‹ Les ouvriers européensChapitre 46 sur 196 · CH. H — PAYSANS A CORVÉES DES STEPPES DORENBOURG · texte numérisé non relu

CH. H — PAYSANS A CORVÉES DES STEPPES DORENBOURG

famille exercent exclusivement à leur profit, et avec des instruments qui leur appartiennent, des iniustries fort variées ; ils se rattachent donc aussi à la catégorie des ouvriers chefs de métier. C'est ainsi que, dans cet état initial des sociétés, l'ouvrier cumule la plupart des attributions qu'une organisation plus compliquée répartit ailleurs, à titre exclusif, entre les diverses familles, en raison de leur aptitude morale et intellectuelle. Sous ce rapport, comme à beaucoup d'autres points de vue, dans la situation actuelle de l'Europe, il s'en faut de beaucoup que les transformations de la société perfectionnent toujours la condition des individualités inférieures.

moyens d'existence de la faniiUe.

PROPRIÉTÉS

(Mobilier et vêtement non compris).

Immeubles : reçus par héritage ou dus à des allocations du seigneur 4,345^ 27

1° Habitation.— Maison comprenant 5 subdivisions principales (10), 342'^ 60. 2° Bâtiments ruraux. — Étable, écurie, grange, hangar pour ustensiles et harnais,

3" Terres. — Terres à céréales (15 hect. 50), occupées, à la volonté de la famille, dans la partie disponible de la propriété seigneuriale, 553^86; — terre à chanvre (0'',50), peu éloignée de la maison, occupée à titre permanent, 45^68; — jardin potager (0'',02), attenant à la maison, 22^84; — steppe-prairie (9'',20), où se récolte le foin, 157f 60. — Total, 779^98.

Dans cette contrée, la terre arable n'est souvent attribuée en propre aux familles que pour une période déterminée, à l'expiration de laquelle le seigneur, par les soins des conseils d'anciens de chaque village, procède à une nouvelle répartition.

4" Atelier. — Atelier de charronnage, 74^ 23.

Argent : déduction faite de 13^ 70 pour dettes contractées envers le colporteur qui vend les objets de vêtement. 97^ 07

Somme constituant le fonds de roulement de la communauté, conservée par le Starchi (III, 27), 68^52 (cette somme est conservée en vue des dépenses extraordinaires et surtout des repas de solennités (9) auxquels, par sentiment de dignité, la famille est tenue de pourvoir) ;— somme possédée à titre individuel par les membres delà communauté (25), 42^25. - Total, 110^77.

Animaux domestiques entretenus toute l'année ; mal soignés; souvent enlevés par les épizooties 522^ 69

4 chevaux et 4 juments formant i attelages pour les labours et les transports, 171^30; — 2 poulains de 6 et de 14 mois, SG^Si; — 3 vaches laitières, 2 jeunes taureaux ou génisses, li2'^75; — 20 moutons et brebis, avec agneaux, 114'^20; — 2 cochons et2 truies, avec 8 jeunes porcs, 38^83; — 12 poules et 1 coq, avec 20 jeunes poulets, 13^13 ; — 4 oies, avec 6 jeunes élèves, 5^ 94.

Matériel spécial des travaux et industries : le matériel de charronnage est entretenu avec quelque soin . . . 289^ 22

1" Exploitation agricole. — 3 cliarrues {Sacha), 23'' 98 ; — 3 herses (Barannd), 11^99; — 3 chariots à 2 chevaux dits Télègues, pour transports de matières lourdes, 47^96 ; — 3 traîneaux pour transports d'hiver, 17'"99; — 3 charrettes dites. Rosspousk, à 1 cheval, . pour transports de foins, gerbes et autres matières légères, 35^97; — 3 montures pour transformer les Télèguesen Rosspousk, ë^SS; — 10 fourches à 2 et 3 dents (Fii/i) pour le foin, l''48; — 10 râteaux (Krabli) pour le foin, l''71 ; — fléaux et ustensiles divers, 3*^88; — 6 faux, 10 faucilles, 3 bêches, 2 houos, etc., 24^90; — sacs de toile, tonneaux pour grains et farines, 5^ 83; — 1 mesure pour farine, en tilleul, tenant 25 kilogrammes, 0^91; — 1 tonne à houblon, 0^57; — harnais des chevaux, roues de rechange des chariots, etc., 27f 14. — Total, 21 If 16.

2° Confection et vente du charbon de bois. — 20 nattes de tilleul, 18^27; — râbles, haches, etc., 5''37. — Total, 23''64.

3" Industrie du charronnage. — 1 tour avec pièces de rechange, ciseaux, courbes, etc. , 9^14; — 1 étabU avec haches, ciseaux, maillet, vrilles, doloire, etc., 7^99. — Total, I7f|3.

4" Fabrication des étoffes de chanvre et de lin. — Fuseaux pour filer, 0^ 63 ; — instruments pour le peignage, 2^97; — 2 métiers à tisser avec navettes, 11^42. — Total, là' 02.

50 Fabrication des étoffes de laine. — Fuseaux et métiers avec navettes, 12^33.

6° Pêche. — Engins, 3f43.

7° Exploitation du bois de chauffage et d'éclairage. — Haches, 6^51.

8" Culture du jardin, entretien des bâtiments, etc. — (Objets classés avec le mobilier des industries ci-dessus spécifiées.)

VALEUR TOTALE des propriétés ...» 2,25Zk^ 25

SUBVENTIONS

Les principales subventions dont jouit la famille se rattachent aux droits d'usage sur les forêts, en vertu desquels la famille récolte le bois de chauffage et d'éclairage, le bois à charbon, le

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bois de construction pour l'entretien de l'habitation, des bâtiments et du mobilier consacrés à l'agriculture, le bois de charr ronnage et l'écorce de tilleul. On peut encore citer les droits de chasse, de pêche et de cueillette, qui ne sont soumis à aucune des restrictions en usage dans les régions du centre et de l'occident de l'Europe. Indépendamment de ces subventions permanentes, le seigneur accorde des secours à la famille dans toutes les circonstances où ses moyens d'existence se trouvent compromis, et, par exemple, en cas d'incendie, de disette, d'épizootie et de maladies épidémiques. Cette conduite n'est pas seulement la conséquence des prescriptions de la loi ou de la générosité du seigneur. Elle est dictée par l'intérêt même de ce dernier, qui ne peut compter, pour le succès de sa propre exploitation, que sur le travail des paysans amplement fournis de chevaux, de bestiaux, de semences et de moyens de subsistances. A défaut d'un sentiment plus noble, l'intérêt conduit donc le seigneur à intervenir par des subventions dans toutes les éventualités où les ouvriers de l'Occident doivent faire appel à la bienfaisance publique ou s'aider de ressources accumulées, soit par leur propre prévoyance, soit avec le concours de diverses catégories d'associations suppléant, sous ce rapport, à l'insuffisance des individus.

TRAVAUX ET INDUSTRIES

Travaux des hommes. — Ils ont principalement pour objet l'exploitation agricole de la famille et les opérations de même nature conduites en régie, à titre de corvée, au profit du seigneur. Quant au père de famille qui a dépassé l'âge de 55 ans, il est, selon l'usage local, exempt de ce dernier travail.

Les travaux secondaires présentent une variété extrême et concernent l'abalage et le transport du bois de chautTage et d'éclairage, du bois à charbon, du bois de construction et de charronnage, l'extraction et le transport des écorcesde tilleul pour

la fabrication des sandales (Lapti), la fabrication et le transport du charbon et des roues de chariot, la confection des sandales, le tricotage des gants d'hommes, les transports de denrées pour la consommation de la famille, l'entretien de l'habitation, des bâtiments agricoles et des mobiliers, la pêche, etc. Dans le voisinage des bois, la chasse prend quelquefois le caractère d'un travail lucratif; elle fournit tout au moins des aliments à la famille.

Travaux des femmes. — L'un des avantages de la communauté établie entre les divers membres de la famille tient à cette circonstance que les travaux de ménage sont exécutés à tour de rôle par chaque femme, et que le temps des autres peut être appliqué chaque jour à des travaux productifs. Les travaux de ménage, par ce motif, absorbent, toute proportion gardée, moins de temps que dans les familles de l'Occident, et ne sont plus ici l'occupation principale des femmes. Celles-ci s'adonnent surtout comme les hommes à l'exploitation agricole de la famille ou à celle du seigneur. Quant à la jeune fille non mariée, elle travaille exclusivement au profit de la famille. Les femmes exécutent, de concert avec les hommes, les récoltes de foin et de céréales ; elles sont plus spécialement chargées des sarclages et du battage des grains.

Les travaux secondaires que les femmes exécutent seules sont la culture du jardin potager, la confection des étoffes et des vêtements de chanvre et de lin, la confection des étoffes de laine, des vêtements de coton et de divers objets spéciaux d'habillement. Les femmes ont, en outre, à fabriquer les torches d'éclairage dites Loutchines, à faire la cueillette des baies sauvages et des champignons.

Industries entreprises par la famille. — Elles sont définies par l'é'numération qu'on vient de présenter au sujet des travaux. L'exploitation agricole constitue l'industrie fondamentale. En tête des industries accessoires figurent la confection des vêtements et la fabrication des Lapti pour la consommation domestique.

60 ClI. n. — PAYSANS A COliVliES DES STEPPES d'oRENBOURG.

mode d'existenee de la famille.

ALIMENTS ET REPAS

Le régime alimentaire de la famille est copieux et substantiel : il a pour bases les céréales, la graisse de porc, la viande de boucherie et la volaille. Pendant les carêmes, qui sont observés avec une extrême rigueur (22), on mange surtout, avec les céréales, le beurre, le lait, les œufs, le poisson et les pois. De même que dans toute la zone méridionale de l'Europe, on mange en abondance diverses sortes de cucurbitacées. La boisson fermentée ordinaire est le Qvass (iv, 21); on y ajoute, aux jours de fête, aux anniversaires et aux autres solennités de famille, une boisson plus forte désignée sous le nom de Braga.

Les farines et les gruaux se préparent, moyennant une rétribution légère (21), au moulin seigneurial ; chaque jour, l'une des femmes prépare le pain frais nécessaire à la famille.

On fait toujours trois' repas qui se prennent, dans l'été, à cinq heures, à onze heures et à six heures ; en hiver, à six heures, à midi et à neuf heures. Chacun d'eux se compose ordinairement de deux mets qui, par la généralité de leur emploi, peuvent être considérés comme ayant un caractère national : le Chichi j, bouillon préparé avec diverses sortes de viandes et des choux conservés, puis mangé avec du pain ; le Kacha^, gruau cuit avec diverses graisses, du lait, du beurre, de la crème et des œufs.

Ces aliments, et ceux qu'on prépare avec vingt combinaisons différentes, les jours de fête et de réunion, sont cuits dans un four en briques qui sert a la fois de four à pain^ de cuisine et de poêle, et qui forme la principale partie de chaque Isba. Ce four est chauffé toute la journée ; l'on y garde le Chtchi et le Kacha, qui ne sont préparés qu'une fois par jour, et qui conservent à une douce température toute leur qualité.

HABITATION, MOBILIER ET VÊTEMENTS

La maison, construite avec de grosses poutres non équarries, assemblées à mi-bois par leurs extrémités et calfeutrées avec de la mousse, s'étend avec ses dépendances sur une étendue de 1,160 mètres carrés, savoir :

met. car.

Maison d'habitation et caves 47

Bain 10

Magasin de provisions et de vêtements 32

Atelier de charronnage et fenil 35

. Écuries, étables, grange et fenil 250

Cour "ÎSG

Total 1,160

La maison, couverte en planches, comprend : 1° une cave dont le sol est en partie de niveau avec celui de la cour, en partie de i mètre en contre-bas de celle-ci ; 2° un palier couvert avec escalier ouvert sur la cour, mettant en communication les deux pièces suivantes, situé comme elles à .1"',20 au-dessus du sol ; 3° l'Isba, principale pièce contenant le four, et servant à la fois de cuisine, de salle à manger et de chambre à coucher pour une partie de la famille ; 4° une seconde pièce servant de chambre à coucher pour deux des jeunes ménages ; 5° un magasin à vêtements (Tchouane) . L'habitation est tenue avec peu de propreté ; on y voit fourmiller de gros insectes qui paraissent appartenir à l'espèce blatta orientalis L. et que l'on désigne en russe sous le nom de Taracanes : on les a vus arriver, de mémoire d'homme, de la Sibérie; ils s'avancent incessamment vers l'Occident, et sont déjà parvenus dans la Russie centrale. Les dépendances de l'habitation sont également mal tenues, et ne sont couvertes qu'avec du chaume : le froid et l'humidité pénètrent dans les écuries et les étables, et cette négligence explique en partie les fréquentes épizooties qui sévissent dans ce district, surtout sur les chevaux..

62 en. II. — PAYSANS A CORVÉES DES STEPPES d'ORENBOURG.

Sur les personnes de la famille la propreté du corps est, au contraire, entretenue avec soin au moyen de bains de vapeur pris chaque semaine dans une dépendance spéciale de l'habitation. Toutes les parties de la maison, les granges, parfois même les greniers à denrées, sont chauftés pendant l'hiver, ce qui explique l'énorme consommation de bois faite par la famille.

Le mobilier et les vêtements ont une valeur approximative de 706 fr. 06 cent.; ils comprennent :

Meubles : réduits au strict nécessaire ; entretenus avec peu de soin 98^ 45

Niches pour les saintes images avec 6 images (rite grec), OHi; — literie (nattes, peaux de mouton, coussins, etc., 2 berceaux d'enfants), 49"^ H; — table, banc sur le pourtour de l'Isba, escabeaux, étagère à vaisselle, 16'^22; — 4 coffres à vêtements, i'i^Gi; — 1 petit miroir, de 0'»,10 sur 0n>,06, valant 0^31.

Ustensiles : réduits au strict nécessaire ; nettoyés avec peu de soin , 22^ 28

1" Employés au four et pour la cuisson des aliments. — 2 pots on fonte pour la confection du Chtchi, 3'43 ; — 2 pots en fonte pour la confection duKacha, l^GO ;— 2 vases en terre pour la confection du Qvass et de la Braga, 0^ 57 ; — 2 couteaux, 0^ 18 ; — ustensiles pour le service du four (2 fourches, i crochet, i pelle à pain), o^5i, — Total, 9f32.

2° Employés pour la consommation des aliments. — 3 gamelles en bois pour Chtchi, Kacha et aliments divers, 0^ 97 ; — 20 cuillers en bois, 2^ 40 ; — fpoint de fourchettes); — 1 écuelle, à manche en fer-blanc, pour boire, 0^57 ; — 2 petits verres à eau-de-vie, 0^34. —Total, 4^28.

3° Employés pour la laiterie et pour le transport du Qoass. — 2 vases en terre pour le lait, 0^46; — 2 vases en bouleau (Douraki) pour les boissons fermentt^es, 0^80; — 1 grand vase en bouleau pour porter la boisson aux champs, 0^57. — Total, 1^83.

4° Employés pour préparer et conserver le Qvass et Veau. — Tonneau en chêne pour le Qvass et la bière, 2^17 ; — grand tonneau en tilleul pour le Qvass, 0^91 ; — 2 vases en tilleul pour le beurre, 0^40; — 2 seaux à eau avec fléau pour les porter, 0^80; — grande tonne pour conserver l'eau en cas d'incendie, 2' 28. — Total, 0^62.

50 Employé pour Véclairage. — 1 chandelier à pince (Svédielz)., servant de support pour les torches de bois résineux (Loutchines), 0^23.

Linge de ménage : presque de nul emploi ; usage des draps de lit inconnu » . . o 21' 70

Serviettes et torchons en chanvre, 8^ ; — toile de chanvre en provision à employer lors des mariages, 13^ 70.

OBSERVATIONS PRlÎLIMINAIRES. 63

Vêtements : parfaitement adaptés aux convenances du climat et aux nécessités du travail ; ils se distinguent par leur coupe élégante 571^ 63

1° Vêtements du père de famille. — 1 vêtement long de drap commun {Kaftan), 4^ ;

— 1 surtout de drap (Aziam), 6^74; — 1 kaftan de fourrure {Polouchoubok), 9^ 14; —

1 surtout de fourrure ÇTouloupe), ISfCS; —2 ceintures serrant les vêtements, 1^94; —

2 caleçons de drap, 3^77; — 2 caleçons de toile, l''71; — 4 chemises, 6''74; — 2 ceintures de chemises, 1^03; — 2 paires de bas bandelettes (Anoutchi) de drap pour l'hiver, 2^06; — 2 paires d'Anoutchi de toile pour l'été, l^ôO; — 1 paire de bottes en cuir de Kasan, 4"^ 23; — 20 paires de sandales (en provision) d'écorce de tilleul, 4^57; — 2 bonnets fourrés en drap vert, bordés de peau d'agneau (Chapka) , 1^48; — 1 paire dô gants du dimanche en laine à cinq doigts (Pestchatki), 0^69; — 2 paires de gants de travail à un doigt, en cuir doublé de laine {Roukavitzi), 1^26. — Total, 63^64.

2° Vêtements des 5 fils. — (Semblables à c.eux du père de famille), 190^92.

3° Vêtements de la femme du fils aîné {maîtresse de maison).— 2 robes (Sara fane) en nanki n rouge (Kitatka) (pour dimanches) , données au trousseau , durant toute la vie, 21 ' 36;

— 2 robes en toile bleue (pour jours ordinaires), 3^31 ; — 2 tabliers blancs en calicot (pour dimanches), l^ 83 ; — 2 tabliers en coutil bleu (pour jours ordinaires), 1^48 ; —

1 kaftan en drap bleu, donné au trousseau, durant toute la vie (pour dimanches), 7'' 65;

— 1 kaftan en drap (pour jours ordinaires), 4^ ; — 1 surtout en fourrure (Choubok) donné au trousseau, 12^22; — 2 chemises en toile fine (pour dimanches) avec garniture en calicot blanc, ô^Sl; — 4 chemises en toile (pour jours ordinaires), 8^34; —

2 ceintures de chemises en cordonnet, 0' 27 ; — 2 paires d'Anoutchi en toile pour l'été, lUS; — 2 paires d'Anoutchi en drap pour l'hiver, 2^06; — 2 paires de bas de laine tricotes,!''08; — 1 paire de souliers de cuir, l''94; — 15 paires de sandales d'écorce de tilleul (en provision)', 2'' 06; — 3 chaperons serre-tête en toile (FoiosnJA:), O^ 57 ; — 3 bonnets russes en soie galonnés (Kakochnik) (pour fêtes), 7^99 ; — 2 grands et 2 petits mouchoirs de tête en indienne imprimée, portés par paire (pour joursordinaires), 3*^08 ; — 4 paires de gants tricotés {Varichkï)^ 1^03. — Total, 88^26.

4° Vêtements des â autres femmes mariées. — (Semblables à ceux de la maîtesse), 176f52.

5° Vêtements de la jeune fille. — 1 robe en indienne (pour dimanches), 9''14; — 2 robes en toile bleue (pour jours ordinaires), 3'' 31 ;— 2 tabliers blancs en calicot (pour dimanches), 1^ 83; — 2 tabliers en coutil bleu (pour jours ordinaires), l''48; —1 vieux kaftan en drap bleu (delà mère défunte), 2^28; — 1 kaftan en drap (pour jours ordinaires), 4f; — 1 vieux surtout en fourrure (Choubok) (de la mère défunte), 4^ ; — 6 chemises (comme pour une femme mariée), 14^85; — 2 ceintures de chemises, 0^27;

— bas et chaussures (comme pour une femme mariée), 8'' 62; — coiffure : 2 mouchoirs en indienne, portés simples, roulés autour de la tête (cheveux tombant en nattes, découverts au-dessus de la tête), 1^48; — 4 paires de gants tricotés, l'"03. — Total, 52^29.

VALEUR TOTALE du mobilier et des vêtements. . 714^ 0(

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RÉCRÉATIONS

Les principales récréations communes à tous les membres de la famille sont les repas des jours de fêle, donnés à la maison ou pris chez les parents et les amis. Dans ces occasions, on mange une grande variété de mets (ordinairement six à huit par repas), comprenant, indépendamment des mets fondamentaux (9), des soupes de viande aux navets (Pakleopla), au vermicelle (lapcAa) , etc.; des viandes froides à la gelée (Studine) ou des pâtés farcis ; des rôtis dé bœuf, de mouton, de cochon de lait, de poules, de canards, d'oies et de dindons; des boudins au gruau mangés frais lors de l'abatage des divers animaux ; beaucoup de gruaux diversement assaisonnés de lait, de crème, de beurre, d'œufs, etc.; des galettes, des bouillies frites, des flans (Bléni) diversement assaisonnés de beurre, d'œufs, de crème, de miel, etc. On achète ordinairement, pour chacun de ces repas, 0"S 24 d'eau-de-'vie ; on compte moyennement 29 repas chaque année.

Les Pomotch sont aussi une récréation agréable, tantôt pour les hommes seulement, tantôt pour la famille tout entière. On nomme ainsi les réunions d'un grand nombre d'ouvriers, provoquées par un chef de maison qui a besoin de faire exécuter une besogne pressée, telle que la récolte du foin, l'abatage et le transport du bois nécessaire pour la construction d'une maison, etc. Une journée de Pomotch n'est jamais payée à ceux qui y concourent ; mais elle se termine toujours par un repas copieux et par une distribution d'eau-de-vie, qui ont beaucoup plus d'attrait que n'en aurait l'allocation d'un salaire. La famille, comprenant huit ouvriers valides, est rarement dans le cas d'organiser des Pomotch à son profit ; mais elle prend part plusieurs fois par an aux réunions de ce genre, provoquées par des parents ou par des amis chez lesquels les bras sont en. nombre insuffisant. Les Pomotch sont l'équivalent exact des /^eww-

min des Bachkirs (i), des Grandes journées du Béarn et des Dévès-bras de la basse Bretagne.

Au printemps, dans la semaine qui précède la récolte des foins, les jeunes filles se promènent par groupes en chantant, et s'arrêtent devant la maison seigneuriale, où elles exécutent une suite de danses d'un pas grave et lent, et avec dès chants ayant, en général, un caractère mélancolique. Les jeunes gens observent ces jeux à distance sans s'y associer. Pendant l'hiver, les jeunes filles du village se réunissent chaque soir pour filer dans trois ou quatre maisons connues par le caractère honorable des chefs de famille. Les jeunes gens se rendent, de leur côté, à ces veillées où se décident la plupart des mariages.

Histoire de la famille.

PHASES PRINCIPALES DE L'eXISTENCE.

Les enfants, élevés dans chaque maison avec un grand nombre de frères et de cousins, ne connaissent pas l'isolement que le jeune âge a souvent à subir dans l'Occident. Ils ne reçoi-^^ vent d'autre instruction que quelques notions religieuses données par le prêtre, et ils se développent en toute liberté, sans rendre à la famille d'autres services que quelques soins donnés aux animaux, et la cueillette des champignons et des fruits. A dater de ili ans, les garçons travaillent à la fois pour la famille et pour le seigneur ; les filles, au contraire, jusqu'à l'époque de leur mariage, travaillent exclusivement pour la famille.

Les institutions et les mœurs provoquent, en général, les mariages précoces, savoir : pour les garçons, de 17 à 20 ans ; pour les filles, de 18 à 21 ans. L'abondance du sol disponible et l'accroissement incessant des moyens de subsistance, ne laissent aux parents aucune inquiétude sur le sort réservé à une nouvelle génération. Pour le seigneur, comme pour chaque famille de paysans

66 cil. II. — PAYSANS A CORVÉES DES STEPPES D'ORENBOURG.

l'accroissement de la population est un moyen assuré de richesse et de bien-être. Les mariages précoces donnent également satisfaction à l'intérêt individuel. Les jeunes femmes trouvent dans leur nouvel état une indépendance et une considération qu'elles n'avaient pas jusque-là. Sous le régime de communauté nombreuse où elles sont admises, elles se trouvent secondées par les vieux parents dans les soins qu'exigent les jeunes enfants : elles sont donc moins assujetties et moins chargées de travail que ne le sont les jeunes mères dans le système d'isolement qui prévaut de plus en plus en Occident dans l'organisation de la famille. De son côté, un garçon en âge de se marier a dans la communauté une situation peu agréable, insoutenable même à quelques égards : il lui est presque impossible, par exemple, de se procurer des vêtements convenables. Ses belles sœurs s'occupent naturellement, en premier lieu, de l'entretien du linge et des vêtements de leurs maris ; les jeunes sœurs non mariées s'occupent surtout de la confection de leur trousseau ; la vieille mère, lorsqu'elle existe encore, est absorbée par la direction supérieure des affaires de la famille ou par les soins que réclament son mari et ses petits-enfants ; elle peut à peine s'occuper d'un fils adulte non marié. Alors même qu'il n'y serait pas naturellement porté, ce dernier doit donc chercher dans le mariage le moyen de sortir d'une situation fausse et d'alléger ainsi la charge qu'il impose aux autres membres de la communauté.

L'aisance et le bien-être de la famille reposent essentiellement sur l'antique organisation qui fait vivre en communauté trois ou quatre jeunes ménages ; et cet état de choses lui-même ne peut se maintenir que dans une société qui confère au chef de famille une autorité absolue. L'autorité patriarcale est donc la clef de voûte du système social de la Russie ; aussi les mœurs et les institutions tendent-elles à la maintenir.

Le régime patriarcal s'harmonise en Russie avec le classement naturel des influences : dans un ordre social où l'enseignement scolaire ne contribue en rien au développement précoce de la jeunesse, où l'instruction ne s'acquiert que par la pratique même de la vie et des rapports sociaux, les vieillards ont, en

fait, une énorme supériorité sur les jeunes gens. Ceux-ci ont la conscience de leur infériorité, et, lorsqu'on s'enquiert, en Russie, de quelque fait auprès d'un homme de 40 ans, celui-ci ne manque jamais de répondre que ces lumières ne peuvent être convenablement fournies que par un plus ancien que lui. Ce régime est, d'ailleurs, corroboré par le sentiment religieux; aussi est-il presque sans exemple qu'un fils arrive aune désobéissance formelle et se décide à encourir la malédiction paternelle. Dans les cas comparativement rares où l'ascendant du père ne suffit pas pour maintenir l'harmonie nécessaire à la vie commune, lorsque surtout les dissensions qui s'élèvent entre les belles-filles tendraient, en se développant, à provoquer la dispersion de la famille, le père a recours k l'autorité du seigneur. L'autorisation de celui-ci est, en effet, nécessaire en principe lorsqu'il y a lieu de diviser une famille : elle l'est également en fait, en ce sens que la construction d'une nouvelle habitation ne peut avoir lieu qu'au moyen de dispenses de travail et d'allocations de matériaux faites par le seigneur. De tels recours sont rares dans la terre de Tachli ; mais, lorsqu'ils se présentent, le seigneur fait lui-même appel à une réunion formée de tous les anciens du village dont la famille fait partie. L'expérience lui a prouvé que le meilleur moyen de remplir, en pareil cas, un rôle utile est de prononcer conformément à l'opinion de ce conseil.

A la mort du père de famille, l'autorité qu'il exerçait passe, sauf la ratification du seigneur, à celui de ses frères ou de ses fils qu'il a désigné ou que la famille elle-même a dû choisir. Cette ratification n'est point une source de conflits, 'car l'intérêt du seigneur et celui de la famille tout entière s'accordent pour attribuer l'autorité au membre le plus capable de l'exercer. Les mêmes influences et les mêmes intérêts interviennent quand le développement de la famille ne permet plus l'habitation en commun, lorsqu'il devient nécessaire de créer une nouvelle habitation (v, 2 8) et d'attribuer à la nouvelle branche une partie des bestiaux, des meubles et, en général, des biens acquis par la communauté.

C8 CH. M. — PAYSANS A CORVÉES DES STEPPES d'orENBOURG.

MOEURS ET INSTITUTIONS ASSURANT LE BIEN-ÊTRE PHYSIQUE ET MORAL DE LA FAMILLE.

Au milieu de l'abondance qui règne dans ce district, la tendance à l'épargne est fort peu développée : de là l'utilité des mœurs et des institutions qui réunissent plusieurs jeunes ménages sous l'autorité absolue de vieillards prudents et expérimentés. La sécurité des familles repose sur un ensemble de circonstances dont l'efficacité est évidente : sur l'étendue du sol disponible, sur le régime de communauté régnant dans chaque famille, sur le droit de propriété seigneuriale qui garantit le paysan de toute action usuraire, sur une grande variété de subventions régulièrement accordées par le seigneur, et, enfin, en ' cas d'événements graves et de calamités imprévues, sur les secours que le seigneur ne manque jamais de donner, pour satisfaire à la fois aux prescriptions de la loi, aux convenances tracées par les mœurs et aux suggestions de son propre intérêt.

Le système social dont les principaux traits sont esquissés dans cette monographie consiste donc essentiellement à subordonner triplement l'individu à la famille, au conseil communal, au seigneur. Les individualités éminentes qui, dans les systèmes sociaux de l'Occident, travaillent surtout à leur propre élévation, doivent, dans le système russe , se dévouer au bien-être des membres de la famille moins heureusement doués, à la prospérité de leur commune, à la splendeur de la maison seigneuriale, sauf, en cas de revers ou au déclin de l'âge, à trouver appui et assistance dans les trois groupes d'intérêts collectifs qu'ils ont du servir dès le jeune âge. Sous ce régime, en résumé, les forces sociales concourent à la stabilité plus qu'au progrès.

Les avantages de ce système sont d'autant plus prononcés, que les individus ont moins de valeur propre ; ils se manifestent particulièrement dans les localités où la moralité, le savoir, l'intelligence des intérêts sociaux , sont surtout le partage des

personnes qui président à la direction des intérêts collectifs, c'est-à-dire du seigneur, du conseil communal, du père de famille. Et il faut reconnaître que là, en effet, se trouvent aujourd'hui les véritables forces de la société russe.

Mais les avantages de ce système diminueront; ceux qui sont propres au régime de l'Occident deviendront, au contraire, plus prononcés, à mesure que le perfectionnement des sentiments religieux et le progrès raisonné des moyens d'instruction assureront aux jeunes gens l'empire sur eux-mêmes, le savoir et la force d'initiative qui, dans le régime actuel, ne peuvent être acquis qu'aux hommes d'un âge avancé.

Le régime de l'Abrok, qui soustrait la famille à la dépendance immédiate du seigneur, en la rattachant davantage au conseil communal, est un acheminement d'une importance considérable vers un nouvel état de choses, qui conciliera, mieux que ne le fait actuellement, dans cette localité, le régime de la corvée, la liberté d'action nécessaire aux familles les plus morales et les plus entreprenantes avec les habitudes de protection et d'assistance dont le plus grand nombre ne saurait encore se passer. Le régime de l'Abrok (dont le chapitre v offre un exemple remarquable) a fait de grands progrès depuis vingt-cinq ans, grâce à l'initiative éclairée du Gouvernement, qui l'a introduit, sans aucune réserve, dans tous les biens des domaines et des apanages. Il est aujourd'hui dominant en Russie; il est l'avantcoureur d'un nouvel ordre de choses où seront conciliés tous les intérêts, s'il se produit sans secousse, sous l'inspiration de l'esprit de justice.

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