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Prascovia Jégoriewna, fille non mariée

Le premier ménage (numéros 2 et 3) a perdu deux enfants qui seraient les aînés ; la femme du second fils a été stérile jusqu'à ce jour; celle du troisième fils est grosse de son premier enfant.

52 eu. II. — PAVsANS A CORVÉES DES STEPPES d'oRENBOURG.

RELIGION ET nABITUDES MORALES.

La famillle tout entière a été élevée dans la religion grécorusse orthodoxe; elle remplit exactement ses devoirs reli gieux, obéissant en cela à la tradition, à l'impulsion d'une foi vive et aux prescriptions de la loi. A cet égard, elle suit exactement les pratiques qui sont, en Russie, d'un usage presque universel (23).

Cette disposition est plutôt la conséquence d'une foi instinctive que d'un développement raisonné du sentiment religieux. Elle ne préserve pas la famille d'une certaine inclination vers l'intempérance, la dissimulation, la supercherie ou même la fraude dans les transactions d'intérêt; mais elle lui inspire une résignation stoïque dans les souffrances physiques et morales. Elle contribue à maintenir le respect profond et la déférence absolue des enfants envers les parents. Enfin elle inspire, en présence de la mort, une assurance et une sérénité qui ont un véritable caractère de grandeur.

Il ne semble pas que les femmes soient soutenues par un profond sentiment de chasteté; néanmoins l'autorité paternelle et la précocité des mariages contribuent à entretenir de bonnes mœurs. L'organisation patriarcale de la famille, la sécurité dérivant de la protection accordée par le seigneur, l'ampleur des moyens de subsistance dont chaque famille dispose, impriment aux relations sociales une convenance et une dignité qui se trouvent rarement à l'autre extrémité de l'Europe au même niveau de la société. Les fêtes religieuses et les anniversaires de famille réunissent souvent les parents et les amis; et, dans ces circonstances, l'hospitalité est pratiquée de la manière la plus large et la plus digne. Plusieurs familles, en profitant des concessions d'Abroks, s'élèvent par l'ordre et l'économie à une fortune considérable; mais cette préoccupation ne dégénère jamais en avarice sordide et ne conduit pas à méconnaître les

obligations que chaque chef de famille doit remplir envers ses enfants, ses amis et la communauté dont il fait partie.

Il existe une opposition tranchée entre les habitudes des paysans et celles des Dvarovié. Les loisirs d'une vie peu occupée, un contact trop intime avec la maison du seigneur, à une époque où les mœurs de la noblesse étaient moins régulières qu'elles ne le sont aujourd'hui, ont exercé sur ces derniers une fâcheuse influence. En fait, l'intérêt commun des paysans et du seigneur maintient entre ces deux classes une démarcation presque absolue. Le seigneur, pour ne point perdre un membre utile de la communauté, n'autorise pas le mariage d'un fils de Dvarovié avec une fille de paysan, et, de son côté, un paysan, pour ne point introduire dans sa famille des habitudes vicieuses, n'accepterait pas comme bru une fille de Dvarovié.

Les relations de la famille avec le seigneur sont excellentes : elles tiennent à la fois du respect et de la familiarité qui régnent entre des enfants et leur père. Elles sont exemptes des rivalités ou des oppositions d'intérêt que font souvent naître, dans l'Occident, la fixation des salaires ou des fermages, la délimitation des propriétés, le règlement des droits d'usage, la jouissance des droits de chasse ou de pêche. Jamais le seigneur n'entrave le droit que les paysans croient avoir à la propriété du sol arable, des pâturages, des forêts et des animaux sauvages. L'oppression ou les violences que le seigneur peut à la rigueur exercer ont toujours le caractère d'une exception individuelle. Son autorité, loin d'être à charge au paysan, lui fournit un point d'appui presque indispensable pour la conservation de la propriété et pour le maintien de l'organisation patriarcale (v, 20). Cet heureux état de choses est la conséquence d'une bonne tradition, qui dérive elle-même d'un profond sentiment d'égalité inspiré par la communauté de race et de foi religieuse.

Toutes les familles, sauf de rares exceptions, montrent beaucoup d'attachement pour les images établis. Elles repoussent instinctivement les innovations, même celles qui exerceraient l'influence la plus heureuse sur l'état de l'agriculture et sur la condition physique ou morale de la population. L'esprit de con-

5i cil. II. — PAYSANS A CORVÉES DES STEPPES d'oRENBOURG.

servation, en balance des avantages qui lui sont propres (i 3), y dégénère souvent en une routine aveugle et obstinée.

En ce qui concerne la partie morale de l'existence, la religion, les rapports de parenté, les solennités, les récréations, et même les pratiques médicales, les femmes se montrent autant que les hommes attachées à la coutume. Elles ont, au contraire, une assez grande tendance à innover en ce qui concerne le vêtement et la nourriture; aussi les Starchi croient-ils devoir, à cet égard, les surveiller de près. Dans la famille présentement décrite, une circonstance futile, l'acquisition des carottes et des navets (19), qui forment depuis peu un aliment de prédilection pour les femmes et les enfants, a révélé sous ce rapport un trait de mœurs curieux. Tout en cédant avec bonté au désir de ses brus et de sa fille, le vieillard chef de famille, fidèle à la coutume, repoussait avec mépris, en ce qui le concernait, cette innovation dans le régime alimentaire ; il se plaisait a la signaler, avec une sorte de bouderie affectueuse, comme un symptôme de la légèreté et de l'inconstance des femmes. Sans se rendre compte du service réel que l'esprit d'innovation rendrait un jour, en ce cas spécial, à l'hygiène de la famille, le même Starchi faisait remarquer, avec beaucoup de finesse et une profonde connaissance du cœur humain, que les femmes entraînent toujours les hommes à changer l'ordre établi. Il concluait : " que Dieu avait dû donner à la barbe la force et l'autorité morale nécessaires pour contenir l'influence du sexe faible dans de justes bornes, d

HYGIÈNE ET SERVICE DE SANTÉ

Le physique des hommes est moins développé qu'il ne l'est dans d'autres parties de l'empire. Les femmes sont peu fécondes : dans toute l'étendue de la terre il n'en est que cinq qui jouissent de l'exemption de travail accordée à celles qui ont plus de six enfants vivants. L'exercice des travaux agricoles, l'abondance et

OBSERVATIONS PRlîLIMINAIRES.

l'excellente qualité des aliments, la multiplicité des jours- de repos et la salubrité du climat, contribuent d'ailleurs à maintenir en santé tous les membres de la famille. En cas de maladie, les médicaments sont fournis gratuitement par la pharmacie seigneuriale. Sauf quelques cas exceptionnels, le service médical est abandonné à l'expérience des vieilles femmes de la famille ou à l'intervention d'empiriques qui obtiennent quelques succès. Les soins accordés aux enfants en état de santé ou de maladie sont peu intelligents : ainsi on a la coutume d'exposer les enfants à l'air, même dans les plus grands froids de l'hiver, lorsqu'ils souffrent le plus de la fièvre produite par la rougeole et par les autres maladies éruptives. La chirurgie est pratiquée d'une manière encore plus imparfaite : le service des accouchements en particulier est confié à des femmes ignorantes, dont les services sont rétribués par une indemnité de 42 centimes.

RANG DE LA FAMILLE

Tous les membres de la famille remplissent devant le père (Starchi), qui distribue les travaux et dispose des produits, le rôle d'ouvriers- domestiques. Dans l'exploitation agricole du seigneur, oii ils travaillent en qualité de corvéables accomplissant un certain nombre de journées de travail, ils ont, à beaucoup d'égards, le caractère de journaliers. Souvent, néanmoins, la quantité de travail équivalente à une journée se trouve déterminée d'un commun accord entre les deux parties, et alors les ouvriers prennent le caractère de tâcherons. Ayant à acquitter envers le seigneur une corvée qui peut être considérée comme une redevance, les paysans ont par cela même le caractère d'ouvriers-tenanciers ; mais, comme, d'un autre côté, ils ont un droit perpétuel de possession sur le sol qu'ils cultivent, la corvée est aussi l'équivalent d'un impôt, et les paysans ont incontestablement la qualité de propriétaires- ouvriers. Enfin les membres de la

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