cil. I. — BACIIJilRS PASTEURS DEMI-NOMADES DE l'oUUAL
nioyeiis il*exiistence de la famille.
PROPRIÉTÉS
(Mobilier et vêtements non compris.)
Immeubles : reçus pai' héritage des ancêtres et attribués par la commune 565^ 29
1° Habitation d'hiver. — Maison en bois, comprenant 4 subdivisions principales (10); construite avec des matériaux principalement tirés des forêts communales et à l'aide de l'éunions de travailleurs, dites Heummin (11)", 20'î'^84.
2» Habitation d'été. — Une tente avec ses dépendances (19), 91^36.
3' Bâtiments ruraux. — Étable, écurie, grange, fenil, magasin et hangar, 119^91.
4° Terres. — Terre arable (prêtée par un gendre habitant un village voisin), O'^OO;
— petite prairie attenant à la maison, 11^ 42 ; — gi-ande prairie située à 2 kilomètres de la maison, 85*^ 65 ; — jardin potager attenant à la maison, 20^50; — champ à chanvre et à lin, 28^55. — Total, 146^18.
Les prairies et les champs dont jouit chaque famille ne lui sont attribués en propre que pour une période de quinze années : après ce délai, l'autorité municipale procède à une nouvelle distribution.
Argent. ♦ 0^ 00
La famille n'a aucune tendance pour l'épargne : les sommes dont elle dispose momentanément sont immédiatement employées à remplacer les animaux perdus par accident, à solder les dettes, et, dans les circonstances les plus favorables, à acheter du thé, aliment que la famille recherche avec passion.
Animaux domestiques entretenus toute l'année : mal soignés pour la plupart. 335^ 97
3 juments, produisant du lait pour la fabrication du Khoumouis, 142^75 ; — I cheval entier, 34^ 26 ; — 3 vaches, produisant le lait pour la confection du beurre et de VAirhan (26), 77^66; —2 génisses ou jeunes taureaux de 6 mois et de 15 mois, 28'' 55;
— 8 moutons et brebis, 47^96; — 8 poules et l coq avec 6 élèves, 4^79.
Matériel spécial des travaux et industries . , . l/i/|.^ 36
1° Exploitation des animaux domestiques (vie nomade). — 1 outre en cuir fumé pour la fabrication du Khoumouis, 5'^43 ; — 2 grandes tinettes de 40 litres, en tilleul creusé, 1^60; —3 tinettes pour la conservation du lait de vache et de l'Airhan, i^31;
— 1 tinette pour la crème de lait de vache, 0^51 ; — 2 vases en tilleul pour traire les juments et les vaches, 1^83 ; — 2 vases en tilleul pour le beurre fondu, 0*^57 ; — 1 tonne en bois pour la fabrication de l'Airhan, 1' 14. — Total, 12^45.
2° Exploitation des animaux domestiques (vie sédentaire). — 4 lames de faux à 2^85 et 4 manches à 0^23, 12^32 ; — 1 chariot à 4 roues (Télégue) avec 2 roues de re-
change, 21^70; — 2 traîneaux pour transports, d'hiver, W%; — 5 fourches et 5 râteaux à foin, 0^86; — flt^aux, vases, instruments divers, 2f 41 ; — sacs et tonneaux pour grains et farines, 4^20: — liarnais des juments et du cheval : 2 selles, 8^45. —
3* Culture du jardin potager. — 2 bêches et 1 houe, 1^94; — tonneaux et vases pour les légumes, le houblon, etc., 0^07. — Total, 2^91.
4» Fabrication des tisssus de lin et de chanvre. - Peignes, 2^06; —fuseaux, 0''23j — métiers à tisser avec navettes, 7^ 02. — Total, 9' 31.
b'> Fabricationdes tissus de laine. — Fuseaux, 0^34; — 1 métier à tisser avec navettes, 7^43. — Total, 7^77.
6" Exploitation du bois dans les forêts communales. — 2 haches et 2 pierres à ai' guiser, 1^20.
7" Chasse, pèche et cueillette. — 2 faucons dressés par le frère cadet, 29^23; — 1 fusil à pierre, 17^24; — pièges pour les oiseaux de passage, 0^97; — nasses à poissons, établissements de pèche sur les rivières, 4"^ 91 ; - vases en écorce de bouleau pour cueillette de fruits, etc., Qf 47. — Total, 52f 82.
Valeur totale des propriétés i0/i5^ 62
SUBVENTIONS
Chez les Bachkirs, de même que chez la plupart des peuples orientaux, on ne peut établir une démarcation bien nette entre les propriétés individuelles et les subventions émanant des communes. Le caractère de la propriété individuelle n'est réellement marque que pour les maisons et leurs dépendances immédiates (jardins, chènevières, etc.).
La terre arable et les prairies où se récolte le foin sont attribuées aux familles et s'y transmettent de génération en génération avec des limitas déterminées; par ce motif, on a classé, dans le tableau, ce genre de biens parmi les propriétés. Cependant le droit exercé sur ces biens par la famille est plus restreint qu'il ne l'est pour les propriétaires de l'Occident, et laisse encore une assez large part au droit de la communauté ; celle-ci ne se borne pas à détacher de la réserve, jusqu'alors indivise, des parcelles qu'elle concède aux familles qui sont en mesure d'en tirer parti; elle fait rentrer dans cette réserve des parcelles précédemment concédées à des familles qui, depuis plusieurs années, n'y font
10 cil. I. — DAcriKins pastkurs demi-nomades de l'ouhal.
aucune récolte. Ce droit de reprise de la communauté n'est jamais, en fait, onéreux aux individus; il préserve, au contraire, ceux-ci contre les abus de l'hypothèque et de l'usure.
Les droits d'usage attribués aux familles sur les pâturages d'été, sur les bois, le gibier, le poisson, les fruits sauvages, etc., n'ont jamais le caractère d'une propriété privée; les individus n'en jouissent qu'en qualité de membres de la communauté, en se soumettant aux règlements promulgués par l'autorité administrative; on ne peut donc les considérer que comme des subventions. Le bois de charpente, nécessaire à la construction et à l'entretien des habitations, ne peut être coupé que sur l'approbation donnée par le chef du district forestier de Zlatooust, à la demande des ayants droit, visée par le Vouiberni et transmise parle Starchina (20). Chaque habitant peut couper tout le bois de feu nécessaire à sa consommation, mais il n'en peut vendre à des personnes étrangères à la communauté. Les droits de chasse, de pêche et de cueillette sont encore moins réglementés; ils sont, en fait, à la disposition de tous, même des étrangers.
Les allocations de céréales faites à la famille par un gendre aisé, établi dans un village voisin, doivent être considérées, en partie comme une subvention, en partie comme le salaire d'un travail exécuté à la tâche.
TRAVAUX ET INDUSTRIES
Travaux des hommes. — La principale occupation des hommes est la récolte des foins pour la nourriture des animaux pendant l'hiver. Les travaux secondaires concernent l'exploitation des subventions ci-dessus énumérées. La subvention la plus importante, celle des pâturages d'été, n'impose guère d'autre etfort aux hommes que le montage et le pliage de la tente, lors des changements de lieu. Elle est, à vrai dire, pour ceux-ci, l'occasion d'un repos presque absolu, lorsque les juments sont en assez
OBSERVATIONS PRÉLIMIXAIRES. ^\
grand nombre pour produire tout le Khoumouis nécessaire à la consommation de la famille.
Les deux frères chefs de famille décrits au présent tableau ont trouvé, grâce à leur réputation d'hommes religieux et honnêtes, une occupation lucrative qu'ils ont acceptée avec empressement pour se soustraire à la nécessité, désagréable aux nomades, de cultiver les céréales. Ils sont chargés de la garde d'une terre boisée, en séquestre, dont la propriété, revendiquée à la fois par une communauté de Bachkirs du voisinage et par un particulier russe, marchand à Kichtim, ne sera établie qu'à la conclusion d'un procès. Les agents chargés par le tribunal d'empêcher toute déprédation sur cette terre sont rarement présents et délèguent leurs fonctions aux deux frères, en leur cédant une partie de leur salaire. Cette occupation est venue utilement remplacer l'exploitation d'un bac supprimé par suite de l'établissement d'un pont sur la route de poste voisine, exploitation que les deux frères avaient également entreprise pour se dispenser du travail agricole.
Travaux des femmes. — Les principales occupations des femmes concernent les soins réclamés par les animaux domestiques, la récolte des foins, l'élaboration du lait fourni par les juments et les vaches. Pour la maîtresse de maison, il faut citer en outre la récolte des céréales, exécutée à titre de tâche annuelle, chez l'un de ses gendres, qui alloue la provision de céréales nécessaire à la famille, en partie à titre de salaire pour ce travail, en partie à titre de subvention.
Les travaux secondaires ont pour objet les soins de ménage, la culture du jardin potager et des champs à chanvre et à lin ; la fabrication des tissus de chanvre, de lin et de laine, la cueillette des champignons et des fruits sauvages.
Travaux des jeunes enfants. — Les deux aînés commencent à seconder leur mère et leur tante dans les travaux qui se rapportent au séchage des foins, au transport et à l'élaboration du lait, à la récolte des champignons et des fruits sauvages, à la récolte du chanvre, à la préparation de la ûlasse.
12 CII. I. — BACHlilRS PASTEURS DEMI-NO.MAUES DE l'oXjRAL.
Industries entreprises par la famille. — L'énumératioii des industries se confond avec celle des travaux, puisque la famille travaille exclusivement à son propre compte.
jflode d'existence de la famille.
ALIMENTS ET REPAS
Le mode d'alimentation varie essentiellement selon le degré d'aisance de la famille.
Pendant la vie nomade de l'été, l'état de bien-être le plus recherché consiste à vivre principalement de Khoumouis, auquel on joint, tout au plus une fois dans la journée, du gruau aulait. LesBachkirsles plus aisés sortent trois ou quatre fois par jour de leur état habituel de somnolence pour boire d'énormes quantités de leur aliment favori.
Les hommes de la famille décrite dans la présente monographie ne peuvent guère jouir chacun que deux jours par semaine de cet état d'inaction. Le reste du temps, étant dispensés du travail agricole, ils ont à s'occuper au dehors, ainsi qu'il a été dit précédemment. Ils se nourrissent alors comme à l'époque de la vie sédentaire^; cependant ils reviennent tous les deux jours à la tente, ou bien ils se font envoyer une petite provision de Khoumouis.
Pendant la vie sédentaire, on fait régulièrement trois repas, ayant pour base le gruau au lait et l'Airhan; on y joint souvent de la viande bouillie, qu'on mange sans pain ni gruau, et une soupe, au pain ou à la pâte^ faite avec le bouillon. Les jours de fête, alors qu'on reçoit un étranger, on mangede la viande rôtie dans la graisse ou dans le beurre de vache. Dans ces mêmes occasions, on prépare quelquefois un mets nommé Bichbarnak, composé de viande hachée, d'orge, d'oignon et de légumes assaisonnés de sel et de divers aromates. On considère aussi comme un
grand régal un mets composé :le viande de cheval {Hit) et de pâte de farine bouillie avec du sel. La politesse oblige le maître de maison a prendre à la main, au début du repas, une certaine quantité de viande et à la présenter au convive auquel il veut surtout faire honneur.
Le thé est, pour tous les membres de la famille, un mets encore plus recherché que le Khoumouis; l'achat de cette denrée absorbe toutes les sommes dont la destination n'est pas impérieusement fixée par d'autres besoins.
La famille observe scrupuleusement les prescriptions religieuses concernant l'abatage des animaux, surtout à l'occasion du Kourmane-Baùam'^ {21).
HABITATIOIN, MOBILIER ET VÊTEMENTS
La maison, construite en poutres équarries, assemblées à mibois aux extrémités, s'étend, avec ses dépendances immédiates, sur une surface de 560 mètres carrés, savoir :
mètres carrés.
Maison : Chambre principale, avec un poêle en brique, disposée dans le
style des Isba russes, habitée par le chef de famille . . 21
2* chambre, nommée Acheyeu, disposée dans le style bachkir, avec une
cneminée en argile, dite Tchoual, servant de cuisine et habitée par
le frère cadet 20
Antichambre dans le style bachkir, dite Tclioulane, communiquant avec .
les deux pièces précédentes et avec le porche -. 17
Porche couvert, formant galerie d'été, situé, comme les précédentes, .
à l°i, 80 au-dessus du niveau de la cour, communiquant avec celle-ci
par un escalier 9
Remise et écurie, occupant le fond de la l'*' cour, opposées à la maison. 44
1" cour, avec deux portes, communiquant, l'une a\ec la rue, l'autre avec
la 2^ cour • , 158
2" cour, contenant les étables et le fenil t • • •• • '^>^'5
Étables et fenil occupant deux côtés de la 2*= cour. 96
Surface totale 500
i. Cette solennité est désignée on Turquie sous le nom de Kourbane-Daïram ; conformément à la règle déjà indiquée, l'auteur a cru devoir écrire ce mot comme il .'a entendu prononcer par la famille décntc dans la présente monographie.
44 cil. I. — BACIIKIRS PASTEUnS DEMI-NOMADES DE l'oURAL.
La maison, la chambre principale surtout, est tenue avec propreté; il y a, au contraire, beaucoup de négligence dans la tenue des cours, de l'écurie et des étables. Les fumiers, qui restent sans usage dans le pays, encombrent toujours les dépendances de l'habitation. La cheminée de cuisine (Tchoual), composée d'un mince cylindre d'argile reposant sur une pierre plate, échancrée sur l'^'jSO de haut, et s'élevant au-dessus du toit, est disposée de la manière la plus heureuse à la fois pour le chaulTage, pour l'éclairage et pour la cuisson des aliments.
La tente, habitation d'été, est spécialement décrite ciaprès (l9).
Le mobilier, établi en partie, comme la maison, sous l'influence des mœurs russes, comprend :
Meubles i offrant un mélange curieux du goût russe et du goût bachkir; ceux de l'Isba et de la tente sont tenus avec propreté 130^ lil
i° Mobilier de l'Isba (goût russe). — Lit du chef de maison : 1 natte, l''14; — 1 tapis de laine, 4^57; — l matelas de plumes, 22^84 ; — 1 matelas de laine, 14^85; — 3 coussins d'édredon, 15*^42; — 1 couverture de coton piqué, 5^71 ; — rideaux de coton, rouges pour l'hiver, blancs pour l'été, avec la perche à rideaux, 15^99. — Lits des enfants : 3 petits feutres et 3 coussins, 2^28 ; — 1 berceau en bois avec sa perche et un anneau, l''71. — Meubles divers : 1 armoire vitrée à 2 vantaux avec buffet, 17^13; —table en bois peint en rouge, 2^74; — 2 chaises à dossier, 4*^57 ; — 2 bancs, 2f88. — Total, lllf 23.
2" Mobilier de l'Acheyeu (goût bachkir). — Lit du frère cadet : 1 feutre, 2^28; —
1 matelas de plumes, 6*^28 ; — 2 coussins, 4^57. — Meubles divers : aire en planche, large de l™ 15, élevée de 0"'3o au-dessus du sol; les femmesy travaillent assises pen dant le jour ; on y établit le lit pendant la nuit, 4' 11 ; — auge en bois pour hacher et couper la viande, 0^80. — Total, IS^Oi.
3" Meubles du Tchoulane et du porche (goût bachkir).—! banc en bois, 0^23; —
2 chaises en bois, 0^ 97. — Total, \^ 20.
4» Mobilier de la tente (goût bachkii). — Le principal meuble est l'outre à Khoiimouis. La plupart des objets concernent l'exploitation des animaux domestiques; ils ont été énumérés au § 0.
Ustensiles : réduits au strict nécessaire; le luxe apparaît seulement dans les ustensiles servant à la préparation du thé , , 67' 15
1° Dépendant de l'Isba. — 1 samovar russe en laiton (pour le thé), 29^09; — 1 bouilloire à bec et à anse en laiton, 5*^ 14; — 1 théière en porcelaine, 1' 26 :— 4 tasses à thé en porcelaine. If 20; -1 plateau en tôle vernie, 2' 28; — 1 chandelier en fer-
0^40; — 1 lanterne, 0^57; — 1 hache, O^S?; — 1 petite lance en bois peint, l^TÏ.— Total, 42f 88.
2° Dépendant de l'Acheyeu. — 1 grand chaudron en fonte pour la fabrication de la Braga (vi, 21), du savon et des lessives alcalines, 4^00; — 1 bouilloire à bec en cuivre, 6*^00; — 2 vases en fonte pour la cuisson du gruau, l'^OO; — 1 vase en fonte pour la cuisson de la viande, 1*^08 ; — 1 aiguière en métal à bec, 1^26 ; — .1 pincette en tôle forte, 0^ 23 ; — 1 pelle creuse en fer, 0^23; — grands plats de bois pour les mets de viande et de gruau, 0^57; — 10 cuillères en bois achetées 0^40; — 1 grande cuillère à pot en bois, de fabrication domestique, 0^34; — 1 grand vase de bois pour le lait, 0^40; — 1 baquet pour l'Airhan, 0"^ 80; — 1 grand baquet en mélèze pour conserver la farine, 0*^57; — 1 seau en fer pour l'eau, 2''34. — Total, 19''28.
3° Dépendant du Tclioulane et du porche. — 1 tonne de 72 litres pour le Khoumouis et l'Airhan, 4*" 00; — 1 bassin en tôle pour se laver les mains, 0^99. — Total, 4' 99.
4" Dépendant de la tente. — Déjà portés en compte au § 0 ou extraits de l'habitation d'hiver.
Linge de ménage : servant presque exclusivement aux ablutions; réduit au strict nécessaire. L'usage de draps délit est inconnu 10^ 00
Serviettes et essuie-mains en lin et en chanvre, 7'' 50;— torchons en chanvre, 2f 50.
Vêtements : la famille aime trop le repos pour se soumettre au travail en vue d'acquérir un objet de vêtement qui ne serait pas absolument indispensable. Une recette inattendue faite par la famille ne recevrait jamais cette destination, mais serait toujours consacrée à l'acquisition du thé. Toujours réduit par cette tendance au strict nécessaire, le vêtement se distingue cependant par sa convenance et sa coupe élégante '211^ 93
1° Vêtements du chef de famille. — 2 chemises de toile de chanvre, 31^83; — 2 caleçons de toile grise, 1 caleçon de toile bleue, 4^57 ; — 1 surtout {Sapchan) de drap blanc, 7'^59; — 1 surtout d'été d'étoffe de coton de Boukiiarie, 5''37; — 2 ceintures de laine bleue, 1^92; — I surtout de peau de mouton {Chouba\ 11^42 ; — 2 paires de bas de drap blanc à semelles de cuir, 4^57; — bottes en cuir, 3^80; — souliers en cuir, servant de chaussure de maison pour l'été, 0^77; — 2 calottes en coton (Touuafei:) couvrant le haut de la tête, 0'91; — 1 bonnet d'hiver (Kolpac) en drap vert rembourré garni extérieurement de fourrures d'agneau, 6^85; — 1 chapeau d'été en feutre blanc, CeO; — 1 paire de gants en cuir doublé de drap, à un doigt, 0^85. — Total, SSMl.
2° Vêlements du frère cadet. — Semblables à ceux du chef de famille. — Total, 48f 54.
* 3° Vêtements de la maîtresse de maison. — 2 chemises de toile bleue très-forte, à manches longues, serrées au cou, tombant sur le caleçon, formant avec celui-ci le seul vêtement de travail, à la maison ou aux champs, 4^57; — 2 caleçons de toile bleue très-forte, 2^28; —linges divers en toile de chanvre, l^CO; — 2 kaftans de drap bleu (un neuf et un vieux), IC^GS; — 2 ceintures de laine de couleur, 1^91 ; — 1 surtout de peau de mouton {Chouba},9''l4; — 2 paires de bas de laine pour l'hiver, 2'^28; - 1 paire de souliers de cuir, \^lj; — 2 mouchoirs de toile blanche, fine, pour couvrir la tête et le visage, 1^52. — Total, SS^OO.
16 cil. 1. — BACIIKIRS PASTEURS DEMI-NOMADES DE l'oURAL.
4« Vêtements de la bellé-sœur. — Semblables à ceux de la maîtresse. — Total, 30^83.
5» Vêtements des enfants. — Semblables, sauf la dimension, à ceux du père et de la mère. — Valeur totale, 50'^3G.
Valeur totale du mobilier et des vêtements. . . 425^ 55
RÉCRÉATIONS
Les plaisirs les plus recherchés sont les jouissances qui se rattachent à la vie nomade de l'été : l'usage du Khoumouis, l'exemption de tout travail agricole, la prière et la méditation au milieu des beaux paysages où les tentes sont assises. Les Bachkirs les moins aisés, obligés de subir le travail agricole ou manufacturier, viennent au moins une fois par semaine aux tentes partager ces plaisirs. Les jeunes garçons se disputent au jeu de balle, à la lutte, à la course, etc., des prix institués par les notables ; ils se livrent aussi au chant et à la danse sans se. mêler aux filles. Celles-ci, soigneusement voilées, vont, accompagnées de quelques vieilles femmes, se promener dans les bois du voisinage, y cueillir des fruifs sauvages et des champignons, y faire une collation de thé en emportant à cet effet le samovar.
Pendant la vie sédentaire, l'usage du thé est la récréation favorite ; à défaut de ressources suffisantes, on infuse, à trois ou quatre reprises, les feuilles de thé, après les avoir autant de fois séchées. La famille trouve une grande satisfaction à traiter ses amis et surtout le MouUah; dans ces occasions, on sert de préférence le thé et les mets de choix mentionnés au § 9.
Les assemblées dites Heummin figurent encore au nombre des principales récréations des hommes. On nomme ainsi les réunions d'ouvriers provoquées par un chef de maison qui, manquant de bras, a besoin de faire exécuter un travail urgent, tel qu'un charroi de matériaux, une pécolte, une construc-
OBSERVATIO.VS PRÛLIMINAIRES. 47
tion, etc. Le repas copieux qui termine toujours les journées est plus agréable aux invités ]que ne le serait le salaire équivalent (il et v) .
Histoire de la famille*
PHASES PRINCIPALES DE l' EXISTENCE.
Les enfants sont soignés dans le premier âge avec sollicitude. Ils se développent en toute liberté pendant la vie sédentaire et surtout pendant la vie nomade, qui leur offre un grand attrait. Vers l'âge de 10 ou de 12 ans, ils commencent à suivre, sous la direction du Moullah, les exercices de l'école, où ils se trouvent réunis au nombre d'une vingtaine. Les filles, surveillées par une vieille femme, viennent à l'école jusqu'à l'époque de leur mariage; elles sont autorisées par l'usage à se découvrir la figure en présence du maître; elles se tiennent, d'ailleurs, dans une classe distincte de celle où se trouvent les garçons. Le iVIoullah enseigne à ses deux catégories d'élèves la lecture, l'écriture et le calcul. Il les exerce surtout à la lecture du Khoran. Les caractères écrits, analogues à ceux des Arabes, se tracent de droite à gauche.
Les hommes, à raison du délai nécessaire pour le payement du Kolime (22), ne contractent guère leur premier mariage avant l'âge de 25 à 30 ans ; les filles se marient de 19 à 20 ans. Les riches seuls sont en position d'épouser plusieurs femmes ; et, dans ce cas, les mariages successifs ont lieu à des intervalles éloignés. •
Le père de famille conserve ordinairement près de lui ses garçons mariés. Il dispose en principe de tous les biens de la communauté; il en règle la transmission après sa mort, par un testament rédigé avec l'intervention du Moullah. Dans ce partage, il a ordinairement égard aux charges qu'impose le mariage
18 en. I. — BACHKIRS PASTEURS DEMI-NOMADES DE l'OURAL.
et il attribue aux garçons une part double de celle des filles. En cas de raort subite du père de famille, la mère, si elle existe encore, prend la direction de la communauté. L'un des garçons mariés, au moins, reste alors avec la mère ; les autres peuvent constituer une nouvelle maison, en se retirant avec une part d'héritage fixée par l'usage ou réglée avec le concours du Moullah et des anciens. Ces derniers interviennent également quand il y a lieu d'interpréter un testament ou d'établir un partage entre des orphelins, entre plusieurs veuves d'un même mari défunt, etc. 11 n'est pas sans exemple qu'après la mort du chef de famille la communauté d'habitation et d'intérêts se maintienne entre ses veuves et les enfants des divers lits.
MŒURS ET INSTITUTIONS ASSURANT LE BIEN-ÊTRE PHYSIQUE ET MORAL DE LA FAMILLE.
La sécurité des individus, sous le régime social des Bachkirs, repose sur trois bases principales : en premier lieu, sur l'organisation de la propriété (7), qui supplée à l'imprévoyance individuelle et écarte les dangers de l'usure; en second lieu, sur un large système de subventions qui, lui-même, est la conséquence de l'abondance du sol disponible dans la banlieue du village de Mochmet; en troisième lieu et surtout, sur une puissante organisation de la famille, conservée par la tradition et par l'influence religieuse. Ce régime social assure ordinairement les avantages inhérents à toute communauté, à plusieurs jeunes ménages rapprochés par le lien du sang, sous l'autorité absolue du chef de famille (Khoja). Il donne une situation convenable, soit à la tête des familles, soit dans les conseils d'ancieni, aux individualités éminentes, et, d'un autre côté, il garantit les individualités d'ordre inférieur contre les conséquences de leur imprévoyance ou de leur inconduite, contre les dangers de l'incendie, des maladies, des épizooties et des désordres atmosphériques, c'est-àdire contre les maux qui ne manqueraient pas de les accabler
dans le régime de l'isolement. L'intérêt qui porte plusieurs ménages à rester unis est quelquefois combattu par des dissensions intérieures et surtout par la mésintelligence des jeunes femmes. Sous ce rapport, le bien-être des familles se lie au maintien de l'esprit de tradition, de l'autorité paternelle et de* l'ascendant religieux du Moullah. Ces influences dominent dans le Starchina et elles s'emploient à amortir l'effet des défaillances individuelles. La population tout entière repousse avec opiniâtreté les innovations : cette disposition écarte les améliorations qui augmenteraient immédiatement le bien-être de chacun; mais, en revanche, elle contribue, avec les influences indiquées ci-dessus, à maintenir les avantages acquis.
En résumé, dans l'organisation sociale de la Bachkirie, l'abondance du sol inculte et le respect des traditions patriarcales de la Grande-steppe créent un état de choses qui devient rare en Occident. En voyant la quiétude des familles rurales qui vivent dans une profonde paix, loin des agents armés constituant la force publique, on se reporte involontairement par la pensée à ces fiévreuses agglomérations d'hommes qui, près des rivages de l'Atlantique, ne trouvent un repos momentané que sous la contrainte des corps d'armée. On aperçoit tout d'abord l'aveuglement des gouvernants, qui considèrent comme un titre à la prééminence cette condition de certains peuples occidentaux ; qui, en conséquence, aggravent le mal à l'envi, soit en -accumulant les ouvriers dans les villes, soit en leur inspirant le mépris de la loi divine. On s'explique enfin la sagesse de ces nations mieux avisées, qui obéissent aux impulsions opposées, c'est-à-dire qui restent attachées à la vie rurale, qui gardent, comme leur plus précieux héritage, les coutumes séculaires importées de l'Orient avec le Décalogue qui en est la source.