine de Doura pur se mange, seulement au printemps, avec le beurre frais quand ce dernier est abondant. Ces trois espèces de pain se cuisent de la même manière en fragments peu épais qu'on applique sur des charbons ou sur des plaques de fer chauffées. Le pain se prépare en général pour chaque repas, et se mange presque toujours chaud ; il est humide, dense et d'une digestion difficile quand on n'y est pas habitué. .

2° Le Bourgouh froment grossièrement broyé, bouilli avec du levain et séché ensuite au soleil : ainsi préparé il se garde pendant plus d'un an ; pour le manger on le fait cuire dans l'eau et on l'assaisonne avec du beurre (i 6, j) .

S** Le Frikehi froment coupé avant la maturité, et dont on grille les épis pour en faire tomber le grain. Ainsi torréfié, ce grain est écrasé ensuite avec le moulin à bras d'une manière plus grossière encore que le Bourgoul : on le conserve en vases clos, et on le prépare de la même manière que ce dernier (i 6, k).

li° Le Pilau ou Rouz^ riz cuit à l'eau, mais sans être crevé, et assaisonné au beurre.

Les graisses animales ne sont jamais usitées dans la famille, et celle du porc en particulier y est, comme tout ce qui a rapport à cet animal, l'objet d'une répulsion fondée sur des prescriptions religieuses; on les remplace par le beurre et l'huile d'olive.

Le laitage est consommé en proportion considérable, surtout au printemps ; on le mange sous deux formes principales : i" le Leôe/ijlait aigri et caillé qu'on prépare en le faisant chauffer légèrement et en y ajoutant comme ferment un peu de lait aigre ancien ; 2" le Keshk, espèce de fromage qu'on prépare avec du Leben salé et séché en vase clos. Le Leben se mange seul, ou bien on le mêle avec le Bourgoul, le Frikeh et le Pilau : il compose avec le Bourgoul les deux mets préférés des Arabes et des paysans.

Les aliments se servent dans de grands plats, en bois ou en métal, simplement posés sur une natte. Les convives s'accroupissent autour du plat dans lequel chacun puise avec la main; il y a pourtant dans chaque maison des cuillers en bois, mais on en fait usage seulement pour manger le Leben et quelques autres substances liquides. La position des convives étant assez gênante, ils mangent vite en général et presque toujours sans causer ; après le repas chacun se lave les mains et la bouche.

Le chet de famille mange ordinairement seul, ou bien en compagnie d'hôtes distingués, dans le Medhafé. Aucun autre membre de la famille, pas même son fils, ne prend place à côté de lui, s'il n'y est invité. Les autres membres se succèdent ensuite autour du même plat, par groupes aussi nombreux que le per-' mettent les dimensions de ce plat, mais chacun selon son rang et son âge. Les femmes, occupées de la préparation des aliments, mangent à part, et seulement après que les hommes ont Satisfait leur appétit.

La famille fait chaque jour les trois repas indiqués ciaprès :

1" A sept heures en été, à huit heures en hiver, le déjeuner, Fétour. En hiver : pain de froment chaud avec du Diht (jus de raisin mûr, cuit, formant une mélasse), du Khalawe (espèce de gâteau, composé de Dibs, d'huile de sésame, de

330 CH. VIII. — PAYSANS EN COMAIUNAUTÉ DE BOUSnAH.

noix, etc.), du Keskh et quelquefois des fruits secs; en été, le plus souvent du pain de maïs pur ou mêlé de froment avec du Leben, du beurre frais et quelquefois des fruits frais.

2" A une heure, dîner, Ghadda : pain de froment chaud avec des herbes cuites, du lait chaud, des œufs frits.

3° À six heures en hiver, à huit heures en été, le souper, Acha : c'est le repas principal ; on y mange du Bourgoul, du Frikeh, du riz,. des lentilles et des pois.

Dans l'intervalle des repas, les paysans ont l'habitude de manger des grains de blé, de riz et surtout des pois [Hommous] , qu'ils portent presque toujours sur eux en certaine quantité.

L'ordinaire de la famille est toujours le même : on mange de la viande principalement à l'époque des deux grandes fêtes (i i), et quand on en offre à des hôtes de distinction. Dans ce cas, la quantité de viande offerte est toujours en proportion du rang de l'étranger ; les animaux, moutons, chèvres, sont d'ordinaire rôtis et servis tout entiers. Les bœufs, comme les chameaux, sont mis à mort seulement quand ils sont trop vieux pour travailler; leur chair est alors peu estimée et se distribue gratuitement à toutes les personnes du village qui se présentent pour en demander.

L'eau est la seule boisson dont on fasse usage, conformément à la loi religieuse. Le jeûne du Rhamadan ou Râmdan est observé par la plupart des membres de la famille. Les animaux abattus pour l'usage de la famille sont mis à mort suivant les rites prescrits par la religion musulmane.

Le café est d'un usage général, et la politesse ordonne de l'offrir toujours à un étranger aussitôt après son arrivée; mais les personnes de la famille n'en font usage pour elle-mêmes qu'à titre de régal.

; • S iO.

HABITATION, MOBILIER ET VÊTEMENTS

L'habitation, située à peu près au centre du village actuel, dans la partie orientale des ruines, est presque entièrement composée de matériaux, provenant de ces ruines^ assemblés sans mor-

tier et soutenant parfois de chétives constructions de pisé. Les toitures sont disposées en terrasses plates ; elles se composent de solives en bois, excepté dans la salle dite Medhafé où l'on a conservé les anciennes solives en lave d'une portée de 2°', 50 environ. Au-dessus de ce solivage est une couche de pisé d'une épaisseur de 0™,20 à 0'",30. L'action du soleil dessèche cette terre en été. Chaque année, à l'approche de la saison des pluies, les femmes sont chargées d'adapter sur la terrasse une nouvelle couche d'un mortier de terre mêlée de paille hachée. Elles tassent le mortier avec des rouleaux en pierre ou des fragments de colonnes qu'elles promènent sur les terrasses. En hiver cette toiture laisse filtrer l'eau, et, pour éviter l'humidité qui en résulte, on est forcé d'enlever la neige dès qu'elle est tombée.

Toutes les pierres employées dans la construction sont des basaltes ou des laves : dans les anciennes maisons même les portes étaient faites d'un seul morceau de lave; quelques-unes de ces portes sont encore en usage aujourd'hui. Dans la maison ici décrite, toutes sont en bois de sapin et ont été apportées de Damas. Elles constituent, avec les solives en bois, les seuls matériaux de construction qui aient une valeur réalisable.

L'habitation se compose de trois parties distinctes par l'usage auquel chacune est affectée :

1° Le Medhafé, ou partie consacrée aux étrangers, hôtes de la famille. Il se compose essentiellement d'une cour et d'une vaste salle ayant 80 mètres carrés environ ; au centre de cette salie se trouve un foyer entouré des ustensiles destinés à la préparation du café. Le mobilier consiste en nattes sur lesquelles les hôtes s'étendent pour dormir; chacun d'ordinaire apporte avec soi un lapis et un manteau dont il s'enveloppe ; mais, quand ces objets manquent, la famille fournit pour les remplacer des couvertures empruntées au Harîm. Pendant la bonne saison, les hôtes sont reçus dans le Medhafé d'été, simple hangar couvert de branchanges et qui occupe le fond d'une partie de la cour; le café se prépare alors dans un petit réduit voisin du hangar et qui est spécialement destiné à cet usage. La porte, qui du dehors donne entrée dans la cour du Medhafé, est commune à toute la maison ;

elle est suivie d'une galerie couverte, de quatre mètres de long, munie de chaque côté de pierres servant de bancs et sur lesquelles on s'assied pour causer, suivant la coutume de tout l'Orient.

2° Beit el harîm^ (la maison des femmes) : c'est la partie réservée aux membres de la famille et aux femmes étrangères qui viennent la visiter ; du reste l'accès n'en est interdit ni aux domestiques de la maison, ni aux habitants du village ou des villages voisins, mais, en général, les hommes étrangers n'y pénètrent pas sans avoir une raison spéciale pour le faire.

On entre dans le Harîm par une porte qui s'ouvre dans la cour du Medhafé; il est situé à trois mètres en contre- bas de ce dernier, et la cour qui en occupe le centre paraît être au niveau de l'ancien pavé romain, car elle offre un dallage en bon état de conservation ; au pied des murs se trouvent des débris de colonnes et des chapiteaux qui servent de sièges. Sur les côtés de la cour régnent sept chambres appartenant aux deux premières femmes du Cheikh, à celles de ses trois frères, à l'esclave Bahérié et à la veuve du précédent chef de famille ; la Bédouine, troisième femme du Cheikh, et la femme de son fils ont toutes deux des chambres construites en bois et en pisé sur les terrasses. Un des côtés de la cour et la moitié d'un autre sont occupés par des magasins oii se conservent les provisions de ménage, et par des hangars sous lesquels on fait la cuisine en été. En hiver, on la fait d'ordinaire dans la chambre de la première femme du Cheikh ; cette chambre, oîi la plupart des membres de la famille se tiennent habituellement, sert aussi à la réception des femmes étrangères, hôtes de la maison.

Les autres chambres ont à peu près toutes les mêmes dimensions : 3'", 50 de profondeur, 2'", 50 de largeur, 2 mètres de hauteur ; toutes sont disposées de la même manière. Près de la

i . Le mot Sérail, souvent employé par des Européens dans le même sens que le mot Harim, n'a pas la même signification : il doit se prononcer Serai et présente à peu près le même sens que le mot palais en français. On l'emploie d'ordinaire pour désigner l'habitation du pacha et plus généralement le lieu où se traitent les affaires administratives. Le mot Harim, que nous prononçons à tort Harem, s'applique à la fois à l'appartement des femmes et aux femmes elles-mêmes.

porte se trouve un petit espace circulaire où on laisse ses chaussures en entrant pour ne pas salir le sol de la chambre sur lequel on étend les matelas et les couvertures pour la nuit, et quelquefois des tapis pendant le jour. L'intérieur de la chambre est partout garni d'un mortier jaunâtre, fait avec de la t^re délayée dans l'eau et de la paille hachée. Les femmes témoignent de leur goût et de leur habileté par l'emploi qu'elles font de ce mortier pour construire des niches, des supports ou même de petites galeries destinées à embellir leur demeure et à servir de dressoirs ; quelquefois elles peignent ces ornements en rouge, en bleu et en blanc avec des couleurs délayées dans l'eau. Toutes ces chambres sont tenues avec une véritable propreté.

3° Bâtiments servant à l'exploitation agricole : ils comprennent deux cours dont l'une très-grande, deux vastes magasins où l'on conserve la paille après le battage, cinq écuries ou étables pour les bœufs, les chevaux, les chameaux, les vaches et les ânes. Pendant la bonne saison, tous ces animaux couchent en plein air dans les cours ; deux des chevaux sont toujours sellés et restent pendant le jour dans la cour du Medhafé. Les troupeaux de chèvres et de brebis, quand on les ramène au village, passent la nuit dehors, dans les cours ou sur les terrasses ; quand les Arabes sont campés dans le voisinage, on enferme ces animaux pendant la nuit dans l'enceinte du château-fort (i).

La valeur du mobilier et des vêtements peut être établie ainsi qu'il suit :

Meubles : conformément aux usages orientaux, les meubles proprement dits n'existent pour ainsi dire pas dans la communauté ; on y trouve cependant tout le mobilier qui constitue le confort pour une famille vivant dans ce milieu. . . 805^ 00

i" Lits. — Les bois de lit sont inconnus. H y a 11 lits dans la communauté et chacun d'eux se compose : 1" d'une natte en jonc, venant de la partie du Haourân qui avoisine le Jourdain, 3^50; — 2" d'un matelas en laine, peu épais, mais assez large, dont l'enveloppe extérieure est en tisssu de coton, 10^00; — 3° de deux couvertures en laine, fabriquées dans le pays par des ouvriers émigrants, et ornées par eux de dessins grossièrement imprimés, 8'00. — Total pour chaque lit, 21^50; — 4 petits berceaux en bois, achetés h Damas, pour les enfants du premier âge, 12^00.

Certaines chambres, entre autres celles du Cheikh et de son fils nouvellement marié, contiennent des matelas supplémentaires et des tapis en tissus de poil de chèvre,

achetés à des femmes arabes qui les fabriquent elles-mêmes : ces matelas, au nombi-e de 8, et ces tapis, au nombre de 5, ont ensemble une valeur de 105^00. — Il se trouve aussi dans ces chambres 8 grandes couvertures composées de deux toiles d'indienne entre lesquelles se trouve placée une couche de laine ou de coton (chacune est évaluée à 8^00), 64^00. — Total pour les tapis, les matelas et les couvertures supplémentaires, 169^00. — Total pour les 11 lits, les berceaux et les objets de literie tenus en réserve, 417f50.

2° Mobilier des chambres à coucher. — Chacune d'elles, excepté celle du jeune fils du Cheikh qui en est encore dépourvue, contient un Sondouk, coffre en bois blanc, peint en vert ou en rouge et orné de quelques plaques en cuivre ; ces coffres fermant à clef, servent toujours à renfermer les objets précieux de chaque ménage (chacnn d'eux à une valeur de 5^00), SS^OO.

3° Mobilier de la chambre de Ouatha, dite chambre de fantaisie. — Outre le Sondouk, cette chambre contient '2 planches attachées aux murs et formant rayons; sur ces planches sont placés avec ordre des vêtements et des boîtes, ayant contenu des bonbons, qui servent aujourd'hui à placer les papiers du Cheikh, 4'00.

4° Mobilier de la chambre dé Sarah, dite chambte de la mère des enfants. — 1 petit escabeau en bois recouvert d'une peau de chèvre et servant à la personne qui prépare le café, 0^50; — 1 grande natte en jonc, longue de 4 mètres, et large de 1 mètre 70,8^00; — 2 autres nattes plus petites sur lesquelles on s'assoit comme sur la précédente, 9^00; — tapis, composés chacun de 3 ou 4 peaux de mouton, servant, selon les circonstances, de matelas, de couvertures ou de coussins pour mettre sur le dos des chameaux quand les femmes montent sur ces animaux, 24''00;

— 2 planches formant rayons et servant à placer divers ustensiles, 2^00. — Total, 43f50.

5° Mobilier du Medhafé, ou chambre destinée à la réception des étrangers. — 7 grandes nattes en jonc (Mdrafc), couvrant tout l'espace qui n'est pas occupé par le foyer (environ 70 mètres carrés), 140^00;— matelas recouvert d'une couverture en laine, et servant de divan; il se trouve à la place d'honneur, à la droite du foyer, et est destiné à servir de siège aux étrangers de distinction ou au Cheikh luimême, 10^00; — petit tabouret recouvert avec une peau de mouton et placé devant le foyer pour servir de siège au Natour pendant qu'il prépare le café, 1^00. — Total, 151^00.

6° Mobilier servant à la conservation dos provisions de la famille. — 20 outres en peaux de chèvres, servant à placer les provisions de beurre, de Keshk, etc., 40'' 00 ;

— grands pots en terre mêlée de paille, servant à placer les provisions de Bourgoul, de Frikeh, de Rouz, etc. (ces vases sont faits par les femmes de la maison, et il en existe un grand nombre dans la communauté; plusieurs sont de grands réservoirs fixes, dont les parois sont soutenues par des morceaux de bois, et qui peuvent contenir chacun jusqu'à 10 hectolitres de grains; on les appelle Kaouara, et ils ont ici la même destination que les Silos en Afrique), 80^00. — Total 120^00.

7" Livres et fournitures de bureau. — 2 exemplaires imprimés du Koran, 14^00 ;

— 1 encrier {Daouat el hebbr) en cuivre, terminant un tube de môme métal dans lequel on place les plumes et le papier (ies encriers ont tous cette forme dans le pays, et se placent le plus souvent dans la ceinture), 12^00; — plumes en une espèce particulière de roseau {Kallem)y et papier de fabrication européenne, 3^00 ; — boîtes rondes en bois ayant contenu des bonbons de Damas et servant au Cheikh en guise de cartons pour placer ses papiers, l'OO; — un cachet en argent gravé au chiffre du Ciieikh, 4^0').

— Total, 34^00.

Ustensiles : peu nombreux, mais suffisants pour les besoins de la communauté et pour le service des étrangers ; un certain nombre des vases servant à la cuisine sont déjà en fer-blanc ou en fer battu, matières qui tendent à remplacer le cuivre étamé dont on se servait jadis à peu près exclusivement dans le pays 239^ 20

1" Employés pour le chauffage ou dépendant du foyer. — 2 foyers portatifs (Mankal) en cuivre étamé (ce sont des vases de forme conique peu profonds, et dont l'extrémité rétrécie se termine par un pied), 8*^00; — 4 autres foyers en terre cuite venant des fabriques de Hasbeja, près des sources du Jourdain, 2^00; — plusieurs foyers de même forme en terre mêlée de fumier et séchée au soleil, fabriqués par les femmes de la maison, 2*^00 ; — 2 petites pincettes en fer très-courtes (Maîkat) dépendant, l'une du foyer du Medhafé, et l'autre du foyer de la chambre de Sarah, 2^ 50.

2° Pour le service de l'alimentation. — 2 plaques en fer forgé sur lesquelles on applique la pâte préparée pour faire le pain (ces plaques sont de forme convexe et ont un diamètre de 0'",40 environ), 8^00 ; — 6 petits fourneaux portatifs en terre cuite, sur lesquels on fait cuire certains aliments dans la maison ou au dehors, 1^50;

— 2 grands bassins en fer battu, servant à la cuisson du Bourgoul, du Frikeh et du Rouz, 20^00; — 6 autres vases analogues, mais de dimensions plus petites, 24*^00; — 1 broche en bois se tournant à la main et servant à rôtir des moutons entiers (cette broche, fabriquée dans la communauté, se compose de 2 morceaux de bois verticaux terminés en fourche et d'un morceau transversal), 1^00; — 1 grand plat en fer battu peu épais, sur lequel on peut servir un mouton entier au milieu d'une grande quantité de Rouz, 12''00; — 4 plats en fer-blanc beaucoup plus petits, 4''00; — nombreux plats en bois grossièrement travaillés et de dimensions variées, servant d'ordinaire à la conservation des aliments, 24^00; — cuillers en bois dont on se sert pour manger le lait et le Leben, 3^00 ; — nattes en paille de forme ronde, fabriquées par les femmes de* la communauté et placées sous les plats au moment du repas, COO; — 3 petits moulins à bras en lave du Ledjah (district du Haourân), rarement employés pour faire la farine, servant seulement pour écraser le Frikeh et quelquefois le Bourgoul, 24^00 ;

— 1 mortier {Djeroun) en bois de térébinthe et un pilon {Mindouk el djeroun) du même bois pour écraser le café grillé, 7^00; — 1 poêle en fer (Macmasé) à manche très-solide, \ Textrémité duquel est attachée, par une petite chaîne, une petite cuiller en fer servant à remuer le café pendant qu'il grille {Heit el macmasé), 6^50; — 1 cafetière en cuivre étamé {Brik el kahoué) servant à faire le café, 8^00; — 1 tasse {Kassé)en fer étamé, servant à mettre l'eau dont on a besoin pour faire le café, 2^00; — 4 petites tasses sans queue (Findjan) en porcelaine de fabrique européenne, 2^00; — boîte longue et un peu large {Beit el fellagin) servant à placer le café et les tasses quand on ne s'en sert pas (cette boite est en paille tressée recouverte d'une peau d'agneau sans poils), 1^00. — Total, 104^00.

3° Pour le transport et la conservation de l'eau. — 8 outres en peaux de chèvre avec lesquelles les femmes vont chercher de l'eau à lafontaine, 16^ 00; — trois grandes cruches {Rhabieh), contenant chacune 50 litres environ (ces cruches, à parois trèsépaisses, sont ornées à l'extérieur de dessins en arabesques; elles viennent des fabriques de Rasheiat el Fukar près des sources du Jourdain; on les rencontre dans toutes les maisons du Haourân encastrées dans un mur ou une maçonnerie spéciale : les trois qui existent dans la maison du Cheikh sont placées, la première dans le

Medhafé des étrangers, la seconde dans la cour du Harîm, la troisième dans la chambre de Sarah), 12^75; — 3 vases en bois, placés à côté des Rhabieh et servant pour boire pendant les repas et dans leur intervalle, 0'' 75. — Total, 29^^ 50.

4° Pour Véclairage. — Deux pieds de lampe {Manara) en bois, hauts de 0°',60 et grossièrement travaillés, 2^50; — petits réceptacles en terre cuite {Cirage) destinés à contenir l'huile et la mèche (chacun coûte 0^06, et il y en a environ 20 dans la communauté), 1^20. — Total, Sno.

5" Pour les ablutions et les soins de propreté. — 1 aiguière en cuivre de forme très-élégante servant à verser l'eau sur les mains et sur d'autres parties du corps, 10^00; — 1 vase en cuivre assez profond avec un double fond séparé du premier par uu treillage qui laisse passer l'eau (ce vase sert de cuvette et c'est au-dessus de lui qu'on se place pour se laver les mains), S^OO. — Total, IS^OO.

6" Employés pour les récréations. — Un jeu de Mangalé (11) composé d'une planche en noyer, longue de 0™,60, large de 0'",25, creusée de 12 trous entre lesquels on répartit les petites pierres employées en guise de dés (la planche est garnie de quelques incrustations de nacre), 7^50; — 1 Narghileh, pipe dans laquelle la fumée du tabac passe par l'eau avant d'arriver à la bouche (le fourneau où brûle le tabac et le réceptacle qui contient l'eau sont en cuivre), 12' 00. — Total, 19^50.

Linge de ménage : représenté seulement dans la communauté par quelques serviettes et torchons; les nappes et les draps de lits sont inconnus dans le pays 16^00

10 serviettes en coton employées par le Cheikh pour s'essuyer après les ablutions et offertes pour le même objet aux étrangers de distinction, 12'' 50; — divers torchons en coton, 3^50; — les toiles d'indienne qui entourent les couvertures équivalent à des draps ; on les découd pour les laver quand elles sont sales. — Total, 16^00.

Vêtements : leurs formes sont à peu près exactement celles de ceux des Bédouins ; les tissus sont les mêmes aussi que ceux dont on se sert dans le désert ; le Cheikh seul et les femmes ont quelques vêtements qui se rapprochent de ceux des musulmans des villes. Les acquisitions de vêtements neufs se font d'ordinaire pendant le Rhamadan pour l'époque de la grande fête {Kourbane-Baïram) 5,884^ 75

Vêtements des hommes (5 adultes), selon le détail ci-dessous (700^75).

l'^ Vêtements d'un homme (dits de fantaisie pour les voyages et les jours de fête). — 1 chemise (Camis) très-longue ayant la forme d'un sac et à manches très-larges, en étoffe de coton de couleur blanche, S'^OO ; — 1 Kombaz, grande robe ouverte par devant et à larges manches (en coton avec raies de diverses couleurs), 12^00; — 1 ceinture {Zonar) en cuir servant à serrer le Kombaz au niveau de la taille, i'OO; — 1 large pantalon {Cheroual) en calicot blanc ample et bouffant qui se met seulement pour aller en ville (ce pantalon se serre à la taille au moyen d'une coulisse), 4^50; — 1 grand Kéfieh des fabriques de Mossoul (c'est un large mouchoir en coton et soie de couleur jaune rayée de vert, bleu, etc. 5 il est carré, mais on le ploie en triangle pour

l'appliquer sur la tète), 12^40; — 1 Akal (double cercle en poils de chameau qu'on applique autour de la tête pour maintenir le Kéfieh), 0^50; — 1 paire de botte» (djasmeh) de couleur rouge (la semelle en poils de chameau est garnie sous le talon d'un fer dont la forme est celle d'un fer à cheval), 14^00; — 1 manteau {Abaja) en laine commune de couleur blanche rayée de noir, 17^00. — Total, 72^40; soit, pour les 5 adultes, 362' 00.

2" Vêtements d'un homme (pour le travail). — 1 chemise en calicot blanc ou bleu (elle descend jusqu'à mi-jambe et est munie de longues manches), 6^00; — 1 ceinture en cuir, large de 6 centimètres environ et s'appliquant un peu au-dessous de la taille de manière à soutenir le ventre, 3^00 ; — 1 petit Kéfieh, 6^25 ; — 1 Akal, 0^50 ; — l paire de souliers à pointe relevée {Tassoumi) dont la semelle est en cuir de chameau (d'ordinaire on va pieds nus et les souliers ne servent qu'exceptionnellement), 4^00; — peaux de mouton employées comme manteau en hiver, 3^00. — Total, 22^75; soit, pour les 5 adultes, 113'^75.

3" Vêtements spéciaux au chef de la communauté (en sa qualité de Cheikh du village). — 1 veste {Anterï) en drap bleu très-léger, ornée de quelques passementeries, 30^00; — 1 large pantalon (Gheroual) en drap vert léger, 24^^00 ; — 2 autres Gheroual en calicot blanc, se mettant seuls ou bien sous le précédent, 16^00; — 1 manteau (Abaja) en tissu de laine assez fin (il est de couleur noire et orné aux épaules et au collet de broderies en argent), 42^50; — 1 Kombaz en tissu de soie et coton fabriqué à Damas (étoffe dont la couleur et le dessin sont traditionnels dans le pays), 37^50 ; — 1 manteau (Abaja) en drap rouge qui sert au Cheikh Mohammed d'insigne pour sa dignité (ce manteau est doublé en hiver avec une peau de mouton), 75^00. — Total, 225f00.

Presque tous ces vêtements sont des cadeaux faits au Cheikh par des personnes avec lesquelles il est en rapport d'amitié ou d'affaires et auxquelles il offre lui-même des cadeaux analogues.

4° Vieux vêtements. — Ils sont peu nombreux ; l'habitude étant de porter chaque partie du vêtement jusqu'à usure complète. On suppose que leur valeur balance la diminution à faire sur les prix précédents, qui sont ceux d'acquisition.

Vêtements des femmes (9 adultes). — Selon le détail ci-dessous (.5,040^00).

1° Vêtements d'une femme (dits de fantaisie), servant seulement quand la femme se pare dans l'intérieur sur la demande de sou mari ; ces vêtements sont donnés à la femme au moment des fêtes du mariage, et leur richesse varie beaucoup selon la position du mari; en général, ils se conservent jusqu'à usure complète, mais ne sont pas renouvelés. Ceux dont l'énumération suit appartiennent à la jeune femme de Kassera, fils aîné du Cheikh, dont le mariage est tout récent.

1 longue blouse (Top) servant de chemise, en tissu de coton et soie, 50^00; — 1 veste (Alagia)^ en soie le plus souvent rose ou bleue, ornée de broderies, CO'OO; -~ 1 Juppé, longue robe ouverte en avant, faite d'un tissu de laine rouge imitant le drap, 75^00; — 1 ceinture (Zonar) en tissu do soie très-fin mêlé do fils d'argent et d'or, 125^00; — 1 Chambar, mouchoir en soie avec des glands en même matière, servant de coiffure et venant s'attacher sous le menton, 40^00; — 1 paire de babouches (légères chaussures ornées de broderies argentées ou dorées), 7*^50 ; — 1 Bougieh, espèce de petit turban, en soie et or, orné de glands en même matière, 70^00. — Total, 427^50.

Bijoux : 1 Taraki, ornement composé d'une série de vieilles pièces de monnaie en or, reliées entre elles par un cordon et s'appliquant autour de la figure, 250^00; — 1 Maknaga, collier de pièces de monnaie en argent, 70^00; — 3 paires de bracelet»

pour les bras (Assaouer), toutes les trois en argent, mais de valeur inégale, 162^50 ; — 2 paires de bracelets pour les jambes {Kolhal) en argent, 125^00; — clou en or {Groumfaleh), enfoncé dans la narine droite et représentant un ornement analogue »ux boucles d'oreille. 3^50. — Total, 611^00.

Chacune des huit autres femmes de la communauté a possédé des vêtements de fantaisie et des bijoux analogues; la mère de Farès, déjà vieille, et l'esclave Bahérié n'en ont chacune que pour le quart de la valeur qui vient d'être indiquée, soit pour une valeur totale de 519'^25; pour chacune des six femmes qui restent encore, les vêtements de fantaisie et les bijoux peuvent être évalués en moyenne à la moitié de cette valeur, soit à un total de 3,115^50.

2° Vêtements d'une femme (pour le travail). — 1 grande blouse (Top), en cotonnade bleue, descendant jusqu'à terre (en été, les femmes ne portent d'ordinaire sur le corps que cet unique vêtement), 7^50; — 1 ceinture (Zonar) formée d'un morceau de cotonnade dont la couleur est analogue à celle du Top, 2^00; — 1 Kaber, veste longue faite aussi en cotonnade bleue, mais beaucoup plus épaisse que celle qui sert pour le Top, 10^50; — 1 Chambar, pièce d'étoffe servant de coiffure, 3^75; — 1 Juppé, espèce de robe ouverte en avant, en cotonnade bleue souvent doublée de rouge, WOO; — 1 paire de bottes (Djasmeh) de couleur jgiune (la tige est en peau de chèvre et la semelle en peau de chameau), 7*^00. — Total, 40^75; soit, pour les 9 femmes, 366^75.

3° Vieux vêtements (même remarque que pour les vêtements d'hommes).

Vêtements des enfants (6 garçons et 2 filles), 144'^ 00.

Ces vêtements ont les mêmes formes que ceux des adultes et sont faits avec les mêmes étoffes ; ils sont très-mal soignés en général, et souvent en lambeaux. Leur valeur, pour chacun des 8 enfants, peut être évaluée à 18^00 en moyenne. — Valeur totale des vêtements des enfants, 144^00.

Valeur totale du mobilier et des vêtements. . 6,9lik^ 95

S il.

RÉCRÉATIONS

Les principales récréations ont un caractère religieux : elles ont pour occasion le retour des fêtes les plus importantes du calendrier musulman, et surtout VAidelkebir (la grande fête), appelée par les Turcs Kourbane-Baïram, et consacrée à l'anniversaire du sacrifice d'Abraham. Pendant sa durée, suivant un usage général dans l'islamisme, la famille ici décrite sacrifie des animaux et invite de nombreux hôtes à venir les manger avec elle. D'ordinaire, on tue, à cette occasion, deux moutons, trois chevreaux et plusieurs volatiles ; souvent aussi on profite de cette circonstance pour sacrifier un bœuf ou un chameau dont on ne

OBSERVATIONS PRÉLI.MINAIUES. 339

peut plus faire usage pour le travail. Après la grande fête, la plus importante solennité est celle de VAïd el zrir (la petite fête), appelée par les Turcs Ramâzan-Bairam^ qu'on célèbre à la fin du Rhamadan, et à l'occasion de laquelle on fait des cadeaux aux domestiques (20). C'est d'ordinaire à l'époque de ces fêtes qu'on achète des vêtements pour les divers membres de la famille.

On doit signaler encore les réjouissances des nuits du Rhamadan, après le jeûne prolongé de la journée, et celles qui accompagnent la circoncision des enfants. Enfin, l'exercice de l'hospitalité étant pour les musulmans un précepte religieux, on peut encore rattacher à cette catégorie de récréations celles qu'entraîne la présence d'un hôte»dans une famille de paysans (9) : toujours alors on ajoute quelque chose à l'ordinaire de la maison, et on s'efforce de rendre agréable pour l'étranger le temps qu'il passe dans la famille.

Les cérémonies religieuses du mariage et des inhumations, décrites ci-après (24), peuvent être aussi, à quelques égards, considérées comme des récréations.

Après ces fêtes religieuses et ces solennités qui se rattachent aux actes les plus importants de la vie, on doit citer parmi les récréations celles qui se rapportent à la vie intérieure de la famille. C'est encore ici qu'il convient de citer les récils de voyage et aventures vraies ou imaginaires que font dans les assemblées, près des portes ou autour du foyer du Medhafé, les personnes douées du talent de raconter. Ces récits, dont les Arabes sont très-avides et qui passionnent leur vive imagination, se terminent souvent par une conclusion morale, et, à vrai dire, c'est d'ordinaire sous cette forme allégorique, qui rappelle les paraboles de l'Evangile, que les Arabes reçoivent les notions de morale qui servent de règle à leur conduite. C'est le seul enseignement donné à la plupart des paysans haourâniens (s). Il existe une classe de raconteurs de profession qui parcourent les villages du Haourân avec leur instrument monocorde {lîabàb) dont ils s'accompagnent en chantant, aux femmes comme aiix hommes, leurs nouvelles apprises ou improvisées. Partout bien

340 cil. VIII. — PAYSANS EN COMMUNAUTÉ DE BOUSRAH.

accueillis, ils reçoivent, outre la nourriture et le logement, des cadeaux en argent et en nature.

Pendant les heures de loisir, les paysans se livrent souvent entre eux au jeu de Mangalé, analogue au trictrac (9), mais ils n'enfreignent jamais la loi religieuse qui interdit aux musulmans déjouer de l'argent. A titre de régal, ils recherchent surtout l'usage du café qu'ils prennent, suivant l'habitude orientale, a l'état de décoction sans sucre et mêlé au marc. L'usage du tabac est peu répandu parmi les paysans, et, dans la famille ici décrite, le Cheikh Mohammed est le seul qui fume ; il se sert pour cela du Narghileh, pipe spéciale dans laquelle on ne fume que le tabac Tombak (en turc Tombeki), apporté de la Perse par les caravanes, et souvent mêlé d'une petite quantité d'opium.

Les femmes prennent en général leurs récréations entre elles hors de la compagnie des hommes, et c'est là un des traits de mœurs qui séparent le plus complètement l'Orient de l'Occident; ainsi il n'y a jamais de danses réunissant les deux sexes. Cependant, quand les cavaliers se livrent entre eux aux courses à cheval dites fantasia et au jeu du Djerid (javelot), les femmes assistent de loin à ce spectacle; elles applaudissent même aux' vainqueurs par leur cri habituel de lu lu lu, qui, suivant l'intonation qu'on lui donne, sert à la fois à exprimer la joie et la douleur. Les femmes voyagent aussi assez souvent en compagnie de leurs maris, montées sur des chameaux et quelquefois même sur des chevaux : dans la communauté ici décrite, il en est plusieurs qui sont allées jusqu'à Damas. Au retour d'un voyage ou d'une expédition, il est d'usage qu'un mari rapporte à sa femme un cadeau, qui consiste le plus souvent en vêtements ou en objets de parure.

Les récréations spéciales aux femmes consistent surtout dans les plaisirs qu'elles trouvent à vivre habituellement dans la société de leurs enfants, dans les causeries qu'elles font entre elles près des fontaines où elles vont chercher l'eau, et enfin dans le soin qu'elles prennent de leur parure et de leurs chambres particulières (10). Le tatouage qu'elles portent à la figure et sur une grande partie de la surface du corps peut êlre consi-

déré comme une parure permanente. Ce tatouage est exécuté par des femmes, appelées Tsinganes, qui passent dans le pays à certaines époques de l'année et qui paraissent être de même race que les Bohémiennes de la France. Elles le font aux jeunes filles un peu avant l'âge nubile avec une pointe acérée trempée dans une liqueur bleue spéciale. Un tatouage complet pour une femme musulmane du Haourân se paie 5 francs environ. Une fois fait, il ne s'altère pas et n'a plus besoin d'être renouvelé. Ce sont aussi les Bohémiennes, ou quelquefois les mères, qui pratiquent dans la narine droite des jeunes filles un trou où se place un clou à tête brillante formant un ornement analogue à nos boucles d'oreilles. Ce clou, appelé Groumfaleh, et une des paires de bracelets qu'elles se mettent au-dessus de la cheville du pied sont en général conservés par les femmes même pendant leurs travaux habituels. L'usage des parfums et des pommades est très-recherché par les femmes, qui les achètent avec l'argent de leur pécule (g) ou bien les reçoivent en cadeaux de leurs maris.

Hiiitoire de la famille.

PHASES PRINCIPALES DE l'eXISTENCE.

Les enfants sont nourris par leurs mères jusqu'à deux ans au moins. Plus tard, ils continuent à rester dans le Harîm sous les yeux de leurs mères et sous leur direction exclusive. Abandonnés à eux-mêmes, ils se livrent, avec les autres enfants de la communauté, aux jeux de leur âge dans un état de complète liberté : souvent même, pendant la bonne saison, ils sont complètement nus. Les filles sont séparées des garçons à l'âge où il y a convenance de le faire, et les mères, sous ce rapport, paraissent se montrer assez vigilantes. Les filles commencent à s'occuper des soins du ménage d'assez bonne heure, mais dans une mesure très-restreinte. Elles se marient d'ordinaire vers l'âge de 15 à 16 ans.

342 en. VllI. — PAYSANS en communauté de BOUSRAn,

Les garçons sont circoncis entre 3 et 6 ans. De bonne heure ils commencent à concourir aux travaux agricoles, mais dans la mesure de leurs forces ; fëurs mères conservent sur eux une influence qui se mamtient encore lorsqu'ils ont atteint l'âge mûr. L'âge du mariage est très-variable pour les garçons.

Une des circonstances les plus graves, qui puissent se produire dans une communauté de paysans, est la séparation de l'un de ses membres; chaque génération en fournit d'ordinaire un exemple au moins par communauté (i7). Ainsi, Daoud, frère aîné du Cheikh Mohammed, chef actuel de la famille, avait été d'abord choisi pour succéder à leur père commun ; après la mort de ce dernier, il dirigea en effet le village et la famille en qualité de Cheikh pendant quelques années, mais, comme il se montrait au-dessous de sa tâche, on le déposa et on choisit pour le remplacer son frère cadet Mohammed ; il se soumit à cette décision, mais, humilié de vivre sous l'autorité d'un frère plus jeune que lui, il résolut de s'isoler et quitta en effet la communauté, emmenant avec lui ses deux femmes et leurs enfants. Des arrangements d'intérêt furent pris à l'amiable entre les frères. DaQud reçut pour sa part une paire de bœufs, un chameau, un âne, des chèvres, des brebis et son mobilier. Il se fixa d'ailleurs dans le village même de Bousrah où il habite encore aujourd'hui, vivant dans d'assez bons rapports avec le reste de la communauté. Son fils aîné a même épousé la fille aînée du Cheikh Mohammed, et le fils de ce dernier a épousé aussi la fille de Daoud, suivant l'usage arabe qui donne aux cousins un droit à la main de leurs cousines.

S iâ.

MŒURS ET INSTITUTIONS ASSURANT LE BIEN-ÊTRE PHYSIQUE ET MORAL DE LA FAMILLE.

La communauté ici décrite jouit de toutes les garanties de sécurité qui sont liées à l'organisation patriarcale de la famille, unie au respect de la loi religieuse et de la coutume. Mais, privée de la protection du gouvernement central, actuellement réduit à

OBSERVATIONS l'RELIMINAIRKS. 343

l'impuissance, elle demeure en butte aux vexations arbitraires appuyées par la force : c'est ainsi qu'elle subit les exigences des Arabes nomades et supporte en outre leurs dévastations (i). Trop souvent même, les paysans sont exposés aux exactions des pachas, des KaimakanSj, des représentants de l'autorité militaire et des Cheikhs eux-mêmes, quand ils sont assez puissants pour abuser de leur pouvoir.

L'usure est une autre source de préjudices. L'interdiction du prêt à intérêt faite par la loi musulmane et l'impossibilité où sont les paysans de fournir des garanties hypothécaires entraînent les prêteurs à élever le taux de l'intérêt pour compenser leurs risques. Ce sont des banquiers juifs et chrétiens de Damas qui ne prêtent guère à moins de 20 pour 100. Ainsi le Cheikh Mohammed, pour une somme de 2,500 francs empruntée à un chrétien de Damas, paie un intérêt de 2 pour 100 par mois, ou 24 pour 100 par an (i5, s"" v).

Mais il est une large compensation à ces causes de ruine ; c'est la libre disposition d'un sol étendu et inculte. L'appropriation du sol n'existant pas, chacun peut en exploiter une étendue proportionnée aux moyens de culture dont il dispose ; l'abondance des subventions fournit des ressources en quelque sorte illimitées. Enfin, l'esprit de charité propre aux musulmans, joint à l'organisation des familles en communauté, assure aux vieillards, aux enfants et aux individuaUtés d'ordre inférieur un certain état de bien-être

La famille spécialement étudiée dans cette monographie doit à sa position privilégiée d'être à peu près complètement préservée des inconvénients indiqués ci- dessus (s).

CH. VllI. — PAYSANS EN COMMUNAUTE DE BOUSRAII.

SOURCES DES RECETTES

KVALUATION

approximative

(les

sources

de recettes

SECTION ^e.

Propriétés possédées par la famille.

Art. 1". — PKOPRiÉxis immobilièbes.

Habitation :

Valeur attribuée aux travaux d'appropriation des ruines qui cotoposent la maison. . . .

Immeubles ruraux :

Valeur attribuée aux travaux d'appropriation des ruines qui composent la partie de la

maison servant à l'exploitation agricole

Valeur attribuée aux travaux d'appropriation du Beidar (enclos pour le battage des

grains et le parcage des cbevaux)

Terres arables : la famille en jouit sans posséder aucun droit de propriété

Art. 2. — Valeurs mobilières.

Animaux domestiques entretenus toute l'année :

Animaux de charge : 3 chevaux ou juments, 1 mulet, 7 chameaux, 10 ânes, 20 bœufs. .

2 chevaux, 2 juments et une pouliche de race r

6 vaches, 4 veaux, 251 bêtes à laine (brebis et moutons), 353 chèvres et boucs, 50 poules ou poulets

Matériel spécial des travaux et industries :

Pour l'exploitation agricole

— — des chevaux de seiic

— — des animaux de charge

— la manipulation du lait de vache, de chèvre et de brebis

— l'entretien de l'habitation

— la récolte du bois.

— le blanchissage du linge

Armes indispensables à la sécurité des industries ,

Argent :

Somme possédée en communauté ou à titre individuel

Art. 3. — Droit aux allocations de sociétés d'assurances mutuelles.

(La famille ne fait partie d'aucune société de ce genre)

Valeur totale des propriétés

VALEUR

des propriétés.

Subventions reçues par la famille.

Art. 1er. Propriétés reçues en usufruit.

(La famille ne reçoit aucune propriété en usufruit)

Art. 2. — Droits d'usagb sur les propriétés voisines.

Droit sur les ruines de l'ancienne ville de Bousrah (1 et 6)

— sur les produits des forêts de chênes verts du Djebel-Haouràu

— sur les herbes broutées

— sur les salades récoltées dans les champs ,

— sur le gibier de passage

Art. 3. — Allocations d'objets bt db services. Allocations concernant la nourriture

en. Vlll. — PAYSANS EN COMMUNAUTE DE BOUSRAH.

RECETTES

Revenus des propriétés.

Art. 1". — Revenus des propriétés immobilières. intérêt (6 p. 100) de cette valeur

— de cette valeur

— de cette valeur

(Aucun revenu ne peut être attribué à ces terres)

Akt. 2. — Revenus des valeurs mobilières. Intérêt (6 p. 100) de la valeur de ces animaux

Intérêt (6 p. 100) de la valeur de ce matériel

(Cette somme ne produit pas d'intérêts)

Art. 3. — Allocations des sociétés d'assurances mutuelles.

(La famille ne reçoit aucune allocation de ce genre)

Totaux des revenus des propriétés

SECTION II, Produits des subventions.

Art. I". — Produits des propriétés reçues en usufruit. '

(La famille ne jouit d'aucun produit de ce genre)

Akt. 2. — Produits des droits d'usage.

Intérêt (6p. ICO) de la somme que la famille aurait dépensée pour construire une maison Valeur attribuée au bois avant l'abatago («,000 ki) . )

— aux herbes sur pied

Valeur de ces salades

— de ce gibier

Art. 3. — Objbts et services alloués.

Repas pris pendant les voyages chez des amis ou parents

Totaux des produits des subventions

VALECIl

des objets

reçus en nature.

argent.

SOURCES DES RECETTES (SUITE)

DESIGNATION DES TRAVAUX ET DE l'emploi du TEMPS.

Travaux exécutés par la famille.

Exploitation des terres arables (16, A)

— des animaux de labour et de transport. (16, B)

— des chevaux de selle (16, C)

— des chèvres, brebis, vaches et animaux de basse-cour (16, D)

Fonctions de maire, de juge et de percepteur exercées par

le Cheikh (16, E)

Récolte du bois de chaufTage (16, G)

Préparation du Bourgoul et du Frikeh (16, J, K)

Fabrication du Quelle (16, L)

— de l'huile de ricin (16, M)

Entretien et embellissement de l'habitation (16. N)

— du mobilier et travaux pour petites confections

domestiques (16, O)

Confection et entretien des vêtements (16, Q)

Blanchissage des vêtements et du linge (16, S)

Service des étrangers (16, Y)

Travaux du ménage

Totaux des journées de tous les membres de la famille. .

QUANTITÉ DE TRAVAIL EFFECTUÉ

hommes adultes

journées

niB aîné

du Cheikh

journées

4 femmes adultes, 1 esclave

3 jeunes femmes,

mère du Chclkb

journées

enfants

journées

Industries entreprises par la famille

(à son propre compte).

Industries entreprises au compte de la famille :

Exploitation des terres arables ,.....•

— dos animaux de labour et de transport

— des chevaux de selle

— des chèvres, brebis, vaches et animaux de basse-cour

Fonctions de maire, de juge et de percepteur, exercées par le Cheikh . . . . ,

cil. VIII. — PAYSANS BN CQJJMUNAÇTÉ DJÎ BOUSPAU,

RECETTES (SUITE)

PRIX DES SALAIRES JOURNALIERS

1 femmes adultes, 1 esclave

fils aîné

hommes

du

adultes

Cheikh

fr. c.

fr. c.

1 jeunes femmes,

mère duCheikh

enfants

fr. c.

fr. c.

Salaires.

Salaire total attribué à co travail.

Totaux des salaires do la famillo.

Bénéfices des ludustrles.

Bénéfice résultant de cetto exploitation (16, A)

— de ces fonctions (16, E)

Totaux des bénéfices résultant dos industries

Nota . — Outre les recettes portées ci-dessus en compte, les industries donnent lieu à une recelte de 21,OT3f 21 (16, F), qui est appliquée de nouveau à ces mêmes industries ; cette recette elles dépenses qui la balancent (15, S"" V) ont été omises dans l'un et l'autre budget.

TOTAUX DES RECETTES do l'année (balançant les dépenses) (14,746^36)

MONTANT DES RECETTES

VALEUR

des Objets

reçus on nature.

DÉSIGNATION DES DÉPENSES

Dépenses concernant la nourriture.

Art. 1*

Aliments consommés dans le ménage.

Par les 32 membres de la communauté (2), et par les hôtes qu'on reçoit chaque jour, en moyenne au nombre de 7, pendant 365 jours.

Céréales :

Froment, mangé à l'état de pain avec de la farine dont le son

n'a pas été séparé

Froment, mangé à l'état de Bourgoul (16, J)

— à l'état de Frikeh (16,K)

— à l'état de grain non cuit et non moulu

Maïs blanc ou millet (Dowa-beda), consommé à l'état de pain. ..

— à l'état de grain non cuit et non moulu. . . Riz acheté à Damas, mangé à titre de régal

Poids total et prix moyen

Corps gras :

Beurre consommé à l'état frais (Z/rfrfe/i). 220''; — consommé à l'état

de beurre fondu et salé (Semné), 164k (Ig^ D)

Huile d'olive provenant du Djebel- Adjeloun

Laitages et oeufs :

Lait consommé spécialementparlesenfants,3,800''; — consommé

à l'état de Leben, 8,500'' (16, D)

Fromage (Keshk) séché et salé (16, D)

Œufs de la basse-cour (16, D)

Poids total et prix moyen

Viandes et poissons :

Agneaux, moutons et brebis, 50 tètes (16, D)

Chevreaux et chèvres, 100 têtes (16, D)

Viandes de mouton et de chèvre reçues en cadeau (16, E)

Viande de vache : partie du poids d'une vache abattue par la communauté, 50', 15'; — viande reçue en cadeau, 40'',

Viande de bœuf : partie du poids de 2 bœufs abattus chaque année dans la communauté, 110'', .33'; — viande reçue en cadeau, 60'', 18f (16, B, E)

Viande de chameau : quantité consommée sur l'animal abattu dans la communauté, 60'', IS'; — quantité reçue en cadeau,

Volailles : poules et coqs consommés surtout en l'honneur des

étrangers et à l'Aid el kebir (16, D)

Gibier : perdrix rouges, oiseaux de passage (Kattas, cailles, canards), lièvres et gazelles (une moitié du gibier est reçue en cadeau) (16, e)

roins et PRIl des illSEKTS

I POIDS

consommé

rnix par kilogr.

O'UO 0 123 0 1.j3 0 110 0 060

0 lie

■OSTAKT m DÉPENSES

VALRIII

de.s objei!

««nsommés en nature

DÉSIGNATION DES DÉPENSES (SUITE)

MOSTiNT DES DÉPENSES.

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