IX. — DIASTASOLYSINES OU ANTICORPS
DIASTASIQUES.
L’extrême analogie entre les diastases d origine cellulaire et les diastases d’origine microbienne se poursuit encore sur le terrain de l’immunité.
Des travaux récents faits à l’Institut Pasteur, pour la plupart, ont démontré l’existence de sérums anti diastasiques, doués en un mot de pouvoir diastasolytique.
L’organisme peut réagir et se défendre aussi bien contre les ferments solubles dérivés des éléments cellulaires que contre les toxines microbiennes. Ne peut-on du reste chaque jour assimiler de plus en plus le microbe à une cellule vivante qui se développe, assimile et sécrète ?
Depuis les expériences de Metchnikoff et Bordet sur les sérums hémolytiques, les travaux sur les anticorps diastasiques cellulaires se sont multipliés.
Ces savants ont en effet démontré que, si à un animal A on injecte du sang d’un autre animal B, d’espèce différente, le sérum de A acquiert rapidement des propriétés de destruction (Xyat;destruction) vis-à-vis des globules rouges de B (proprités liémoytiques).
DIASTASOLYSINES.
Si l’expérience, au lieu detre tentée in vitro, l’était in vivo, le résultat était le même : les globules rouges étaient détruits dans le sang circulant. Suivant la close injectée de ce sérum hémolytique, l’animal pouvait succomber hémoglobinurique et au milieu de suffusions hémorragiques, ou ne présenter qu’une anémie plus ou moins considérable.
On étendit bientôt ces recherches à d’autres cellules de l’organisme et l’on chercha à obtenir des sérums doués de propriétés épithéliotoxiques (Dungern), spermatotoxiques (Metchnikoff), hépatotoxiques (Delezenne), névrotoxiques (Delezenne, Enriquez et Sicard).
Les résultats ainsi obtenus furent plus ou moins probants. Mais la voie était désormais tracée et les idées si personnelles et originales de Metchnikoff sur l’élaboration possible de contrepoisons également spécifiques (sérums antihémolytiques, antihémotoxiques, antispermatotoxiques, etc.) ont encouragé les chercheurs.
La clinique pouvait bénéficier de ces nouvelles études non seulement au point de vue thérapeutique, mais encore au point de vue du diagnostic.
Les recherches de Bordet et Gengou, de Widal et Le Sourd ont montré en effet qu’il était possible de différencier le sérum d’un malade atteint de fièvre typhoïde, d’un autre sérum de provenance non dothiénentérique. Le procédé est
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assez délicat. Il est basé sur la présence dans tout sérum d’une substance spéciale l’alexine) et d’une autre substance, celle-là non seulement spéciale, mais spécifique, et qui n’apparaît que dans le sérum des animaux fortement vaccinés.
Dans le groupe des ferments diastasiques se rapprochant davantage de notre étude, signalons les travaux de Camus, de Bordet et Gengou sur les sérums anticoagulants, ceux de Morgenroth et de Briot sur les sérums antiprésurants, ceux de Achalme sur les sérums antitryptiques (antidiastase pancréatique) et enfin, se rapportant aux ferments oxydants proprement dits, ceux de Gessard sur la tyrosinase (1).
Gessard a choisi la tyrosinase comme point de départ de ses recherches, parce que cette diastase se présente sous la forme d’un corps cristallisé, de composition bien connue et relativement simple r et qu’elle se révèle, en présence de la tyrosine, par une production de couleur d’observation facile et sans le secours d’aucun autre réactif.
C’est cette coloration que Gessard a particulièrement étudiée, en elle-même et en tant que traduction aux yeux de l’action de la diastase.
L’addition de tyrosinase à une solution de tyrosine, en même temps quelle détermine une absorption d’oxygène, fonction de l’oxydase, fait
(1) Gessard. — Etude sur la tyrosinase. Annales de V Institut Pasteur, août 1901, n° 8.
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apparaître une couleur dans le mélange. C’est une coloration rose d’abord, qui passe au rouge jaune et en se fonçant devient rouge acajou, rouge grenat, toujours plus marquée à la partie supérieure du liquide au contact de l’air, d’où •elle se répand dans la profondeur. C’est par ces changements de teinte qu’on peut apprécier le progrès de l’action diastasique concomitante : on sent de quelle délicatesse en serait la notation exacte.
Gessard fixe les doses et les titres exacts des solutions nécessaires pour avoir toujours la même progression de coloration, et cela dans le temps déterminé de vingt-quatre heures.
Puis après avoir étudié l’action des sels minéraux et des matières organiques sur le mélange (sérum normal d’animaux), afin d’éviter toute erreur il se pose la question suivante :
Est-il possible d’exalter chez les animaux le pouvoir empêchant du sérum normal sur l’apparition de la couleur après mélange des solutions de tyrosinase et de tyrosine?
Pour éclaircir ce point, Gessard soumet un lapin à des infections réitérées faites sur la peau avec des macérations aqueuses de champignons qui contiennent de la tyrosinase. L’animal supporte bien ces inoculations. Après un certain nombre d’injections, séparées entre elles par un intervalle d’environ six jours, on essaie le pou-
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voir empêchant du sérum de l’animal ainsi traité sur l’apparition de la coloration.
Gessard conclut dans ces conditions au retard du phénomène de la coloration, et il ajoute :
« Ces expériences suffisent pour confirmer la règle générale et établir la possibilité de créer ou de renforcer le pouvoir empêchant du sérum des animaux vis-à-vis de latyrosinase, aussi bien que des autres diastases et toxines. De telle sorte qu’on pourrait dire, conformément aux idées et à la terminologie adoptées, que nous avons obtenu l’anticorps ou l’antityrosinase. Je me garderai pourtant de tenir ce langage... les conclusions qu’on peut tirer de ces expériences sont passibles d’interprétations trop contradictoires. »
On peut espérer pourtant que le problème sera un jour résolu, toutes causes d’erreur étant évitées; car c’est désormais, aujourd’hui, une notion bien assise, que, pour les diastases aussi bien que pour les toxines, en injectant chez un animal des doses progressivement croissantes de ces corps, on fait acquérir au sérum de cet animal un pouvoir empêchant sur ces toxines ou ces diastases.
On comprend tout l’intérêt qui s’attache à cette étude, quoique à peine ébauchée, des antidiastases organiques oxydantes.