Marchéia, sa femme
Le chef de maison, Kourama, a été marié une première fois a Gihanbeka, morte après avoir donné le jour à deux filles, Khoulvadehr et Aïcha, âgées aujourd'hui de 23 et de 22 ans, résidant, avec leurs maris, dans deux villages voisins; il n'a pris sa seconde femme qu'après la mort de la première.
RELIGION ET HABITUDES MORALES
Tous les habitants du village appartiennent, à la religion musulmane; une moitié environ suit les principales prescriptions du Khoran; le reste les néglige ou les enfreint ouvertement. Kourama et, sous son influence, les autres membres de la famille, se distinguent par leur ferveur, et surtout par leur exactitude à remplir les devoirs des ablutions, de la prière, etc. Cette disposition a élevé la famille au-dessus du niveau moral de la majorité des habitants, notamment en ce qui concerne les affaires d'intérêt.
Tous les enfants reçoivent les éléments de l'enseignement primaire dans une école tenue par le Moullah (20). Le goût pour l'instruction se développe de plus en plus. Les gens aisés du district envoient leurs garçonâ étudier, en qualité de pension-
OBSERVATIONS PIIKLIMINAIUES. O
naires , chez un maître célèbre établi à 35 kilomètres du village de Moclimet.
Le vice principal de la population est une propension invétérée à la quiétude pastorale. Le terme des désirs chez une famille laborieuse est de posséder huit à dix juments, au moyen desquelles elle peut se soustraire à tout travail agricole et se nourrir presque exclusivement de Khoumouis (20), avec un repos absolu pendant la vie nomade^ de l'été. Ce but atteint, la famille ne songe guère dorénavant à appliquer son travail à l'exploitation des admirables ressources du pays. Il en résulte qu'au moindre revers, à la première invasion d'une épizootie, par exemple, elle retombe dans la situation médiocre qui, dans toute la Bachkirie, dans le village de Mochmet en particulier, est le partage du plus grand nombre.
Les Bachkirs gardent certains égards les uns envers les autres dans leurs relations d'intérêt, mais ils n'hésitent guère à se livrer à la fraude dans leurs relations avec les Russes. Les moins scrupuleux vont jusqu'à tremper dans de faux témoignages, en vue d'extorquer une somme d'argent d'un homme riche menacé de quelque scandale. La responsabilité de cette dépravation semble parfois remonter aux fonctionnaires publics.
La surveillance des parents, qui tirent de grands avantages du mariage de leurs filles, la réclusion des femmes et l'ensemble des mœurs établies s'opposent à toute corruption dans les rapports des deux sexes. Lesfemmesqui, à quelques égards, sont achetées par leurs maris, se trouvent, en principe, devant ces derniers, dans un état de dépendance absolue; elles prennent la plus lourde part des travaux agricoles; elles supportent toutes les charges de la domesticité, jusqu'à l'obligation de seller le cheval du mari, chaque fois que celui-ci veut sortir. Mais leur autorité comme mère reste entière et elles jouissent, non moins que le père, du respect et de l'affection des enfants. En outre, là comme ailleurs, nonobstant l'autorité du mari, et par l'ascendant du caractère individuel, l'inlluence des femmes trouve souvent occasion de s'établir, même en ce qui concerne la gestion des intérêts de la communauté (24). Dans une maison où il y a plusieurs ménages et
DACIIKIRS PASTEURS DEMI-NOMADES DE L OCRAL.
plusieurs femmes altacliées à un même mari, c'est presque toujours la plus ancienne femme du Khoja qui en dirige les affaires intérieures.
HYGIÈNE ET SERVICE DE SANTÉ
Sauf le frère cadet dont la vue est affaiblie, tous les membres de la famille jouissent d'une excellente santé : les deux femmes, en particulier, ont une vigoureuse organisation. La contrée est Irès-salubre, on n'y connaît guère de maladies épidémiques : le choléra même y a exercé peu de ravages. Les maladies dominantes sont plutôt propres au climat qu'à la localité : les affections rhumatismales et hémorroïdales, ladyssenlerieet les tluxions de poitrine. La rareté des phthisies pulmonaires doit être remarquée et semble devoir être attribuée à l'usage du Khoumouis. Beaucoup de personnes affectées de cette maladie viennent de loin chercher la guérison en s'établissant pendant l'été à proximité des tentes bachkires. L'usage du Khoumouis exerce d'ailleurs une influence évidente sur le physique et le moral de la population; cette influence se manifeste par une torpeur et un état habituel de somnolence accompagnés de rêves agréables, offrant une certaine analogie avec les effets de l'opium. Les narcotiques proprement dits, le tabac à fumer et à priser, ne sont point inconnus dans le pays, mais sont d'un usage peu répandu.
La vaccine, propagée par les soins de l'administration impériale, est la seule pratique médicale exercée d'une manière régulière par des médecins orthodoxes. Ceux-ci font des tournées, aux époques prescrites, dans les circonscriptions qui leur sont assignées. Pour la plupart des cas de maladie, les habitants de Mochmet s'adressent à des empiriques qui semblent exercer leur art à la satisfaction de leurs clienls. Les familles ont, en outre, recours aux conseils du Moullah. Le village offre des exemples remarquables de longévité.
ODSEh>ATlONS PRELISIINAIUES. 7
RANG DE LA FAMILLE
Le caractère dislinctif de l'organisation sociale décrite par la présente monographie est de réunir dans chaque famille les fonctions et les aptitudes qui, dans l'Occident, se partagent toujours entre un grand nombre de familles et d'individus. La famille prise pour exemple s'adonne également à l'agriculture et à l'industrie manufacturière. Dans la répétition régulière des travaux annuels, ses divers membres prennent successivement le caractère de domestiques, de journaliers, de tâcherons, de chefs de métier, de propriétaires, etc. La propension des Bachkirs pour l'indolence restreint à la vérité cette variété d'aptitudes développée à un si haut degré chez les Russes sédentaires de la même région (n, s) ; en outre, l'imperfection de l'enseignement scolaire prive ici les familles ordinaires des moyens de développement intellectuel dont jouissent les ouvriers de l'Occident; mais, par compensation, les loisirs de la vie nomade, les habitudes de méditation qu'ils font naître chez les individus les mieux doués, communiquent souvent à ceux-ci une distinction de manières, une finesse d'intelligence et de jugement qui se remarquent rarement, au même niveau social, chez des peuples où l'enseignement scolaire est plus répandu. Cette supériorité est surtout marquée chez les chefs de famille qui jouissent ici d'une grande autorité, et sur lesquels, en conséquence, pèse une grande responsabilité personnelle.
Les familles de cette localité, comparées à celles qui, dans l'Occident, exercent la même profession ou possèdent la même fortune, semblent, à première vue, occuper un rang plus élevé dans la hiérarchie sociale. Getétat de choses n'est point une simple apparence et il se maintient malgré le contact d'une race sédentaire et commerçante. Il est le reste de vieilles coutumes fondées sur le respect de la vieillesse et de l'autorité paternelle. Ces mêmes traditions sont mieux conservées à l'est de la Bachkirie, dans la Grande-Steppe asiatique, avec les rites de la religion, de la politesse et de la hiérarchie.