‹ Les ouvriers européensChapitre 86 sur 196 · AUX · texte numérisé non relu

AUX

en argeut.

eu nature.

fD argent,

en argent.

en natare.

en argent.

COMPTE DE L\ DÉPENSE ANNUELLE POUR L'ENTRETIEN ET LB LAVAGE DE LA MAISON.

Travaux du père et du fils afné (14, S<"» III).

Bois pour réparation de la maison (J).

Femmes do service pour le lavage général de la maison en novembre, après la destruction des insectes par la gelée, et en mars lors de la préparation pour la saison d'été : 4 journ. à O'ôô

Totaux

VALEURS

en argent.

<32 eu. m. — FORGERON DES US. NES A FER DE l'oURAL.

PARTICULARITÉS REMARQUABLES; APPRÉCIATIONS GÉNÉRALES; CONCLUSIONS

SUR l'organisation des ÉTABLISSEMENTS MÉTALLURGIQUES DE LA RUSSIE ET SUR LES DEUX TYPES PRINCIPAUX QU'ON Y DOIT DISTINGUER.

L'alliance intime de l'agriculture et de l'industrie est le caractère saillant des établissements métallurgiques de la Russie, et celui qui les distingue le plus des établissements de même genre existant dans l'Occident. Une usine russe est toujours accompagnée de dépendances territoriales d'une étendue considérable, non-seulement pour la production des combustibles qui sont le principal moyen d'action de la métallurgie, mais encore pour celle des denrées nécessaires à la population ouvrière et aux animaux employés pour les transports. Au milieu des nombreuses variétés que présentent les usines russes, on doit distinguer celles qui, en dehors du travail industriel, s'occupent seulement de l'exploitation des forêts et des prairies, et celles qui s'adonnent en outre à la culture des céréales. Ces dernières sont parfaitement représentées par les magnifiques usines de la haute Kama; les premières se trouvent presque exclusivement dans la chaîne de l'Oural. Les unes et les autres se sont d'ailleurs développées en dehors du principe collectif qui constitue les communes russes adonnées surtout à l'industrie manufacturière, et certaines communautés de fonderies de la Suède, de l'Allemagne du nord et de l'Italie. Les usines russes sont toutes exploitées pour le compte de grands propriétaires, et se rattachent, sous ce rapport, au principe qui prévaut dans l'Occident.

Les splendides forges situées près des rives de la haute Kama. dans le pays de forêts, de prairies et de champs cultivés qui s'étend au nord de la province de Perm, emploient un nombre considérable d'ouvriers qui peuplent presque exclusivement cette région, et parmi lesquels on peut distinguer deux catégories principales.

Les Rahotniks forment les ouvriers de la première catégorie : on nomme ainsi ceux qui sont chargés des travaux intérieurs des mines et des forges. Ceux d'entre eux qui se distinguent par une aptitude spéciale, les forgerons et les fondeurs par exemple, sont rétribués, indépendamment des subventions indiquées ciaprès, par un salaire en argent, réglé en proportion de la quantité des produits fabriqués ; ils doivent être considérés comme de véritables tâcherons. Les autres, et surtout les simples manœuvres, reçoivent mensuellement, outre un modique salaire journalier, presque toutes les denrées dont ils ont besoin pour subsister, et notamment le sel et la quantité de céréales qu'exige la nourriture de toute la famille, savoir : pour chaque adulte, 33'', et pour chaque enfant, selon l'âge de celui-ci, de 8 à ^h^. Presque tous les chefs de maison, tâcherons ou journaliers, reçoivent en outre, soit du seigneur, soit de la famille, une maison, deux vaches, un cheval, plusieurs moutons, une prairie d'une étendue moyenne de 5 ^j^ hectares, avec faculté de transmettre ces propriétés à leurs enfants. La coutume leur attribue en même temps le droit de pâturage pour les bestiaux et les affouages de bois nécessaires aux constructions, aux clôtures de prairies et au chauffage domestique. En retour de ces avantages, le Rabotnik est tenu de fournir annuellement aux forges 270 journées de travail de 10 à l'i heures.

Les Krestianié forment la seconde catégorie d'ouvriers attachés au service des forges : ce sont de véritables paysans qui, secondés par leurs animaux de trait, partagent leur temps entre leur propre exploitation et les travaux extérieurs des forges. Ceux-ci concernent particulièrement : l'abatagedes bois, la préparation des charbons et de divers produits accessoires, l'extraction des pierres et des autres matériaux de construction ; le

434 en. III. — FORGERON DES USINES A FER DE l'oURAL.

transport de ces matières premières et des minerais depuis les lieux de production jusqu'aux forges, et enfin le transport des métaux fabriqués depuis les usines jusqu'aux ports de la Kama, d'où ils sont expédiés au loin par la navigation fluviale. Chaque chef de famille appartenant à cette catégorie d'ouvriers possède, soit à titre de dot et d'héritage (v,2 8), soit par subvention directe du seigneur, soit enfin à titre de don ou d'avance, l'habitation, la terre arable, les praiiies et les animaux nécessaires à une exploitation agricole. Là comme ailleurs, le nombre des attelages et des charrues que la famille peut faire travailler à la fois est évalué d'après le nombre des Tiaglo (ii, is). Les travaux ci-dessus énumérés ne sont point imposés aux Krestianiéà titre individuel; chaque commune dépendant d'une usine métallurgique accomplit collectivement, comme redevance ou Abrok (11,17), une somme de travaux proportionnée au nombre des Tiaglo, à l'aisance de la population, au nombre d'animaux de trait qu'elle possède et surtout à la situation de la commune relativement aux forêts, aux mines, aux usines et aux ports d'embarquement. L'Abrok du village est fixé, en principe d'après la volonté du seigneur, en faitd'après l'usage établi. Les chefs delà commune répartissent les occupations entre les habitants, en ayant égard aux circonstances spéciales à chaque famille, et de telle sorte que chaque ouvrier adulte, aidé de son attelage, fournisse en général 160 journées de travail par an, savoir : 45 au printemps, h^ à l'automne et 70 en hiver. Cette répartition, qui, dans les habitudes de l'Occident, serait le point délicat de cette organisation, ne soulève pas de difficulté et se concilie parfaitement avec la tranquillité publique et le libre développement des aptitudes individuelles. Ainsi le paysan, qui peut se créer ailleurs, ou dans la localité même, une occupation plus conforme à ses goûts, obtient toujours des chefs de la commune la dispense du travail seigneurial, à la condition de payer, pour sa part d' Abrok, une somme d'argent variant selon l'état civil et la fortune de la famille.

Il est facile d'apprécier la puissance d'une organisation qui, en donnant l'agriculture pour base à l'industrie, rend l'ouvrier

indépendant des vicissitudes commerciales; qui, en maintenant les salaires invariables et en assurant par suite au seigneur les profits d'une hausse dans le prix des métaux, fait retomber sur lui les chances défavorables de la baisse et de l'interruption momentanée des débouchés. On comprend aussi que, sous un tel régime, les deux catégories composant la population ouvrière se prêtent un mutuel appui. En effet, les Rabotniks payés en argent offrent la clientèle la plus naturelle pour le placement des produits agricoles récoltés par les Krestianié en sus de leur consommation domestique.

Dans les monts Ourals, où le climat, plus rigoureux que celui des plaines adjacentes, ne se prête guère à la culture des céréales, la classe des l^reslianié manque entièrement; tous les ouvriers reçoivent en conséquence une subvention de céréales ou un salaire suffisant pour acheter la provision nécessaire à la famille. Tous récoltent d'ailleurs, dans les riches prairies établies au milieu des forêts de cette région, la subvention de fourrages nécessaire pour entretenir au moins une vache.

Cependant la nature des choses a également étai)li, dans les usines ouraliennes, une distinction assez tranchée entre les ouvriers attachés aux travaux intérieurs des usines et ceux qui ont pour spécialité les travaux extérieurs, notamment les travaux forestiers et le transport des combustibles, des minerais, des matériaux de tout genre et des métaux fabriqués. Deux circonstances déterminent surtout les propriétaires à provoquer l'essor d'une classe supérieure à celle des simples ouvriers.

En premier lieu, l'expérience démontre qu'il est extrêmement dispendieux pour un propriétaire de forges d'exécuter en régie, au moyen des chevaux de ses propres écuries, les travaux de transport nécessaires à l'entretien d'une grande usine russe; il est plus avantageux de les confier à prix fait à des ouvriers assez soigneux et assez intelligents pour exploiter des chevaux à leur profit. Les usines de l'Oural sont pour la plupart pourvues d'un personnel qui est depuis longtemps en possession des chevaux nécessaires au service, et des prairies propres à la production des fourrages. Mais, lorsqu'il y a insuffisance, les propriétaires

136 en. m. — FORGERON DES USINES A FER DE l'oURAL.

ont encore avantage à donner, auK familles offrant les garanties convenables, des chevaux, des fourrages et des prairies, sauf à se rembourser en partie de ces avances sur les sommes dues aux ouvriers pour les travaux accomplis. Les salaires attribués pour ces travaux sont calculés de telle sorte que les ouvriers puissent acheter leur provision de céréales, pourvoir à la remonte de leurs écuries, et, en général, suffire à tous les besoins de la famille et de leur exploitation personnelle. Le choix des ouvriers chargés des transports n'est nullement arbitraire : la masse de la population est dépourvue de l'esprit d'ordre et de la prévoyance nécessaires pour conserver et faire fructifier le capital représenté par les chevaux et les approvisionnements de fourrages; cette classe d'élite se recrute donc forcément parmi' les familles et les individualités les plus éminentes.

Une seconde circonstance contribue singulièrement à relever l'importance de cette catégorie d'ouvriers et à leur ouvrir les voies qui conduisent à la richesse et à la considération publique. Les plus simples indications de la prévoyance, corroborées d'ailleurs par des règlements d'administration, obligent les propriétaires des usines ouraliennes à entretenir constamment, dans les magasins seigneuriaux, une forte provision de seigle et d'avoine. Or la manutention et la comptabilité de ces magasins donnent lieu à des frais considérables ; elles entraînent d'ailleurs presque toujours des abus de toute espèce. L'expérience a donc également démontré qu'il y avait avantage à confier l'approvisionnement de la population à un grand nombre de marchands, opérant chacun pour son propre compte, se faisant une concurrence modérée, surveillés d'ailleurs par l'administration seigneuriale. L'industrie de ces marchands consiste surtout à transporter les grains des plaines dans la montagne; aussi cette classe s' est- elle naturellement recrutée parmi les ouvriers les plus intelligents déjà chargés du service de transports pour les besoins immédiats des usines. Ainsi un charbonnier, chargé de livrer annuellement aux forges, moyennant un salaire convenu, une quantité déterminée de combustible, pourra, s'il est doué de l'aptitude convenable, trouver dans le commerce des céréales un emploi plus avantageux de son

activité. Il traitera ordinairement avec des gens à l'Abrok (ii, 17), appartenante des propriétés voisines, qui se chargeront de remplir sa corvée à la condition de recevoir l'indemnité en argent accordée par le propriétaire et une indenmité supplémentaire payée par le corvéable. Celui-ci, alors, disposant librement de tout son temps, pourra se livrer entièrement au commerce des grains. Les plus entreprenants y joignent souvent l'industrie de la mouture, en créant des moulins sur les cours d'eau de la région métallifère, et, dans cette condition, ils peuvent parvenir à des fortunes considérables. Plusieurs familles vouées à ce commerce seraient réputées riches même dans l'occident de l'Europe.

La présente monographie et celle qui lui fait suite offrent la réunion des principaux types d'ouvriers qu'on vient de signaler. Dans la famille décrite au présent chapitre, le chef offre un excellent spécimen de ces natures laborieuses, mais peu prévoyantes, qui sont chargées du travail des forges, et le fils aîné montre les premiers symptômes des qualités que réclame la profession de charbonnier. Le chef de la famille décrite au chapitre IV se montre animé à un haut degré de l'esprit d'ordre et de la prévoyance qui sont nécessaires pour sortir de la condition de simple ouvrier, pour exercer le commerce des céréales, et pour s'élever dans la hiérarchie sociale.

SUR LES CARACTÈRES SPÉCIAUX DE LA CORVÉE DANS LES ÉTABLISSEMENTS MÉTALLURGIQUES DE l' OURAL.

Il résulte des détails présentés ci-dessus (17) que les diverses classes d'ouvriers attachés aux usines métallurgiques de l'Oural sont toutes rétribuées par un salaire en argent et par un ensemble de subventions. Au premier rang de celles-ci il faut compter l'habitation et la prairie qui produit le foin nécessaire aux animaux domestiques. Ces deux sortes de rétributions sont complétées par tous les avantages qui sont propres à l'organisa-

138 CH. III. — FORGERON DES USINES A FER DE l'oURAL.

tion sociale de la Russie et qui sont signalés dans le présent volume (il à v) , 12.

Dans ces conditions, on a cru devoir estimer le montant de la corvée imposée à chaque ouvrier par la différence existant entre le salaire en argent attribué effectivement à celui-ci et le salaire qui serait attribué à un ouvrier étranger accomplissant le même travail.

Au reste, dans les usines métallurgiques comme dans les propriétés purement agricoles (n et v), cette valeur de la corvée ne peut, en aucun cas, être considérée comme un avantage acquis sans réciprocité par le seigneur aux dépens des ouvriers ; elle est balancée en grande partie par les allocations de propriétés et par les subventions de toute nature accordées à ces derniers (6 et 7); elle forme aussi en partie l'équivalent de l'impôt qui est payé en totalité par le seigneur.

SUR LES DEUX TYPES PRINCIPAUX DE MANUFACTURES RUSSES : LES COMMUNES INDUSTRIELLES ET LES FABRIQUES SEIGNEURIALES.

Les manufactures russes se distinguent en deux catégories bien tranchées, et qui correspondent exactement à celles qui ont été indiquées précédemment pour les exploitations agricoles (11, 17).

Les manufactures, exploitées et régies au compte des propriétaires, sont pour la plupart de grands établissements exigeant l'emploi d'une nombreuse population ouvrière, groupée, avec l'obligation de la corvée, autour de machines et de moyens de production empruntés aux habitudes actuelles de l'Occident. Plusieurs fabriques de tissus, de métaux ouvrés et de sucre indigène, constituent cette catégorie à laquelle on peut aussi rattacher, jusqu'à un certain point, les établissements métallurgiques dont il a été précédemment question (i7). Gomme dans les manufactures de l'Occident, les ouvriers y sont rétribués par le système

FAITS IMPORTANTS d'oRGANISATION SOCIALE. 139

combiné du salaire et des subventions; et toutes les chances de l'entreprise sont attribuées au propriétaire. Seulement, de même que dans le cas signalé ci-dessus (is), le travail des ouvriers a souvent le caractère d'une corvée, en ce sens que la rétribution en argent est inférieure à celle qui serait attribuée à un ouvrier étranger ayant complètement la disposition de son temps.

Les manufactures fondées sur le système de l'Abrok ont une organisation essentiellement différente : elles offrent la réunion d'une multitude de petits fabricants exploitant à leurs risques et périls. Ils emploient un matériel très-simple, dans un régime où îe principe de la communauté, posé par le payement collectif de l'Abrok, par la propriété indivise du sol et par le droit à l'assistance, se développe selon les convenances de la fabrication et de la vente des produits. Cependant les inconvénients propres à tous les régimes de communauté sont toujours tempérés dans l'application par le salutaire principe de l'action propre de chaque famille.

Les communes industrielles à l'Abrok s'adonnent spécialement à la fabrication des tissus communs, des ustensiles en bois, en fer et en cuivre, des objets destinés au charronnage, à l'ameublement et au vêtement. En général, elles livrent les produits qui forment la base de la consommation intérieure de la Russie. Elles se gouvernent elles-mêmes indépendamment de toute direction seigneuriale, sauf pour ce qui touche au maintien de l'organisation sociale (v, 22). Dans ces communes, de même que dans celles qui s'adonnent plus spécialement à l'agriculture (11 et v) , les deux genres de travaux sont ordinairement menés de ront dans chaque famille; seulement, dans ces dernières, les travaux industriels n'ont à subvenir qu'aux besoins domestiques, tandis que, dans les premières, ils forment l'objet principal de l'activité des habitants, et donnent lieu à un commerce d'exportation. En échange des produits exportes, les communes industrielles tirent du dehors une quantité de céréales d'autant plus grande que la population s'applique davantage aux travaux manufacturiers. La part d'Abrok tombant à la charge de chaque famille ne se règle plus seulement par le nombre de Tiaglo (11, 1 s)

440 CH. III. — FORGERON DES USINES A FER DE L'oURAL.

OU par la quantité de terre attribuée ; on tient compte, en outre, de l'importance des opérations que cette famille entreprend. Les personnes qui n'ont étudié que dans l'Occident, et surtout en France, les mœurs communales, concevront difficilement comment l'autorité patriarcale des chefs résout simplement, à la satisfaction des administrés, les questions délicates qu'implique l'établissement d'un impôt proportionnel et même progressif. Quant à l'organisation du travail, elle est en général parfaitement entendue, et résout convenablement le problème qui consiste à concilier les avantages de l'association avec- les exigences de l'esprit de famille et de l'intérêt individuel. Cependant on ne saurait trop redire que ces avantages sont une conséquence directe du resp'ect accordé à l'autorité patriarcale. Ils sont interdits à ces populations de l'Occident qui espèrent trouver dans les régimes de communauté le remède aux maux que déchaîne le mépris de toute autorité.

Les objets, toujours fabriqués au compte de chaque famille, sont vendus par les producteurs à des négociants qui exploitent cette branche de commerce et qui y réalisent ordinairement des bénéfices considérables. Cependant les communes les mieux organisées parviennent à se soustraire à la dépendance de ces derniers : des syndics spéciaux, opérant pour les producteurs réunis en communauté, sont alors chargés de délivrer les objels aux marchands établis sur les lieux de consommation, et même de gérer les dépôts où les marchands de détail et les gros consommateurs peuvent s'approvisionner.

On trouve donc partiellement réalisée en Russie, dans un ordre de choses qui, sous plusieurs rapports, sera regardé comme en arrière du mouvement général de l'Europe, l'organisation industrielle récemment proposée comme un progrès relativement à celle qui est établie dans l'Occident. Ce fait, s'il eût été connu des auteurs de ces propositions, les eût vraisemblablement dissuadés d'y arrêter leur pensée. Un tel rapprochement signale donc bien les avantages qu'on pourrait retirer de ces éludes comparées d'économie sociale, pour prévenir l'abus des conceptions systématiques.

FAITS IMPORTANTS d'orGANISATION SOCIALE. H\

Les observateurs, qui, dans ces derniers temps, ont étudié avec le plus de succès l'organisation sociale de la Russie, ont mis en balance les avantages que l'empire peut retirer des grandes usines exploitées en régie et des petites fabriques communales. Dans cette comparaison, ils ont été conduits, en général, adonner la préférence à ces dernières, en se fondant surtout sur le fait que celles-ci sont le produit spontané du génie russe, tandis que les premières ne sont qu'une importation de l'Occident. Ce jugement paraît empreint de Fesprit de système; il est d'ailleurs subordonné à une question d'un ordre plus élevé. Les petites fabriques communales peuvent assurément suffire aux besoins de l'ancien régime qui subsiste encore dans la majeure partie de l'empire; mais elles sont absolument insuffisantes pour les besoins nouveaux qui s'y manifestent de toutes parts. Les grandes usines exploitées en régie peuvent seules fournir le matériel des nouveaux moyens de locomotion et cette multitude d'appareils et de produits perfectionnés dont la Russie ne saurait désormais se passer. Les belles usines métallurgiques, qui suffisent aux besoins locaux, et qui exportent même leurs produits dans les pays étrangers, prouvent d'ailleurs que le principe de la grande industrie s'adapte parfaitement aux mœurs russes et aux convenances du pays. Les petites fabriques rurales sont appelées, en Russie plus encore que dans les autres contrées de l'Europe, à jouer un rôle utile; mais ceux qui affirment que la Russie doit renoncer aux grandes fabriques exploitées en régie déclarent implicitement qu'il lui est interdit de prendre part au mouvement d'activité industrielle qui multiplie chaque jour les ressources des États de l'Occident.

Page 1