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DANS LES PHÉNOMÈNES BIOLOGIQUES

De nombreuses recherches, poursuivies plus spécialement chez les animaux, ont démontré le rôle majeur dévolu dans les actes de la vie végétative, à certains liquides, humeurs, ou sécrétions de l'organisme.

Pour ne prendre qu'un exemple, on sait depuis longtemps le rôle important joué par la salive, le suc gastrique, le suc pancréatique, dans les étapes successives de la digestion.

Mais bientôt on apprit à dissocier l'ensemble de ces phénomènes et à reconnaître l'action de la salive vis-à-vis des matières amylacées, celle du suc gastrique vis-à-vis des albuminoïdes, celle enfin du suc pancréatique, à la fois vis-à-vis des matières amylacées, des albuminoïdes et des graisses.

On a poussé plus loin encore l'étude de ces actes de fermentation. Dans ces diverses sécrétions, les physiologistes ont pu isoler les ferments solubles qui agissent respectivement sur les diverses variétés d'aliments : la ptyaline dans la salive, la pepsine dans le suc gastrique,

la trypsine, la stéapsine et l'amylapsine dans la sécrétion pancréatique. Dans une certaine mesure, et par des expériences conduites in vitro, on a pu, pour chacun d'eux, reconnaître les caractères qui règlent leur action. Pawlow ne vient-il pas de montrer le rôle si important que joue l'entérokinase du ferment intestinal vis-àvis du ferment trypsique, et l'action combinée de ces deux ferments sur les matières albuminoïdes. Ces expériences sont à rapprocher, comme le fait remarquer Delezenne, des faits si curieux obtenus également par l'association de diastases spéciales : sensibilisatrices et alexines contenues dans certains sérums. Evidemment, bien des points du mécanisme intime de ces actes de fermentation restent encore à éclaircir, mais n'est-on pas en droit d'affirmer, d'ores et déjà, l'importance capitale, primordiale des ferments solubles cellulaires dans les fonctions nutritives de l'animal?

Mais il y a plus encore. Les phénomènes de nutrition de l'animal ne sauraient être limités aux seuls actes de la digestion ; ce sont là des actes préparatoires à l'assimilation ; en dernière analyse, c'est dans la cellule même qu'il faut rechercher les transformations complexes physico-chimiques qui constituent la vie. L'étude de ces phénomènes de vie intime cellulaire n'est évidemment pas encore très avancée; mais, néanmoins, d'une

façon générale, on peut dire qu'ils consistent, d'une part, en des actes d'hydratation et de dédoublement, de déshydratation et de synthèse et, d'autre part, en des actes d'oxydation et de réduction. Or, l'intérêt tout particulier qui s'attache à ces phénomènes biologiques réside précisément dans ce fait, que la plupart d'entre eux, sinon tous, relèvent d'actions diastasiques. A chacun de ces modes d'action correspondent des diastases spéciales ; il existe des diastases d'hydratation et de déshydratation, comme il existe des diastases d'oxydation et de désoxydation ou de réduction (Duclaux). La notion certaine qui existe aujourd'hui, démontrée expérimentalement, de l'existence de ces différentes variétés de ferments cellulaires, n'implique pas cependant que nous ayons pénétré encore fort avant dans le mécanisme intime de la vie cellulaire. Quels sont la part et le rang hiérarchique quïl convient d'assigner à ces ferments diastasiques, dans la succession des phénomènes régulateurs du fonctionnement cellulaire? C'est là un gros problème, fort controversé théoriquement, et dont la solution ne peut être hâtée que par la recherche et l'étude expérimentale de ces diverses diastases. Pour ne prendre qu'un exemple de la difficulté d'interprétation de ces phénomènes diastasiques, nous n'avons qu'à rappeler la double opinion, absolument opposée* l'une à l'autre,

«mise par A. Gautier et Bourquelot, au sujet des fermentations oxydantes.

Pour A. Gautier, les phénomènes de dédoublement et d'hydratation précèdent et préparent les phénomènes d'oxydation. « Ce n'est qu'ultérieurement, après le premier stade de dédoublement hydroly tique, que les produits dérivés par hydratation des albuminoïdesdu protoplasma vivant seront soumis à l'action de l'oxygène du sang qui oxydera le sucre, le glycogène, les graisses, etc., toutes les substances oxydables, en un mot, pour les transformer définitivement en produits excrémentitiels et principalement en eau et en acide carbonique » (A. Gautier).

Pour Bourquelot, au contraire, les phénomènes d'hydratation et d'oxydation ne seraient pas subordonnés l'un à l'autre, celui-ci à celuilà, ils seraient simultanés. « Pour qui réfléchit aux combinaisons qui peuvent résulter de l'action simultanée des ferments oxydants et des ferments hydratants, il n'est pas douteux que cette action doive être l'origine d'un grand nombre de principes immédiats renfermés dans les tissus vivants. Si l'on n'a rien trouvé encore dans ce sens, c'est que la connaissance des ferments oxydants est de date toute récente et que la question n'a pas attiré l'attention. C'est de ce côté, semblet-il, que doit se tourner l'effort des biologistes » (Bourquelot).

Cette symbiose des ferments solubles diastasiques à laquelle fait allusion Bourquelot, et qui conditionnerait la vie cellulaire normale, n'est pas sans rappeler, dans quelque mesure, les symbioses des ferments organisés qui peuvent présider, comme l'on sait, à certaines déterminations pathologiques (tétanos, choléra).

D'ailleurs, à d'autres points de vue, les produits de sécrétion eux-mêmes des microbes les mieux étudiés (tétanos, diphtérie) semblent présenter des caractères qui les rapprochent des diastases. L'élaboration de ces ferments diastasi-^ ques est donc une fonction d'ordre très générale qui caractérise toute /cellule vivante, aussi bien la cellule de nos tissus que la cellule microbienne. Suivant une ingénieuse comparaison de Duclaux, « chaque cellule vivante apparaît, en quelque sorte, comme la cour d'un prince indien avec sa hiérarchie, son cérémonial immuable et ses domestiques, nombreux et spécialisés ». Cette conception des ferments diastasiques, produits cellulaires, est riche en déductions pathogéniques et pratiques.

'( Il y a, dit Duclaux, tout un monde à découvrir de ce côté. » 11 n'est pas douteux que l'isolement et l'étude expérimentale de ces diastases pourraient nous permettre de pénétrer plus avant qu'on ne l'a fait jusqu'à présent, dans le mécanisme intime des grandes fonctions de

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