‹ Les ouvriers européensChapitre 59 sur 196 · AUXQUELS LES PAYSANS RUSSES SONT SOUMIS · texte numérisé non relu

AUXQUELS LES PAYSANS RUSSES SONT SOUMIS

Dans les contrées de l'ouest, du centre et du nord de la Russie, où le sol est peu fertile, où la population déjà condensée s'applique avec succès à l'industrie manufacturière et à l'exploitation des mines et des forêts, les seigneurs abandonnent aux paysans la totalité du sol et la complète disposition de leur temps, à la charge par ces derniers d'acquitter une redevance nommée Abrok. Celle-ci, à certains égards, peut être considérée comme l'équivalent des fermages de l'Occident; elle en diffère cependant ordinairement par son caractère collectif, en ce qu'elle est imposée, non aux individus, mais bien à la commune, qui répartit, sans intervention du seigneur, les redevances entre les chefs de famille.

Les ouvriers, qui, en Russie, fournissent la main-d'œuvre aux manufactures, aux transports, aux métiers et aux travaux de bâtiment dans les villes, etc., appartiennent presque tous à la catégorie des émigrants à l'Abrok. L'absence prolongée de l'ouvrier, les profits considérables qu'il peut trouver dans ces situations, ne le détachent pas cependant de la famille; l'autorité du père, le droit du seigneur, le sentiment éclairé de son propre intérêt, une sorte de crainte instinctive de l'isolement, enfin l'af- /ection pour le lieu natal, le ramènent toulours vers la petite communauté dont il fait partie.

FAITS IMPORTANTS d'oRGAMSATION SOCIALE. 87

Quant aux ouvriers employés par le seigneur lui-même à cette sorte de travaux et spécialement à l'industrie métallurgique, ils forment des catégories toutes spéciales, dont la condition est décrite en détail dans les chapitres m et iv.

Dans les riches contrées agricoles du midi et de l'est, où les bras font encore défaut à la terre, les seigneurs ont intérêt à concéder seulement une portion de la terre aux paysans, et à cultiver en régie l'autre portion, en y appliquant les redevances en journées de travail fournies, à titre de corvée, par ces derniers. Le principe général qui règle cette redevance est que le paysan doit partager son temps par moitié entre l'exploitation du seigneur et l'exploitation de la famille. Ce régime de corvées est précisément celui qui est en vigueur dans la terre de Tachli, à laquelle est attachée la famille décrite dans la présente monographie.

SUR LA DÉFINITION DE l'uNITÉ CORVÉABLE DITE TIAGLO.

Partout où règne le régime de la corvée, on établit une unité à l'aide de laquelle s'évaluent les quantités de travail dues au seigneur et les attributions de terrain que le seigneur fait aux paysans. C'est ainsi qu'en Hongrie, avant 1848, on calculait par Sessio et par fractions de Sessio. En Russie, l'unité employée est le Tiaglo : celle-ci correspond ordinairement à un individu marié, et chaque famille contient autant de Tiaglo que de ménages partiels. Cependant ce nombre peut être réduit, même par fractions, en raison des veuvages, des maladies, des infirmités, de la perte des bestiaux. Quand la terre commence à manquer, le nombre de Tiaglo de chaque famille est toujours en rapport avec l'étendue de la terre qui lui est attribuée. Dans le cas contraire, la redevance due par chaque famille au seigneur se calcule toujours en raison du nombre des Tiaglo; mais la quantité de terre attribuée n'est limitée que par les ressources de la famille, et surtout par le nombre des animaux qu'elle peut appliquer au labourage.

en. II. — PAYSANS A CORVEES DES STEPPUS D OKENllOUllG.

DES CÉRÉALES CULTIVÉES SUR LA. TERRE DE TACHLI, ET DE LEUR EMPLOI DANS L'ÉCONOMIE DOMESTIQUE.

Les céréales forment la base principale de l'alimentation de la famille : elles .sont employées à la fois pour la préparation du Qvassetde la Braga [iv, 21] et pour la confection du pain, des bouillies et des gruaux. Ce dernier genre d'aliment, qui, dans les habitudes russes, est de première nécessité, se prépare dans le pays avec quatre sortes de grains : le sarrasin (polygotmm fagopyrum />.), le millet (panicum iniliaceum L.), l'orge {hordeum vulgare L.) , et une sorte de froment connu dans la contrée, sous le nom de Polba.

Les grains sont convertis en farines et en gruaux dans le moulin seigneurial, moyennant une redevance modérée : cette entreprise donne lieu au revirement de valeurs indiqué sur le tableau suivant.

POIDS et TiLEUa DES GRilSS

Page 1